HYGIÈNE SOCIALE
L'air et l'eau sont indispensables à la vie et entrent dans tout.
La Chimie, qui fait des progrès constants doit, dans l'hygiène, nous être d'un secours puissant ; mais n'oublions pas que le feu saurait nous débarrasser de ce qui nous est nuisible, si nous l'employions comme agent de l'ordre sanitaire.
On peut juger de la valeur de compréhension de la vie d'un individu, d'une commune, d'une ville, d'une nation, de la valeur des gouvernants et de la piace qu'ils occupent sur l'échelle du réel progrès, à la manière dont ils se conduisent par rapport à la propreté, à l'ordre et à l'hygiène privée, publique, citadine et rurale.
Il y a loin de notre conception rudimentaire de l'Hygiène à l'Hygiène sociale, matérielle, intellectuelle et politique que nous devons concevoir et savoir appliquer aux êtres Humains eux-mêmes.
Quand nous établirons l'Hygiène sociale, alors seulement nous commencerons à comprendre que l'Humanité est un corps vivant. Il doit fonctionner dans son ensemble avec la régularité du nôtre. Ses fonctions exigent le même travail, les mêmes soins, les mêmes préoccupations que l'Etre humain, pour que toutes ses facultés psychiques, expression qualitative de la Planète, aident à créer le bienêtre et l'ambiance de félicité terrestre par leur concours et leur exercice harmonieux.
On comprendra alors, en s'y prêtant tous, que l'hygiène sociale exige le travail de veiller à ce que le progrès ne fasse que le moins possible de déchets dans les êtres humains, capables et en mesure de se l'assimiler matériellement et intellectuellement ; de façon que la vie ne produise plus, dans sa marche forte et puissante, non entravée qualitativement, et dans l'embarras du désordre de notre ignorance et de notre indifférence, les cataclysmes et les douloureux bouleversements que nous devons vouloir et savoir éviter.
Si l'inconnaissance de la loi de Progrès, l'ignorance de sa marche dans la nature et dans l'Etre est le bandeau posé sur les yeux de l'intelligence humaine, elle explique en partie les continuels avatars sociaux des peuples.
Seul, des êtres organisés, l'Etre humain naît sans rien savoir de lui-même, parce que, seul, porteur de l'infini, il peut arriver à con* naître la Vérité qui est.
Le minéral procède par affinité ; le végétal, par tendances ; l'animal, par besoins, appétits et désirs.
Ces trois règnes restent inconsciemment, automatiquement, instinctivement attachés à la Planète même. L'Etre humain porte en lui l'Intelligence, l'esprit, les aspirations impérieuses de son âme, les impulsions de ses facultés actives auxquels il faut des aliments et des satisfactions autres que celles qui conviennent aux trois règnes d'êtres vivants dont il participe cependant. C'est par lui que le Progrès doit s'affirmer et s'accomplir.
Pour conquérir l'état humain, pour trouver sur la terre ce que demande son être, il faut que l'Individu sache exécuter en lui le travail nécessaire ; il faut qu'il connaisse et se connaisse ; qu'il reconnaisse ses facultés ; qu'il puisse et veuille les mettre en œuvre et qu'il emploie à ce travail les moyens évolutionnels et reproductifs des trois règnes d'êtres qui l'ont précédé sur la planète et qu'il porte en lui ; qu'il y joigne tous ses pouvoirs : la sensibilité de tout son Etre , les qualités et facultés de son âme, les forces de son esprit, réglées par la conscience, la raison, en comprenant que de leur conjugaison, en marche vers l'unité, selon la loi de Progrès, naîtra la vie : lumière, amour, liberté.
Nous voici placés en face du grand problème de la vie humaine proprement dite, qui est de savoir quel rôle l'Intelligence, l'âme et la raison, doivent y jouer, et pour la solution duquel je soulèverai le voile mystérieux dont se couvre l'Idée du Péché originel, que nous -appellerons tare originelle.
Nous avons remarqué (i) qu'à mesure que la Vie devenait progressante dans les êtres, la définition qu'on semblait pouvoir donner d'elle s'accroissait en savoir, en sensibilité, en qualités psychiques. C est que dans les éléments ou êtres qui l'expriment, les moyens, les instruments de connaissance, d'expression, d'action s'augmentent, se perfectionnent et s'intensifient selon le plan d'existence auquel ils appartiennent, selon les services qu'ils doivent rendre à la vie individuelle de l'être et à sa vie sociale.
En l'Etre humain, la Vie qui porte l'esprit ou intelligence et la notion supérieure de ce qui est, s'est créé par lui une cérébralité et des facultés correspondantes.
^1) Chap. I. La Vérité^ c'est la Vie ! page 9.
L'intelligence humaine, depuis la plus rudimentaire jusqu'à la plus étendue, élevée et profonde, est douée, en se conjuguant avec l'âme, de toutes les puissances de la vie que l'esprit créateur et Tâme humaine adéquate, peuvent seuls exercer selon la vérité, sous l'œil de la conscience.
Il en résulte que créer, conserver, préserver, progresser et transformer qui sont les manifestations constantes de la vie, sont en puissance dans l'Etre humain. Il peut arriver à les exercer consciemment, s'il sait discerner dans la nature, dans la société et en lui-même, ce qui correspond à ces pouvoirs, s'il comprend l'emploi qu'il doit en faire et ce qu'il faut instituer à cet effet.
Telle est l'intelligence de la Vie que l'Etre humain porte en puissance, mêlée aux affinités, aux tendances, aux besoins, désirs et ^^ appétits, aux aspirations et aux impulsions de son état d'être plané-
taire terrestre, à base de minéralité ; renfermant les moyens d'expression qualitative des trois règnes d'Etres qui existent de la planète et ' sur elle et constituant avec lui sa vie psychique; il est ainsi capable de se servir de ce qu'il doit supporter et de le faire participer à l'Œuvre de la Loi de Progrès.
De ce que l'homme et la femme, le couple humain, portent en eux à la naissance, tous les pouvoirs que la Vie véhicule en elle, que l'Etre humain ne se connaît pas, ignore ses raisons, ses moyens et son but, et que la vie suit son cours sans s'inquiéter de son ignorance ni des souffrances qu'elle occasionne de ce fait en lui, il s'en suit que l'Etre humain ne peut manifester qu'impulsivement ses pouvoirs, dont peu à peu cependant il se fait une vague idée en n'ayant qu'un désir : les exercer quand même. TARE Et voici le mystère delà tare originelle qui se découvre à nos yeux.
ORIGINELLE Cest bien, en effet, daos la réelle faculté créatrice de l'Etre humain, premier pouvoir de la vie, et dans son désir légitime, mais prématuré d'exercice, qu'il faut chercher la clef du mystère enfermé dans le chap. III de la Bible.
La tare originelle est attachée, d'une part, à l'animalité dont l'organisme humain possède les moyens de conservation et d'expression et qui se localisent dans la sexualité, dans les besoins, les appétits et les désirs physiques ; d'autre part, à l'ignorance de ses pouvoirs, dont il ne connaît que l'impulsivité mais dont il trouve l'Idée dans
son intelligence et sa raison, sans en comprendre les moyens ni l'usage en lui-même, ni dans la nature ni dans le social.
Le couple humain, en possession de l'impulsivité créatrice, dans l'ignorance complète de ce qu'est la Vie en chaque sexe, de la loi de Progrès, de la liberté, et de l'amour agent de progression pour chaque être déterminé humain-moral-conscient, ne peut employer et connaître que des moyens impulsifs, tandis que l'Idée créatrice devient son tourment, son orgueil et sombre dans la sexualité.
Inconscient, il ne connaît de son âme et de ses facultés que le sentiment rudimentaire qui attache au milieu et les aspirations dont il reporte l'ardeur et l'impulsivité sur ses jouissances physiques et sur ses essais de félicité et de satisfaction inassouvie, toujours décevants parce que toujours erronés.
Il en est demême constamment pour la généralité des êtres humains, le péché Ce qu'on appelle « Péché originel » que la multitude renouvelle originel sans cesse, consiste en ce que l'Etre humain ensevelit sa nature humaine morale, psychique, seule capable de servir de résistance et de conjugaison à l'Intelligence, sous les impulsivités de la nature physique, de la sexualité, sans que la possibilité de la réalisation de la Vie humaine consciente ait été mise en œuvre rationnellement en lui. Il veut agir selon les pouvoirs qu'il porte en puissance, sans avoir accompli le travail lui permettant d'employer toutes ses facultés connues, développées, réversibles et conjonctives, qui lui en assurent l'usage et le bénéfice.
Il s'en croit capable sans se connaître et sans savoir. Le Péché originel se complique de I'ïdée d'un pouvoir qiii en confère l'exercice et le droit, sa7is en connaître les moyens et sans en trouver la possibilité d'exercice dans le social (ou accommodation et emploi de la nature pour l'Humain en société). Mis en circulation sans connaître ses lois, ce qu'il est en lui-même, ni les moyens que l'on possède de l'exercer, ni ceux que l'on doit trouver dans la nature et la société pour son msage, il crée, avant tout, une perturbation dans l'individuel et Le social, qui se traduit par la souffrance des chocs que suscite l'incohérence de l'exercice, par tous, d'un pouvoir sans son savoir, sans ses moyens.
Ne pas se rendre compte que la loi d'Ordre et d'Harmonie, qui régit notre planète, a mis en notre Etre, avec les pouvoirs de la vie, les moyens de les exercer rationnellement; que ces moyens consistent dans l'emploi delà spécialité de reproduction et d'expression des règnes d'êtres qui ont précédé l'Humain sur la Terre, le minéral
le végétal et l'animal dont l'Humain procède tout en portant, avec les raisons et le but particuliers du plan de vie auquel il appartient, les moyens spéciaux de pouvoir, de savoir le réaliser, est la cause de nos erreurs et des douleurs qu'elles provoquent et entretiennent dans l'existence individuelle et sociale de l'Humanité. Elle permet toutes les outrances, toutes les déviations, toutes les influences qui donnent pâture soit à l'esprit, soit à l'âme qui s'ignorent, et à tous les appétits et désirs de la nature physique, qui prend alors le pas sur la nature morale et psychique spirituelle. Elle accapare la sensibilité, elle atrophie et limite son jeu et restreint la conscience. Elle prive ri lumain de sa vie et le laisse dans l'embarras de sa valeur qui devient la source de tous ses tourments; l'absolu de l'Intelligence veut agir selon son principe de vie dynamique qui est l'unité; la complexité de son âme, qui ne sait pas unir et progresser s'éparpille et s'attache à tout ce qui semble satisfaire l'une ou l'autre de ses facultés, tandis que la Raison, l'Ordre violé, le tourmente, et ne lui sert qu'à intensifier le malaise qu'il ressent de son ignorance et de son incapacité.
Il est le possesseur d'une merveille, détentrice de son bonheur et de sa puissance, mais il en ignore le maniement, et il se blesse et complique sa difficulté de la connaître, en s'en servant sans posséder le secret de sa mise en œuvre, du travail qu'il doit accomplir pour s'en rendre maître et exercer sciemment, avec fruit, les pouvoirs et les facultés dont il est le jouet et le martyre.
Laisser prendre Je pas à la sexualité, à la nature naturante sur la nature Humaine, morale, consciente; ne pas savoir que l'Idée de chacun de nos pouvoirs et l'impulsivité de nos aspirations correspondent à des facultés particulières de l'Etre qu'il faut savoir rendre vivantes, germinales, éclosives, fécondatrices et fécondables, applicables à la vie intime, privée et sociale de l'Individu où ils doivent trouver les moyens de s'exercer, voilà les causes d'infériorisation, de stagnation et de souffrances multiples, physiques, morales et intellectuelles que l'Humanité entretient; elles constituent la tare originelle, l'obstacle à la vie, et facilitent la mise en exploitation de l'Etre humain par les Habiles, savants et ambitieux.
D'une part, l'ignorance invétérée fait que les individus sont sexuels sans être psychiques, moraux, conscients, sans être intellectuels ; l'esprit produit ce qu'il veut et la raison ce qu'elle peut, avec de si piètres instruments, porteurs impulsifs cependant de tout ce qui leur est nécessaire pour manifester la vie et en goûter la félicité; de l'autre, ils ont ridée des pouvoirs de la vie ; idée qui satisfait leurs aspirations.
mais ils ne savent ni ce que sont ces pouvoirs, ni les moyens de les appliquer en eux et en dehors d'eux.
La leçon enfermée dans la Genèse devrait éclairer l'Humanité : faire de la sexualité le tombeau de la réelle vie humaine parce qu'on ne détermine pas l'être dans ses pouvoirs, dans sa dignité, dans sa valeur humaine morale; sentir qu'on possède un pouvoir, agir au nom de ce sentiment qui semble et est un droit, sans savoir exercer le pouvoir, sans posséder tous ses moyens de vie, c'est en effet être chassé du Paradis c'est-à-dire perdre la possibilité défaire rayonner la Vérité, la Beauté et la Bonté, l'Amour supérieur qu'on porte en soi en puissance. Voilà pourquoi il ne faut pas répéter : « Vouloir, c'est pouvoir )) mais (( Savoir vouloir, c'est pouvoir ».
L'un contient, avec la cécité de la vanité et de l'orgueil, tous les maux dont nous ne nous débarrassons pas. L'autre seul créera le Bien-Etre et l'Harmonie en toute simplicité, en toute beauté, en bonté, par Temploi de ce qui est, et selon la Loi- Or^ la loi^ c'est l'Ordre^ qui préside à la conservation et à la reproduction pour progression et continuité de ce qui est^ en marchant vers limité et la Rayonnance.
Le principe fondamental du mouvemeiit des mondes est la mécanique^ r ordre ^ dans l emploi et V exercice des forces qui les actionnent.
L'Être Humain, porteur de Tesprit et possesseur de l'âme, est un monde, un système solaire, une machine automobile, supérieure, dont le régulateur est la raison, la conscience.
Tant qu'il ne saura pas le conduire, tant qu'il ne saura pas développer ses facultés pour taire rayonner ses pouvoirs et qu'il voudra agir au nom de l'Idée de ces pouvoirs sans les avoir réalisés en lui, sans savoir qu'il doit s'en créer les moyens d'usage dans le social et sans recommencer le travail de réalisation dans chaque nouveauné, la tare originelle ne sera pas neutralisée, et le Péché originel nous infériorisera sans cesse.
Le Péché originel consiste dans la volonté d'exercer le pouvoir créateur sans en posséder les moyens; de le rendre impossible à réaliser si l'on n'a su préparer à l'esprit sa substance adéquate avant la manifestation de la sexualité, prison de la vie Humaine. Sa conséquence, c'est de ne pas être sorti de l'impulsivité, de ne pas être conscient, de ne pas posséder la seience de la vie, de se croire capable de créer en vérité et en Justice, sans connaître l'Humanité ni son but, ni le but de la vie, et de vouloir faire des sociétés avant de travailler à réaliser l'Etre humain-moral-conscient.
C'est de ae pas réaliser l'Etre Humain d'abord, rHomme et la Femme ensuite, et de ne pas savoir les mettre sur la voie de progression qui mdne à l'intégralité, de n'avoir pas su. préparer la véritable unité sociale basée sur l'union des deux sexes complémentaires, qui sont, l'un à l'autre, ce que l'esprit est à l'âme et réciproquement, et qui, seuls, sont capables de réaliser la vie, par l ordre ou Loi morale en l'Etre Humain conscient
Le mystère du Péch^ originel se trouve ainsi éclairci. Pour lui, comme pour bien d'autres questions, il s'agissait de se placer en face de lui, non pas au point de vue d'une religion quelconque, mais de la vérité qu'il voile; vérité qui a été prise et symboliquement rendue et présentée par les religions et que nouiS devons impartialement essayer de dégager et de comprendre.
Tout ce que nous voyons entouré de symboles et de mystères et qui persiste à travers les siècles en demeurant la base de connaissance d'esprits supérieurs dans l'élite des peuples, contient de la lumière que ceux qui la produisirent enveloppèrent .mais dont ils se servirent pour diriger leur temps et les peuples.
