LA PARTIE DE CHASSE
Il y avait autrefois un bon prince qu’on si appelait le duc Léopold de Lorraine; tout £ le monde l’aimait dans son pays, surtout les x pauvres gens, parce qu’il les aimait aussi et leur faisait tout le bien qu’il pouvait. Un p jour qu’il passait dans la grande salle de p son château, il vit la petite princesse sa fille g qui regardait dans la cour par une fenêtre, § et dans la cour il y avait beaucoup de pau- -g vres qui demandaient l'aumône, parce g qu’ils savaient bien qu’on leur donnait tou- g jours au château. En ce moment le bon duc g Léopold entendit sa fille dire à une dame g qui était avec elle : — Ces pauvres m’en- g nuient; ils sont toujours à crier qu’ils ont S faim ! Que ne mangent-ils du pain et du fro- $
ItClÎATIOfU.
mage? Le duc I,éopold passa son chemin, saus rien dire à sa fille qui ne le vit pas; mais il était tout triste, parce qu’il avait peur qu’elle ne fût méchante, puisqu’elle n’avait pas pitié des pauvres.
Quelques jours après, le duc Léopold annonça qu’il irait à la chasse dans la forêt , et la petite princesse fut bien contente, parce qu’on lui avait promis qu’elle serait de la partie et qu’elle suivrait son père sur un beau petit cheval qui était à elle. Le jour de la chasse étant arrivé, la princesse se leva de grand matin, toute joyeuse; on lui mit un joli habit d’amazone et un chapeau avec des plumes blanches, puis on lui amena son petit cheval qui était tout blanc et qu’on avait paré aussi avec des rosettes de rubans rouges. Iæ princesse s’assit sur la selle , car elle savait très-bien se tenir sur le petit cheval, et il y avait à côté d’elle un écuyer qui ne la quittait pas, et un piqueur pour sonner du cor. Et voilà le duc Léopold et toute la cour qui galopent à travers la forêt, et la princesse qui galope aussi, et cela l’amusait beaucoup. Mais, comme le petit cheval n’allait pas si vite que les grands chevaux
RÉCRÉA I IONS
des chasseurs, la jeune princesse sc trouva 2. autour d'une grande laide, où l’on avait bientôt en arrière, cl elle ne vit plus per- £ servi un beau souper. La princesse courut à sonne que son écuyer et son piqueur, qui 2: son père, se jeta à son cou en pleurant, et étaient toujours près d’elle; et elle leur di- : , lui raconta commeut elle s’était perdue dans sait : — Allons vite, afin de rejoindre mon g la forêt, et continent elle avait eu peur de père. Mais elle avait beau courir, elle ne mourir de faim. — Pourquoi ne mangiezvoyait rien et n’entendait rien; enfin l’é— g vous pas du pain et du fromage? lui dit le cuyerluidit: — Madame, je crois que nous duc Iaiopold d’un ton sévère. — Je n’en nous sommes trompés de chemin et que £ avais pas, répondit la princesse toute connous voilà perdus dans la forêt. Oh! alors K fuse. — Ma fille, les pauvres qui vous enla princesse fut bien inquiète , car elle n’a- ;s nuient n’en ont pas davantage; s’ils en vait pas mangé depuis le matin, et elle avait £ avaient ils ne vous en demanderaient pas. faim. Après s’être reposé, on recommença 1-a princesse comprit cette leçon, et elle
à courir de tous côtés ; mais la forêt était si £ en profita, grande qu’on ne pouvait en trouver le bout. £
La princesse était rendue de fatigue; le jour s baissait, elle avait peur de devoir passer la £ nuit dans le bois sans manger, et elle sc mit à pleurer en disant : — Mon Dieu, que j’ai £ faim! mon Dieu, que j’ai faim!... Alors l’é- jj cuyer dit au piqueur : — Sonnez un peu de £ votre cor, pour voir si on vous entendra. £
Le piqueur sonna une fanfare, et puis il s’ar- s rêta pour écouter. Alors on entendit bien £ loin, bien loin, un autre cor qui répondait.
