‹ Éducation humaine, école de la penséeChapitre 21 sur 34 · L'ÉDUCATION DES SENS · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION DES SENS

Voir ne vaut que si l'on sait regarder.

Entendre ne sert que si Ton sait écouter.

Pour savoir regarder comme pour savoir écouter, il faut savoir et vouloir concentrer toute son attention, toutes ses facultés, toute sa sensibilité, sur ce que Ton voit et sur ce que l'on entend avec impersonnalité.

L'attention est la source du génie.

L'Education des sens, indiquée l'année dernière dans le plan de l'Education Humaine, détermina certains chocs dans les mentalités ■sans lesquels la curiosité du Vrai ne s'éveillerait pas assez. Et pourtant, il n'est que le Vrai, correspondant à la satisfaction d'un besoin ou d'un plaisir, auquel on s'intéresse; encore faut-il qu'il n'exige pas une trop profonde attention ; sans quoi chacun l'ajuste immédiatement à sa taille et il y reste mesuré. Il en résulte que l'Education ■des sens ne fut pas tout à fait comprise.

Nous avons remarqué que l'Etre Humain, pour prendre conscience de lui-même et s'affirmer selon la Loi d'Ordre et Harmonie qui régit les mondes, doit comprendre ce qu'est le mouvement rationnel de la vie dans la stagnation consciente, la concentration pour •dépense, le savoir-unir en soi pour pouvoir répandre en dehors de soi.

L'Etre doit être le maître de ses états d'existence. C'est la possibilité et la liberté de son renouvellement nécessaire et fécond dans la nature, dans la société, puis dans un état déterminé ; état dans lequel •et par lequel il doit gagner la vie c'est-à-dire l'existence matérielle et la Vie intellectuelle, en possédant la volonté de leur action féconde.

Pour VEtre Humain^ exister nest que le moyen de pouvoir vivre, \JEtat devient son mode d'existence pour la jouissance, l'exercice et la réalisation de la vie en lui.

C'est ainsi que, du fait d'être né, l'Individu devrait savoir exercer

rétat de nature^ et rétat de société^ en se préparant à choisir l'état qui le fera subsister, où il emploiera et exprimera sa force et sa qualité particulières. Il s'y préparerait à savoir choisir l'être complémentaire par lequel il doit progresser en fécondation réciproque, et avec lequel, de ce fait, il serait dans l'état de mariage. Ce dernier état exige d'être connu par l'Individu avant de contracter l'union qui créera sa famille et son foyer, qu'il doit faire vivre et rayonner en toute conscience.

Tout état demande un apprentissage ou des connaissances précises pour le réaliser. C'est un ensemble de droits, de devoirs, desavoirs, de moyens, connus, reconnus, employés, appliqués, qui veulent l'habileté, l'habitude et l'accommodation. 11 possède ses raisons, et son but, et met l'individu en contact avec des êtres et des choses dont il se sert en devenant lui-même pour eux un moyen.

Du fait qu'un individu se dérobe à tout état, il n'en est pas moins, s'il veut faire quelque chose, tributaire de ce dont il réclame l'aide. On ne fait rien sans rien. Dès l'instant où nous sollicitons la plus petite force pour n.ous manifester nous-même, du même droit que nous prenons, cette petite force agit et nous impose plus ou moins ce qu'elle veut.

Quand nous connaissons les exigences de toutes les forces que nous sommes obligés d'employer et de supporter dans un état, nous commençons à être maîtres de cet état. Bientôt notre intelligence et notre pensée font que, comprenant leurs raisons et leur mode d'être, notre science d'action nous permet de faire primer notre raison, d'être adroit par elle, puis d'avoir du talent et de jongler avec les difficultés connues.

Nos facultés développées s'en font des auxiliaires. Elles arrivent elles-mêmes à progresser assez pour acquérir l'état fécond ; elles possèdent leur amour ; et c'est alors en artistes que nous manions notre état. Il en est ainsi de tous les états.

L'Etre intelligent sait toujours ainsi tirer parti des états qu'il a acceptés, même quand il ne les a pas choisis et qu'ils ne sont pas dans ses goûts. C'est pour lui que peut devenir vrai une fois par hasard : « Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a. )) Vieux proverbe qui doit aussi disparaître dans l'ère nouvelle de connaissance et de choix.

L'Etat de nature^ THumain, est, en conséquence, indispensable à acquérir. C'est la base de toute sécurité durable pour une société meilleure.

