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« Ma fille, lui dit-il, glanez près des javelles ;
Les pauvres ont des droits sur des moissons si belles : Mais vers ces deux palmiers suivez plutôt mes pas; Venez des moissonneurs partager le repas ;
Le maître de ce champ par ma voix vous l’ordonne :
Ce n’est que pour donner que le Seigneur nous donne. • Il dit. Ruth, à genoux, de pleurs baigne sa main.
Le vieillard la conduit au champêtre festin.
Les moissonneurs, charmés de ses traits, de sa grâce, Veulent qu’au milieu d’eux elle prenne sa place,
De leur pain, de leurs mets, lui donnent la moitié ;
El Ruth, riche des dons que lui fait l’amitié ,
Songeant que Noémi languit dans la misère ,
Pleure, et garde son pain pour en nourrir sa mère. Bientôt elle se lève, et retourne aux sillons.
Booz parle à celui qui veillait aux moissons :
« Fais tomber, lui dit-il, les épis autour d’elle,
Et prends garde surtout que rien ne te décèle.
Il faut que, sans te voir, elle pense glaner ,
Tandis que par nos soins elle va moissonner.
& Épargne à sa pudeur trop de reconnaissance , g Et gardons le secret de notre bienfaisance. »
£ Le zélé serviteur se presse d’obéir ;
SS Partout aux yeux de Ruth un épi vient s'offrir.
§ Elle porte ces biens vers le toit solitaire ïS Où Noémi cachait ses pleurs et sa misère, a: Elle arrive en chantant. « Bénissons le Seigneur,
X Dit-elle; de Booz il a touché le coeur.
A glaner dans son champ ce vieillard m’encourage; g II dit que sa moisson du pauvre est l'héritage. »
X De son travail alors elle montre le fruit.
*£ « Oui, lui dit Noémi, l’Éternel vous conduit;
^ Il veut votre bonheur, n'en doutez point, ma fille :
Le vertueux Booz est de notre famille;
X Et nos lois... Jo ne puis vous expliquer ces mots;
Mais retournez demain daus le champ de Booz. g II vous demandera quel sang vous a fait naître;
X Répondez : Noémi vous le fera connaître;
X La veuve de son fils embrasse vos genoux.
3» Tous mes desseins alors seront connus de vous.
5 Je n’en puis dire plus. Soyez sûre d'avance
6 Que le sang de Booz respecte l’innocence,
X Et que vous voir heureuse est mon plus cher désir. » •£ Ruth embrasse sa mère, et promet d’obéir.
& Bientôt un doux sommeil vient fermer sa paupière.
|v; Le soleil n'avait pas commencé sa carrière,
S Que Ruth est dans le champ. Les moissonneurs lassée § Dormaient près des épis autour d'eux dispersés ;
Le jour commence à naître, aucun ne se réveille.
; Mais, aux premiers rayons de l’aurore vermeille ,
K Parmi ses serviteurs Ruth reconnaît Booz;
D'un paisible sommeil il goûtait lo repos :
Des gerbes soutenaient sa léte vénérable.
$ Ruth, s’arrête : • O vieillard, soutien du misérable, I." Que l’ange du Seigneur garde Us cheveux blancs I Dieu, pour se faire aimer, doit prolonger tes ans.
S Quelle sérénité se peint sur ton visaget •Ç Comme ton coeur est pur, ton front est sans nuage.
% Tu dors, et tu parais méditer deg bienfaits :
5; Un songe t'offre-t-il les heureux que tu fais?
•g Ah ! s'il parle de moi, de ma tendresse extrême,
S Crois - le, ce songe, hélas ! est la vérité même. >
S: Le vieillard se réveille 1 ces accents si doux.
: < Pardonnez, lui dit Ruth, j'osais prier pour vous;
3- Mes vœux étaient dictés par la reconnaissance : jg Chérir son bienfaiteur ne peut être une offense;
C' Un sentiment si pur doit-il se réprimer?
5 Non : ma mère me dit que je puis vous aimer.
De Noémi dane moi reconnaissez la fille ;
J- Est-il vrai que Booz soit de notre famille ?
S Mon cœur et Noémi me l'assurent tous deux. »
;:> « O ciel ! répond Booz , A jour trois fois heureux I : Vous êtes cette Ruth, cette aimable étangère
Qui laissa son pays et ses dieux pour sa mère !
$ Je suis de votre sang ; et, selon notre loi ,
MÉMOIRE
Votre époux doit trouver un successeur en moi.
