‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 182 sur 549 · RUT · texte numérisé non relu

RUT

ÉGLOf.l'E TIRÉE DE l’ÉC.RITTRE SAINTE.

Le plus saint des devoirs, celui qu’en traits de flamme La nature a gravé dans le fond de notre àme,

C’est de chérir l'objet qui nous donna lo jour.

Qu’il est doux à remplir, ce précepte d’amour!

Voyez ce faible enfant que le trépas menace Il ne sent plus ses maux quand sa mère l'embrasse. Dans l’âgo des erreurs , ce jeune homme fougueux N’a qu’elle pour ami dès qu’il est malheureux :

Ce vieillard qui va perdre un reste de lumière Retrouve encore des pleurs en parlant de sa mère : Bienfait du Créateur, qui daigna nous choisir Pour première vertu notre plus doux plaisir!

Il fit plus . il voulut qu’une amitié si pure

Fût un bien de l’amour comme de la nature,

Et que les nœuds d’hymen , en doublant nos parents, Vinssent multiplier nos plus chers sentiments.

C'est ainsi que, de Ruth récompensant le zèle,

De ce pieux respect Dieu nous donne un modèle.

Lorsque autrefois un juge, au nom de l'Êtemel , Gouvernait dans Maspha les tribus d'Israël,

Du coupable Juda Dieu permit la ruine.

Des murs de Bethléem chassés par la famine,

Noémi, son époux, deux fils de leur amour,

Dans les champs de Moab vont fixer leur séjour.

Bientôt de Noémi les fils n’ont plus de père :

Chacun d’eux prit pour femme une jeune étrangère ;

F.t la mort les frappa. La triste Noémi,

Sans époux, sans enfants, chez un peuple ennemi, Tourne ses yeux en pleurs vers sa chère patrie ,

Et prononce, en partant, d’une voix attendrie.

Ces mots qu’elle adressait aux veuves de ses fils :

« Ruth, Orpha, c’en est fait, mes beaux jours sont finis; Je retourne en Juda mourir où je suis née.

Mon Dieu n’a pas voulu bénir votre hyménée :

Que mon Dieu soit béni! Je vous rends votre foi. Puissiez-vous être un jour plus heureuses que moi ! Votre bonheur rendrait ma peine moins amère.

Adieu ; n’oubliez pas que je fus votre mère. »

Elle les presse alors sur son cœur palpitant.

Orpha baisse les yeux, et pleure en la quittant.

Ruth demeure avec elle. « Ah ! laissez-moi vous suivre! Partout où vous vivrez, Ruth près de vous doit vivre : N’èles-vous pas ma mère en tout temps, en tout lieu? Votre peuple est mon peuple, et votre Dieu mon Dieu La terre où vous mourrez verra finir ma vie,

Ruth dans votre tombeau veut être ensevelie.

Jusque-là vous servir fera mes plus doux soins:

Nous souffrirons ensemble, et nous souffrirons moins. -

Elle dit. C’est en vain que Noémi la presse De ne point se charger de sa triste vieillesse ;

Ruth, toujours si docile à son moindre désir,

Pour la première fois refuse d’obéir.

Sa main de Noémi saisit la main tremblante ;

Elle guide et soutient sa marche défaillante,

Lui sourit, l’encourage, et, quittant ces climats,

De l’antique Jacob va chercher les états.

De son peuple chéri Dieu réparait les pertes :

Noémi de moissons voit les plaines couvertes.

« Enfin, s'écria- t-elle en tombant à genoux,

Le bras de ('Éternel ne pèse plus sur nous;

Que ma reconnaissance à ses yeux se déploie :

Voici les premiers pleurs que je donne à la joie.

Vous voyez Bethléem, ma fille ; cet ormeau De la tendre Rachel vous marque le tombeau.

Le front dans la poussière, adorons en silence Du Dieu de mes aïeux la bonté, la puissance :

C’est ici qu’Abraham parlait à l'Êtemel. »

Ruth baise avec respect la terre d’Israël.

MÉMOIRE

Bientôt de leur retour la nouvelle est semée.

A peine de ce bruit la ville est informée Que tous vers Noémi précipitent lcure pas.

Plus d’un vieillard surpris ne la reconnaît pas. Quoi' c'est là Noémi! « Non, leur répondit-elle; Ce n’est plus Noémi! Co nom veut dire belle ;

J’ai perdu ma beauté, mes 61s, et mon ami. Nommez-moi malheureuse, et non pas Noémi, »

Dans ce temps, de Juda les nombreuses familles Recueillaient les épis tombant sous les faucilles : Roth veut aller glaner. Le jour à peine luit Qu’au champ du vieux Booz le hasard la conduit; De Booz , dont Juda respecte la sagesse ,

Vertueux sans orgueil, indulgent sans faiblesse,

Et qui, des malheureux l’amour et le soutien. Depuis quatre-vingts ans fait tous les jours du bien. Rulh suivait dans son champ la dernière glaneuse : Étrangère et timide, elle se trouve heureuse De ramasser l’épi qu’une autre a dédaigné.

Booz , qui l’aperçoit , vers elle est entraîné.

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