L'Individu doit être maître de soi au milieu de ce quil peut^ non plus se résigner à supporter mais savoir le plus et le mieux possible conduire.

Voici la particularité progressive de l'Education humaine. Elle donne le moyen de réaliser en soi cette direction indispensable pour juger ce qui est tt agir en conséquence :

C'est pourquoi j'affirme avec courage et confiance : Vers la Vie ! Car si jusqu'à ce jour l'Humanité n'a pas vécu, c'est qu'elle ne possède ni le savoir nécessaire, ni le guide sûr de la volonté qui est la Pensée vivante, libre, agissante et connaissante, dispensée de ce qui la rend tributaire: l'esclavage des sens impérieux et de ses attaches personnelles dont on ne sait pas faire de la puissance. Elle est leur tributaire tandis qu'ils sont faits pour la renseigner et pour servir à l'œuvre de la Liberté et de la Volonté individuelles. Riches et pauvres, puissants et sacrifiés, les individus ne sont guère plus forts les uns que les autres sur ce point dans notre pays et ailleurs !

Pour vivre^ il faut être devenu le maître du merveilleux instrument qu'est notre organisme physique. Il contient tous les moyens extérieurs nécessaires à l'exercice de nos pouvoirs et de nos facultés.

Par l'Education physique rationnelle de ce corps qu'on nous présentait comme une guenille et qui, par le travail et le savoir, nous permet de connaître et de nous connaître, l'Individu prend possession de son être en même temps que de son milieu d'évolution. Et c'est sa sensibilité tout entière, celle des sens, qui met en activité celle de l'intelligence tandis que l'âme bénéficie de celle de l'affectivité, qui concourt à la liberté des deux principes de vie et à leur action féconde et volontaire.

L'Education des sens est une des plus importantes parties de l'Education Humaine. Elle constitue la base et le point d'appui de la connaissance.

Chaque individu normal est pourvu des cinq sens qui le renseignent par lesquels l'intelligence reconnaît l'apport qu'ils lui font, et s'exprime.

Chaque sens complet et normal correspond à une série d'aptitudes particulières ; selon que l'individu est doué plus particulièrement de tel ou tel sens, il possède plus spécialement tel pouvoir et telles facultés. Le sens prédominant dans ceux que nous sommes habitués de considérer comme plus directement et plus puissamment en rapport avec les pouvoirs intellectuels : la vue et l'ouïe, celui qui est le plus complet, oriente et intensifie tous les autres en les employant

comprise^ goûtée et bienfaisante^ en soi et autour de soi. C'est la conjonction intime et heureuse de l'Etre avec son milieu et avec luimême, selon la Vérité qui est. 11 est le résultat du travail conscient qui sait et veut gagner laVie, et qui, l'ayant conquise, la fait rayonner.

Le Bonheur, c'est de Vivre.

Vivre, c'est agir en progressant consciemment dans le développement jusqu'à épanouissement des facultés connues, libérées et cultivées. Vivre est le Travail conscient et persévérant pour V œuvre supérieure : la Liberté. Le travail devient bien ainsi la liberté ouvrant le LE TRAVAIL chemin au Bonheur.

Le Bonheur n'est que chez ceux qui travaillent à l'acquérir, qui savent et qui veulent le posséder en eux, et qui le possédant, le reconnaissant, savent le comprendre, le ménager, le faire durer. Bien des gens seraient heureux, s'ils savaient l'être ; ils ont souvent tout pour le goûter, s'ils savaient vivre dans l'état qu'ils occupent.

Vivre et être Heureux, ce n'est pas s'adapter aux choses, c'est se les assimiler et s'en rendre maître pour en faire des moyens, sans en être tributaire ; c'est seulement comprendre et observer ce que chaque chose exige pour être maniée en profitant sans nuire, et être ingénieux dans son emploi.

Par l'Education Huiuaioe, l'ennui, le désoeuvrement, doivent céder 1 place à l'intérêt de vivre, au bonheur de réaliser à la fois le but, l'idéal de vie réellement humaine, et ce qu'on porte en soi de supérieur, de profitable pour soi-même et pour les autres.

Partout où l'on voit travail, fécondité, persévérance et bien-être, on peut être certain qu'un sentiment profond guide la vie des individus qui réalisent un tel état répondant à un haut idéal poursuivi.

On dira : ces gens-là ont de la chance! Celui qui sait et qui veut, fait sa chance ;ï\ prépare l'action et répare les avaries.

