‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 544 sur 549 · LA SI ÈRE · texte numérisé non relu

LA SI ÈRE

Ce sont trois divisions que les hommes ont établies afin de se reconnaître dans les ouvrages de Dieu, lis ont remarqué que toutes les choses visibles se distinguaient par quelques caractères principaux, qui les divisaient naturellement en trois classes. Ainsi regarde autour de toi, si tu prends une pierre, par exemple, lu sais quelle ne peut se mouvoir d’elle-mèmc ; en quelque endroit que tu la mettes, elle ne s’en trouvera ni mieux ni plus mal, et n’en deviendra pas plus grosse, quelque soin que tu en prennes. Si tu la brises en morceaux, chaque morceau aura exactement tous les caractères de la pierre primitive. Il en est de même de toutes les choses inertes, les métaux , le charbon de terre et en général tout cc qui se trouve du même genre sur ou dans la terre; ces choses prennent le nom de minéraux cl appartiennent au règne minerai. Il y en a d’autres qui tiennent à la terre par des racines, y puisent des sucs dont elles se nourrissent, cl, à l’aide de leurs rameaux et de leurs feuilles, aspirent l’air et la rosée; qui croissent, grandissent, se reproduisent par des semences et meurent. (X* sont les végétaux, c’est-à-dire les arbres, les fleurs, les herbes , les plantes de toute espèce enfin , qui forment le règne végétal. Le règne animal se compose de tout ce qui vit, sent et se meut , c’est-à-dire de toutes les bêtes connues sur la terre, dans les airs ou dans les eaux, depuis la plus grosse jusqu'à la plus

RÉCRÉATIONS

petite. Nomme tontes les choses qui peuvent le venir à l’esprit, et tu verras qu’elles appartiennent a l’un des trois règnes, en tout ce qui n’est pas l'ouvrage de l’homme.

LUCIE

Voilà qui est singulier, maman; ainsi il n’y a au monde que trois espèces de choses : des minéraux, des végétaux et des animaux?

LA MERE

Vraiment oui.

LUCIE

Et nous, maman, de quel règne sommes-nous?

LA MÈRE

Voilà une question à laquelle tu peux m’épargner la peine de répondre en cherchant toi-méme.

LUCIE

Voyons! je ne suis pas du règne minéral, car je ne ressemble pas à une pierre; je ne suis pas du règne végétal, car je n’ai point de racines qui m’attachent à la terre. Je suis donc du règne animal? Cependant, maman, je ne suis pas une bêle?

la mère.

En es- tu bien sûre?

LUCIE

11 me semble que oui , maman ; je vois bien que je ne suis pas la même chose qu'un chat ou un chien.

LA MÈRE

Peux-tu me dire où est la différence?

LUCIE

Mais d’abord ils marchent à quatre pattes.

Il y a des singes qui marchent comme nous sur deux pieds, ainsi tu ne les compterais pas non plus parmi les bêtes?

LUCIE

Pour cela, si, maman; cependant il y a bien une différence. Ab! voilà, les animaux ne parlent pas, et moi je parle.

LA MÈnE.

Les animaux parlent dans leur langage e( se comprennent entre eux; d’ailleurs tu sais que le pei roquet de ta tante parle aussi bien qu’une personne.

LUCIE

Oui, inaman, mais il dit toujours la même chose, et on ne peut pas causer avec lui.

LA MÈRE

C’est vrai, mais qu’appelles-tu causer? est -ce dire indifféremment tous les mots qui vous viennent à la bouche ?

LUCIE

Non, maman, c’est dire ce qu’on pense.

LA MÈRE

Dire ce qu’on pense; voilà en effet la différence entre toi et les animaux : tu penses et ils ne pensent point. Les mois que prononcent les perroquets n’ont aucun sens pour eux , mais ils en ont un pour toi; assurément ton chien voit bien la différence qu’il y a de loi à une pierre, cependant je ne crois pas qu’il lui arrive «le réfléchir à celle différence et d’en tirer aucune conséquence.

LUCIE

J’avais donc raison de dire que je n’étais pas une bêle?

LA MÈRE

Ne va pas si vite. Quoique nous soyons supérieurs aux bêles , nous sommes cependant classés dans le règne animal par tout ce qui tient à la vie matérielle ; mais nous avons un don de plus, comme la plante en a un de plus que la pierre , comme l’animal en a un de plus que la plante.

LUCIE

Comment cela, maman?

La pierre existe, puisqu’elle est ; mais elle ne vit pas; la plante existe et vit; ranimai existe, vil cl se meut; l’homme enfin existe, vit, se meut et pense. Par la pensée il sc rend compte de ce qu'il voit, il eu cherche l’origine et le but, il y reconnaît la main d’un Dieu créateur, et il sent qu’il a été fait à son image, puisqu’il peut s’élever jusqu’à lui

LUCIE

Ainsi, maman, le bon Dieu ressemble à uu homme?

LA MÈRE

Ce n’est pas ton corps qui a été fait à l'image de Dieu, car ce n’est pas lui qui le comprend, c’est Ion esprit ou plutôt (on âme; l'homme n’aurait jamais conçu l’idée d’un Dieu immortel, s’il n’avait eu lui quelque chose d’immortel; aussi ce quelque chose, c’est notre âme.

LUCIE

Ainsi, maman, notre âme ne meurt pas?

LA MÈRE

Non , mon enfant; un jour seulement elle quittera ton corps, comme tu quittes ta robe quand elle est usée, et elle ira se réunir à Dieu dans le ciel, si, comme je 1’cspére, tu as obéi à ses commandements.

LUCIE

Oli ! chère maman, je vous le promets.

LA MÈRE

Eh bien ! pour commencer» va écrire ton devoir de français, et prouve-moi que lu sais faire usage de ta raison et de ton intelligence eu y mettant de la bonne volonté et de l’application»

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