‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 80 sur 549 · MÉMOIRE. — PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

MÉMOIRE. — PREMIÈRE LEÇON

Te souviens-tu de ce que je t’ai promis à hier matin? — Oui ; c’était que j'ap- S prendrais aujourd’hui quelque chose de jg nouveau. — Fort bien. Et pourrais-tu te £ rappeler exactement les paroles dont je jg

me suis servie? — Je crois que oui Ig

Tu m’as dit : Je suis contente de toi, parce que tu as bien lu et bien écrit; demain î nous commencerons autre chose. — C’est S cela même. Eh bien! ce qui te sert à retenir si bien ce qu’on te dit s’appelle la -jmémoire. C’est une faculté, ou don de Dieu, qu’il faut exercer à ton âge ; autrement “ elle se perd en vieillissant, et dans quel- S ques années peut-être tu ne me répéterais à pas aussi bien qu’aujourd’hui ce que g je t’aurais dit la veille. Tu ne pourrais S pas, je pense, me dire ce que tu as lu hier, j; comme tu m’as redit mes paroles? — Oh ! g non, c’est trop long. — Tu sais cependant g qu’il s’agissait des mois de l’année, et que jS Janvier est le mois des étrennes; Mai, le s mois des fleurs... 1 mais tu ne pourrais te j~ rappeler les phrases mêmes du livre , à moins de les avoir apprises par cœur, c’est- ;; à-dire lues et répétées plusieurs fois, jus- -g qu’à ce que lu pusses les dire comme si le S livre était devant tes yeux. Cela n’est pas jg nécessaire pour ce que tu as lu hier; il S suffit que tu te souviennes de ce que le livre disait , sans t’inquiéter de retenir S précisément les mots et les phrases; mais S quand ce sont des hommes de beaucoup S de talent, des hommes de génie, qui ont jS écrit ces livres, comme il est à présumer t~. qu’ils ont exprimé leur pensée de la meil- S leure manière possible, et qu’ils ont choisi

1 Voir le Livre de lecture, ontième leçon.

avec soin tous les mots dont ils se servent, on ne peut se permettre de les changer et de déranger ainsi leur ouvrage , sans faire penser qu’on n’est pas en état de sentir ce qui est bien, puisqu’on ne le respecte pas. A ton âge on n’est pas encore capable de comprendre ce qui est beau ; mais en apprenant par coeur, comme je te l’ai dit, on forme sa mémoire et son oreille , ce qu’on aurait peine à faire plus tard. On apprend plus volontiers des vers , qui , étant une manière de dire autre que celle dont nous nous servons dans la conversation, et qu’on appelle prose , se gravent par cela même plus exactement dans la mémoire. Les vers sont un langage mesuré , c’est-à-dire composé d’un certain nombre de syllabes disposées selon uuc certaine mesure. Cette ligne est un vers :

Aidez-vous seulement , et Dieu vous aidera.

Régnieb.

Cette autre :

Nos biens comme nos maux sont en notre pouvoir.

Régnier.

est encore un vers. Tu entends qu’ils ont la même mesure , et tu vois de plus que l’idée est rendue d’une façon particulière, qui n’est pas celle qu’on prendrait en parlant. Ainsi nous dirions, par exemple, au lieu du vers ci-dessus : Notre bonheur et notre malheur dépendent de nous.

Voici encore cette même idée exprimée en deux vers par le même auteur :

La fortune esl à nous , el n’est mauvaise ou bonne Que selon qu’on la forme ou bien qu’on se la donne.

Régnier.

Ceci te prouve qu’on peut dire la même chose de plusieurs façons. Tu remarque-

MÉMOIRE

ras que ces deux vers finissent par un son pareil, bonne, donne ( onne ) ; c’est ce qu’on appelle la rime. Dans la langue française tous les vers sont rimés, c’est-à-dire que le même son est toujours répété deux fois au moins. Il y a des vers de plusieurs mesures, comme tu le verras par la suite; mais je ne veux pas te fatiguer par de trop longues explications, j’aime mieux te donner des exemples, ce sera à toi de me questionner quand tu ne comprendras pas. Voici un vers d’un autre grand auteur, appelé Molière. — Voyons si tu le retiendras tout de suite.

Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le datte. Fort bien ; tu l’as dit très-exactement.

Comprends -tu ce qu’il signifie?

Pas trop, je crois... Flatter quelqu’un, c’est lui donner des louanges menteuses, ou l’approuver quand il fait mal, et par conséquent l’engager à continuer. Au contraire , quaud on aime véritablement une personne, on voudrait la voir parfaite, et on est porté à l’avertir de ses défauts afin qu elle se corrige. C’est pourquoi un autre a dit :

Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue.

Boileau.

Je vais maintenant choisir dans différents auteurs quelques pensées contenues eu peu de vers, pour t’exercer jusqu’à ce que tu puisses apprendre des pièces entières.

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