‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 127 sur 549 · L’ALOUETTE ET SES PKT1TS AVEC LE MAITRE D’UN CHAMP · texte numérisé non relu

L’ALOUETTE ET SES PKT1TS AVEC LE MAITRE D’UN CHAMP

Ne t’attends qu’à toi seul : c'est un commun proverbe. Voici comme Ésope lo mit En crédit.

Les alouettes font leur nid 5 Dans les blés quand ils sont en herbe, C’est-à-dire environ le temps Que tout aime, et que tout pullule dans le monde, Monstres marins au fond de l’onde,

Tigres dans les forêts, alouettes aux champs.

1 0 Une pourtant de ces dernières

Avait laissé passer la moitié d'un printemps Sans goûter le plaisir des amours printanières.

A toute force, enfin, elle se résolut D’imiter la nature, et d’être mère encore.

15 Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore,

A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put.

Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée Se trouvât assez forte encor Pour voler et prendre l’essor ,

20 De mille soins divers l alouetle agitée

S’en va chercher pâture, avertit ses enfants D’être toujours au guet et faire sentinelle.

Si le possesseur de ces champs Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle,

25 Écoutez bien : selon ce qu'il dira ,

Chacun de nous décampera.

Sitôt que l’alouette eut quitté sa famille,

Le possesseur du champ vint avecque son fils.

Ces blés sont mûrs, dit-il; allez chez nos amis 30 Les prier que chacun, apportant sa faucille ,

Nous vienne aider demain, dès la pointe du jour. Notre alouette de retour Trouve en alarme sa couvée.

L’un commence : Il a dit que, l'aurore levée,

35 L’on fil venir demain ses amis pour l'aider.

S’il n’a dit que cela, repartit l'alouette.

Rien ne nous presse encorde changer de retraite; Mais c’est demain qu’il faut tout de bon écouter. Cependant soyez gais : voilà de quoi manger.

40 Eux repus, tout s’endort, les petits et la mère.

L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout. L'alouette à l’essor, le maître s’en vient faire

rï

Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.

Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout.

45 Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose Sur de tels paresseux , à servir ainsi lents.

Mon fils, allez chez nos parents Les prier de la même chose.

L’épouvante est au nid plus forte que jamais.

50 11 a dit ses parents, mère! c’est à cette heure... Non, mes enfants, dormez en paix :

Ne bougeons de notre demeure.

L’alouette eut raison, car personne ne vint.

Pour la troisième fois le maître se souvint 55 De visiter ses blés. Notre erreur est extrême,

Dit-il, de nous attendre à d’autres gens que nous.

Il n’est meilleur ami ni parent que soi-même. Retenez bien cela, mon fils. El savez-vous Ce qu’il faut faire? Il faut qu’avec notre famille 60 Nous prenions dès demain chacun une faucille ;

C'est là notre plus court, et nous achèverons Notre moisson quand nous pourrons.

Dès lors que le dessein fut su de l'alouette ,

C’est ce coup qu’il est bon de partir, mes enfants!

65 Et les petits, en même temps,

Voletants, se culebutants ,

Délogèrent tous sans trompette.

La Fontaine.

• Me t'attend* qu'à toi seul, cela ni devenu proverta.

T Pullule, multiplie en abondance et eu même temps Au printerap* et en été on voit les feuilles, les fleurs, pousser tout à coup; les oiseaui font leurs petits, les inseciei bourdonnent et voltigent dans les campagnes.

n y itee, tous les petits du nid, la nichée.

•• Avecque ; on dit avec, on n'emploie plu» avecque. — Comme il viendra, comme je suis sûre qu’il viendra.

*• C'est ce coup; c'est pour le coup, c'est maintenant.

Page 1