LES MONTAGNES DE LA SUISSE
Tantôt d’immenses roches pendaient en ruines audessus de ma tête; tantôt de hautes et bruyantes cas-
cades m’inondaient de leurs épais brouillards ; tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés lin ahimedont les veux n’osaient sonder la profondeur. Quelquefois je me perdais dans l'obscurité d’un l>ois touffu; quelquefois,en sortant d’un gouffre, une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards: un mélangcétounant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes où l’on eut cru qu’ils n’avaient jamais pénétré. A côté d’une caverne, on trouvait des maisons; on voyait des pampres secs où l’on n’eût cherché que des ronces, des vignes dans des terres éboulées, d’excellents fruits sur des rochers, et des champs dans les précipices.
Ce n’est pas seulement le travail des hommes qui rendait ces pays étranges si bizarrement contrastés; la naturescmblail encore prendre plaisirà s’y mettre en opposition avec elle- même, tant on la trouvait différente eu un même lieu sous divers aspects! Au levant, les fleurs du printemps; au midi, les fruits de l'automne; au nord, les glaces de l’hiver. Elle réunissait toutes les saisons dans le même instant, tous les climats dans le môme lieu, des terrains contraires sur le même sol, et formait l’accord, inconnu partout ailleurs, des productions des plaines et de celles des Alpes.
J. -J. Rousseau.