‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 174 sur 549 · DE LA COMMUNION · texte numérisé non relu

DE LA COMMUNION

C’est à douze ans, c’est au printemps de l’année, que ladolescenl s’unit à son Créateur. Apres avoir pleuré la mort du Rédempteur du monde avec les montagnes deSion, après avoir rappelé les ténèbres qui couvrirent la terre, la chrétienté sort de la douleur; les cloches se raniment, les saints se dévoilent, le cri de la joie, l’antique Alléluia d’Abraham et de Jacob fait retentir le dôme des églises. De jeunes filles vêtues de lin et des garçons parés de feuillages marchent sur une route semée des premières fleurs de l’année, ils s’avancent vers le temple en répétant de nouveaux cantiques ; leurs parents les suivent : bientôt le Christ descend sur l’autel pour ces âmes délicates. Le froment des anges est déposé sur la langue véridique qu’aucun mensonge n’a encore souillée; tandis que le prêtre boit, dans le vin pur, le sang méritoire de l’Agneau.

Dans cette solennité , Dieu rappelle un sacrifice sanglant sous les espèces les plus paisibles. Aux incommensurables hauteurs de ces mystères se mêlent les souvenirs des scènes les plus riantes. La nature ressuscite avec son Créateur; et l’ange du printemps semble lui ouvrir les portes du tombeau, comme cet Esprit de lumière qui dérangea la pierre du glorieux sépulcre. L’âge des tendres communiants et celui de la naissante année confondent leurs jeunesses, leurs harmonies et leurs innocences; le pain et le vin an-

noucent les dons des champs prêts à mûrir, et retracent les tableaux de l'agriculture; enfin Dieu descend dans lésâmes deces enfants pour les féconder, comme il descend, en cette saisou, dans le sein de la terre, pour lui foire porter ses fleurs et ses richesses.

Chateaubriand.

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