11 faut insister sur : celui qui sait, parce que nous sommes presque tous jetés dans la vie sans savoir., avec plus ou moins d'instruction.

Etre arriviste, n'est pas savoir Etre habile, n'est pas être intelligent

Aussi suis-je toujours étrangement étonnée quand j'entends rechercher les moyens d'être heureux dans la confusion et les joies extérieures. L'Etre humain peut seul être l'ouvrier de son bonheur comme il doit être l'ouvrier de lui-même. Il porte tous les moyens en lui, dans ses facultés, dans tout son être, et surtout dans l'Idée

VERS l'harmonie! — LA MORALE I 57

qu'il se fait ou que les autres lui suggèrent, lui imposent, des êtres et des choses, dans le sentiment qui l'anime et dont il accompagne toutes ses actions; selon Tidée qu'il a de ce qui n'est pas lui et comment il y pense; selon le but qu'il poursuit et auquel participe tout ce qu'il sait posséder par la compréhension et la vue.

Le Bonheur est à la fois une résultante, et un état d'harmonie que nous créons en nous-même et que notre sentiment alimente, si nous savons progresser, si la mécanique qu'est notre spirale évolutionnelle repose sur la base naturelle forte de connaissance, de jugement, de sensibilité réalisée, pensante et réfléchie, conductrice et entraînante d'une volonté qui sait attendre les décisions de l'intelligence, de l'âme et de la Raison.

Le Bonheur, chez l'Homme et chez la Femme, ne se fait pas sentir de la même manière, dans l'état actuel de l'évolution ; car dans la plénitude de la vie du couple complémentaire, il se fond en une seule expression résultant de l'union complète, intime et consciente des deux extrêmes. 11 peut se représenter par deux figures géométriques. Pour l'Homme, en général, c'est la ligne brisée qui le caractérise; pour la P'emme, c'est la spirale.

Quelques hommes très évolués, ayant su se mettre moralement en œuvre eux-mêmes dans la prime jeunesse, connaissent également le bonheur progressant selon la loi de la vie qui est la fécondation pour production et le rendement en rayonnance vivante, mais ils sont rares. Cette différence vient de la différence même de leur nature masculine ou féminine et de son expression dans l'ignorance du travail de la vie.

Chez l'Egoïste, cette différence s'accentue sans cesse et devient très caractéristique à l'âge où la nature n'est plus aussi active.

Chez l'Aimant, elle est moins marquée. L'être d'amour masculin comme le féminin, se résumant en Bonté.

Rien dans les plaisirs qu'on achète avec de l'argent ne sert à la constitution du bonheur.

L'argent peut servir à son extension, mais rien de ce qui fait le Bonheur ne s'achète par lui.

La morale et le Bonheur sont donc Tharmonie, seule ambiance dans laquelle l'Etre Humain s'épanouit par l'action consciente, après la conquête de la Liberté en lui, et la réalisation de son amour.

La Vérité, c'est la Vie.

L'Etre Humain est l'élément supérieur de la vie sur la Planète ; il est seul capable d'en connaître et d'en pratiquer la notion intelligente, en y faisant participer tout ce qui est.

La loi de progrès est la loi de la vie accomplissant l'œuvre de Vérité dans l'individuel et dans le social. Seul l'Etre Humain peut s'unir à elle.

La Liberté est l'exercice de la vie à laquelle l'Etre Humain a su frayer le chemin en lui et autour de lui, par l'intelligence, l'âme et la raison, s'exerçant progressivement et harmonieusement pour agir ingénieusement par l'organisme physique selon la volonté consciente.

La liberté sociale sera la résultante de la conquête de la liberté individuelle.

L'amour est à la fois : i** la force motrice et fécondatrice de l'Etre Humain, la puissance de vie évolutionnelle qui, en élevant ses facultés jusqu'à l'intelligence et en exprimant sa force qualitative, se répand par lui sur le social en œuvre de progrès, en Beauté et en Bonté; 2" l'agent de reproduction et de continuité de la vie par son organisme physique.

La morale, est l'exercice et la manifestation de la science de V Humain dans l'Etre, de la science de l individu dans les deux sexes, dans leurs rapports privés et sociaux, et avec la nature; elle se rapporte ainsi à tous les actes individuels et sociaux.

La loi morale est la loi du développement rationnel et continu de l'Etre : pour qu'il puisse exprimer la force qualitative qu'il renferme ; pour qu'il soit conscient et qu'il sache penser; pour qu'il gagne ainsi son existence et la Vie sociale, et qu'il veuille établir le plan humain qui lui convient, pour lequel il est fait, où il peut seulement être heureux, dans l'équité, la paix et le savoir.