De ce que nous ne nous sentons pas toujours aptes à approfondir et que nous a'en prenons pas le temps; de ce que, par la science libérée, par l'expérimentation, nous créons des rapports, nous jugeons des effets multiples, sans bien connaître leurs causes, nous traitons les spéculations purement intellectuelles et psychiques des anciens, de balivernes. Ce serait à voir.
Aujourd'hui, à propos du Péché originel, nous possédons sur lui une affirmation dans la Genèse, que le Christianisme a reprise, sur laquelle il s'est appuyé pour démontrer à l'Humanité,, toujours à sauver dans chaque nouveau-né, son utilité constante. 11 nous reste des débats soutenus à travers les siècles par les esprits libres contre les nouveaux voiles apposés sur la vérité, pour les besoins de pouvoir et de continuité temporels de l'Eglise, qui, en son nom, institua le kE BAPTÊME Baptême.
Mais ce qu'il importe de savoir, ce n'est pas le but de ceux qui spéculent sur une idée, c'est la valeur intrinsèque de l'Idée, pour l'Etre Humain, son progrés, pour la science et pour la société.
La tare originelle expliquée, il est intéressant de constater que le plus grand mal qu'elle fit et qu'elle continue n*est pas imputable à l'Humanité.
Le vrai péché, la faute commise contre l'Humanité elle-même, appartient à ceux qui, connaissant la cause du mal, sa source.
rentretinrent, l'exploitèrent, et qui, sachant les moyens de la réduire, s'en servirent pour diriger les consciences, sans les rendre vivantes et sans les éclairer.
Voici où les défenseurs de l'Église ont raison, en affirmant qu'à travers les siècles, elle resta toujours sur le terrain de la raison pratique.
Le Baptême fut donc la sécurité de l'entrave au Progrès. En faisant entrer le nouveau-né dans son giron, l'Église exigeait encore la garantie de deux gardiens qui ne fussent ni le père ni la mère natuturels ou légitimes de l'enfant mais des engagés spirituels. C'était tenir à la fois le Présent et l'Avenir.
Ne nous arrêtons pas dans la Bible au Péché originel. Interrogeonsla encore.
Si elle reste. à travers les siècles : « Le Livre », ne serait-ce pas parce qu'elle contient autre chose que des élucubrations > J'y ai vu qu'elle renferme, à travers les symboles, la science de l'Etre Humain et celle du Dieu vivant éternel qu'il doit réaliser en lui : la Vie,
Est-ce bien (( Etre Humain » qu'il faut direr» C'est Homme seulement.
Mais qui dit Homme, dit Femme, dans la Genèse de l'Etre, pour nous et pour la Vérité qui est.
L'enseignement biblique ne réalisa pas d'ailleurs plus l'Homm-e que la Femme, en son temps, où il ne fut guère compris. C'est à nous qu'il appartient, après avoir décortiqué la vie, de savoir la faire circuler dans les deux sexes, selon leur nature et leurs moyens.
La Bible, pour la science qui nous intéresse, doit être considérée, depuis la Genèse jusqu'à l'Ecclésiaste, comme la synthèse du travail à faire pour réaliser l'Homme et le sortir de la nuit où le tient la tare originelle. Synthèse dont l'analyse, suivie dans l'ordre des chapitres, donne le progrès de la Connaissance que l'Etre Humain prit de lui-même, dans l'embarras de son inconscience toujours troublée par la nature, en allant de sa superficialité vers le centre de vie, le foyer, qu'est son être raisonnable, intellectuel et moral, maître de sa sexualité, et lui révélant peu à peu la vie pour laquelle il est fait.
C'est d'abord le Couple Humain, heureux sans aucune idée des pouvoirs qu'il porte en puissance dans chaque sexe.
La sexualité, l'impulsivité de la puissance créatrice, l'Idée suscitée en eux par la Vie progressante, le vouloir de l'exercice de cette puissance sans que l'âme et la raison puissent y prendre part par l'unité de leur accord, les perd. Ils sont voués, par leur ignorance vaniteuse, à l'existence misérable dans laquelle l'Humanité se traîne en recommençant toujours les mêmes errements. C'est l'image de l'Humanité dans chacun de ses membres, perdant la possibilité de réaliser la Vie par la méconnaissance d'elle-même et de son éducation.
Bientôt, dans les premiers enfants du Couple dévoyé, se révèle la seconde et la plus cruelle des puissances de la vie : détruire à son gré ; Caïn, jaloux de son frère, meilleur et plus délicat que lui, le tue. C'est la force et le mal, primant le droit et le bien, dans la première cellule sociale formée par le couple humain, uni dans l'ignorance et l'erreur ; et ne sachant pas mieux renseigner sa progéniture.
Caïn, la figure de notre seconde puissance impulsive : la destruction, symbolise dans le châtiment qui lui est imposé, le sujet du premier geste de la justice immanente en nous révélant la conscience.
Créer et détruire restent, en effet, les deux impulsivités inconscientes que manifeste l'Humanité et qui causent ses maux les plus cruels.
Le désordre, qui suit ce crime dans la postérité d'Adam et Eve, est indescriptible. La Vie, la loi de progrès réduit elle-même l'Humanité par un déluge. Elle l'enfouit sous la matière dont elle l'a sortie. Elle ne conserve qu'une famille, celle de Noé, le Rénovateur, devenant la cellule sociale d'une nouveau tour de spirale.
C'est le temps où l'Etre Humain a su comprendre la valeur des animaux qui sont utiles à son existence. Il a fait œuvre d'intelligence et de choix. // construit la première arche humaine. Son esprit, son intelligence flotte au dessus du chaos de la nature. Il commence à s'y reconnaître.
Un mode nouveau d'existence se prépare par la postérité des fils de Noé, qui, prise à son tour de la frénésie de construire, élève une tour aussi haute que le ciel et se disperse dans la confusion des langages : chacun voulant exprimer ce qu'il sent selon ses raisons et sesmoyens, cherche à le faire à son gré.
C'est presque de l'actualité.
Cependant, au milieu du désordre, le patriarche, arche Humaine reposant sur le Père, continue l'œuvre de Noé. Abraham, peut-être parce qu'il a usurpé le sacerdoce de Sarah^ de la femme prêtresse, et malgré les fluctuations de son union avec elle, semble vouloir
poser les bases d'une famille selon la loi d'unité et prendre conscience d'une morale sociale basée sur elle. A la mort de celle qu'il considère seule comme épouse, il fait construire une tombe dans laquelle il reposera lui-même son dernier sommeil.
C'est Melchissédech, grand prêtre et roi, porteur de la loi d'Ordre et d'Harmonie supérieure, qui, en le bénissant, le reconnaît comme un exécuteur de cette loi sur la terre.
ïsaac, et surtout Jacob, nous prouvent qu'il faut savoir lutter, choisir, travailler avec ses mains, son cœur et son intelligence, pour acquérir le savoir et conquérir le Bien-être, l'Ordre, l'Amour, l'Harmonie ; qu'il faut lutter comme Israàl, par Jacob, avec la Vie, le Dieu vivant, et être victorieux. Mais voici la servitude d'Egypte pour les fils de Jacob, pendant laquelle les premières victoires de l'Humain sur la Vie seraient perdues si Moïse, armé du savoir et du pouvoir de l'Homme sur la nature, de l'Intelligence sur la matière, n'entraînait vers le désert, Israël, le seul peuple porteur de la conception de la loi d'unité divine et luttant par ses éléments supérieurs contre la nature et l'ignorance pour la réaliser.
Dans lu solitude, à l'abri de toute influence, aiL milieu de Variditéet de la stérilité matérielles^ il lui impose des lois, connues sous le nom de Décalogue. Elles sont toutes le frein de l'impulsivité que les pouvoirs de la vie, inconscients en l'homme, rendent active, désordonnée, infériorisante. C'est le premier acte de l'Esprit se reconnaissant, de l'Intelligence comprenant ce qu'elle veut, voulant mater la substance et la matière qui lui barrent le chetnin de la Liberté. Aussi le Décalogue s'efForce-t-il de régler, d'orienter laffectivité humaine, son amour .^ sa volonté. Il lui montre, comme Jacob l'a déjà prouvé, qu'il faut que l'homme lutte sans cesse avec lui-même et avec la vie pour se conquérir, pour conquérir la vie par ses moyens et ses pouvoirs mêmes. C'est alors que Moïse construit la seconde arche humaine^ celle qui contient la première idée de la loi morale que l'Etre humain porte en lui.
Le Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible qu'écrit Moïse, y est déposé avec les tables de la Loi. Ils renferment, dans l'ensemble, et appropriée aux besoins de la cause qu'il défend, l'histoire de l'homme jusqu'à la première affirmation consciente de l'un de ses principes de vie : l'esprit, l'intelligence, voulant y assujettir l'autre, l'âme, inconnue, incomprise, au nom d'une Raison encore peu sûre d'elle-même. C'est la première compréhension de sa valeur humaine que l'homme définit nettement. Sa première
42 VERS LA vie!
idée morale se ressent du sacrifice imposé à tout ce qui n est pas l'Esprit. Elle fut, elle reste une loi compressive, mystérieuse, pleine d'inconnu pour TEtre humain; il y lit qu'il doit s'astreindre à une ligne de conduite sévère mais il ignore le pourquoi et le comment de cette conduite. Une tribu tout entière, celle de Lévy, prend la garde de l'arche, où Tordre du culte et la Loi de THomme-Esprit sont consignés.
Car si Moïse n*est pas entré dans la terre promise, s'il ne réalisa pas l'Ordre dans l'Etre humain et ne construisit pas le Temple de VHomme^ c'est qu'il n'a compris et affirmé que le tiers de lui-même, l'esprit, sans faire droit aux lois de la Raison ni à celles de l'Ame. En sacrifiant la substance qualitative de l'Etre, l'ordre, le féminin, et la femme à laquelle il impute, sans la comprendre, tous les maux humains dans la Genèse, il montre que les erreurs, dans lesquelles nous vivons et nous nous complaisons en souffrant, reposent encore sur la même ignorance : celle de l'Etre humain dans ses raisons, ses moyens et son but, celle de la vie, dans ses deux éléments supérieurs, l'Homme ^t la Femme. Nousnesommespas plus avancés dans l'exercicede nousmêmes qu'au temps de Moïse, avec cette différence que nous en avons conscience, que nous avons à notre disposition les moyens connus de réaliser l'Homme et la Femme, le Couple humain complémentaire conscient, si nous voulons les reconnaître, les employer et travailler à notre réel perfectionnement, avec l'ardeur que nous apportons à profiter des applications de la science à la vie matérielle
Avant de quitter l'aridité du Désert, où la sécheresse de l'Esprit, seul agissant, ne pouvait réaliser la vie de THomme, avant d'entraîner le peuple d'Israël, Caleb et Josué, successeurs de Moïse, pénètrent seuls dans le pays de Chanaan. Ils en rapportent la grappe de raisin merveilleuse, qui décide les Hébreux au départ pour un pays aussi fertile.
Un nouveau tour de spirale s'est accompli pouf la Loi de Vie progressante. Josué a compris la valeur de la partie qualitative qui est en l'Etre humain, celle de son âme. Il sait que, comme le pied de vigne planté dans un bon terrain, elle se cultive et donne des fruits délicieux sans lesquels la libertéintérieurenepeut être réalisée, sans lesquels l'Intelligence libérée ne peut traduire l'Humain moral de l'Etre. Mais pour que le cep se développe et que les fruits se produisent, il faut livrer bataille et prendre possession du bon terrain. C'est du sein même de la sexualité, force motrice de l'Individu, que doit sortir le cep fertile. C'est elle qui lui servira à la fois de moteur
et d'engrais, tandis que par la connaissance, le savoir, la maîtrise de la nature, en soi et en dehors de soi, l'Etre humain sera victorieux de son sexe, de la nature et de lui-même. Et faisant le siège de Jéricho^ la première ville de cette Terre Promise, aux sons de toutes les facultés harmonieuses qui, parles trompettes, expriment Tère nouvelle du chant de la Vie dans l'Etre. Josué reste vainqueur de la Ville en décombres, après avoir arrêté le soleil, lumière et chaleur de la Vie réalisée, sans laisser avancer la Lune, nature naturante, toujours attractive vers les joies des fécondités matérielles et troublantes.
La première bataille que livre Josué est décisive.
Une vie nouvelle va se traduire dans les allégories des Livres des Juges. L'Homme marche à la conquête de lui-même. A la guerre, Gédéon doit reconnaître l'homme fort et savoir choisir ses bons combattants, tandis que le sacrifice de la fille de Jephté nous montre la reconnaissance de la valeur de la virginité, en même temps qu'elle nous prévient de l'anéantissement de la puissance féminine. Prépondérante encore sous Moïse avec la prophétesse Marie, sous les Juges avec Déborah et Judith, elle sombre peu- à peu, jusqu'à être sacrifiée par un père : après avoir été dénoncée comme infériorisante dans Samson et Dalilah, elle expire au Livre de Samuel où, réduite au rôle de Pythonisse, l'influence de la femme sera désormais occulte •et divinatoire.
Samuel nous présente le tableau du tourment moral-mental de l'Homme, comprenant, sentant, sonréel pouvoirpsychique personnel, son âme, et ne sachant ni ce qu'il est, ni ce qu'elle est, ni ce qu'il vaut, ni ce qu'il doit faire, par elle, pour son bonheur supérieur et intime.
Il ne peut pas régner librement, supérieurement. Le Géant de l'ignorance et de l'imagination dans sa puissance séculaire est plus fort que lui et l'attaque sans cesse. C'est alors que David, frêle, jeune, mais invincible dans sa virginité, tue Goliath d'un coup de fronde à la tête. Il est triomphant et vainqueur : l'Homme a terrassé le géant de ses passions ; il a livré bataille avant d'avoir cédé à la sexualité; il sait faire en lui la vie de son être moral ; il sait qu'il faut régner sur lui avant de régner sur les autres et de lutter avec la vie.
David est proclamé Roi.
Et tandis que le Livre de Job nous montre l'Homme assailli dans «on corps, dans son affection, dans ses biens, dans son intelligence par tous les maux, les révoltes, les doutes, les pertes matérielles, les insultes ; tandis que pour la première fois, il pense en lui-même, se lamentant sur son fumier, et arrivant, par son courage moral, à
triompher de sa sensibilité si éprouvée, à en faire une force évolutionnelle, David sent en lui son âme vivante ; mais trop ignorant d'elle, encore tributaire de ses sens, et quoique ayant trouvé le chemin de la vie en lui, en l'Etre humain, // dansera seulement devant la seconde arche humaine, celle de Moïse. N'ayant pas su comprendre le travail progressant de Tâme et de l'Intelligence et n'étant pas resté fidèle à la Raison, c'est à son fils Salomon que sera réservé avec toute la science nécessaire, de construire enfin le temple de VHomme^ celui du Savoir, de la Sagesse et de l'amour supérieur réalisé.
C'est pourquoi les Psaumes de David, tourmenté par son âme vivante et impuissante, sont une longue suite de lamentations aspiratives : les cris de cette âme nouvellement connaissante et pensante qui monte vers un infini qu'elle comprend et voudrait étreindre.
Les livres de Samuel, de Job, les Psaumes de David, précèdent les Proverbes de Salomon et le Cantique des Cantiques comme la plainte a précédé la prière et le don, et comme le tourment et la souffrance de l'incomplet et de l'impuissance inconnaissante précèdent le savoir et la plénitude harmonieuse.
De Salomon, en possession de la Justice, de la Sagesse en luimême, conscient de l'âme, de la Pensée et de l'Esprit, connaissant le travail de réalisation delà vie par la conjugaison de l'esprit créateur et de l'âme consciente réglée par la Raison, sont sorties deux œuvres :
Le Temple, construction matérielle, édifice gigantesque et somptueux ; et le Temple vivant, l'Etre Humain recréé, réalisé en puissance oelon l'ordre et la Loi.
