‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 542 sur 549 · LES DEUX SOIRÉES · texte numérisé non relu

LES DEUX SOIRÉES

* i,’Y>n est mal à la campagne quand il fait

froid! — Que les longues soirées sont ; ennuyeuses ! — On n’y voit pas! — On ,le sait que faire! Telles étaient les plaintes que faisaient entendre les quatre petites filles de madame Tercy, réunies un soir d’automne autour de leur mère. — Il est vrai, dit celle-ci, que le froid nous a surprises un peu trop tôt cette année, mais est-ce une raison pour m’étourdir de vos lamentations? ne vaudrait-il pas mieux, mes enfants, vous soumettre de bonne grâce h ce que vous ne pouvez empêcher, d'autant qu’il ne tient qu’à vous de changer votre situation, en vous occupant h quelque chose d’utile, au lieu de l’empirer par votre mauvaise humeur. — Mais maman, dit Amélie, le travail n’empêchera pas le froid. — D’ailleurs, dit Juliette, cette salle est si peu commode! — Cette lampe éclaire si mal! ajouta Claire. Madame Tercy haussa les épaules. — Et puis, maman, s’écria la petite Lucie, cela n’est pas amusant de travailler. — Tu crois, Lucie? répondit la mère; pourquoi donc le travail m’amuse-t-il? — Ah ! maman, parce que vous êtes une grande personne. — Non, en vérité, mon enfant; si tu t'appliquais à un travail quelconque, avec la volonté d’y réussir et de l’exécuter le mieux possible, tu y prendrais goût comme moi. — Mais Lucie était encore trop enfant pour comprendre ce que sa mère voulait dire, et scs sœurs, qui l’entendaient fort bien, étaient de trop mauvaise humeur pour convenir qu'elle avait raison.

Si

Après une longue et ennuyeuse soirée, madame Tercy les envoya au lit, et les quatre sœurs se couchèrent tristement, mécontentes de tout et d’ellesmêmes.

En entrant le lendemain dans la chambre de leur mère pour lui souhaiter le bonjour, elles y trouvèrent la petite Annette tout en pleurs; c’était la fille d’une pauvre veuve du voisinage, qui vivait de son travail et h laquelle madame Tercy donnait souvent de l’ouvrage*. La pauvre femme était tombée dangereusement malade, et sa fille venait le dire à madame Tercy. Elle se rendit sur-le-champ chez la malade, afin de la consoler cl de lui porter quelques secours. — Amélie, Juliette, Claire et Lucie accompagnaient leur mère. — Eh bien ! ma pauvre Marianne, dit celle-ci en entrant chez la bonne femme, comment voua trouvez-vous? — Rien mal, ma chère dame, répondit Marianne d’une voix faible; mais ce qui m’inquiète le plus, c’est cette enfant qui est encore trop jeune pour travailler, qu’est-ce qu’elle va faire si je lui manque? — Soyez tranquille, Marianne, vous ne lui manquerez pas, il faut l'espérer, j’ai envoyé chercher le médecin , et nous aurons soin de vous. — Après avoir reçu les bénédictions delà malade, à laquelle elle avait remis quelque argent pour acheter les remèdes nécessaires, madame Tercy quitta la chaumière avec ses filles, tout attristée des souffrances de Marianne et de la douleur de la petite Annette.

— Maman , dit Amélie, Marianne est bien heureuse que vous la fassiez soigner. — C’est moi,

RÉCRÉATIONS

Amélie, qui suis heureuse de pouvoir la soulager, £ répondit sa mère; par malheur, je ne puis remédier g; à tout le dommage que causera sa maladie. — Coin- g; ment cela , maman? — Ma fille, quand les riches sont malades, ils n’ont que l’inconvénient de la maladie, qui est déjà assez grave; mais les pauvres, 55 ou ceux qui vivent de leur travail , ont de plus le 5* malheur d’être privés de tout moyen de gagner de X l’argent, et cela au moment où ils en ont le plus g; besoin. La pauvre Marianne va donc sc trouver encore plus pauvre quand elle sera guérie. — Oh ! 5maman, s’écria Claire, vous lui donnerez de l'ar- X gent. — Je ne pourrais, mon entant, lui donner $ tout l’argent qu’il lui faudrait, mais si la petite Annette, qui a de la bonne volonté et de l'intelligence, 2“ pouvait gagner quelque chose de son côté , tout 2* irait bien. — Et comment Annette pourrait-elle S* gagner de l'argent , petite comme elle est? — J’y ai 22 pensé, mes enfants, et je crois en avoir trouvé le moyen , si vous voulez m’aider, car j’ai compté sur JE vous. — Oh! maman, dilcs-nous bien vite ce qu’il JS faut faire! — Vous le saurez après déjeuner. Les 5* quatre sccurs déjeunèrent à la hâte , tant elles JE avaient d’impatience de savoir le projet de leur JE maman. Le déjeuner fini , madame Tercy chercha JE dans ses armoires , et en tira une foule de mor- JE ceanx d’étoffes de toute espèce et de toute couleur, JE qu’elle apporta sur la table du salon. — Les petites JE filles la regardaient avec curiosité. Vous savez, mes JE enfants, dit madame Tercy en souriant, que la foire du village de *** a lieu dans dix jours; d’ici là, en JE employant bien notre temps, nous pouvons avoir JE fait de tous ces morceaux un magasin de mille ha- JE galelles, que la petite Annette ira vendre à son pro- JE fit. On peut juger si le projet fut approuvé et si les JJ petites filles se mirent à l’ouvrage avec ardeur. JE L’11 soir qu’elles étaient tout occupées avec leur 3J* mère, autour d’une table couverte de morceaux de soie, de cachemires, de rubans, de mousseline, etc. , -J dont elles faisaient des sacs, des pelotes, des bour- <$>

ses, des nécessaires à aiguilles, des ménagères, des essuie-plumes, des écrans, et une foule de jolies ba* g.i telles du môme genre : — Il me semble, dit Amélie d’un air satisfait, qu’il ne fait pas si froid ce soir que les jours derniers. — J'allais remarquer que le feu était meilleur, s’écria Claire. — Certainement, ajouta Juliette, la latnjte éclaire beaucoup mieux.

— Aussi le salon a l'air bien plus gai, dit la petite Lucie. — Madame Tercy sourit. — J’cn suis bien fâchée pour l’honneur de voire sagacité, mes chères filles, mais le temps n'est pas plus chaud que l'autre soir, le feu ne brûle pas mieux, la lampe n’éclaire pas davantage, et le salon est toujours le même, c’est seulement la disposition de votre âme qui a changé, et j’en sais la raison. — Ditcs-nous-la, chère maman. — Vous étiez désœuvrées, et vous êtes occupées, voilà tout. Un travail auquel vous mettez toute votre application ne laisse point de place à l'ennui; la conviction que vous avez de faire une chose bonne et utile vous rend à la fois l’esprit tranquille et lu cœur joyeux , et celte satisfaction intérieure se répand sur tout ce qui vous environne. N’oubliez donc pas, nies enfants, que nous jHHions en nous la cause de nos chagrins et de nos plaisirs, et que le secret d’être contentes de tout, c’est d’ètre contentes de vous-mêmes.

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