UËducation humaine est le moyen rationnel de le conquérir et d'en assurer la continuité, pour progression constante, en chaque individu.

La mise en présence, en France, par la loi de Progrès, après tant de luttes philosophiques et religieuses, après tant de difficultés, des principes supérieurs de la \'ie et de leur régulateur : l'intelligence, la pensée, la conscience, produit une effervescence, dont chacun sent la puissance sans en expliquer la cause, et qu'intensifient les moyens de correspondance pratique que sont arrivés à établir entre eux les habitants des différentes parties de la Planète ; que sont allés poser, de par le monde, les enfants de la Race blanche, active et industrieuse.

La vibration, plus accélérée et puissante qui en résulte, apporte à tous les esprits, à toute les pensées, à toutes les raisons qu'inquiète le grand problème de la Vie, le souci de l'Etre, l'Homme, la Femme qui doit à la fois le résoudre pour lui-même et le vivre, en préparant la possibilité de son règne, en posant ses bases sur la Vérité, en organisant ses moyens d'action et en connaissant sa conduite personnelle selon les lois de la Vie elle-même.

Chacun sent que l'Individuel qui prépare le social, compose le social, lequel de son côté forme l'individuel, et que tant que l'individu ne sera pas en état de concevoir le social selon la vérité, et de savoir vivre selon cette vérité, la loi de Progrès, les lois de la Vie et la loi morale, les efforts que l'on admire et que l'an dépense en vue de conquérir le Vrai et le Juste pour la vie, ne seront réellement pas profitables.

La vieille Europe et l'Amérique se livrent toutes deux à des recherches des plus intéressantes.

Chez l'une comme chez l'autre, l'individu est l'objectif; et si la première cherche à établir la Vie sur ses principes mêmes, dans l'Etre Humain, la seconde poursuit surtout la culture physique, tandis que, préoccupée des facultés intimes de l'Etre et très apte à l'emploi des forces de la nature, à la conception et à la fabrication des mécanismes qui y correspondent, elle cherche par eux aies faire

l60 VERS LA VIE !

mouvoir artificiellement. Et chacune, en cela, agit selon ce que veut et sollicite la nature même du sol de son pays, et des qualités attachées à Têtre qui y existe.

Il semble que le problème supérieur de la vie doive être résolu, en effet, pour sa mise en œuvre, par la vieille Europe profitant de ce que la jeune Afnérique réalise, tout en appropriant aux connaissances acquises ce qui, à travers le temps, fut observé, consigné, et permet à l'être humain de se connaître complètement.

En Europe, en ce moment, c'est en France que le souci de l'Education de l'enfant se révèle avec le plus de vigueur. Elle y fut très longtemps nulle, pour le quatrième état, sous l'ancien régime.

Depuis, malgré les préoccupations sérieuses et infatigables d'esprits compétents, malgré l'instruction obligatoire, peut-être dans le gros travail d'organisation de cette instruction distribuée à tous, l'éducation fut encore négligée ; et aujourd'hui, la plus grande compréhension générale fait apprécier la nécessité de la culture particulière de chacun.

Trente ans d'instruction obligatoire donnée aux Français par la République, entraînent l'obligation de l'Education.

L'Education est donc à l'heure actuelle la préoccupation de tous ceux qui veulent à la fois la grandeur de la République, le développement rationnel de l'être humain, la prospérité eu pays et des citoyens, le Bien-Etre et sa sécurité, selon la loi de Progrès.

L'Education est à l'ordre du jour.

De ce qu elle intéresse tous les penseurs, tous les militants du progrès social, chacun la désire selon son idéal et son savoir.

On la veut pratique, démocratique, pacifique, sociale, libertaire, intégrale, nationale, etc.

Que l'on ajoute au mot Education les qualitatifs qui semblent en rendre l'efficacité plus rapide (ceci est opportuniste et marque le désir, la nécessité d'une éducation nouvelle adéquate à l'existence nouvelle) là n'est pas l'important de la question.