Les Proverbes et le Cantique des Cantiques sont les livres qui résument et confirment le savoir et le pouvoir de l'état Humain conquis.
Le premier enseigne à l'Etre humain sa conduite avec le social, le relatif; le second chante la vie intime, l'union consciente de sa force et de sa qualité. C'est le poème de l'amour réalisé.
De ces deux livres sont nés deux courants de forces qui, se suivant et luttant l'un contre l'autre à travers les siècles, sont en ce moment aux prises dans l'Europe occidentale et plus spécialement dans notre Société.
L'Ecclésiaste, qui suit les Proverbes et le Cantique des Cantiques dans la Bible, traduit le premier résultat moral que l'œuvre de Salomon, lequel n'a pas donné à l'Etre I lumain les moyens pratiques d'arriver à construire le temple en lui-même, produisit dans celui qui essaya d'interpréter et de suivre les préceptes.
Il dit la détresse profonde de son âme et constate le néant du savoir. Il croît l'Etre Humain arrivé au summum delà réalisation, sans comprendre, qu'à peine en possession de son âme, l'Homme renie la force de l'intelligence, tandis qu'il devrait en faire l'aiguillon de sa pensée sous l'œil de la raison. Il parle avec amertume de la Femme, de ses semblables, de tout ce qui est. a Vanité, tout est vanité ! )) s'écrie-t-il. Ne comprenant pas la vie, il en nie la Bonté parce qu'encore une fois l'Homme ne voit que le tiers de lui-même, l'âme; il fait fi de l'intelligence sans faire appel à sa raison.
De sorte que si, d'après l'Ecclésiaste, la Femme n'était pas réalisée au temps de Salomon et que d'en rencontrer une fut un bienfait rare, et si aujourd'hui elle ne l'est pas encore, l'Homme ne l'était pas alors et ne l'est pas plus qu'elle de nos jours.
Ni Moïse, ni Salomon, ne furent des Educateurs, bien qu'ils eussent plus qu'aucun philosophe voulu, édifié et construit l'Homme, ainsi que les livres de la Bible en témoignent.
Comme la loi morale des Religions occidentales s'appuie sur la leur, à part les tendances affirmées qui se manifestent depuis l'ère de Liberté, il faut avouer que si nous sommes autrement civilisés, notre science éducative n'est pas beaucoup plus avancée qu'au moment où TEcclésiaste jeta l'amertume de sa plainte décevante.
C'est d'elle, avec les adjonctions des spéculations Indiennes, Egyptiennes et Grecques, celles du^ temps et du milieu qui la firent et la virent éclore, que devait naître plus tard et progresser l'Eglise chrétienne. Elle marqua, dans le temps, une scission profonde entre les principes de vie en l'Etre Humain et leur régulateur, l'esprit, l'âme et la Raison; scission à laquelle il faut attribuer l'obscurantisme du moyen-âge dans le civil, tandis que la loi de progrès, drainée, accaparée par le christianisme prépondérant, semble ne s'exprimer que par lui et ne fleurir qu'en lui.
Le second courant émané du temple de Salomon, formé par les constructeurs, les réalisateurs de l'Homme dans la vie sociale, lutta de son côté pour le triomphe de l'Intelligence et de la Raison, J'ai nommé la PVanc-maçonnerie.
Mais tandis que dans la Bible, d'Adam à Moïse, nous assistons au travail de l'Etre humain en lutte contre la nature naturante et découvrant enfin, en lui, l'intelligence, Vesprit ; que de Moïse à Salomon nous assistons par Josué, les Juges et les Rois et dans les livres de Job, des Psaumes de David, par les Proverbes et le Cantique des Cantiques, à la conquête de VAme et à la science de l'amour
intérieur de l'Etre, à sa faculté conceptive réalisée, capable de construire le Temple, une merveille, tandis que la Justice, par sa conscience réalisée^ sa Raison triomphante éclaire son Jugement, nous pouvons admirer en Grèce le travail de TEsprit, de l'intelligence par la Raison devenant triomphante.
Dans l'entente de l'Intelligence et de la Raison, nous voyons l'Etre humain, sous un climat, sur un sol différents de ceux ou évoluent les Hébreux, réaliser une sagesse rayonnante et de la Beauté dont nos esprits sont toujours ravis- Pallas Athénée régne sur la Grèce. La Raison et l'Intelligence, leur sagesse et leur art, affirment leur puissance ; c'est le triomphe de la Vue extérieure et intérieure, de la science des nombres, des formes et du calcul qui y correspond, de Tarchitectonique et des lois de la perspective. Elles ont fait là leur preuve irréfutable et tangible.
Cependant, Socrate affirme qu'il porte par sa pensée et ses aspirations autre chose que la Raison et l'Intelligence: il sent en lui son âme. Et il meurt, il boit la cigué, plutôt que de la renier.
Platon, son disciple, complète l'Idée de l'âme qu'exprima son maître, il révèle à son pays : l'amour.
Lorsque la confusion des temps et le mouvement romain prouvèrent qu'il fallait donner au monde une religion nouvelle, l'Ecclésiaste de la Bible, la Bible elle-même, les connaissances tirées des Religions de l'Inde et des temples d'Egypte correspondantes à l'Idée initiale qu'on y enfermait, servirent de point d'appui à l'Idée de l'âme nettement affirmée par Socrate et à l'Idée de l'amour de Platon. Par le christianisme, l'Idée de l'âme et de l'amour pénétra en Occident et pendant dix-neuf siècles s'y imposa à tous.
Opposée par l'Eglise à l'Intelligence et à la Raison inhérentes à' la qualité humaine, celles-ci mises en possession par les Arabes de la Philosophie grecque et peu à peu affiliées de tous côtés à la Franc-maçonnerie arrivèrent, en s'affranchissant de la compression séculaire, à faire parler haut dans la philosophie, puis dans l'ère de Liberté, par la Science, l'Esprit et la Raison ; tandis que de l'Ame, progressante malgré ses chaînes, surgissait la Pensée, et la frénésie d'un amour supérieur insatisfait, dont le Romantisme et toute la littérature du xix*" siècle, après les débordements et la licence morale du xviii®, font foi.
Si, à travers le temps et l'espace, par Moïse, l'Homme affirma VEsprit^ par la Grèce et la philosophie occidentale, il affirma la Raison et la Pensée^ par le Christianisme, l'Aine et rAinoiir^ au
xx^ siècle, dans 1ère de,la Liberté^ il se trouve en présence de V Esprit ^ de la Raison, et de VAme qui contient la plénitude de la Pensée et le véritable moyen de progression féconde : l'Amour,
L'Etre humain, homme et femme, sait qu'il porte en lui ces trois expressions supérieures de la vie; qu'à elles trois, elles constituent VHomme dans un organisme admirable dont il doit savoir se servir, comme il doit connaître, pour les employer, les deux pouvoirs de la vie en l'Etre humain et leur régulateur. 11 n'est humain que lorsqu'il le sait, le comprend et veut travailler pour en faire usage ; lorsque, conscient de la valeur et de la dignité humaines, il veut réaliser la vie sociale selon la Vérité de la Vie pour tous, selon les moyens d'expression, de conservation et de reproduction normaux et moraux de chacun...
Dé même qu'il est important pour arriver à ce bienfait de savoir dégager la Vérité du symbole, l'œuvre de la Loi de Progrès de l'action humaine, dans le temps et l'espace, et d'en consigner les résultats indéniables et l'évidente évolution, de même il est nécessaire de se rendre compte du rôle que l'Ecclésiastime a rempli dans rEurope occidentale et dans quelle mesure il a servi la Loi du progrès humain.
Si, dans révolution du Christianisme, le Protestantisme marque, sur le continent européen, la première étape de Tldée de Liberté, l'Eglise catholique, par sa compression même, par ses institutions, par les sentiments et les forces indispensables à sa durée, qu'elle a sans cesse excités et sollicités dans ses fidèles, fut un agent involontaire, mais puissant de la loi de la Vie et de la loi de Progrès qui fait éclore nos temps nouveaux, par la Confession, elle a implanté l'Idée de conscience, l'examen de soi-même ; elle a répandu l'habitude de l'observation intime et de la méditation ; par la Charité, elle a déterminé l'Idée de fraternité et de solidarité et élevé l'amour; par la tyrannie de la Foi sans réplique, elle a donné la soif de connaître, en intensifiant l'amour et l'ardeur de la recherche de la Vérité. Sa force compressive fut le meilleur des points d'appui pour une réaction victorieuse, qui exige la force de la Vérité rendue lumineuse aux yeux de tous, pour la détrôner dans les esprits et dans les âmes et pour devenir triomphante.
La Raison et la Science ne sont pas suffisantes contre elle. Ce sont les esprits et les âmes unis dans la connaissance et marchant vers le
même but, éclairés par la Science et réglés par la raison, qui peuvent seuls, dans et par toutes les facultés réalisées et vivantes dont elle a éveillé ou véhiculé l'Idée en les absorbant, contrebalancer sa puissance et la neutraliser.
Disons qu'ils ne feront que reprendre la Vérité connue, dénaturée par le christianisme pour régner sur le monde, mais infusée par lui à l'Occident. Si l'Humanité veut marcher par le Progrès vers le devenir, il faut qu'elle refasse à son profit, par l'Etre humain et pour lui, le travail, ou du moins une partie du travail indiqué et imposé par le christianisme ; elle le débarrassera de son empreinte, en le complétant, en le fortifiant des découvertes incessantes de la Science, de la Vérité qui est, du But à connaître, et des réels moyens vivants, existants, que lui fournit la nature par la vie.
L'exégèse allemande, l'étude des livres de l'ancien testament n'a pas à mon sens beaucoup éclairé en étendue, en élévation et en profondeur l'Etre humain lui-même si elle travailla profondément l'Allemagne et sa pensée.
D'une part, on ne lit que jusqu'où Ton voit; de l'autre, ceux qui lisent interprètent les interprétations jusqu'où ils savent comprendre. C'est toujours assez vague et diffus.
De sorte que la Philosophie conduisit presque seule l'esprit vers la science; l'Intelligence ne pouvait bénéficier d'aucune religion. Après avoir dégagé de la Bible, l'effort continu vers la réalisation de l'Ordre dans l'Etre Humain, on constate que les fois religieuses s'appliquent exclusivement à l'exaltation de l'âme. Et par là elles Tatrophient et la rendent redoutable à ceux qui ne la peuvent juger que sur les effets obtenus dans les individus par sa déviation. Ce qu'elles déterminent, en l'Etre et dans le social, ne peut donc pas être selon la Vérité de la vie, qui, pour devenir complètement exprimante et normale, veut l'épanouissement et l'accord de ce qui la constitue : V esprit, l'âme et la Raison dans ce qu'ils sont. Toutefois, si l'Eglise catholique voila la vérité et mit un bandeau sur les yeux de l'Intelligence, elle ouvrit à l'amour supérieur l'âme occidentale; et si, accaparant ce qui sent, ce qui s'attache, ce qui pense et ce qui s'élève dans l'Etre Humain, elle absorba à son profit, ses forces psychiques et qualitatives, il faut reconnaître qu'elle suscita enlui la volonté, ridée de la Liberté de la Pensée et de la Liberté de la Conscience.
En devenant un corps, un être autocrate, compressif et absorbant, -elle exaspéra à la fois le vif désir de la liberté et le désir de connaî-
tre ce qu'elle défendait d'approfondir. Elle donne aujourd'hui, à ceux qui veulent la réduire et la vaincre, comme tremplin, sa résistance personnelle, sa puissance réelle formidable, si utiles à la lutte, au courage, qui cherche la vérité et qui veut son triomphe; résistance si nécessaire à la vérité, à la vie, qui veut sortir d'elle malgré l'Eglise elle-même.
Car si l'effort personnel est une partie de la loi du progrés personnel, la résistance sur laquelle l'être appuie ou à laquelle il mesure sa force en est l'aliment et l'excitant.
A (( un moi » vigoureux et fort, il faut pour se produire une résistance adéquate, en lui et en dehors de lui. Il en est de môme de deux adversaires et de deux institutions dont l'un est le nouveau qui veut se produire et l'autre l'ancien établi. L'effort du nouveau sera d'autant plus grand que son moi sera plus fort, mais que son adversaire ou son concurrent sera lui-même une force supérieure.
Et ceci nous entraînerait à comprendre le bienfait du travail et de la douleur nécessaire, qui est toujours une gestation, ou un choc pour lécondation....
L'Eglise voulut^ elle sut, en connaissant les lois de la vie et du Progrès, les retenir, les diriger^ enprojîter^à son gré. Entretenant l'ignorance, l'erreur, la tare originelle, par la concentration et la compression, en exploitant la douleur, l'ignorance et les aspirations, elle a rendu très fort ce qui lui fut utile, auquel elle donna libre essor; aujourd'hui, les forces qu'elle a accumulées dans l'acquis de l'humanité sont asse^ robustes pour vouloir vivre au grand jour et devenir pour tous des réalités, selon la vérité de leur valeur intrinsèque. C'est pourquoi l'on écrit partout Liberté, mariage, union, amour^ conscience ; c'est pourquoi l'on discute sur ces mots, l'on lutte en leur nom, sans que leur être soit connu, sans qu'ils existent, sachant seulement qu'ils peuvent et doivent être et qu'en eux rayonne la vérité de la vie. Il faut savoir les réaliser. Toutes les discussions sur le Dogme et la Raison ne prouvent rien. C'est la Vérité éternelle enfouie sous le dogme qui est tout : elle est la Raison même. Qu'elle ait été véhiculée par l'Eglise catholique ou non, en nous venant d'Egypte, d'Israôl,de l'Inde, de la Perse, de la Grèce, de la Germanie, de l'Angleterre, etc.. l'étiquette né fait rien à l'affaire. Si elle est dans les lois profondes et éternelles de la vie progressante librement pour tous, il faut savoir et vouloir la reconnaître, il faut chercher la part de vérité immuable qu'elle contient et la prendre, l'adapter, pour le bien de tous, sans fausse \anité.
L'esprit souffle où il veut et il est impersonnel. La science, elle aussi, est impersonnelle, puisqu'elle n'est que le résultat de l'observation et de la reconnaissance de l'esprit. Malgré tous les efforts qu'on fit pour le neutraliser au nom de l'âme, on ne put empêcher qu'il travaillât avec elle.
C'est la vérité révélée par la vie se manifestant dans des êtres humains supérieurs, en possession de leurs facultés vivantes qui est leur œuvre. Les uns en comprennent et en disent peu ; les autres en apportent davantage. Le Progrès est le résultat de cette révélation c'est-à-dire de l'Idée nouvelle, de la part d'Infini cueillie dans l'absolu par l'intelligence et la Raison et rendue par la Pensée.
La force de la Bible à travers les siècles est de rester la parole de vie anonyme et désintéressée, parlant rudement à l'Humanité, sans aucun but de lucre, mais lui parlant d'elle-même en contenant, voilée à l'œil du profane, la Vérité qui vit.
On la malmène parce qu'on ne la comprend pas. Cela ne veut pas dire qu'elle n'en renferme pas davantage.
Mais il est plus facile de nier ce qui est que de le comprendre. N'est-ce pas d'ailleurs la conséquence et la preuve de la tare originelle, toujours existante et si légitimement vivace.
C'est si vrai, que l'Individu rudimentaire dans sa culture, limité dans ses moyens et qui ne peut créer, interprète tout ce qu'il voit; de même que l'esprit supérieur qui ne possède pas sur une question la notion du vrai, aime, mieux interpréter, lui, porteur de lumière qui, s'il le voulait, résolvrait avec quelque peine la difficulté de comprendre, que de s'avouer qu'il ne comprend pas immédiatement et qu'il ne saurait pas recréer ce qui sollicite son intelligence.
La grande plaie de notre époque a ses ferments dans le scepticisme et la crédulité basés sur Vinterprétation.
