A ON PÈRE SUR LA MORT DE SA FILLE
Désert , aimable solitude , Séjour du calme et de la paix , Asile où n'entrèrent jamais Le tumulte et l'inquiétude.
ja douleur, du Perrier , sera donc étemelle; y Et les tristes discours
~ Que le met en l’esprit l’amitié paternelle L’augmenteront toujours.
Grotte , d’où sort ce clair ruisseau , De mousse et de lleurs tapissée , N'entretiens jamais ma pensée Que du murmure de ton eau 1
Ah I quelle riante peinture !
Chaque jour se pare i mes yeux Des trésors dont la main des dieux Se plaît d'enrichir la nature I
Quel plaisir de voir les troupeaux , Quand le midi brûle l'herbelte , Rangés autour de la houlette , Chercher l'ombre sous ces ormeaux ;
Puis, sur le soir, à nos musettes Ouïr répondre les coteaux ,
Et retentir tous nos hameaux De hautbois et de chansonnettes !
Mais, hélas! ces paisibles jours Coulent avec trop de vitesse;
Mon indolence el ma paresse N’en peuvent arrêter le cours.
Le malheur de la fille, au lombeau descendue Par un commun trépas ,
Est-ce quelque dédale où ta raison perdue Ne se retrouve pas?
Je sais de quels appas son enfance était pleine ,
Et n’ai pas entrepris ,
Injurieux ami , de soulager ta peine Avecque du mépris.
Mais elle était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin ;
Et , rose, elle a vécu ce que vivent les roses , L’espace d’un matin.
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier ,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier.
Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couvre , Est sujet é ses lois ,
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N’en défend point nos rois.
Malherbe.
Fontenay , lieu délicieux ,
Où je vis d’abord la lumière ,
Bientôt, au bout de ma carrière.
Chez toi je joindrai mes aïeux.
Muses , qui dans ce lieu champêtre Avec soin me fîtes nourrir ,
Beaux arbres, qui m’avez vu naître,
Bientôt vous me verrez mourir.
Chacliiu.
ADIEUX A DN RUISSBAU.
jg Charmant ruisseau , vous fuyez cet ombrage X El ce vallon protégé par les cieux ,
Comme si l’on pouvait être ailleurs plus heureux. Vous avez tort de quitter ce bocage S Et ces bords paisibles et purs, g Imprudent, vous courez aux cités d’où j’arrive!... g Ah! pendant vos succès futurs,
X Vous regretterez cette rive,
MÉMOIRE
Et vos rochers déserts, et vos antres obscurs.
Sans retour, onde fugitive,
On vous voit renoncer à des charmes si douxl... Je ne ferai pas comme vous.
Comte Anatole de Montesquiou.
PROSE
FRAGMENT
Prés fleuris, majestetises et murmurantes forets, fontaines mousseuses, sauvages rochers fréquentés de la seule colombe, aimables solitudes qui nous ravissez par d’ineffables concerts! heureux qui pourra lever le voile qui couvre vos charmes secrets! mais plus heureux encore celui qui peut les goûter en paix dans le patrimoine de ses pères !
Bernardin de Saint-Pierre.
Etudes de la Nature.