Ce qu'il faut savoir, c'est en quoi consiste l'éducation, en considérant son objet : l'être humain. Avant tout, l'éducation doit donc être Humaine c'est-à-dire tendre à réaliser : i° V Humain en l'Individu; humain qui détient toute sa force qualitative d'être moral ; puis 2° Vlndividu objet de cette culture, selon son sexe et les moyens, la spécialité des facultés et aptitudes qu'il possède pour sa manifestation : 3° le couple Humain complémentaire^ c'est-à-dire l'union sociale des individus des deux sexes, réalisés Etres Humains

l'éducation hUxMaine i6i

moraux, conscients, se connaissant dans leur valeur intrinsèque, dans leur valeurrelative, et sachant, dans Tunion de leurs équivalences, concevoir et réaliser le plan de vie adéquat à l'être humain moral, agissant en liberté.

En ce moment, l'idée de l'Education pratique l'emporte. Elle correspond à l'ardeur de la lutte économique.

Il faut avant tout, pense-t-on, former des hommes capables, en sortant du collège, de gagner leur pain ; et l'on sait que le programme nouveau de l'Université donne aux études du grand nombre un but d'utilité immédiate.

Il faudrait d'abord s'entendre sur ce qu'est un homme pratique; nous essaierons de fixer ensuite ce qu'est l'Education.

Un Homme pratique est probablement celui qui manie avec habileté les éléments naturels et sociaux qui concourent à ses spéculations, et qui sait en tirer un parti lucratif.

Mais rien que pour arrivera ce maniement et y réussir, au milieu de semblables qui sont entraînés dans les mêmes conditions et qui deviennent tous des concurrents dans un espace plus ou moins restreint, dans des conditions et des possibilités d'action différentes, ce qu'on appelle (( Education pratique » est peut-être la plus rapide, éducation il n'est pas bien certain qu'elle soit la plus positive, n'étant pas la pratique plus rationnelle, ni celle qui conduise vers la paix et l'harmonie sociales, en perfectionnant, en exprimant la force qualitative de l'individu et celle de la nation française.

Pour être pratique, il faut arriver à être autre chose qu'un homme habile ; il faut connaître, penser, concevoir, exécuter, en sachant ce que connaissent, pensent, conçoivent et exécutent les autres. Il faut savoir, oser, vouloir... Il faut savoir se servir des autres, de ce qiii est, et de soi-même dans un but déterminé et supérieur vers lequel tendent les efforts qui, en cherchant à l'atteindre, créent les moyens défaire descendre l'Idéal, l'absolu dans le relatif tout en exprimant l'individu.

Presque généralement, on est assez porté à se servir des autres de préférence; et, de notre temps, cela devient de moins en moins facile ; ce qui nécessite la science de la Liberté individuelle et de co;zna/7re/)owr c^oîsir en toute conscience. Sans quoi, c'est l'échec; à moins qu'on ait pour soi ce qu'on appelle la chance. Mais cette fée créatrice, dont chacun escompte le sourire, couronne mieux et plus utilement de succès le travail intelligent aiguillonné par un but immédiat participant d'un haut idéal humain, que l'impulsivité qui,

pour se croire pratique, n'est pas moins la tributaire de toute son ignorance sur son a moi )) profond et sensoriel comme sur celui de ses congénères.

Le succès, le bonheur, sont à celui qui sait et qui travaille avec savoir selon la vérité.

Prenons deux hommes : l'un, avec un but immédiat et seulement pratique, possède une éducation correspondante ; il tente la fortune ; il arrive à la conquérir ; l'autre, cultivé dans ce qu'il est, mis en œuvre rationnellement, connaît ses facultés et les forces et les faiblesses de son être, il est capable de les connaître et de les observer chez les autres ; il fait également fortune (si tant est que ce doive être là le but à proposer) par son savoir, par la possession et l'usage de sa force qualitative. Il a vécu, en étant dans le plaisir de ses facultés réalisées, non impulsives ; de plus, il sait ce que c'est que de se reverser en Beauté, en Bonté, en utilité, sur la société, et aime à le faire ou à y aider les autres, selon la loi de Progrès.

Croit-on que la fortune sera dans les mains de ces deux hommes, l'agent et le serviteur des mêmes œuvres d'Humanité et de Vérité > Car il n'est pas seulement question d'agir: il est question de bien faire. Croit-on que le premier sera, au fond de lui-même, heureux comme le second ?

Il est vrai qu'en même temps que l'on impose, pour ainsi dire, l'éducation pratique, de tous côtés l'on clame : (( Aimez-vous ! soyez bons ! soyez solidaires ! . . . L'amour est le seul charme de l'existence. . Apprenez ceci... apprenez cela!... les langues... les sciences, les lettres, les arts. Cela est noble, cela est grand. Mais pour pouvoir goûter un peu de félicité ici bas, faites de la Bonté !... » D'autres insinuent : « On devrait enseigner la Bonté ! » Enseignez la Bonté! Faites de la Bonté !...