Peu de personnes jugent, parce que peu de personnes savent. Peu de personnes, dirigent, prévoient avec justesse et justice, parce que peu d'esprits partent du savoir et de la vérité; verrait-on cette vérité, si ce n'est pa« l'intérêt de la suivre, même si elle luit aux yeux, on lui tourne le dos. Si bien que beaucoup interprètent selon l'intérêt présent et agissent d'après l'interprétation.
C'est pourtant bien le moment de vouloir savoir et seulement savoir ; il ne faut pas croire encore.
Car si la \^ie, par sa loi de progrès, après des luttes séculaires, met, de nos jours, l'esprit, l'âme et la raison en présence, et nous le fait comprendre, c'est que nous sommes prêts à savoir faire, par
eux, l'œuvre de vie, et que naus portons en nous, assez forts pour la lutte, la résistance, la persévérance et le savoir, de nos moyens naturels adéquats, avec le pouvoir de les intensifierîpar ce qui existe, en les connaissant, en sachant les employer.
Si l'Etre Humain se sent arrivé au moment de sa réalisation par lui-même et qu'il sait indiquer le travail nécessaire, c'est qu'il n'a plus qu'à vouloir s'unir à la loi de Progrès pour en faciliter la marche et pour devenir ce qu'il est : l'expressien vivante qualitative et consciente de la planète et des êtres qui l'habitent dont il sait traduire par la Pensée et l'action, la Raison et la volonté supérieures pour le bonheur de chacun et l'Harmonie de tous.
C'est l'heure de prendre en main la direction de soi-même.
Nous avons vu (r) quelle est pour nous la valeur de la sensibilité. Tout en nous est de la sensibilité. Mais chaque organe, chaque partie d'organe, chaque faculté, s'en sert, la rend et nous renseigne différemment.
L'étude que nous en avons faite celle que nous développons (2) nous permet de ne nous occuper ici que de la faculté créatrice dont l'Idée et l'impulsivité causent tant de maux.
Elle émane principalement de l'Intelligence et de l'Imagination. L'Intelligence, ensemble des pouvoirs de la vie, est'la faculté de comprendre le sens profond, élevé, et étendu de ce qui est, de se rendre compte du pourquoi, du comment et du but des êtres et des choses.
C'est ce qui sait voir, et qui remplace dans l'impulsivité la soif de la possession, de l'accaparement. Car savoir voir^ cest posséder.
Dans l'action, l'intelligence consiste à vivre et à agir selon l'ordre des lois qui régissent ce qui existe, à travailler à les rendre vivantes et libres en soi, à suivre leur marche, et à appliquer leurs manières d'être à la réalisation de nos conceptions personnelles, tandis qu'elle emploiera toutes les sensibilités et saura, en créant par leur contact des rapports propices, les faire concourir à ces mêmes conceptions, appuyant ainsi sa lorce qualitative, qu'elle connaît, sur les forces et les qualités de ce qui est et dont elle sait apprécier la valeur.
Pour arriver à comprendre, l'intelligence doit aider ses pouvoirs naturels : pénétration, perspicacité, intuition, sagacité, de la méthode et de l'expérimentation, en connaissant ce que l'esprit I lumain a trouvé avant elle sur la \'érité, s'il possède la Vérité, pour juger et conclure impersonnellement.
L INTELLl GENCE
(1) Pages is et suivantes.
(2) Voir Education des sens p. 91 et suivantes et Education Humaine
C'est pourquoi tant que la science expérimentale ne conclura que par le fait, elle ne trouvera pas la vérité. Elle le sait, d'ailleurs. La vérité est sans nous : elle est dans le principe de vie. C'est en connaissant le sens profond des êtres et des choses émanant du principe lui-même et qui produit les faits, que l'Etre Humain trouvera l'enseignement de sa conduite en même temps que les lois d'ordre de la vie dans la nature et dans toutes ses manifestations.
L'Intelligence restera donc toujours supérieure à la science, même contre l'expérience ; elle voit plus loin qu'elle et la dépasse. C'est elle qtii sortira les raisons des faits et qui, distinguant les moyens, les appliquera à la vie selon la loi de Progrès.
L'Intelligence, c'est l'esprit créateur qui cherche et trouve son réel pouvoir, en suivant impersonnellement, mais avec une sensibilité intense, le sens des Etres manifestés jusqu'à leur principe de vie, et qui est obligé d'aller de la manifestation à la cause et de retrouver les moyens en sens inverse.
La science-faite aide l'intelligence, mais ce n'est qu'une aide. La science n'est pas plus la vérité que le fait. Elle observe l'indéniable manifestation et en consigne les circonstances. Elle n'est pas le moyen, elle n'est pas le but de ce qui est : elle n'est pas la vie. Elle est un des moyens de constater ce qui est.
L'Intelligence est la caractéristique de la Race Humaine. Dépendant du sens de la Vue, le verbe voir et tous ses succédanés sont ses attributs. Comme les yeux possèdent le mouvement et peuvent se fermer, l'intelligence aime à la fois le mouvement et l'isolement ; de même que sa vibration ne se traduisant qu'en lumière et en magnétisme et ne parlant que par le regard, elle aime le silence, qui seul lui permet devoir en elle-même, de pénétrer, de se réserver, d'observer, de conserver pour pouvoir répandre à son gré. Tout être Humain normal possède l'Intelligence. Ceci est un fait. C'est même un titre de noblesse si apprécié qu'il n'est pas de parents qui ne le décernent à leurs enfants et que chacun s'en attribue une large part.
Et pourtant, il n'est rien de plus rare que l'Intelligence lucide et rayonnante.
Pour que notre intelligence, notreesprit soit, il faut que, semblable à l'arche de Noé, il se meuve sur les eaux, au-dessus du chaos matériel de notre être. Il faut qu'il en soit libéré, qu'il le domine et que, renfermé, concentré en lui-même et en possession de ses pouvoirs, de sa substance, de son régulateur, et de leurs serviteurs, il
sache ce qu'il doit et peut faire par eux, avec eux. Alors, il est. Il peut voir, séparer et créer !
II y a donc très peu d'êtres en possession de leur intelligence. Il y a des chercheurs, des expérimentateurs, des aspirateurs et des réalisateurs, pressés d'employer des bribes de facultés créatrices. Il n'en est pas beaucoup qui prennent le temps d'y adjoindre les autres pouvoirs de la vie.
L'Intelligence n'est l'esprit et inversement, q«c lorsqu'il s'est rendu maître de toute la matière de son être, lorsque ses facultés ayant acquis la liberté, la vie, l'amour, la complète réversibilité, il peut chercher dans la pensée avec la raison, la résistance fécondable supérieure qui, seule, le complète et l'exprime.
Alors, toujours prêt à fonctionner lucidement, impersonnellement, il embrasse le tout dans sa genèse, son essence, ses moyens et le But. Alors il voit tout à sa place, mécaniquement, qualitativement, selon l'ordre et la Loi, dans la vie et dans la nature, et trouvant dans l'Ame, par la Raison, la Pensée adéquate, il se fond en elle, pour créer à son tour !
Les esprits créateurs sont toujours des poètes.
Pour créer, il faut concevoir des causes capables de produire ce que l'on a conçu; il faut que ce que l'on a conçu soit de la vie, donc de la réalisation de volonté dans une union de force et d'amour, et que l'œuvre existe dans la pensée du créateur avec toute sa puissance de rayonnance vivante terminale.
Le créateur est ainsi toujours poète puisqu'il porte en lui les raisons et les moyens de la rayonnance de ce qu'il crée. Et s'il peut créer, il peut rendre cette rayonnance; bien mieux, il ne peut pas ne pas la rendre : tout ce qui sort de lui pour parler d'elle, pour l'édifier, en est imprégné et illuminé et porte toute la chaleur, Tardeur et la sensibilité de la vie de l'être dont il devient le véhicule.
La vraie poésie ne peut ainsi sortir que de la vie, de ce qui est et possède la vigueur et les moyens de devenir.
C'est pourquoi les seuls vrais poètes, utiles et (bienfaisants pour la vie, sont les créateurs selon la vérité. Ils ne sont poètes que parce qu'ils sont créateurs et porteurs de la vérité.
Les esprits créateurs conscients et agissants, les êtres de Génie, ceux qui savent utiliser toutes leurs facultés développées et employer leur imagination dans le pourquoi elle est faite, au profit de leurs conceptions, ne seraient pas d'heureuses exceptions trop rares, si l'Humanité réalisait l'Être Humain dans les deux sexes, puis savait
est comprenait le rôle réel, ksfacultés particulières que chacun d'eux possède, pour que le couple humain soit l'unité complémentaire^ véritable cellule sociale, intellectuelle et morale, comme l'Etre Hunaain doit être l'unité dans son « moi )) réalisé; « moi » d'autant plus vivant et pui-ssant que toutes ses parties conscientes, vivantes et libres en elles-mêmes, ne peuvent vivre sans s'accorder intimement pour former un tout.
Trois raisons primordiales empêchent les esprits créateurs de se produire dans toute leur plénitude et dans la force qualitative qui les caractérise.
1° L'ignorance que l'Etre Humain, Homme ou Femme, même le mieux doué, a de lui-même et de ce qui est.
2° L'incapacité et l'indifférence dans laquelle l'Humanité se tient •pour le renseigner selon la vérité, pour le déterminer dans l'état humain le plus vite possible, en réalisant en lui ses facultés psychiques sensorielles, .affectives et intellectuelles.
3° L'obstacle réside dans l'idée des pouvoirs de l'intelligence sans le savoir et sans le moyen de les exercer, dans l'embarras des impulsivités multiples et de l'inconscience, au milieu des difficialtés d'exister et des luttes, dans la vie sociale inharmonieuse que les mêmes impossibilités créent pour tous et par tous.
Aussi l'Humanité ne sait-elle généralement reconnaître les esprits créateurs qui lui apportent de la lumière qu'après leur mort. Elle ne les comprend guère, à moins qu'elle ne les croie trop. Et non seulement elle ne sait reconnaître ce qui se produit par eux mais elle ignore complètement comment cela peut se produire. Elle ne leur en facilite pas les moyens; bien plus, elle les entrave elle- •même.
Malgré toutes ces difficultés, au milieu d'elles, le génie devient une expression courante dans les époques où une nation, ou une institution ou une idée philosophique appliquée à la vie, arrive par le mouvement, l'échange, par le travail de la Pensée lioérée et consciente^ cultivée par l'esprit, en possession de ses pouvoirs, Â connaître sa raison d'être, son amour, son âme.
Si la Philosophie, qui a précédé la science en Europe, a été le travail des XVI®, xviiS etxviii^ siècles, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et a déterminé dans la France plus sensible, plus féminine, plus électrique, une plus rapide et violente révolution des esprits; si pendant la Révolution et à la fin du xv!!!*- siècle se proidoisirent tant de cerveaux solides, géniaux, dans toutes les branches
de la spéculation, n'est-ce pas parce que la Raison c'est-à-dire l'amour des facultés de la nation, développées dans le même sens depuis des siècles en souffrant du même asservissement, entraînait la volonté éclairée et lui révélait sa puissance ? Si la réaction fut violente, c'est qu'il existait trop d'infériorisés qui ne purent pas comprendre et qui profitèrent du trouble pour manifester à leur façon. Mais cette époque, comme toutes les grandes époques, comme toutes les demi-plénitudes réalisées de l'Histoire, produisit des Génies multiples et différents dans l'Europe Occidentale; leur gloire se confondit avec les clameurs des guerres de la Révolution et de TEmpire. Ils n'en furent pas moins nombreux et éclatants.
Il est heureux de naître puissamment organisé dans une époque où l'âme humaine est pensante, où la vie est toute prête ainsi pour l'esprit qui, pénétrant, plongeant dans l'Infini, trouve dans son ambiance la substance fécondable. Créer cet état, vouloir préparer cette époque, c'est un noble but, mais ce n'est pas assez encore; il faut le créer selon la Vérité de la Vie dans tous les êtres Humains normaux, en sachant déterminer en eux les Raisons de la Vie et ses moyens, pour que la Loi de Progrés n'accomplisse plus seule son œuvre, aussi péniblement pour les humains.
Ils ont toujours souffert, d'abord de l'inconnaissance complète de l'esclavage de la matière, puis de l'orgueil de leur esprit impulsif se croyant suffisant à tout, puis de leur âme aspirative niant le savoir et recherchant l'exaltation en redoutant l'esprit, puis de la raison philosophique niant le concours indispensable de l'un des deux principes de la vie, le féminin, comme l'ecclésiastisme devait se l'interdire à lui-même, jusqu'à ce que l'âme, trop enfermée dans le dogme, veuille l'amour et la liberté dans le social et que l'esprit, par ridée de Liberté et la Science, demande à la Raison pratique le moven de vivre et de faire le Bien- Être.
C'est ainsi que l'esprit, l'âme et la raison, Intelligence, Pensée, Conscience, séparés en apparence, maisbienprèsdese joindre, setrouvent en ce moment en présence, virtuellement unis mais souvent intimement divisés par les deux agents individuels et sociaux du Progrès : ridée et la Pensée.
L'Idée est un être spirituel, une conception de l'Esprit et de la l'idée Raison, que l'Être Humain doit incorporer pour lui donner la naissance, puis l'existence matérielle. Toute idée passe dans un cerveau humain pour entrer dans le social qui est l'acquis et le champ d'action de l'humanité. Tout est humain, tout devrait même n'être
qu'humain, donc, conscient dans le social. Nous n'y sommes pas encore. Tout y est sensément humain et individuel; deux qualificatifs qu'on ne peut employer souvent : l'état 'acquis de l'un et de l'autre n'existant guère. Pour qu'une idée vive dans le social, il faut que l'individuel et l'humain portent en eux, non pas Tldée, mais la vie même de cette idée devenue un Etre, pour qu'elle soit de l'action dans la vie sociale, et qu'elle y demeure bienfaisante.
Nous avons vu pour quelles raisons il en doit être ainsi relativement à un couple humain, à propos de la tare originelle.
Qu'est-ce donc lorsqu'il s'agit d'individus en société? Aussi n'estce pas suffisant.
L'Idée devenue de la vie doit devenir un aliment de vie pour tous ceux qui l'apprécient et savent se l'assimiler, pour intensifier et parfaire leur force qualitative.
C'est pourquoi les Idées enfermées dans « la tare originelle », dans la conscience, la liberté, la fraternité, l'amour, qui sont des mots, sans aucun sens précis pour l'exercice des pouvoirs de l'Etre Humain et qui expriment de vagues certitudes, ou senties ou aspiratives, mais non définies, présentent les échelons du progrès, les tours de spirale à évoluer, après avoir neutralisé les effets de la tare originelle, après la conquête de chacun d'eux en chacun de nous.
Mais ridée, même la mieux née dans le social, ne convient pas à toutes les Pensées et ainsi n'y produit pas tout le Progrés désirable L'Idée agent du réel-progrès est toujours élevée; elle vient de l'absolu vers lequel tout monte et duquel tout descend. LA PENSÉE La Pensée, qui est l'expression supérieure de l'âme, est selon l'élfévation de cette âme. Si l'Idée est trop forte ou trop haut pour la capacité, la résistance, le degré évolutionnel de l'âme, elle ne la reçoit pas. L'âme, la pensée, habituée à s'élever monte vite, mais celle qui ne se connaît pas, qui ne sait pas penser, ne reçoit presque rien. L'esprit d'un être serait-il puissant, si sa pensée est neutralisée par l'inconnaissance qu'il a de son âme, il ne sera jamais dans la Vérité, même s'il croit s'en référer à la Raison.
La Raison, la Conscience sont le Régulateur, elles ne sont pas la résistance fécondable.
Si l'âme monte, si elle est en l'Etre Humain la spirale de son progrès, c'est qu'elle doit arriver, par les étapes de la fécondation successive, à pouvoir contenir l'Idée sortant de l'absolu.
