‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 149 sur 549 · LE RENARD AYANT LA QUEUE COUPÉE · texte numérisé non relu

LE RENARD AYANT LA QUEUE COUPÉE

Un vieux renard , mais des plus fins,

Grand croqueur de poulets, grand preneur do lapins, Sentant son renard d’upe lieue ,

Fut enfin au piège attrapé,

5 Par grand hasard en étant échappé ,

Non pas franc , car pour gage il y laissa sa queue ; S'étant , dis-je , sauvé , sans queue et tout honteux. Pour avoir des pareils (comme il était habile) ,

Un jour que les renards tenaient conseil entre eux :

<0 Que faisons-nous , dit-il , de ce poids inutile ,

Et qui va balayant tous les sentiers fangeux?

Que nous sert cette queue? il faut qu’on se la coupe ;

Si l’on me croit, chacun s’y résoudra.

Votre avis est fort bon , dit quelqu’un de la troupe : 15 Mais, tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra. A ces mots , il se fit une telle huée ,

Que le pauvre écourté ne put être entendu.

Prétendre 6ter la queue eut été temps perdu :

La mode en fut continuée.

La Fontaine.

1 Sentant ton renard; c'est-à-dire sa ruse étant bien connue au Iota, aussi rusé qu'on puisse l'être.

* .Von /tas /ram. , non pas quitte, non tout entier.

19 Dr re poids inutile; de cette lourde queue. I.c renard n'osc |ijs te tenir du nom de cette queue qui lui manque.

'• Il te fit une telle huée: on le hua tellement , on se moqua si Inen de lui.

IT Ecourté, i accourci de toute la dimension de sa queue.

PlltBl'S ET BORÉE.

Borée et le Soleil virent un voyageur Qui s'élnit muni par bonheur Coolrote mauvais temps. On entrait dans Tuulomne, Quand la précaution aux voyageurs est bonne :

5 II pleut ; le soleil luit , et l’écharpe d'iris Rend ceux qui sortent avertis véuolKK.

jg

Qu’en ces mois le manteau leur est fort nécessaire : Les Latins les nommaient douteux, pour celte affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu :

10 Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte. Celui-ci, dit le vent, prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n’a pas prévu Que je saurai souiller de sorte Qu’il n’est bouton qui tienne : il faudra, si je veux,

1 5 Que le manteau s'en aille au diable. L’ébattement pourrait nous en être agréable :

Vous plaît-il de l’avoir? Eh bien, gageons nous deux, DitPhébus, sans tant de paroles,

A qui plus tôt aura dégarni les épaules 20 Du cavalier que nous voyons.

Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons.

Il n'en fallut pas plus. Noire souflleur à gage Se gorge de vapeurs, s’enflo comme un ballon ,

Fait un vacarme de démon,

25 Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage Maint toit qui n’en peut mais, fait périr maint bateau : Le tout au sujet d’un manteau .

Le cavalier eut soin d’empècher quo l'orage Ne se pùl engouffrer dedans.

30 Cela le préserva. Le vent perdit son temps;

Plus il se tourmentait , plus l'autre tenait ferme.

Il eut beau faire agir le collet et les plis,

Sitôt qu’il fut au bout du terme Qu'à la gageure on avait mis ,

35 Le Soleil dissipe la nue ,

Récrée et puis pénètre enfin le cavalier,

Sous son balandras fait qu’il suc ,

Le contraint de s’en dépouiller ;

Encor u'usa-t-il pas de toute sa puissance.

40 Plus fait douceur que violence.

La Fontaine.

Phéh'ü , selon U fable ou la mythologie, était le même que le Soleil ou Apollon , ou le Dieu iiu jour.

Borée était, aussi selon la fable, le vent du nord, le plus violent des vents.

* Muni, précanlionné.

* L’écharfte d'iris. Iris était une déesse de la fable; Iris veu dire en poésie l'arc-cn-ciei, qui ressemble à une magnifique écharpe ou ceinture des plus riches couleurs.

■ txs Latins, le peuple romain, ou les peuples qui parlaient latin , lesquels nVtaient pas tous Romains — Douteux. Les mois d'automne sont variables pour le temps.

l* L'ébaltement , l'amusement, passe-temps, divertissement.

** Qui no» peut mais, qui u'en peut davantage, qui n'y peut rien.

** Nue, ou nuage.

37 Son balandras : on appelait aussi balnndran , une casaque qui servait anciennement de manteau ou de carrirk.

*® Ce dernier vers est devenu proverbe.

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