Mais la Bonté ne s'enseigne pas ! La Bonté est une résultante supérieure. Elle est un reversement de l'éclosion de l'amour sur ce qui l'entoure ; soit que naturellement elle s'épande d'une nature exceptionnellement douée, délicate, sensible, qualitative et forte ; ou qu'elle soit l'acquis de la connaissance, du savoir et du travail à faire pour réaliser la vie., et qu'elle devienne, par la manifestation de cette vie ou amour intellectuel conscient, la force qualitative réversible de l'être et de sa sensibilité. Dans l'un et l'autre cas, c'est toujours l'heureux épaao.uissement d'une nature supérieure qui se reverse avec force, bienveillance et sensibilité consciente sur ce qui l'entoure.

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La Bonté, c'est de l'amour qui sait, qui agit pour le Bien, la bonté pour le Vrai, pour le juste et quand même, dans la connaissance, le respect et l'emploi de toutes les sensibilités. C'est le chef-d'œuvre de la vie morale.

Apprenez tout ce que vous voudrez, cela meublera la mémoire et activera une certaine intelligence, mais ce ne sera que s'infuser ce qui est sorti d'Etres humains non encore en possession de toute la V^érité ni d'eux-mêmes, ce n'est pas apprendre à faire, de soi, surgir la cause dont la Bonté est l'effet.

Les uns sont donc pour l'égoïsme, les autres pour l'amour (i).

L'égoïsme et l'amour sont bien réellement en présence. Ils luttent.

Mais le (( moi )) tout seul est cruel et brutal, toujours. Il faut qu'il soit moral pour être bon.

Si l'amour est si puissant qu'on le craigne, s'il s'avance supérieur, vainqueur de l'égoïsme dans la loi de Progrés, c'est que c'est lui qui doit être l'épanouissement du Moi humain dans l'œuvre du devenir qui est la réalisation du plan social de vie humaine.

Il faut donc que l'être puisse se manifester au nom de l'égoïsme, du droit naturel, mais qu'il soit tout de suite mis à même, par l'éducation, de neutraliser la tare originelle et de réaliser en lui l'Etre moral, sa V^i€, sa Liberté, son Amour, selon la Loi de Progrès.

Si l'on veut se manifester, gagner l'existence et la Vie et faire de la bonté, il faut savoir réaliser TAmour intellectuel, le moral de l'Etre.

L'égoïsme ne fera jamais la vraie bonté. L'amour seul est généreux et magnanime.

Il est fait pour donner et recevoir, pour féconder et rendre en rayonnance vivante. Lui seul pense à bien préparer la naissance des autres. L'égoïsme ne veut pas recevoir parce qu'il ne veut pas donner, parce qu'il ne veut rendre que si cela lui rapporte davajitage que ce dont il se dépossède.

On pourra objecter, sur la Bonté, ce qu'Augier fait dire à Giboyer de l'honnêteté : (( Honnête ! Il a donc de quoi ! ))

Eh bien, oui, pour être bon, il faut avoir de quoi l'être, en soi ; et si la nature n est pas assez évoluée paur que l'être ser dépense noblement de lui-même, il faut le mettre à même d'arriver à l'état où l'abondance se produit avec joie et se reverse généreusement au profit de tous.

(1) Vers VAm^nr !

Et ceci ne pourra s'obtenir que par l'Education rationnelle humaine, à laquelle on adjoindra ensuite toutes celles qui sembleront opportunes.

Il est même plus que pressant que cette éducation soit connue et appliquée.

Mais avant d'ajouter des qualificatifs, il est nécessaire de s'entendre sur l'Education et de considérer son objet : l'Etre humain, non pas comme nous voudrions qu'il fût mais comme il est.

Et il est probable qu'en agissant vis-à-vis de lui, selon ce qu'il est, nous arriverons plus vite à le réaliser selon notre aspiration, à laquelle il ne manque que de connaître les moyens pratiques pour obtenir l'Homme et la Femme, libres et conscients, moraux.

La question se pose ainsi : lEducation étant une action à opérer en l'Etre humain, par les moyens qu'il possède naturellement, il convient de connaître ce dernier avant d'agir.