Si l'Homme intelligent était moral, comme on le dit, s'il était réellement en possession de son plus haut amour, de sa loi d'ordre,
LA LOI DE PROGRÈS j7
capable de conjuguer avec son intelligence, il aimerait le progrès, non pas virtuellement, mais il saurait découvrir sa valeur réelle dans la nouveauté ;. il saurait prendre les moyens qui permettraient de faire de l'agent du progrès un bienfait pour tous.
Et si la transformation des méthodes semble la loi du progrès tandis qu'elle en est l'arrêt ou la déviation certaine, c'est que l'Homme ne sait pas encore la loi d'ordre et de connaissance et qu'il ne voit pas la Vérité, en lui et dans ce qui est. L'IMAGMATIOIV
Concevoir, c'est créer en soi, avec soi une forme pour l'Idée. Le moyen de création de la forme pour l'Intelligence est l'imagination qui avec l'Idée, fille de l'Intelligence et de la Raison, veut réaliser et traduire l'Idéal. V^oilà pourquoi, l'Imagination suit l'Intelligence dans l'étude des moyens personnels que l'Etre Humain possède de connaître et de se connaître, dans l'Education Humaine.
L'Imagination ou faculté de créer des images, n'est pas du tout ce que Ton est accoutumé de croire.
Auxiliaire de l'Intelligence et de la Raison, c'est par elle que Tldée devient vivante dans la cérébralité, en y prenant une forme particulière, spéciale. Elle est l'admirable et indispensable complément du savoir et des conceptions de l'Intelligence, qui ne peut s'exprimer que par une forme dont l'image doit être vivante dans la pensée pour être reproduite et rendue vivante par l'art, l'ingéniosité ou le talent, dans la nature, et y être comprise et plus ou moins circulante et adoptée.
L'imagination doit être subordonnée à la Raison, à l'Intelligence, an savoir, non à la croyance, pour rester une puissance créatrice dans la Vérité et ne pas être la perturbation de l'Idée et de 1 a Pensée et l'obstruction des plus hautes facultés intellectuelles.
« Imaginer, dans le sens vrai et élevé du mot, dit Vacherot, c'est réaliser l'Idéal, c'est faire descendre la Vérité intelligible dans les formes de la nature sensible, réprésenter l'invisible par le visible, l'infini par le fini. »
Mais, pour le commun des mortels, imaginer c'est le plus souvent croire sentir^ se figurer que l'on sent, que l'on croit; et l'imagination évoque alors l'image de ce que nous croyons la Vérité.
La valeur de l'imagination est dans l'Etre Humain, en raison directe de sa sensibilité réversible et du jeu actif et réglé de ses centres vitaux.
Tout ce qui vit en nous et par nous : nos facultés, nos sentiments, nos passions, nos idées, nos pensées, influencent, chacun spéciale-
ment, notre imagination. C'est dans l'imagination et par elle que se satisfont toutes nos aspirations, que se ruent toutes nos impulsions inconscientes, tous nos savoirs aussi, selon la qualité, la force et l'étendue de ce que nous savons, et la Vérité qui nous guide ; selon ce que nous sommes, tout aufond denous-même, dans ce moi absolu, qui veut se manifester avant tout dans le bonheur et la liberté, et qui ne se connaissant pas, ne connaissant pas ce qu'il doit vouloir pour être heureux et libre, se livre à toutes les formes capables de le satisfaire, qui lui sont suggérées par son activité vitale. Très peu de personnes savent ce qu'elles peuvent faire de leur imagination. N'étant pas en possession de leurs aptitudes, de leurs facultés connues, développées et cultivées, elles ne peuvent jamais se servir de cette merveilleuse faculté dans le pourquoi elle est faite correspondant à leur force qualitative consciente.
Elle n'en existe pas moins en elles, bien plus exigeante, bien plus vagabonde et terriblement impérieuse parfois, que si elle pouvait remplir ses fonctions véritables.
L'imagination n'est la folle du logis que chez les impulsifs et les inconscients.
Ceux qui en font la servante de l'Idée selon la Vérité, du savoir, de leurs conceptions artistiques et scientifiques, savent ce qu'elle est en eux et sont très réservés vis-à-vis d'elle. Ils lui imposent silence et elle se fait bientôt l'auxiliaire de leur travail dans le sens qui leur convient.
La conquête de l'unité du moi, dont les principes de vie et le régulateur sont aujourd'hui en présence, veut donc la réalisation humaine intellectuelle, psychique et rationnelle.
Elle indique l'utilité pressante de la connaissance de ces trois puissances dans leur valeur intrinsèque. Celle de l'âme s'impose à nous comme celle de l'Intelligence que nous venons d'étudier. l'ame a notre époque, l'Intelligence est plus avancée que 1 âme dans sa
libération. Chez celle-ci, on a surtout sollicité la sentimentalité excessive, l'exaltation, tandis qu'il faut avant tout la mettre à même de posséder et de faire fructifier ses facultés sans porter atteinte à sa chaleur nécessaire, à son ardeur, à son activité.
Plus une âme est active, plus elle est qualitative ; il ne s'agit que de l'ordonner et de la mettre en bonne voie.
Plus alors elle sera féconde et plus l'Intelligence et l'Idée pourront s'exercer et produire en elle le travail de la Vie.
L'Esprit humain, l'intelligence qui avec la Raison crée l'Idée, et avec l'imagination sa forme, ne peut rien sans le principe de vie qui le complète, qu'il féconde, et qui rend la vie en rayonnance, sans l'âme humaine, porteuse de la sensibilité et de la Pensée humaines, sans lesquelles la conscience ne peut devenir vivante.
L'âme, substance qualitative, résistance fécondable de la force qu'est l'esprit, est l'ensemble de toutes les facultés réceptives, germinales, éclosives, génératrices et réceptrices, que nous possédons à l'état latent et qui sont en nous ce qui sent, ce qui s'attache, ce qui pense et ce qui s'élève.
Sa sensibilité, sa faculté d'attachement et d'élévation qui, dans l'impulsivité et l'ignorance, sous l'influence de l'attachement inconscient et de la sentimentalité exaspérée, devient de l'exaltation et annihile complètement sa valeur primordiale : la Pensée, est l'ensemble que l'Eglise a canalisé et exalté pour elle et pour l'au-delà, empêchant ce qui pense de sortir des dogmes et de la foi, pour la vie.
La réaction produite par la révolte de ceux qui, comprenant cet esclavage et cet accaparement de la plus haute valeur humaine, réclamèrent la liberté de conscience, fait que pour aller plus vite, croit-on, aujourd'hui l'on veut penser mais on nie l'âme porteuse de la Pensée, et l'on croit que la Raison est suffisante. La Raison se combine avec l'intelligence pour créer l'Idée. C'est tout son ouvrage de ce que côté intime de TEtre humain. Si l'Idée ne sait pas et ne peut pas ensuite trouver dans les cérébralités, la Pensée entourée de ce qui fait sa force, si elle ne s'apppuie sur l'âme qu'on nie, elle conti- Quera à endurer ce qu'elle éprouve depuis des siècles et ce qui est en ce moment : elle vivra sur elle-même en jetant la perturbation dans ce qui est raison et intelligence.
Il faut se bien rendre compte de ce qui est. Si la Pensée et la Conscience furent prisonnières par l'âme, elles ne peuvent être libres qu'avec elle. Sans l'âme qui contient la Pensée et qui complète la conscience, sans sa connaissance complète, sans son acquiescement tout entier à l'œuvre de Tlntelligence et de la Raison, il ne peut se créer l'ambiance humaine qui n'existe pas et n'a jamais existé.
Ce n'est pas parce que les Religions ont su habilement faire de l'âme ce qui leur était profitable au détriment de la vie et de l'Huma-
nité, que nous devons renier la partie qualitative et progressive de l'Etre sans laquelle l'Intelligence et l'Ordre ne peuvent rien.
C'est l'âme, au contraire, qu'il faut connaître et employer : ce qui sent, ce qui s'attache, ce qui pense et ce qui s'élève doit être le grand souci de l'Education. C'est le Progrès lui-même.
Certes, si l'on considère la vie dans la nature, et dans les êtres, ses éléments de manifestation, dans des plans différents, l'infiniment petit est une merveille et l'Homme peut considérer que la Pensée du ciron s'exerce comme la sienne. Cependant, il n'est pas téméraire d'affirmer que l'Etre humain, esprit, âme et raison, idée, pensée amour, porte en lui avec les raisons, les moyens et le but de l'infiniment petit, des raisons, des moyens et un but tellement différents que ce qui se passe dans le ciron, si intéressant et admirable cela soit, n'est qu'une faible partie de ce que l'Humain doit accomplir pour vivre, et que l'Humain porte en lui des pouvoirs et des facultés qui, contenant ceux et celles du ciron, les dépassent au point que ceux-ci ne sont plus des fins pour lui, mais seulement des moyens se rapportant à une branche de ses facultés.
Et voilà justement où réside la différence capitale qui existe entre la pensée rudimentaire des êtres habitant la planète qui tous tendent vers l'Homme et la qualité de la Pensée humaine : celle-ci doit et peut devenir adéquate à l'esprit. Et ce n'est que lorsque la Pensée humaine sera réellement capable de contenir tous les pouvoirs de la vie et de l'intelligence et de les rendre en rayonnance vivante selon la Loi de Progrès, par le Verbe ou les œuvres de vie sociale correspondantes, que l'Humanité vivra de la vie qui lui convient, dans l'ambiance sans laquelle il ne peut y avoir pour elle que de la souffrance.
Car ce n'est pas parce qu'on nie l'âme qu'elle n'existe pas ! Ce n'est pas parce que, dans l'ignorance et l'inconscience, il fut facile d'enchaîner la pensée, de l'ensevelir sous les facultés dévoyées de l'âme, de circonvenir ce qui sent, ce qui s'attache, ce qui s'élève, que ces facultés ne sont pas propices à la Pensée elle-même.
Ce qui sent, ce qui s'élève et ce qui, s'attache dans l'âme, doit servir à l'œuvre de la réalisation de la Pensée humaine. Ce sont les agents mêmes de la loi de Progrès et de la morale dans l'Etre humain. Ce sont ceux qui maintiennent le plan du tour de spirale accompli par l'attachement, tandis que ce qui sent, apporte à ce qui pense les raisons de faire mouvoir ce qui s'élève et desavoir, de pouvoir accomplir avec l'Idée, un nouveau tour de spirale jusqu'à
LA LOI DE PROGRÈS 6l
ce que rame, montant toujours et devenant à la fois forte et grande, par sa pensée solide et par la possession consciente de l'amour des facultés développées de l'Etre, qui sont des êtres devenus aptes à conjoindre en toute connaissance et choix avec l'extérieur, est capable elle-même de contenirla réelle intelligence humaine, d'être fécondée par elle et de donner à l'Etre toute la vie qu'il porte en puissance!
Apprendre à penser, c'est apprendre à vivre, en sentant la vie pénétrer et s'intensifier. C'est marcher vers le bonheur. Savoir penser, comprendre l'œuvre du travail de l'esprit, de Tldée et de la Pensée pour progresser et agir, pour entraîner la volonté selon la détermination de cette dernière, voilà la vie, la science de la vie et du bonheur en soi.
Si l'on transporte dans le social ce qui est dans l'individuel, nous sommes en présence des deux principes de vie, le masculin et le féminin, dans les deux éléments de vie supérieurs de la Planète, l'homme et la femme. Tous deux ayant fait et voulu le travail libérateur de l'Intelligence et de la Pensée doivent se connaître dans leur valeur intrinsèque et dans leur valeur relative, de façon que, possédant chacun la liberté de vivre, de progresser et d'agir en se manifestant, le couple humain sache vouloir complémentairement, dans l'union consciente des différences et équivalences de leurs facultés sensorielles, affectives et intellectuelles qu'ils possèdent tous les deux : l'homme normal avec prépondérance de ce qui constitue le masculin, la femme normale avec prépondérance de ce qui constitue le féminin.
Ayant réalisé chacun la liberté de l'Esprit créateur et, par l'éclosion des facultés complexes de Tâme, la Pensée fécondable, la valeur sociale de leur union consiste à savoir être consciemment complémentaires dans ce qui les différencie, en appliquant à l'exercice de la vie sociale, avec le savoir des pouvoirs qu'ils ont acquis, les raisons mêmes de la vie qu'ils respecteront, protégeront et faciliteront dans les institutions.
L'homme et la femme sont chacun en puissance de l'esprit créateur.
Ils se fécondent mutuellement, en produisant séparément, jusqu'au jour où, unis étroitement par l'amour supérieur conscient, ils créent ensemble.
Ce qui est indéniable, c'est qu'ils ont chacun besoin de la fécondation réciproque pour évoluer. Elle se produit sans qu'ils s'en doutent le plus souvent, dans toutes les circonstances de la vie ;
sociale, indépendant et impersonnel, à donner, selon les lois de l'impartialité, du droit des gens, du progrès, en même temps que de la conservation et de Thygiène, les considérations à observer dans les innovations, pour assurer leur sécurité, et leur réelle efficacité? Que de maux, que d'entraves, créés par l'Humanité ellemême, on éviterait ainsi !
La responsabilité des novateurs est énorme. S'ils captent la confiance en réalisant des bénéfices, elle doit être garantie et contrebalancée par la représentation, dans la conception et dans la surveillance, de ceux qui apporteront à la fois leur argent et leur personne poui* faire marcher l'affaire. Il est plus difficile, quand ce n'est pas impossible, de réparer que de prévoir; dans la pratique, on croirait que c'est le contraire qui est vrai.
L'Humanité a le droit de s'assurer que ce qu'on lui propose est bien en rapport avec les lois de la vie. Rien n'est progressant si la réelle sécurité de l'action n'est pas sauvegardée.
C'est ici que nous trouvons d'ailleurs le point d'appui de toutes les Révolutions. Si (( c'est par l'esprit de l'élite et l'armée des mécontents » qu'elles se sont faites jusqu'à ce jour, et si l'on constate autant de recul que d'avancement dans la loi de progrès, bien que ce ne soit pas très exact comme nous Tavons pu constater, c'est qu'elles se sont toutes accomplies dans l'erreur, en blessant ou en négligeant l'une des deux forces pariturantes de toute action normale, soit Tesprit, soit l'âme, soit le masculin, soit le féminin et leur régulateur, l'ordre. Le but initial, le mobile immédiat, n'avaient pour agents que des individus tâchant de profiter de la faiblesse des. mécontents pour accaparer à leur profit la place que ceux-ci réclamaient.
Il est curieux de remarquer que dans les races latines, le féminin a toujours été plus ou moins sacrifié au masculin sous des apparences de déférence, et que la lutte de l'Esprit, de la Raison et de l'Ame y fut cruelle pour les défenseurs de chaque principe. Les révolutions, dans l'ignorance de la loi de progrès, n'ont pu y être concluantes ; les institutions qui en découleront ne seront durables et bienfaisantes pour tous, l'évolution humaine ne commencera réellement après elles, pour l'Humanité, que de l'instant où, conscients de la Loi de Progrès, l'esprit, l'âme et la raison d'une part, le masculin et le féminin d'autre part, conjugueront harmonieusement dans la vie intime et privée des individus ; ils créeront alors le plan de vie sociale où la révolution ne sera jamais plus qu'une évolution rationnelle et bienfaisante pour tous.
Rien ne vaut sans la Liberté.
Pour être libre, il faut être conscient et savoir penser.
Pour être conscient, il faut connaître et se connaître.
Pour savoir penser, il faut savoir et reconnaître le sens des mots, des êtres et des choses.
Tous les Humains pensent naturellement, y en a-t-il beaucoup qui sachent le faire. Tous les Humains se croient libres. En est-il beaucoup qui le soient et sachent l'être ?
A la complexité, au désordre moral des temps présents, dûs à la confusion des idées, aux efforts de Vintelligence qui ne trouve pas dans les individus qu'elle sollicite la Pensée correspondante i la Raison^ à Vidée qui les actionne, vient s'ajouter la perplexité de la Liberté.
