‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 128 sur 549 · LE COQ ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE COQ ET LE RENARD

Sur la branche d’un arbro était en sentinelle Un vieux coq adroit et matois.

Frère, dit un renard adoucissant sa voix ,

Nous ne sommes plus en querelle :

5 Paix générale celte fois.

Je viens te l’annoncer; descends que je t’embrasse : Ne me retarde point, de grâce ;

Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.

MÉMOIRE

Les tiens et toi pouvez vaquer ,

10 Sans nulle crainte, à vos affaires;

Nous vous y servirons en frères.

Faites-en les feux dès ce soir ;

Et cependant viens recevoir Le baiser d’amour fraternelle 15 Ami, reprit le coq, je no pouvais jamais

Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle Que celle De celte paix :

Et ce m’est une double joie 20 De la tenir de toi. Je vois deux lévriers Qui, je m'assure, sont courriers Que pour co sujet on envoie :

Ils vont vite , et seront dans un moment à nous.

Je descends : nous pourrons nous entre baiser tous. 25 Adieu, dit le renard, ma traite est longue à faire : Nous nous réjouirons du succès de l’affaire Une autre fois. I je galant aussitôt Tire scs grègues , gagne au haut ,

Mal content de son stratagème ;

30 El notre vieux coq en soi-mème Se mil à rire de sa peur :

Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

La Fontai.nb.

* Malois, fin, rusé.

* Vingt postes. A ce compte, le renard aurait eu A faire quarante lirur»; il faut croire qu‘il a voulu dire : J’ai A faire vingt lui tel comme celle-ci.

», io Pouvez vaquer à vos affaire» ; voui pouvet continuer tranqudlrment vos occupations, mus avoir besoin de vous garder contre les renards.

I* Failes-en, dca ce loir, les feux de joie, de réjou if sa nce ; c'était la mode anciennement : on le fait encore aujourd'hui dans quelques provinces de la France; on allume de grands feus la nuit pour une grande fêle, pour un grand événement.

■®, *> F.l c’est pour moi une double joie de l'apprendre de loi.

» Qui, je m'assure, qui, j’en suit assuré, certain, sont des courrier!.

** Qu’on envoie pour annoncer cette pais, dont parle le renard.

Entre-baiser, se baiser plusieurs A la fuis, l'un rendant l’embrassade A l’autre.

** Ma traite, chemin A faire sans s'arrêter.

** Tire tes grèguet, remonte ta culotte, pour qu’elle ne lui tombe pas en chemin, et se met A courir au plus vite, par les hauts chemins, où ne sont pas les deux chiens-lévriers, si lestes, qui attraperaient bien certainement le renard.

*• Mal content de son stratagème, mécontent de sa ruse, qui ne lui avait pas réussi comme pour le fromage de maître corbeau.

Bertrand dérobait tout; Raton, de son côté,

Était moins attentif aux souris qu’au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres-fripons 10 Regardaient rôtir des marrons.

Les escroquer était une très-bonne affaire :

Nos galants y voyaient double profit à faire.

Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui. Bertrand dit à Raton : Frère, il fnut aujourd’hui 15 Que tu fasses un coup de maître :

Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître Propre à tirer marrons du feu ,

Certes marrons verraient beau jeo.

Aussitôt fait que dit : Raton , avec sa patte,

20 D’une manière délicate

Écarte un peu la cendre, et retire les doigts;

Puis les reporte à plusieurs fois;

Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque. Et cependant Bertrand les croque.

25 Une servante vient : adieu mes gens. Raton N était pas content, ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes Qui, flattés d’un pareil emploi,

Vont s’échauder en des provinces Pour le profit de quelque roi.

La Fontaine.

* Commensaux , mangeant A la même table et étant nourrit par le même maître à qui ils appartenaient.

A Us ne craignaient per»onne rhea leur maître.

A, A C'était toujours cet deux animaux qui gâtaient tout , et on n'en pouvait soupçonner personne autre.

** Et ccftemlant, et pendant que Raton les tire du feu, Bertrand les croque.

>» Ce dit-on, pour : cela dil-on.

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