Voici comment je l'ai compris pour formuler l'Education humaine: l'être Chaque être humain, vibrateur-projecteur, est l'élément supé-

HUxMAiN rieur, absolu et relatif, de la Vie sur la Planète, où il naît d'elle, selon le plan de vie auquel il appartient, l'Humain, dans un organisme de facultés, libre et entièrement sensible, correspondant au travail qu'il doit accomplir, au but qu'il doit atteindre, à la force qualitative qu'il doit manifester.

Ce travail, ce but : faire rayonner la vie, pour tous les humains et en chacun d'eux, en conquérant le bonheur par la Liberté et l'Amour ou Volonté consciente, dans l'Harmonie individuelle et sociale selon la Vérité, nécessite la réalisation de l'Humain moral conscient dans l'individu, de façon qu'il sache, veuille et puisse établir sur la Planète le plan de vie sociale adéquat à l'exercice de sa valeur et de sa dignité et à l'accomplissement de l'œuvre de Vie. Porteur, inconscient à la naissance, de la loi de la Vie ou Loi de Progrès et de tous ses pouvoirs, de la loi d'Ordre et d'Harmonie qui est en lui la loi morale, de la notion supérieure de ce qui est ou intelligence, il peut être considéré comme une automobile complète.

Dans les deux sexes indifféremment, il est à la fois le pourvoyeur, le conducteur et l'exploiteur, libre et responsable, de son moteur comme de toutes les forces actives et latentes, des principes de vie et du régulateur, de toutes les facultés ,de toutes les qualités, de la sensibilité, qu'il porte en lui. Moteur, forces actives et latentes, principes de vie et régulateur, facultés, qualités et sensibilité, doi-

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vent concourir à la vie la plus complète possible de tout Tindividu.

Connaissant la nature et le mode d'expression qualitative et gé~ nérative des êtres des trois plans de vie qui Ton précédé sur la planète : le minéral, le végétal et l'animal, qui sont en lui pour l'aider à exprimer riiumain, il doit savoir, vouloir et pouvoir les faire concourir au travail de sa réalisation d'Humain moral conscient afin d'être réellement, avec tous ses pouvoirs, le Vibrateur, récepteurgénérateur-projecteur, libre, sensible, ingénieux, intelligent, conceptif et connaissant de sa force qualitative devenue psychiquement et intellectuellement de l'amour fécondateur, fécondable et réversible, sa VOlonté consciente, selon la loi de progrès ou de la vie, la loi d'ordre 'ou morale qu'il porte en lui.

Mais l'être humain enfant s'ignore complètement. Il doit, en conséquence, être mis rationnellement par les Educateurs naturels, les parents ou la nourrice {>) d'abord, par les éducateurs scolaires qui se seconderont mutuellement ensuite, en possession de tous ses moyens et de lui-même, des lois de la nature en lui et en dehors de lui, des lois de la vie, des lois de la société, qui ne devraient être toutes, que les lois du progrès et de l'ordre dans la nature, la vie, la la société et lui-même (ce qui n'est pas). A l'âge des responsabilités, il connaîtra ainsi les chemins où il doit se mouvoir, qu'il a libérés dans son être, et les étapes où il doit s'entraîner à la connaissance et à l'exercice de ses moyens individuels de progrès, Par eux, il faut qu'il sache et veuille se conduire, vis-à-vis de lui-même, delà vie, de la nature et de la société, selon les lois correspondantes à chaque mode d'action, de réaction et d'emploi, en trouvant en elles et en lui les moyens de se conserver, de se reproduire et de se développer sans se faire de mal et sans en faire aux autres. Il contribuera luimême, à la vie, au progrès de son temps, à l'expression supérieure de tout ce qui est : la Beauté morale et la Bonté, et travaillera en être Humain moral conscient, possesseur de sa volonté, à la réalisation du plan de vie sociale réellerrient humain, à sa continuité, à sa progression, de façon que les générations suivantes bénéficient de son apport, comme il profita lui-même de l'acquis et du labeur de ses devanciers.

L'Etre Humain, né de la Terre et vivant d'elle, participe de la Planète et de sa formation, de sa mécanique ; il correspond mécaniquement pour expression qualitative aux règnes d'êtres qui la peuplent ; il est de ce fait le vibrateur supérieur de la Planète toute entière, avec la force qualitative particulière de laquelle il est en relation

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intime et continue, comme elle correspond elle-même aux mondes ou êtres, astres, de son plan de vie et leur est reliée par le jeu des forces vitales, électriques, magnétiques et psychiques, selon la loi d'Ordre et d'Harmonie dont l'être Humain participe également.

