‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 163 sur 549 · COMBAT DE RODRIGUE CONTRE LES MAURES · texte numérisé non relu

COMBAT DE RODRIGUE CONTRE LES MAURES

Celte obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles.

L'onde s'enflait dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer entrèrent dans le port.

On les laisse passer , tout leur parait tranquille ;

Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant les esprits,

Ils n usenl plus douter de nous avoir surpris :

Ils abordent sans peur ; ils ancrent, ils descendent ,

Et courent se livrer aux mains qui les attendent.

Nous nous levons alors , et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants ;

Les nôtres au signal de nos vaisseaux répondent,

Ils paraissent armés : les Maures se confondent , L’épouvante les prend à demi descendus;

Avant que de combattre, ils s’estiment perdus.

Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre.

Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre; Et nous faisons courir les ruisseaux de leur sang Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang

Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient ; Leur courage renaît et leurs terreurs s’oublient ;

La bonté de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre , et leur rend leur vertu.

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs épées ;

Des plus braves soldats les trames sont coupées ,

El la terre et le fleuve , et leur flotte et le port,

Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

0 combien d'actions, combien d’exploits célèbres,

Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres ,

Où chacun , seul témoin des grands coups qu’il donnait , Ne pouvait discerner où le sort inclinait!

J'allais de tous côtés encourager les nôtres ,

Faire avancer les uns, et soutenir les autres;

Ranger ceux qui venaient , les pousser à leur tour ,

Et n'en plus rien savoir jusques au point du jour.

Mais enfin sa clarté montra notre avantage ;

Le Maure vit sa perle et perdit le courage , uéaoif •

£ Et , voyant un renfort qui nous vint secourir ,

:: Changea l’ardeur de vuincro en la peur de mourir.

£ Ils gagnent leurs vaisseaux , ils en coupent les câbles ;

Nous laissent pour adieux des cris épouvantables;

S Font retraite en tumulte, et sans considérer •£ Si leurs rois avec eux ont pu se retirer.

£ Ainsi leur devoir cède à la frayeur plus forte;

Le flux les apporta, le reflux les remporte.

2 Cependant que leurs rois , engagés parmi nous,

•J El quelque peu des leurs , tous percés de nos coups , S Disputent vaillamment et vendent bien leur vie,

A se rendre moi-même en vain je les convie;

Le cimeterre au |H>ing , ils ne m'écoutent pas.

3- Mais, voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats, 3» Et que seuls désormais en vain ils sc défendent ,

3: Ils demandent le chef : je me nomme ; ils se rendent. X Je vous les envoyai tous deux en même temps,

§ Et le combat cessa , faute de combattants.

£ Corneille. LeCid, acte IV, scène ni.

Page 1