Qui est-ce qui fut bien joyeuse? c’était la petite princesse; elle se mil à galoper du côté où elle avait entendu le cor, et elle aperçut bientôt son père avec les gens de la chasse; ils étaient tous assis sous une tente x je sais ce que c’est que d’avoir faim.
Depuis ce jour-là, chaque fois qu’elle entendait un pauvre demander du pain,
elle disait : — Qu’on lui donne bien vite.
PREMIÈRE SÉANCE
'* — ...\ oici quelque chose de nouveau. Rcj \ garde toutes ces jolies couleurs disposées sur cette feuille par petits carrés, comme la carte d’échantillons d'un teinturier. Il y a beaucoup de petits carrés, et pourtant il n’y a que sept couleurs. Tu en connais déjà quelques-unes, je te dirai le nom des autres. Voici le rouge, l 'orangé, le jaune , le rert, le bleu et le noir. Il y a des savants qui disent que le noir n’est pas une couleur, parce que, quand il n’y a point de lumière, et par conséquent pas de couleurs du tout, tout est noir. Tu sais que quand il fait bien nuit on dit qu'il fait noir. Ferme tes yeux et mets tes mains dessus, tu ne verras rien du tout que du noir. — Mais tu connais aussi beaucoup de choses noires; tu as vu des chiens noirs, des chats noirs, des chevaux noirs; tu me diras bien comment sont tes souliers?... et le chapeau de papa?
Voyons maintenant notre tableau.
Comment nommes-tu cette couleur (n° 3)?
— Rouge; — et celle-ci (n° 2)? — Rouge;
— et celle-là (n° 1)? — Rouge aussi. — Comment , rouges toutes trois ?... est-ce qu’elles te semblent toutes pareilles?... non, n’est-ce pas? Elles sont en effet de la même couleur, et cette différence que tu remarques entre elles est ce qu’on appelle nuance. A mesure que la couleur est plus sombre, qu’elle se rapproche du noir, ou dit qu’elle
est d’une nuance plus foncée; la nuance qui frappe le plus vite tes yeux, celle que malgré toi tu regardes la première, est la nuance la plus vive. Quand la couleur est pâle et comme effacée , on dit qu’elle est d'une nuance claire. — Voyons maintenant dans la couleur rouge, puisque tu la connais; quelle est la nuance lu plus vive?... et la plus claire?... et la plus foncée? Plusieurs de ces nuances ont des noms particuliers; la plus vive de toutes (n‘ 3) s’appelle écarlate,- la plus foncée, amarante (n° 1); tu connais celle-ci, c'est le rose (n" 4), et tu dois te rappeler qu’en effet c’est la couleur des roses. On a donné à la nuance la plus claire (n“ 5) le nom de couleur de chair, parce qu’elle est, comme ta chair, d'un rose très-pàle, quoiqu'il ne soit pas exactement semblable. Te souviens-tu maintenant du nom de la seconde couleur? — Orangé. — Ne pourrais-tu pas trouver pourquoi on l’appelle ainsi ? cherche bien . Voyons ; ce nom et cette couleur ne te font-ils pas penser à quelque chose que tu connais, à un fruit que tu aimes bien? — Une orange. — C’est cela.
Montre-moi maintenant les diverses nuances de cette couleur.
Quant au jaune, la plus belle nuance de cette couleur est nommée avec raison jeune if or (n° 1 3) , parce que, comme tu le sais, l’or est d’un beau jaune brillant. On l’appelle aussi bouton d’or, à cause d’une jolie fleur que tu te souviens peut-être d’avoir cueillie dans les prés. Si tu ne te la rappelles
4 RÉCRÉATIONS
pas, je te la montrerai quand nous irons donné leurs noms aux couleurs qui les rapnous promener ensemble dans les cbamps. “I" pellent. Ainsi le violet (n° 26), le lilas (n° Tu trouveras bien loi-même pourquoi on 29) te feront penser à ces fleurs qui sentent appelle ce jaune-là citron (u* 1 4), et celui-ci ïi* si bon, et les fleurs, quand tu les verras, le paille (i5)? ::f feront penser aux couleurs dont elles por-
Passons maintenant à la couleur suivante * tent le nom.
