‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 535 sur 549 · L’OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

L’OBÉISSANCE

S aman , disait un jour le petit Charles à sa mère, pourquoi donc veut-on que les enfants obéissent toujours aux grandes personnes? — Mon ami, c’est comme si tu me demandais : Pourquoi ceux qui arrivent dans un pays inconnu obéissent à ceux qui y sont venus les premiers, et qui leur disent par quel chemin il faut passer pour ne pas s’égarer ou tomber dans quelque mauvais pas? lia vie est pour les enfants ce pays inconnu, il faut donc qu’ils écoutent ceux qui le connaissent mieux qu’eux s’ils ne veulent pas qu’il leur arrive malheur. Presque toujours les défenses ou les recommandations qu'on fait aux enfants ont pour but de les préserver de quelque danger qu’ils ignorent; ils font donc bien de suivre exactement les ordres de leurs parents, même quand ils n’en comprennent pas le motif. Veux-tu savoir ce qui est arrivé à un petit garçon pour n’avoir pas obéi exactement à son père? — Ob!

oui , ma chère maman , dites-moi vite son histoire. — Prends le journal qui est là sur ma cheminée, tu la liras toi-même. — C’est donc une histoire vraie? — Très-vraie. Lis.

« Le petit Philippe est un enfant de dix ans, fils d’un honnête ouvrier. Le père de Ü Philippe était malade depuis quelque temps; : : le besoin commençait à se faire sentir au ; : logis, où les ressources s’étaient rapidement : épuisées : le pain manquait, le pharmacien g; refusait de livrer à crédit les médicaments : :: nécessaires. Dans cette extrémité le père se rappela qu’il lui était dù quatre journées : : de travail par un maître charpentier qui £ l’avait occupé le mois dernier, et il envoya g: le petit Philippe réclamer les dix-huit francs ‘ qui lui revenaient, en lui recommandant ■“ expressément de ne pas s’arrêter en route. Philippe sc rendit chez le maître charpentier, qui fit d’abord quelques difficultés de g: lui remettre cet argent ; mais l’enfant insista avec tant d’intelligence, exposa si vivement que son père était malade, qu’il attendait, & et que lui-même il serait si content en rentrant à la maison de rapporter les objets de première nécessité, que le débiteur fut . vaincu et paya la modique somme.

sJ » Le petit Philippe enveloppa soigneusement les dix-huit francs dans le coin de son g mouchoir, fit un double nœud par-dessus ~ et sc retira plein de joie. Déjà il approchait

île

RÉCRÉATIONS

tic la rue Aubry-lc-Boucber, où son père demeure, lorsque près du marché des Innocents il fut accosté par deux enfants de son âge qui lui offrirent de jouer une partie de billes. Le petit Philippe refusa d’abord, se souvenant de la défense de son père; mais les autres enfants ayant insisté, il pensa qu’il n'y avait pas grand mal à s’arrêter un moment; il finit donc par céder, et joua pendant environ un quart d’heure. La partie finie, et tout en se reprochant le tort qu’il avait eu de s’arrêter, il reprit sa route, tenant toujours serré contre son sein le mouchoir dépositaire de l'argent. Mais qu’on juge de la douleur du pauvre enfant lorsque voulant, avant de rentrer, examiner son petit trésor il ne trouva plus rien! Pendant qu’il jouait, de petits filous avaient fait une incision au mouchoir et étaient parvenus à en extraire tout l’argent qu’il contenait.

» Dans son désespoir, le petit Philippe sc prit à fondre en larmes; les passants s’attroupèrent, et le pauvre enfant, à travers scs pleurs et ses sanglots, raconta son aventure. — Allons, mes braves amis, dit alors une femme de la Halle en s’adressant à la foule, il faut réparer le malheur de ce pauvre petit et lui sauver le fouet en venant au secours de son père. Pour ma part, je mets

une pièce de dix sous dans mon sabot, faites passer en guise de tirelire et exécutez-vous suivant vos moyens.

» Le sabot fit le tour du cercle, et en un clin d’œil la collecte produisit le double de la somme volée. Le tout fut remis à Philippe, que pour plus de sûreté on conduisit jusqu'à la porte du domicile de son père , tandis qu’il versait des larmes de reconnaissance et de joie, et baisait les mains de ceux qui avaient eu pitié desa douleur et de l’infortune du pauvre ouvrier. »

— Tu vois, dit la mère de Charles, ce qui est arrivé à Philippe pour n’avoir pas fait exactement ce que son père lui avait prescrit. — Mais, maman, son père savait donc qu’il rencontrerait les petits filous? — Non, mon ami , mais il savait qu’un enfant se laisse aisément tromper, que sa confiance et son étourderie pouvaient l’exposer de mille manières à perdre son argent, et que le plus sûr pour lui était de revenir tout droit à la maison le plus vite possible. — Je vois bien, maman, qu’il avait raison, et je te promets, à l’avenir, de faire toujours bien exactement ce que tu médiras, quand même je ne comprendrais pas tout de suite pourquoi. — Tu t’en trouveras bien, mon ami. — Et la maman embrassa tendrement son fils.

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