L'Etre Humain dans sa structure et l'ensemble de ses forces et qualités, par sa sensibilité, par les aboutissants de son organisme : la tête et les cheveux, les mains, les pieds et tout le derme, par les aspirations et les moyens qu'il possède, indique et peut prouver que l'Humanité est faite à la fois pour puiser, travailler, se répandre, se reproduire, savoir, voir, entendre, goûter, comprendre, discerner, choisir, vouloir, faire rayonner la vie, et s'élever.

En gagnant son existence, l'Etre Humain doit gagner la vie qui convient à son être moral mental, à sa force qualitative épanouie et exprimante. C'est pourquoi l'éducation pratique est insuffisante. Elle laisse dans l'ignorance d'elles-mêmes des forces impulsives qui n'en

existent que plus impérieusement. Elles échappent à la surveillance et à la direction du régulateur ; et leur conducteur n'est pas le maître

de les employer, de les faire participer à la bonne marche de son moteur, non plus qu'à l'expression de sa valeur spéciale. 11 ne peut ni prévoir, ni éviter leurs manifestations. Il est leur jouet et reste leur esclave.

l'éduca- Lji véritable éducation est la mise en œuvre de l'être humain tout en- TION tier^ par les moyens physiques^ psychiques^ intellectuels et rationnels quil porte en lui, et qui constituent son Etre^ dont il doit devenir et rester le conducteur connaissant et pensant^ en possession de sa volonté consciente.

L'Etre Humain est une synthèse comme la Terre, comme le monde. L'analyse peut le démontrer physiologiquement, psychiquement et intellectuellement, rationnellement. Mais ce ne sera que lorsque nous comprendrons le sens de la vie en lui, comment elle opère progressivement, quelles forces, quelles qualités il faut mettre en mouvement avant d'autres ou simultanément, pour l'aider à accomplir la plus complète évolution qu'il soit possible de réaliser : la liberté de ses facultés psychiques, la liberté de son intelligence, se fécondant rationnellement, que l'Etre humain saura vivre. C'est alors seulement qu'il sera capable de concevoir le plan de la vie sociale humaine, où les souffrances évitables et l'injustice ne pourront que difficilement se produire, d'après la loi d'ordre qui est, en l'individu, la loi morale humaine triomphante, devenue dans sa cérébralité le plan mental de son état naturel conquis : d'après la loi de la vie pro-

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gressante et toutes ses conséquences et d'après les lois mêmes de la Planète, porteuses de la progression particulière del'astre, lesquelles nous aident à conquérir la vie afin que nous exprimions par la force et la qualité psychique de l'Humanité, la force et la qualité psychique planétaire.

L'Etre humain ne sera en possession de lui-même, il ne pourra faire un usage pratique de ce qui est et de ce qu'il est, que connaissant ce qu'il porte en lui et comment il faut s'en servir; lorsqu'aimant la vérité sévère et sans voiles, il vivra selon sa rigidité et saura, en la comprenant seins interprétation^ y puiser les raisons et les moyens d'exercer les pouvoirs de la vie selon ses lois. Ceci semble dur, c'est doux auprès de ce que nous subissons.

L'éducation n'est donc pas un système, ce n'est pas une méthode ; cest la connaissance et V application de la loi de progrès dans l'Etre humain dans toutes ses /acuités^ pouvoirs et principes^ selon leur mode particulier, par les moyens qu'il porte en lui, par le jeu d'action et de réaction de l'extérieur sur l'intérieur et réciproquement, lequel, par ses instruments de connaissance, les sens, par sa sensibilité tactile et sa sensibilité sanguine et nerveuse, par son intelligence, le renseignent sur lui et sur ce qui n'est pas lui.

Ils lui permettent de Connaître pour Choisir et de se servir d'eux avec compétence et ingéniosité ; de déterminer ses aptitudes particulières, sa force et sa qualité caractéristiques.

Développées, et devenues par l'union de son adresse, de son intelligence et du savoir, le moyen de gagner l'existence, il saura le faire dans le plaisir de ses facultés, en possédant en lui les raisons de son développement progressif auquel il devra travailler pendant toute l'existence, étant constamment et se sentant libre de ses actes, dans le respect du même travail chez les autres. Il trouvera ainsi l'emploi et l'extension de lui-même, de son être réel, l'Humain moral, qui lui sera facilité par le milieu, chacun poursuivant avant tout le but de la réalisation humaine, et en voulant consciemment les moyens dans la liberté conquise et l'harmonie.

L'ÉDUCATION HUMAINE

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