C'est à qui se réclame d'elle quand il s'agit de faire ce qui plaît et de ne pas perdre ce à quoi on a l'habitude de tenir, tandis que, de différents côtés, on lui impute tous les maux présents et à venir.
(( Depuis que nous avons posé devant le Dieu Créateur l'idée de Justice, dit-on, nous devons comprendre qu'il a créé l'homme libre. Et aussitôt que Thomme est posé comme libre, on n'a plus à se demander d'où vient le mal. L'expérience de tous les jours nous montre que la Liberté est la cause véritable de tout le mal et aussi de tout le bien qui se fait en ce monde. L'idéal de Justice a dû créer l'homme libre et l'homme libre a créé le mal. »
Ne retenons que cette dernière accusation. Elle est capitale. Elle semble décisive. Cependant, elle n'atteint personne : l'homme libre n'existe pas encore et la Liberté n'est pas plus que lui.
(i) Lire comme complément La Femme et la Liberté du même auteur (1901). Union de Pensée féminine .
Certains mots, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, sont représentatifs des forces existantes mais inconnues que l'Etre Humain porte en puissance et qui sont le mobile de ses aspirations les plus légitimes, ardentes et constantes.
Rien qu'à prononcer leur nom, on croit savoir en faire usage. L'exercice, la possibilité et le droit démontrent après quelques déceptions, au milieu de déboires imprévus, qu'on n'en véhicule que ridée. La Liberté est de ce nombre.
L'Idée de liberté, qui répond à la plénitude de la joie de vivre dans tous les Etres Humains, ne blesse tant de monde, dans l'exercice qui s'en fait, que parce quelle n'est qu'une idée et non une réalité^ vivante dans les moyens individuels et sociaux de tous.
Aussi assistons-nous, au nom de l'Idée de Liberté, à un déchaînement de (( moi » inconscients, ignorants de la Liberté et d'euxmêmes, lequel porte le plus grand préjudice à l'Idée, si satisfaisante, si humaine et légitime soit-elle, parce qu'au lieu de jouir de la Liberté, nous nous débattons dans la licence.
Ceci revient à dire que dans notre pays, où l'Etre Humain semble posséder la Liberté, il ne la connaît pas; d'une part, parce qu'il ne se connaît pas lui-même et qu'il ne sait pas le travail qu'il doitfaire, en lui, dès l'enfance, pour rendre vivantes et libres toutes les forces qu'il renferme: d'autre part, parce qu'elle est restrictive, légalement, à un seul sexe, qui n'en porte pas pour cela le secret, et qu'ainsi elle ne repose pas plus dans le naturel que dans le social, sur les lois de l'ordre et de la vérité de la vie.
Avant de poursuivre, il est nécessaire d'insister sur cette dernière considération; c'est dans l'intérêt de tous. Si l'Homme veut réellement réaliser des êtres libres, porteurs de la Liberté consciente, il faut qu'il soit logique avec son désir. La femme est la mère et la nourrice des deux sexes ; elle est l'éducatrice indiquée par la nature, qui iie l'enfant à la mère et le lui pend au sein jusqu'à ce qu'il marche. L'Homme ne doit pas la tenir dans un état d'esclavage et d'in- Icriorité légale qui la blesse, dès que sa révolte prouve que cet état est plus bas que sa pensée. Ce qui indique qu'il lui faut une plus noble, plus digne, et plus juste idée d'elle-même, pour qu'elle aime sa tâche et la suive; d'autant mieux que l'ère de liberté lui confère la facilité de jouir d'une partie des apparences delà Liberté que l Homme possède, et, lui prouve tout ce que la vie perd à se gaspiller ^an5 l'ordre naturel et sans l'équité.
Dès l'instant que l'homme, en proclamant la Liberté, affirme qu'il
veut vivre selon les lois de la vie elle-môme, il faut qu'il commence par les appliquer telles qu'elles sont, telles que l'ordre éternel nous les montre, immuables dans leurs manifestations : le masculin, le féminin, les deux agents de la vie, égaux et libres dans la nature selon les modes de vie qu'imposent leur substance, les lois climatériques et les lois de la minéralité du pays où ils existent, mais qui ne seront la vie supérieure sur la Terre que par l'unité cTonsciente des deux éléments supérieurs qui y sont manifestés : l'homm'e et la femme.
En maintenant la femme dans cette infériorité stagnante, moralement pernicieuse, elle ne saura pas, malgré l'instruction et tous ses droits aux plus hautes études, donner aux enfants l'éducation qui convient; elle ne portera pas dans son intelligence les raisons et les moyens développés d'une liberté consciente et réelle, ni dans son cœur le sentiment qui, quoiqu'on veuille insinuer, est indispensable pour accomplir cette tâche avec fruit, avec la persévérance de la poursuivre. C'est donc Thomme lui-même qui entrave la Liberté...
Nous avons vu (i) que TEtre humain naît avec l'intelligence et que l'intelligence contient tous les pouvoirs de la Vie.
Il naît ainsi avec la Liberté en puissance, liberté de l'intelligence, liberté de l'amour. C'est pourquoi il se croit libre dès qu'on parle de Liberté et qu'il se sent Créateur dès qu'il a une idée plus ou moins ingénieuse. C'est pourquoi il croit aimer en parlant d'amour et vivre, en s'agitant, en se dépensant et en absorbant le plus possible.
En réalité, bien peu d'êtres ont été libres, ont créé, ont aimé, ont vécu ; mais, en revanche, tous ont plus ou moins souffert de ne pas pouvoir ou savoir le faire, selon l'ordre qu'ils sentaient en eux, en' essayant tant qu'ils pouvaient d'y parfaire et en finissant par nier ce qu'ils ne pouvaient réaliser.
Ils ont raison vis-à-vis d'eux-mêmes.
Avoir vécu, ce n'est pas avoir satisfait ses passions, s'être remué, avoir réussi^ comme l'on dit.
Etre libre, ce n'est pas avoir fait ce qu'on a voulu, sans savoir ce qu'il faut vouloir.
Avoir aimé, ce n'est pas avoir mené plus ou moins souvent des intrigues intéressantes, même passionnantes.
Avoir créé, ce n'est ni avoir mis des enfants au monde, ni conçu
{i) La Loi de Progrès.
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et mis au jour des formes d'idées qui semblent plus ou moins bizarres et originales, des œuvres quelconques qui ont même eu du succès parce qu'elles ont fait vibrer Témotivité des passionnés à la recherche des occasions de s'enflammer sur des mots.
Rien de tout cela n'est de la vie ; rien de tout cela ne sert au progrès, même de celui qui agit (on pourrait affirmer qu'il le recule en embrouillant et renforçant les déchets du Progrès), si l'Etre humain, ne veut et ne conçoit selon la Vérité qui est.
C'est pourquoi le plus grand nombre se déclare insatisfait, mêmel'individu qui proclame avoir réussi, aimé, vécu, créé. Il sent bien au fond de lui que ce nest pas ça.
Oser le dire, c'est une affirmation si vraie qu'elle soulève la révolte, chez les plus persuadés que (( la vie ne vaut pas la peine d'être vécue »• et qui le répètent sans cesse. Présentez le miroir de la Vérité, chacun le brisera à sa manière. L'œil de l'Etre humain est si peu habitué à. la Liberté qu'il ne sait pas regarder en face et fixer le plus faible rais de lumière Accuser la vie qu'on ne voit pas, à la bonne heure! Mais s'avouer qu'on n'a pas su vivre et que la vie qu'on a passée est ua voyage à refaire, c'est trop cruel; il est bien plus simple de tout nier et de s'étourdir. L'ennuyeux revers de l'affaire, c'est que ce qui est n'en existe pas moins et se fait sentir quand même. Heureusement qu'en dehors de nous la loi de la vie suit son cours et nous entraîne.. Malgré toutes les croyances, les volontés et les mauvais vouloirs, le siècle marche à grands pas vers la certitude et la confirmation de la Vérité, par la Science et, par la Pensée, espérons-le, à la conquête de la Vie et de la Liberté.
Il fallait l'ère de la Liberté à la Science, comme il faudra la science, de la Vie et la Vérité reconnue à la Liberté, pour être et devenir.
Elles ne sont encore ni l'une ni l'autre. C'est à les faire que l'on veut travailler.
La véritable science n'est pas seulement d'anatomiser, de noter des faits, de constater des lois et de susciter des rapports ; c'est avant tout de trouver et d'indiquer la marche progressante du principe de vie psychique dans la mécanique humaine, afin de pouvoir au plus tôt commencer la mise en mouvement rationnelle du moteur de l'individu et, par ses facultés développées et connaissantes, déterminer en lui l'être moral et conscient, et faire éclore la substance nécessaire au travail de l'intelligence.
Pour cette œuvre comme pour la science et pour la Liberté, il faut la Paix pendant laquelle l'Etre humain doit prendre conscience de-
VERS LA liberté! 69
ses responsabilités, de la dignité de sa nature, des pouvoirs qu'il possède comme de leur maniement.
Le savoir, la mise en œuvre rationnelle et la force évolutionnelle de l'Etre humain étant les limites de ses pouvoirs sur lui-même, sur la nature et sur la société, sont les limites de sa responsabilité, de sa liberté, de sa puissance créatrice et de son action consciente. Ils constituent les crans d'arrêt de sa vie. ^
La Liberté veut l'instruction et le savoir avant tout ; car elle r? ■: peut s'exercer que dans le plaisir des facultés choisissantes, connais* santés pour choisir, de chacun.
Mais il faut remarquer qu'à notre époque le Savoir n'est renfermé ni dans le mot instruction comme nous le comprenons, ni dans l'instruction que nous donnons à l'enfance.
Instruire, c'est faire de la structure intéfiôont. l*instruc-
L'instruction est en conséquence l'œuvre de l'édification intime de tion l'Etre humain.
Ce n'est pas seulement meubler sa mémoire, l'exercer au calcul, lui apprendre. à lire et à écrire des phrases, à réciter l'histoire, la géographie, des morceaux choisis, des dates, etc., c'est le mettre à même de connaître et de se connaître, pour comprendre le sens de ce qu'il lit, de ce qu'il voit, de ce qu'il entend au dehors, et de ce qu'il sent, voit et entend en lui-même.
C'est le mettre en possession de ce quil a, pour qu'il puisse et sache devenir ce quil est, en le déterminant rationnellement dans tous les modes de l'existence de l'Etre humain, selon les phases de son évolution, selon la marche de la loi de progrès dans son âme, selon l'âge, selon l'emploi qu'il doit savoir faire de ses facultés, en lui et en dehors de lui.
C'est lui faire connaître les matériaux nécessaires à la construction intérieure de son moi Humain^ tout en le mettant à même de traduire sa force et sa qualité particulières.
De plus, dans l'Ere de liberté, c'est lui enseigner la science et l'art d'être Libre, afin de pouvoir tirer parti de sa valeur en gagnant à la fois l'existence et la vie, par l'emploi de lui-même, de la nature et de ce que la société a préparé à cet effet (r)
Pour enseigner la Liberté, il faut la connaître.
Lorsqu'on proclame que l'apprentissage de la Liberté se fait par la Liberté, on affirme la plus courante mais aussi la plus pernicieuse
des erreurs : celle qui empêche justement la Liberté d'être autre chose qu'une idée au nom de laquelle tout le monde se permet d'agir impulsivement, en dévoyant par l'intérêt, la licence, par le désir des jouissances et la satisfaction sans frein des plus bas appétits, les moyens d'expression du véritable progrès Humain. Et cette licence empêche de se rendre compte de ce qu'est la Liberté : le chemin de la Vie supérieure réalisé par la connaissance des facultés libérées dans VEtre humain pour qu'elles s'y développent selon ï Ordre et la Loi et que conscientes, l'intelligence et la pensée sachant conjuguer entre elles, établissent, dans le social, les moyens, pour tous, d'épanouir librement au dehors ce qui vit librement, selon l'Ordre et la Loi, au dedans.
La Liberté n'est bien réellement aujourd'hui qu'un mot représentatif d'un être, en puissance comme l'Etre humain, qu'il faut réaliser en lui, et savoir mettre au jour par lui.
Réaliser le moi humain, rendre vivantes, conscientes, conjonctives et créatrices, les parties constituantes de ce moi, les libérer pour qu'elles deviennent rationnellement génératrices, fécondes et rayonnantes, c'est faire la Liberté, c'est libérer la Vie, et l'Etre humain avec elle.
C'est l'œuvre à entreprendre, le travail à commencer dans les deux sexes ; dans l'Individu d'abord, de façon que l'intelligence puisse, après avoir pris connaissance de l'intégralité vers laquelle il pourra s'acheminer, après avoir reconnu les différences complémentaires des sexes, les combiner pour le bonheur individuel et général, et concevoir l'action de ce qui doit y correspondre dans le social.
Tant que la généralité des individus ne se rendra pas compte de ce qu'est la Vie et ne saura pas ce qu'est la Liberté, comment on doit déterminer et assurer le chemin de la vie libre en soi-même, avec volonté et savoir pour qu'elle soit garantie dans l'extérieur, la Liberté ne sera qu'une duperie, un prétexte, un paravent, derrière lequel tous les abus, toutes les ivresses et toutes les exaltations se donneront libre cours.
L'Hygiène sociale a assez d'occupation avec les déchets du passé et les idées outrancières, sans qu'au nom de la Liberté et du Progrès il n'éclose dans le présent que des virus, vivants avec entêtement, terribles comme les épidémies, contre lesquels elle est impuissante, par l'omnipotence de l'Idée si légitime de la Liberté et de son droit; d'un mot vide encore, dans lequel chacun loge son égoïsme mesquin et sa vanité ignorante, avec une volonté tenace d'en faire le ballon
rigeabie (>) de sa fantaisie.
VERS LA liberté! 7I
Affirmer que Tapprentissage de la Liberté se fait par la Liberté, c'est certainement flatter l'Humanité, mais c'est l'entretenir dans sa tare originelle; c'est supposer ou lui faire croire que les humains qui jouent avec elle sont des Hommes réalisés et conscients, qu'ils possèdent la science de la vie, qu'ils sont capables d'en suivre les lois, d'y conformer leurs actions et leurs œuvres, en mettant leur idéal de Vérité et de Justice dans la direction de leurs intérêts.
Cette conduite est très rare, et pour cause; l'on ne s'écarte pas beaucoup de la vérité en pensant qu'elle sera peut-être pendant quelque temps encore.
En second lieu, et cette objection n'est pas le moins intéressant argument contre l'erreur à combattre : on ne fait pas l'expérience et l'apprentissage de la Liberté par l'usage de la Liberté.
Autre chose est d'acquérir la connaissance du moi par le non-moi matériel et tangible, de se brûler les doigts pour apprendre qu'on ne touche pas le feu sans qu'il en cuise et qu'il convient de prendre avec lui des précautions si l'on veut l'employer sans se faire du mal; autre chose est cette expérience, nécessaire pour l'usage des êtres et des choses, et le droit d'exercice d'un être spirituel-rationnel, d'une force inconnue, d'une idée puissante coname la vie elle-même, mais qui ne correspond à rien de vivant dans notre âme qu'à une aspiration, sur l'emploi de laquelle tout savoir nous manque, comme nous ignorons ce qu'elle exige de nous ; et dont on n'a aucun exemple, vivant et complet, sur la planète, permettant de se donner l'illusion de pouvoir le réaliser, en imitant les agissements de ceux qui le posséderaient.
Puis, comment faire l'expérience de cette force, inconnue dans ses lois intimesr
Se blesserait-on, se torturerait-on sans cesse par son exercice ignorant, que l'illusion, vanité de l'impuissance et de Tinconnaissance humaines, > 'accusera jamais ni la Liberté qui lui est chère légitimement, ni son ignorance, mais l'Etre ou l'objet tangible qui sert à la manifestation, à l'action, à la volonté inconnaissante de ses satifactions
C'est ainsi que l'action inconsciente et illusoire, accomplie au nom d'une force inconnue et impalpable, si réelle soit-elle, si légitime soit son aspiration, ne réalise pas plus cette force qu'elle ne renseigne l'Homme sur elle et sur lui et que l'usage de la Liberté n'est pas l'apprentissage de la Liberté.
