LA FEMME DU MARIN
En nous promenant un soir à Brest, au bord de la mer, nous aperçûmes une pauvre femme qui marchait courbée entre les rochers; clic considérait attentivement les débris d’un naufrage, et surtout les plantes attachées à ces débris, comine si elle eut cherché à deviner, par le plus ou moins de vieillesse, l’époque certaine de son malheur. Elle découvrit sous des galets une de ces boites de matelot qui servent à mettre des flacons. Peut-être l’avai lelle remplie elle-même autrefois pour son époux de cordiaux achetés du fruit de ses épargnes : du moins nous le jugeâmes ainsi, car elle se prit à essuyer ses larmes avec le coin de son tablier. Des mousserons de mer remplaçaient maintenant ces présents de sa tendresse. Ainsi, tandis que le bruit du canon apprend aux grands le naufrage des grands du monde, la Providence, annonçantaux mêmes bords quelque deuil aux petits et aux faibles, leur dépêche secrètement quelques brins d’herbe et un débris.
Chateaubriand.