LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON
Le paon sc plaignait à Junon :
Déesse , disait-il , ce n’est pas sans raison Que je me plains, que je murmure;
Le chant dont vous m’avez fait don 5 Déplaît à toute la nature :
Au lieu qu’un rossignol , chétive créature , Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul l’honneur du printemps.
Junon répondit en colère :
40 Oiseau jaloux , et qui devrais te taire , Est-ce à loi d'envier le sort du rossignol ,
Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col Un arc en-ciel nué de cent sortes de soies; Qui te panades , qui déploies 45 Une si riche queue , et qui semble à nos yeux La boutique d'un lapidaire?
Est-il quelque oiseau sous les cieux Plus que toi capable de plaire?
MÉMOIRE
Toul animal n'a pas toutes propriétés.
20 Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage:
Le faucon est léger, l'aigle plein de courage ,
Le corbeau sert pour le présage,
La corneille avertit des malheurs à venir.
25 Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de le plaindre, ou bien , pour te punir, Je t’ôterai ton plumage.
La Fontainb.
JunoH , dans la mythologie , riait la femme de Jupiter. Jupiter était le maître «tu ciel rt le plut poissant des dieux. Les paons traînaient le char de Junon , connue les colombes celui de Vénus.
*> •, 7, ■ La trois de ce magnifique oiseau déplaît A tout le inonde, tandis qu'uu rossignol , toul petit qu’il est, chante de» airs doux et forts à la fois , qu'on eutend de loin dans la belle *iî»on du printemps.
J T mlottr de ton <ol , à l'entour de ton cou.
11 dre-en-ciel , on iris. Arc composé de sept couleur* formées par ta réflexion des rayons du soleil dans les nuage». — Ailé , nuancé, assorti, entremêle de coulenrt. — Soiet n’est là que |»oiir faire image ou senrir de comparaison ; car le paon n'a que des plumes, mata si belles, si douces, qu'elles ressemblent à de la
•°ie.
'* Q“* ,e pnnadei , qui te pavanes. C’est le paon , dan» sa ma- ÿ nière de marcher et d'étaler sa queue, qui a fait dire de quelqu'un qni marche avec affectation, qu'il se pavane.
'• La boutique d'un marchand de pierres fines de toutes cou- •!leurs.
■* Tout animal n'a |»at, à la fois réunis, toutes les qualités , tons les agréments.
** Le corbean passait, ainsi que la corneille, pour un oiseau de mauvais présage.
On croyait autrefois à ces présages ; mais on a vu depuis qu'il* étaient menteurs, et ou n’y prend plus garde.
® Tous sont contents de leur chant.