L'Idée d'une force, au moyen de laquelle l'Homme croit être heu-
reux, est une perturbation tant qu'elle ne fait pas elle-même, par ses raisons et ses moyens, partie intégrante des facultés de l'être Humain tout entier, dans ses raisons, dans ses moyens conscients, et qu'elle ne trouve pas son usage et son extension complète dans le social.
Nous avons vu (i) que l'erreur fondamentale qui entrave la mise en œuvre de l'Etre Humain, vivant et libre dans la nature et dans la société, est celle-ci : « Chez l'Etre Humain, l'état de nature existe toujours à l'état de société. » Et nous avons remarqué que non seulement l'état de nature ne pouvait exister avec nos lois, nos préjugés, et la confusion présente, mais que le réel état de nature qui, chez l'Etre Humain est la possession de soi-même, de l'Humain, dans la nature et dans la connaissance des lois de la vie, en elle comme en lui-même, de ses pouvoirs sur lui-même et sur la nature, n'a jamais existé en France; qu'il ne pouvait s'y réaliser; d'abord parce que personne n'y pensait ou que ceux qui y songeaient trop haut étaient supprimés ; ou qu'ils furent des œuvres de philosophes, ne dépassant guère les cénacles et les bibliothèques, tandis que leurs véhicules naturels, les fécondatrices indispensables, la Pensée et la Femme, étaient l'une trop peu libre et l'autre encore plus prisonnière.
Nous avons compris ainsi que l'état de nature ne pouvait se réaliser dans notre pays, avant l'époque de la Liberté proclamée, donnant peu à peu la liberté de penser, d'agir et de connaître. (Car il faut remarquer que c'est dans cet ordre que les libertés furent petit à petit accordées et rendues possibles, depuis 1789, et que le désordre moral-mental dans lequel nous nous débattons en est le fruit.
Permettre de penser sans avoir éduqué l'Etre Humain à cet effets sans lui avoir appris à connaître et à se connaître, sans que l'être moral soit déterminé en lui, avant l'exercice de l'être sexuel et sans la conscience de ses responsabilités dans l'ignorance des lois, c'est provoquer le chaos cérébral : (nous y sommes); tandis que l'état de nature qui est l'état réel de la liberté puisque pour l'Humanité il est VHumain conquis, n'existera que par l'Individu réalisé d'abord Humain-moral conscient. Alors, convaincu du travail que nécessite l'usage de ses droits sur la nature et dans la société, connaissant
(i) Education Humaine, (1902), du même auteur.
ses devoirs et l'emploi de son intelligence, la valeur de sa pensée, de son amour conjuguantensemble librement par la conscience vivante, il vivra dans la nature, selon les lois de la vie, en sachant y conformer son existence et son action et diriger ce quil doit supporter.
Et si, en effet, c'est du chaos dans lequel nous nous agitons que doit sortir la morale, il faut qu'elle ne surgisse pas seulement de rEducation nécessaire, urgente, rationnelle, mais qu'elle rayonne de l'individu en possession de la dignité de sa réelle nature et de cette certitude, entière, inébranlable, et rendue réelle pour tous : (( J'existe mais je ne possède pas seulement l'existence. (( Je vis )), je me sens en moi-même marcher vers le progrés, vers la plénitude d'être, vers le bonheur, et mon travail conscient est de la joie en moi et autour de moi. Et voilà comment ayant acquis ma dignité et ma liberté, tous peuvent et doivent l'acquérir». Ayant compris, ayant proclamé sa victoire sur lui-même, l'Individu voudra que les enfants soient encore plus vite que lui mis à mttRt et profiter am Grand OEuvre : la Réalisation de l'Etre Humain par l'Education Humaine, qui créera pour tous la réelle liberté de la pensée et de la conscience. Il y travaillera avec elle.
Car si l'Idéal de Justice, si la dignité et la responsabilité créent l'Homme libre, celui-ci a le travail à faire de se réaliser comme Etre Humain, comme Homme ou comme Femme, et de faire en lui la Liberté. Après cela, il sera peut-être un être humain libre et saura peut-être réaliser la Liberté sociale.
L'Idéal de Justice, dans lequel doit s'épanouir la Liberté, veut avant tout être vivant dans la conscience.
La Liberté est ainsi subordonnée au savoir, à l'exercice des fa- la liberté cultes libérées de l'Etre humain et à la réalisation de sa conscience de
qui exige celle de sa complète sensibilité. Ceci explique pourquoi conscience les Religions ne sont pas pressées de l'enseigner; pourquoi aussi l'on parle un peu prématurément de la liberté de conscience, qui renferme deux forces différentes, à rendre vivantes : la liberté et la conscience. Ce qui revient à dire que la liberté de conscience est une œuvre à entreprendre.
Car, la liberté n'est pas seulement dans le droit oe iaire une ^a liberté chose, dans sa possibilité sociale, elle est dans le choix qu'on en a fait consciemment, dans le savoir de ce qu'elle est, de ce qu'on est, et du bien qu'elle détermine, pour les autres, pour soi et pour la Vie.
La Liberté est le chemin frayé et assuré au passage ordonné de la vie dans l'Etre Humain, au développement rationnel et progressant
des facultés connues et cultivées^ rendues par cela même vivantes, et qui doit faciliter, libérer, le jeu de l'esprit, de l'âme et de la Raison, utilisant l'Etre comme un instrument dont on connaît toutes les ressources, toutes les puissances, toutes les faiblesses, et dont on sait faire servir la force qualitative à la vie individuelle, pour la vie sociale.
La Liberté n'est qu'au sommet de l'Etre conscient et maître de tout son moi. C'est pourquoi on la nie comme on nie l'âme. Ceux qui nient la Liberté n'ont pas vu toutes les possibilités de la réaliser en eux-mêmes : ils n'ont pas apprécié tous les moyens, ni saisi le travail à faire.
Ils sont logiques, niant la Liberté, de nier la responsabilité. De même, lorsqu'on proclame TEtre Humain impersonnel, c'est qu'on ne reconnaît pas son âme : car si l'Esprit est impersonnel, l'âme est individuelle. Nier l'âme et proclamer la Pensée libre, tout cela a peut-être besoin d'être revu, et que tous ceux qui sont d'accord sur le but de Vérité à poursuivre, s'y mettent sur l'Etre Humain luimême, sur ce qu'il est, sur ce qu'il possède et sur ce qu'il doit savoir.
Donc, la Liberté ne peut appartenir qu'à l'Etre dont l'esprit, l'âm'e et la raison s'accordent ; à celui ou à celle en possession de son Moi Humain.
(( Mais, dira-t'on, la Liberté n'est pas puisqu'elle est soumise elle-même à des lois d'ordre, immuables et éternelles. ^)
(( L'ordre est le principe même de la Liberté étant celui de l'unité, dans laquelle toutes les parties composantes, vivantes de leur vie propre et libre, sont acquiesçantes et heureuses de concourir à la Vie de lUnité, qu'elles réalisent consciemment, et dont elles parti-, cipent entièrement en se sentant solidaires les unes des autres. »
Voici pour la Liberté.
LA Quant à la conscience, elle indique assez ce qu'elle est : la
CONSCIENCE connaissance, le savoir et le choix selon la Vérité qui vit et la justice qui préside. Si elle s'accommode de l'ingéniosité, de l'illuminisme ; si elle se plaît à l'infériorisation, à Tignorance voulue des uns et à l'autorité des autres conquise parla déviation de la Vérité, elle n'est pas la Conscience.
Toutes les croyances sont respectables, certes, quand elles sont de la croyance : du savoir qui croit et qui prouve.
Mais y a-t-il beaucoup de croyants > D'êtres qui connaissent ce qu'ils croient et le reconnaissent comme vrai selon leur conscience libre r C'est douteux. Il y a beaucoup d'âmes habituées à penser ou
VERS LA liberté! 75
à ne pas penser d'une certaine façon, à agir selon leur pensée circons^ crite, qui ont tout intérêt à ne pas changer et qui se refusent à le faire.
La crédulité n'est ni la conviction ni la croyance. Croire, c'est savoir. Et ceci est si vrai que Fenfant est toujours persuadé que celui qui enseigne sait et possède la Vérité. Du jour où son esprit reconnaît le contraire et que son âme sent qu'on l'a sinon trompé consciemment, du moins induit en erreur, il devient un sceptique malheureux et professe, pour ceux qui ne savent pas et qui l'ont berné, un singulier mépris au lieu de l'attachement sinaturel à l'âme progressante pour ceux qui l'aident dans la montée.
II faudrait savoir comment s'accorde la liberté de conscience, (qui est, avec la liberté de pensée, le summum de la liberté et de la Vie), avec la compression qui, pour effacer soi-disant le péché originel, embrigade l'enfant, pour toute sa jeunesse au moins, dans une Religion.
Il lait des serments, il s'engage à un âge où il ne connaît pas la vie (nous verrons plus loin à quoi correspondent et ces serments et la Première Communion) (i) et l'on parle delà liberté de conscience, de générations qui ont subi la même pression et qui l'imposent à leurs enfants !
Que ceux qui sont touchés par la Loi de Progrès réclament, se plaignent, ceci est naturel, en somme; on ne nous a appris ni à la connaître, ni à la pressentir, ni à vivre en conséquence. Quand tous les Etres Humains sauront ce qu'elle est, les institutions seront faites pour elle, et l'Homme et la Femme, renseignéset conscients, s'arrangeront pour vivre en l'aidant sans qu'elle les blesse.
Il ne faut donc pas s'étonner si tous les gouvernements autocrates et religieux ont redouté la loi de Progrés et la Liberté; s'ils les craignent encore, dans les pays où ils ne suivent pas ses prescriptions en s'y conformant, comme l'Angleterre, dans les grandes lignes directrices de son gouvernement et de la vie dans la nature. Elle sait qu'elles sont une force supérieure de l'Individu, qui porte en lui tous les moyens de leur réalisation. Les autres les éloignent de leurs conceptions ; ils en ont une crainte analogue à celle qu'inspiraient autrefois, aux simples, les forces mystérieuses ; avec cette différence que, tandis que les forces ignorées furent un moyen d'asservissement et de prolongation d'ignorance,- favorable au despotisme, des plus forts et des plus habiles, les premiers efforts de réalisation de la Liberté les sacrifieraient à leur tour. Ce qui revient à dire que la
(l) Vers l'Amour !
Liberté, même inconnue dans son exercice et dans ses lois respectives, ne peut servir que la Vie, et ceux qui, comprenant ses lois, les suivent, s'y conforment, et la veulent complète pour tous.
La liberté n'est donc pas de faire ce qui plaît, ce qu'on croit vouloir. La liberté est le résultat d'un travail qui consiste à rendre l'intelligence, la Pensée et la Raison maîtresses du merveilleux organisme que l'Etre Humain possède, pour qu'il le dirige et s'en serve intellectuellement, moralement, psychiquement, dans le but de progresser rationnellement, de gagner l'existence et la Vie par la force qualitative, qui le caractérise, en augmentant par son expression consciente, l'acquis de l'humanité.
Pour faire la liberté en soi, il est indispensable de connaître d'abord la valeur qualitative de son moi et sa force, en prenant possession de lui, corporellement ; de manière que l'Etre Humain sache dans quelle mesure son organisme physique lui servira et le renseignera. Ceci fait partie de l'Education à recevoir par la famille ou par les Educateurs, lesquels doivent, pour eux comme pour le sujet, l'aider au travail préliminaire de toute action éducative : V expertise du moi corporel.
Quand on comprendra bien que l'Etre Humain est un tout composé de parties autonomes, dont chacune doit être libre et agissante, consciente si elle fait partie du domaine des facultés morales-mentales, toutes développées normalement et rationnellement, toutes conjonctives et aptes à produire leur amour, on saura que le corps, ou organisme physique, possède l'âme de cet organisme ou âme collective corporelle, qui a ses facultés à elle, nécessaires à l'ordre, à la direction du corps ; elle font que ce corps bien dressé ou mal dressé, que cette âme consciente ou inconsciente accomplit des actions dont notre âme spirituelle, est souvent très malheureuse dès qu'elle s'en aperçoit.
Il est donc impérieusement nécessaire, tout en développant le corps, de lui imposer, dès le premier âge, des leçons sévères de tenue et de dignité, afin qu'il ne trahisse pas notre force qualitative quand elle ne s'occupe pas de lui, et que sa sensibilité ne nous entraîne pas impulsivement.
Nous savons également que chaque organe est en nous comme un être ayant sa sensibilité propre, son enveloppe particulière, ses
VERS LA liberté! 77
affections spéciales, et que nos sens corporels, nos aboutissants, formant notre physionomie, ne sont que les moyens de connaissance, d'expression et d'action de notre esprit guidé par la Pensée et la Raison, pour l'exercice de la volonté nécessaire à l'action dans le social.
Nos sens corporels doivent donc ôtre connus de nous, dans leur force, leur qualité intrinsèque, dans ce qu'ils sont par rapport à la généralité des moyens de nos congénères. Non seulement ils doivent nous servir, mais ils nous font comprendre et déterminer, par la comparaison, le travail que nous avons à accomplir pour notre perfectionnement, soit dans la spécialité de la force qualitative qui nous distingue et peut nous caractériser ou dans l'insuffisance qui nous infériorise.
La spécialité de la force qualitative déterminée par l'étude de la valeur des sens, permet l'Education plus particulière des sens qui la possèdent et des facultés qui les complètent.
Elle devra en conséquence, s'exercer, en chaque individu, dans le but d'intensifier sa valeur personnelle, en libérant son intelligence par Véducation des sens tandis que le développement des facultés seîisorielles et affectives réceptrices correspondaîites tracera en lui le chemin de la Loi de progrès^ de la Liberté psychique.
Ce travail correspond à celui qu'en notre vie de mouvement et de locomotion moderne, toute gare centrale de chemin de fer représente.
Nos sens et nos facultés sont en nous comme ces gares de chemin de fer d'où partent des trains pour des destinations déterminées dans la cérébralité.
Leur parcours doit être connu, préparé, assuré et libre. Notre sensibilité interne, soumise à la volonté supérieure, les détermine à l'action. Notre entendement, qui est en nous ce qui sait et ce qui aime rationnellement, est le chef du mouvement et détermine seul les départs, les formations de train et est prêt aux arrivées imprévues.
Il connaît la provenance, la direction, la vitesse, la sécurité, le maniement, l'endurance, et la structure de ses agents; il sait ce qui, dans l'extérieur, assure leur bon fonctionnement, et dans la lumière de l'Intelligence et de la Pensée conscientes, juge en Liberté de ce qu'il en fera conceptivement, créativement, pour sa continuelle progression exprimante.
La Liberté est ainsi le résultat individuel obtenu par le travail et le savoir. Socialement elle consiste dans le droit et la possibilité d'exercer ce pouvoir, dans la nature et dans la société, selon l'Ordre
et la Loi de Progrès, ou manifestation impérative de la notion intelligente supérieure de tout ce qui est, agissant malgré nous, mais pour elle et pour nous, dans tous ses pouvoirs et à laquelle nous devons savoir nous associer librement.
Ce n'est que lorsque l'Humanité s'unira à elle qu'elle saura et pourra être libre, qu'elle créera l'ambiance humaine.
Créer l'ambiance humaine morale consciente, toute Tœuvre de vie, pour tous, est enfermée là.
Mettons-nous bravement à la besogne, et ne nous effrayons pas trop de savoir qu'il est des prisons à tous les échelons de la conquête de la Liberté ; prisons d'autant mieux closes et dans lesquelles on se précipite avec d'autant plus d'entrain que la liberté n'est pas encore en nous en état de germination et que nous voulons et croyons arriver tout de suite. Connaître la loi d'ordre et d'harmonie, savoir s'y conformer, y conformer sa vie personnelle et appliquer ce savoir à ce que l'on fait, à la création, à l'édification d'institutions qui, à nôtre époque, doivent être toutes basées sur les lois de la V^ie supérieure exprimée dans la nature et que l'on trouve dans l'évolution de l'Etre lui-même, voilà la Vérité pratique et fondamentale de la science de la Vie et de la Liberté.