(le vert). Te souviens-tu de son nom? que js Nous voici maintenant au noir (n° 3i); te rappelle-t-elle? tu ne sais pas? De quelle ^ le noir a cela de particulier qu’il n’a pas de couleur sont les arbres que tu as vus à la j£ nuances comme les autres couleurs. Ainsi promenade? — Ils sont verts. — A laquelle ÿ le noir pâle n’est plus du noir, c’est une de ces nuances de vert ressemblent-ils le S couleur différente qu’on nomme le yrii r. plus? — A celle-là (n° 18). — Très-bien! | Voir les gris (0" 32, 33, 34, 35).
Aussi appelle-t-on celte nuance vert-pri, js
c’est-à-dire vert d'herbe; car un pré est un : — «as»- —
endroit où il y a beaucoup d’herbe, et tu disais que l’herbe est verte aussi. Le vert le | DEUXIÈME SÉANCE,
plus foncé est nommé vert-bouteille (n° 16), S
parce que le verre dont sont faites les bou- $ Parmi ces couleurs, il y en a qu’on apteilles est en effet d’une vert noirâtre. Voici pelle voyantes, parce qu’on les voit plus une autre nuance qu’on appelle vert d'eau ] ] vite que d’autres. Ainsi, si tu apercevais de (n' 19). Cependant l’eau de la carafe n’est : loin une foule de gens habillés chacun d'une
pas verte, l’eau qui coule sous les ponts •£ de ces couleurs, tu verrais d’abord ceux qui n’est pas verte non plus; mais, si tu voyais :y. seraient habillés d’écarlate, d’orangé, de un étang ou une rivière en pleine campa- ± jaune, avant de distinguer les autres. Le gne, l’eau te paraîtrait de cette nuance ver- rouge écarlate est la couleur qui se voit de ddtre ou un peu verte que tu vois ici (n° 19). !:£ plus loin. Détourne un moment les yeux. Quant au vert-pistache, c’est, j’en suis sûre, et puis rcporte-les tout à coup sur la feuille une nuance que tu n’oublieras pas. S de couleur, tu verras qu’ils iront tout de
Quelle est cette couleur-ci? — Le bleu. : ; suite chercher le rouge (n° 3). As-tu vu quel- — As-tu remarqué comment était le ciel & quefois l’arc-en-ciel ? Oui , n’est-ce pas? Eh quand il fait beau temps? — Oui, il est bien! toutescesbellescouleurss’ytrouvent, bleu. — Mais, si lu y fais bien attention, tu ± mais non pas toutes leurs nuances. La preverras qu’il n’est pas toujours du même p mière fois qu’il y aura un arc-en-ciel, je te bleu; ainsi il est quelquefois de celle nuance -S les ferai remarquer.
plus pâle à laquelle on a donné le nom de : Il y a pourtant une couleur qui n’est pas
bleu de ciel (n° 25); plus souvent de ce beau dans ces petits carrés; pourras-tu la Iroubleu-ci (n° 24), qu’on appelle azur ; quel- $ ver? Voyons; de quelle couleur est mon quefois même, quand il fait bien chaud, il : mouchoir? — Blanc. — Où est le blanc?
est d’une nuance plus foncée encore, comme ■£ .le le vois, moi; cherche bien... Comment celle-ci (n° 23) que nous appelons bleuJiar- ' ; est le papier où sont toutes ces couleurs? — beau , à cause de sa ressemblance avec la : : Il est blanc. — Tu vois donc que le blanc fleur appelée barbeau ou bluet , dont on £ est là aussi , quoiqu’on ne lui ait pas fait de fait l’été tant de belles couronnes pour les place; sans lui ou ne verrait pas si bien les petits enfants. Plusieurs fleurs ont ainsi autres couleurs.
RÉCRÉATIONS. 5