Mais puis-je réclamer ce noble et saint usage?
Je crains que mes vieux ans n'efTarouchent votre Age : Si je suis heureux seul, ce n'est plus un bonheur. »
« Ah ! que ne lisez-vous dans le fond de mon cœur I Lui dit Ruth , vous verriez que la loi de ma mère Me devient dans ce jour et plus douce et plus chère. » La rougeur, à ces mots, augmente ses attraits.
Booz tombe à ses pieds : «« Je vous donne à jamais Et ma main et ma foi; le plus saint hynrénée Aujourd’hui va m’unir à votre destinée.
A cette fête, hélas! nous n'aurons pas l’amour;
Mais l'amitié suffit pour en faire un beau jour.
Et vous, Dieu de Jacob, seul maître de ma vie ,
Je ne me plaindrai point qu'elle me soit ravie.
Je ne veux que le temps et l'espoir, 6 mon Dieu !
De laisser Ruth heureuse , en lui disant adieu. »
Ruth le conduit alors dans les bras de sa mère.
Tous trois à l’Éternel adressent leur prière,
Et le plus saint des nœuds en ce jour les unit.
Juda s’en glorifie ; et Dieu , qui les bénit ,
Aux désirs de Booz permet que tout réponde.
Belle comme Rachel, comme Lia féconde,
Son épouse eut un fils; et cet enfant si beau Des bienfaits du Seigneur est un gage nouveau;
C’est l'aïeul de David. Noémi le caresse;
Elle ne peut quitter ce fils de sa tendresse ,
Et dit en le montrant sur son sein endormi :
« Vous pouvez maintenant m’appeler Noémi. »
Florian.
as
Uneadmirablc providence se fait remarquer dans les nids des oiseaux. On ne peut contempler sans jg être attendri celle bonté divine qui donne l’indus- g trie au faible et la prévoyance h l’in souciant.
Aussitôt que les arbres ont développé leurs fleurs, mille ouvriers commencent leurs travaux. Ceux-ci portent de longues pailles dans le trou d’un vieux mur, ceux-là maçonnent des bâtiments aux fenêtres d’une église; d’autres dérobent un crin à une cavale, ou le brindelainequela brebis a laissé suspendu h la ronce. Il y a des bûcherons qui croisent des branches dans la cime d’un arbre ; il y a des filnndières qui recueillent la soie sur un chardon. Mille palais s’élèvent, et chaque palais est un nid; chaque nid voit des métamorphoses charmantes : un œuf brillant , ensuite un |>elit, couvert de duvet. Ce nourrisson prend des plumes ; sa mère lui apprend à se soulever sur sa couche. Bientôt il va jusqu'à se percher sur le l>ord de son berceau, d’où il jette un premier coup d’œil sur la nature. Effrayé et ravi, il se précipite'parmi ses frères, qui n’ont point encore vu ce spectacle; mais rap|>elé par la voix de ses parents, il sort une seconde fois de sa couche, et ce jeune roi des airs, qui porte encore la couronne de l'enfance autour de sa tête, ose déjà contempler le vaste ciel, la cime ondoyante des pins, et les abîmes de verdure au-dessous du chêne paternel. Et pourtant, tandis que les forêts se réjouissent en recevant leur nouvel hôte, un vieil oiseau, qui se sent abandonné de ses ailes, vient s’abattre auprès d’un courant d'eau; là, résigné et solitaire, il attend tranquillement la mort au bord du même fleuve où il chanta ses amours, et dont les arbres portent encore sou nid et sa postérité harmonieuse.
C’est ici le lieu de remarquer une autre loi de la nature. Dans la classe des petits oiseaux, les œufs sont ordinairement peints d’une des couleurs dominantes du mâle. Le bouvreuil niche dans les aubépines, dans les groseilliers et dans les buissons de nos ja rd ins; ses (eu fs son t ardoisés coin ine la chape de son dos. Nous nous rappelons avoir trouvé une fois un de ces nids dans un rosier; il ressemblait à une conque de nacre, contenant quatre perles bleues : une rose pendait au-dessus, tout humide. Le bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste voisin, comme une fleur de pourpre et d’azur. Ces objets étaient répétés dans l’eau d’un étang , avec l’ombrage d’un noyer qui servait de fond à la scène, et derrière lequel on voyait se lever l'aurore. Dieu nous donna dans ce petit tubleau une idée des grâces dont il a paré la nature.
Chateaubriand.
MÉMOIRE
PHILÉMON ET BAÜCIS.