Ce qu'il importe de considérer pour comprendre ce que nous devons faire et comment nous devons nous y employer, c'est la stabilité dans le mouvement, l'immuabilité du moi absolu de chaque astre ou être progressant, accomplissant son évolution, et que nous représentent notre système planétaire, notre planète, tous les êtres manifestés et nous-mêmes.
C'est la liberté de chacun, existant selon les lois du plan de vie, du règne auquel il appartient, incomplet dans ses moyens de reproduction et sans cesse à la recherche de ce qui le complète, et vivant dans l'Unité de vie de tous, selon l'Ordre supérieur auquel l'Etre humain doit consciemment participer, selon la Vérité et la Vie.
Le tnouvement qui est la recherche mutuelle, incessante^ libre^ bien qu^ordonnée des principes de vie et des forces qui les véhiculent^ doit être la correspondance et V échange entre des forces libres^ conscientes^ réalisées et sensibles pour être de la vie pensante^ Jéconde et progressante.
Dès qu'il ne s'exerce pas dans ces conditions, il est la perturbation, le désordre, le chaos, la souffrance, l'incomplet, l'impuissance.
L'Etre humain en Liberté est une force particulière, livrée à ellemême et aux autres.
Pour qu'il soit apte à remplir ses devoirs et à exercer ses droits d'échange, de correspondance et d'union avec les autres forces, visà-vis desquelles il reste seul responsable dès qu'on peut croire qu'il agit de par sa volonté personnelle, il faut qu'il soit une force qualitative consciente.
Il doit, en conséquence, résumer la loi d'ordre et d'harmonie de la Vie, en étant consciemment de la stabilité en mouvement^ de Vimmuable progressant^ de V absolu relatifs agissant par le relatif, le progressif et le mouvement, et marchant à la conquête du Plan de vie social adéquat à la vie humaine, en tenant compte du droit et du devoir que chacun et que tous, que son complémentaire individuel et social comme lui^ peuvent et doivent savoir exercer pour arriver au même résultat,
La liberté individuelle et sociale, presque sans frein, accordée de nos jours, à l'Etre humain, qui n'est ni conscient ni libre, qui n'est pas une force qualitative exprimante, sachant vivre et sachant penser, devient tout de suite de la licence par le vertige, par l'ivresse, que l'esprit trouve dans le mouvement suscité, octroyé par l'idée et le droit d'un pouvoir sans sa science.
C'est pourquoi l'Etre humain, non préparé, aime tant le mouvement ; c'est pourquoi il le recherche et se livre à lui, sans souci du but supérieur qu'il devrait poursuivre par lui; but au nom duquel il lui est donné.
Dans le mouvement, dans la vitesse, dans la sensation aiguisée et voluptueuse, dans l'exaspération des sens, mise à sa portée par le droit de Liberté sans la science et les moyens adéquats de l'exercer, c'est cette ivresse, c'est ce vertige, que l'homme trouve, qui le trompe sur la Liberté elle-même, sur ce qu'elle doit être, en lui, et par lui.
Vertiges, ivresses de tous genres, voici les pierres d'achoppement de la liberté individuelle et sociale non consciente; voici l'entrave au réel progrès, le désordre de notre temps.
Ceci nous permet de comprendre quel rôle l'âme et l'esprit doivent remplir en l'Etre humain connaissant, possesseur et maître de ses facultés; comment, sous l'œil delà conscience, ils doivent conjuguer l'un par l'autre, se féconder selon la loi de Progrès, et devenir ainsi la volonté, l'amour supérieur vivant de l'Etre tout entier.
L'esprit, unité des forces intellectuelles de l'Etre humain et des pouvoirs de la vie, vue extérieure et intérieure, pour connaître et reconnaître l'étendue, la symétrie, la science des nombres et du calcul, des formes, des couleurs, la construction, la création, aime le mou-
vement et l'espace, l'activité et l'absorption dans la possession. Il se plaît, dans la vitesse, à parcourir l'espace, pour prise de possession par la vue, connaissante ou non, du fini qui lui révèle le plus possible l'infini. Sa force et sa valeur résident dans le savoir et le pouvoir acquis ; dans le travail qu'il sait faire en profondeur, en lui-même et dans les êtres et les choses et dans l'emploi, après choix, dans ce qu'il sait et possède, des facultés qui le complètent en lui-môme et qui forment son âme, laquelle, en constituant avec la Loi d'ordre, la Morale et la Raison, sa Volonté supérieure, doit lui donner la puissance de concevoir, de créer, d'édifier les œuvres de vie. Il se dévoie dans le vertige et dans l'ivresse des jouissances physiques matérielles auxquelles, pour savoir, il prête son concours, faisant ainsi des plongeons dans la nature naturante par lesquels il paralyse la loi de progrès en lui.
L'Ame, ensemble collectif des facultés de l'Etre fécondable par l'esprit : chaleur, sensibilité affective, attachement, pensée, élévation, réceptivité, élément de fécondation spirituelle, aime la vie intérieure, la gestation, la mise au jour, même douloureuse, de ce qu'elle peut produire en rayonnance vivante.
Sa valeur est dans sa puissance évolutionnelle, dans son élévation, dans sa capacité et dans la multiplicité de ses qualités vivantes^ aptes à conjoindre, capables de renseigner l'esprit, de féconder l'Idée que celui-ci lui abandonne et qu'elle rend en pensée entraînant la volonté à l'action.
Elle se dévoie par l'exaltation et cherche l'ivresse dans le mysticisme.
Si l'esprit se dévoie, c'est lorsqu'il ne sait pas approfondir et n'aime pas à le faire et qu'il se complaît dans les jouissances physiques et matérielles; c'est lorsqu'il oublie l'âme; et si l'âme se dévoie, c'est lorsqu'elle oublie l'esprit ou qu'elle est abandonnée par lui et qu'ils ne savent pas ce qu'ils sont l'un pour l'autre, ni le bénéfice de leur union consciente et rationnelle. Ils ne sont pas vigoureux; ils craignent le travail.
Tous deux, s'ils agissent séparément dans l'exaltation d'eux-mêmes, recherchent l'ivresse et veulent la volupté, par leurs moyens extérieurs, presque en se cachant l'un de l'autre, quand ils sont tous les deux très forts.
L'esprit s'évade vers la matière, pour la volupté ; l'âme vers la tendresse et l'amour, pour l'exaltation ; à moins qu'elle ne se retourne mystiquement sur elle-même dans le môme but.
VERS LA liberté! 8i
Mais comme elle ne trouvée rien en elle, puisque Tesprit n'en veut pas, ni extérieurement, dans d'autres êtres, pour conjoindre efficacement, elle place l'objet de sa conjonction adéquate dans l'au-delà où elle cherche le complément spirituel d'elle-même. Il y a bien des vérités dans tout ceci. C'est la force des religions et leur mine en exploitation.
En conséquence, l'équilibre pour la vie veut que l'Etre humain soit mis en œuvre par l'éducation, de telle façon rationnelle dans l'Enfance, que son esprit et son âme sachent s'accorder et se féconder sans cesse, prenant au social ce dont ils ont besoin, avec choix, pour pouvoir vivre physiquement, spirituellement et psychiquement et lui rendre en conscience, en vie, en œuvres d'utilité, de Beauté et de Bonté ce qu'ils lui ont emprunté.
Lorsque l'esprit et l'âme conjuguent, ils se complètent. Par l'âme, l'esprit s'élève et aime à rester dans une ambiance favorable, par l'esprit, l'âme fécondée, approfondit.
Il en est de même de l'union intime, spirituelle et psychique de l'Homme et de la P'emme; c'est dans la force qualitative et les moyens différents et conscients de chacun d'eux qu'ils se fécondent et progressent.
Il en sera de même dans l'humanité^ quand les deux sexes, conscients, seront socialement complémentaires, dans les institutions, par l'emploi de leurs différences connues et adaptées en toute sincérité. Personnellement, l'Etre humain doit s'efforcer de développer ses facultés propres, en acquérant la connaissance des facultés intellectuelles, affectives et sensorielles du sexe complémentaire, pour que socialement l'accord, l'union, l'harmonie se produisent sans que rien de ce qui doit concourir à la réelle vie humaine ne soit sacrifié ni dans les Etres ni dans le social et que l'emploi rationnel des facultés différentes de tous intensifie la vie en la rendant participante de ce qui est profondeur et élévation.
La loi même du progrès dans l'Etre humain veut que l'expression de ce qu'il est se modifie selon son progrès continu. Un Etre, si qualitatif soit-il, si génial pourra-t-il être, ne pense pas et ne produit pas à 25 ans ce qu'il pense et œuvre à 40 et 50 ans. Ceci se prouve par les œuvres des maîtres qui, dans toutes les expressions, nous en donnent maints exemples. L'Homme entrave lui-même le progrès et son évolution à vouloir rester l'Etre de ses vingt ans, tandis qu'au contraire il est dans l'ordre et dans l'expansion de la vie de
82 VERS LA vie!
progresser sans cesse et par conséquent de n.'àtre plus tout à fait, à 40 et 50 ans, l'Homme de 20 ans.
Tous les hommes très intelligents qui veulent rester fidèles à leur éducation religieuse et à leur foi chrétienne et qui, vivants et ouverts à la vie, s'y mêlent par la force même de leur nature ou de leur situation, sont arrêtés dans leur montée progressante et en souffrent profondément, sans savoir de quoi ils sont aussi malheureux. La loi de Progrès, canalisée par l'Eglise à son profit, fut déterminée en eux pour y concourir, et comme la vie marche sans cesse à côté d'eux, faisant valoir ses droits et en suggérant l'Idée et les moyens aux autres, ils ne trouvent en eux qu'une détresse, affreuse qui nest que le sentiment du pourquoi ils sont laits et de l'impossibilité qu'on détermina en eux d'être et de devenir.
D'autre part, la situation et un faux orgueil font croire à l'Homme que s'il a lutté pour une idée jusqu'à trente ans, il ne peut plus lutter pour une autre ensuite. Ceci tient encore à notre erreur de compréhension, à la force acquise des préjugés d'autrefois adéquats à la conception de la vie et à son expression, aux lois, la forme gouvernementale et aux prescriptions religieuses.
Quand on pensera selon la Vérité et que, par l'Education, l'Etre sera mis en œuvre pour progresser, vers l'unité de son moi, l'expression de sa vie, digne et responsable, ne choquera personne dans sa diversité. Tout le monde saura que c'est la vie et que du moment que l'Ordre n'est pas atteint et que personne n'est lésé, chacun a la liberté de vivre moralement, c'est-à-dire selon la loi de Progrès en lui.
Or, dans l'Idée actuelle de la Liberté, qui est tout ce que nous savons d'elle, c'est Tesprit qui veut être victorieux de l'âme. Elle le gêne, comme la conscience dont on n'a jamais tant parlé, qui n'est pas réalisée et dont on n'a jamais eu plus besoin.
L'esprit se laisse emporter par la satisfaction de ses pouvoirs superficiels. Ils le grisent. Il ne veut pas écouter l'âme; mais comme il sait ce qu'il se doit, il fait des avances à la raison. Et l'on s'étonne de la quantité de couvents qui se sont ouverts au siècle dernier! Mais il n'y eut jamais de raisons plus légitimes pour la fructueuse spéculation d'âmes qu'en ce temps qui suscita du même coup, et pour les mêmes raisons, dans les âmes fortes et pensantes, la manifestation de leur volonté d'être dont l'émancipation féminine est le résultat.
On n'empêche pas les forces vivantes d'exister. On les paralyse.
VERS LA liberté! 83
C'est ce que voudrait faire l'esprit qui noie dans tous les- vertiges et toutes les ivresses les organismes physiques et. les empêche de penser, en ne s'exerçant, dans ses moments de travail indispensable, qu'à parfaire les moyens de se procurer et de goûter le vertige* et Tivresse dont ni Tesprit ni le corps ne peuvent plus ensuite se passer. Ceci expliq.ue. la valeur qu'a pris l'argent (i) dans ces derniers siècles, et l'âpreté que chacun apporte à son accaparement, à la possession de ce moyen d'échange qui procure les voluptés et les ivresses chères à Tesprit et aux sens.
En somme, toutes les luttes philosophiques et religieuses, à travers le temps et l'espace, en Europe, depuis la- Philosophie grecque et. principalement celle d'Aristote et de Platon, ne sont que la lutte entre l'âme et l'esprit affirmant chacun leur raison d'être au nom de la Raison, qui est la Conscience supérieure insatisfaite parce que non réalisée.
L'àme a voulu maîtriser l'esprit et la matière vivante. L'esprit, à son tour, veut réduire l'âme par l'entremise de la matière vivante qu'il lui oppose.
La Vérité c'est que l'esprit et l'âme doivent se compléter tous les deux, qu'ils doivent conjuguer dans l'être humain comme dans la société au moyen de l'organisme physique, sex-ué en chaque individu, élément de vie- d'un des deux principes, le masculin et le féminin, par lesquels la vie se perpétue.
Ils sont inféconds l'un sans l'autre.
La Vie réelle de l'Etre humain, c'est l'union constante de l'Esprit et de l'âme dans l'organisme de facultés, le corps, qui est l'instrument des deux, pour action dans le social. Et cette union intime est la vie réelle de l'Etre humain marchant à la conquête de l'Etre intégral ; comme c'est l'union du masculin et du féminin, dans la nature, pour perpétuer la vie des espèces, qui est la vie de la nature, comme la recherche constante de ces deux principes est la cause de son perpétuel mouvement, enfin comme la réalisation du couple humain complémentaircL. conscient,, sera la base de la morale individuelle, et par conséquent la base morale de la Vie sociale.
L'esprit à notre époque, affirme non pas sa prépondérance sur l'âme, mais la méconnaissance volontaire qu'il a de son rôle pour la vie.
C'est toujours la lutte entre la force et la qualité; c'est toujours la
(i) Voir Loi de Progrès.
force (cette fois sous sa forme la plus redoutable parce que créatrice et ingénieuse : l'esprit), qui prime le droit.
Quelle erreur ! Quel cran d'arrêt î II faut à l'esprit pour créer, poun faire de la vie, l'âme, féconde et progressante ; sans elle, il est comme un homme sans femme, il ne peut pas procréer l'Etre humain.
Et nous voici dans un temps où la lutte entre la force et la qualité, le droit, ne se circonscrit plus aux idées, aux religions, aux philosophies, aux lois civiles, aux questions politiques, la voici plus pressante et plus agissante : elle est en TEtre humain lui-même, en l'Homme, en la Femme, volontaires de vivre, de jouir de la Vie, de la sentir libre en eux et autour d'eux, pour eux, mais qui n'en savent pas le pouvoir et qui ne sont pas armés pour placer cette lutte, cette dépense d'action et de vie sur le seul terrain qui lui convienne : celui de la réalisation d'eux-mêmes, sans interprétation, selon la Loi de Progrès, d'après la Vie qu'eux seuls peuvent traduire.
Et Ion se demande si l'Homme est libre !
Certes, il l'est, comme il est responsable ! Sans quoi tous les désordres moraux, psychiques, sensoriels et intellectuels ne se produiraient pas comme ils le font î Mais il ne portera en lui la liberté et la notion de ses responsabilités, il ne saura rendre possible l'exercice de la liberté et de la responsabilité, que lorsqu'il possédera la Science de la Liberté, de la Vie et de l'Humain, et qu'il l'appliquera à sa réalisation, à sa vie intime, privée, sociale ; lorsqu'elle sera la vie consciente de tout ce qui émanera de lui; lorsqu'elle sera basée sur la connaissance et le choix, par l'Education qui y correspond.