LE LABOUREUR ET SON FILS
Voilà nos champs bien préparés,
Bien engraissés, bien labourés; Ensemençons sans plus attendre.
Mon fils , ne perds pas un moment :
Tu vois bien ce sac de froment,
Dans nos sillons va le répandre.
— Tout entier? — Depuis quarante ans.
Du blé que je sème en mes champs N’est-ce pas la juste mesure?
— Mon père, avez-vous essayé De n’en semer que la moitié?
La part qu'on garde est la plus sûre.
— Mon fils, ce n’est pas la leçon Que donne toujours la prudence :
Gagner moitié sur la semence ,
C’est la perdre sur la moisson.
A.-V. Arnai lt.
* Bien engraisses, uii Tou a mi* beaucoup de fumier.
5 FroiBent, ou blé de la meilleure espèce.
6 Sillons, petit* fosse* que trace la « b arme dan* toute la longueur d'un champ.
I* Moisson. La récolte du blé, lorsqu'il est mûr eu épi, qu’on coupe, qu’on bal, dont on met le grain dans des sacs, qu'on porte au mouliu pour en faire la farine qui sert à faire du pain.
O bienheureux mille fois L'enfant que le Seigneur aime ;
Qui de bonne heure entend sa voix ,
Et que ce Dieu daigne instruire lui-même! fi Loin du monde élevé , de tous les dons des cieux Il est orné dès sa naissance ,
Et du méchant l’abord contagieux N'altère point son innocence.
Tel, en un secret vallon,
10 Sur le bord d'une onde pure ,
« L’ARBRE EXOTIQUE ET L'ARBRE INDIGÈNE, ■g • — Tandis qu’en vain cet arbre utile Attend l'eau dont il a besoin ,
Pourquoi prenez-vous tant de soin 5" De cet arbre ingrat et stérile?
r: — Mon ami, c’est qu’il vient de loin.
•ji Lk üé»K.
Exotique, étranger, qui d'cm pat naturel au pays.
» hulû/ïne, né dans le pays; l'opposé d'etniique.
MÉMOIRE
EXISTENCE DE DIEÜ.
Les deux instruisent la terre A révérer leur auteur :
Tout ce que leur globe enserre Célèbre un Dieu créateur.
5 O quel sublime cantique
Que ce concert magnifique De tous les célestes corps !
Quelle grandeur infinie 1 Quelle divine harmonie 40 Résulte de leurs accords !
De sa puissance immortelle Tout parle, tout nous instruit.
Le jour au jour le révèle ,
La nuit l’annonce à la nuit, lu Ce grand et superbe ouvrage
N’est point pour l’homme un langage Obscur et mystérieux.
Son adorable structure Est la voix de la nature 20 Qui se fait entendre aux yeux.
Dans une éclatante voûte Il a placé de Ses mains Ce soleil qui, dans sa roule,
Éclaire tous les humains.
25 Environné de lumière.
Cet astre ouvre sa carrière Comme un époux glorieux ,
Qui, dès l’aube matinale,
De sa couche nuptiale 30 Sort brillant et radieux.
L’univers , à sa présence ,
Semble sortir du néant.
Il prend sa course, il s’avance Comme un superbe géant.
35 Bientôt sa marche féconde
Embrasse le tour du monde Dans le cercle qu’il décrit;
Et par sa chaleur puissante,
La nature languissante iO Se ranime et se nourrit.
O que tes œuvres sont belles!
Grand Dieu! quels sont tes bienfaits!
Que ceux qui te sont fidèles Sous ton joug trouvent d’attraits !
Ta crainte inspire la joie;
Elle assure notre voie ,
Elle nous rend triomphants;
Elle édaire la jeunesse,
Et fait briller la sagesse Dans les plus faibles enfants.
J. -B. Rousseau.
* Enserre, renferme.
1 Cantique, chant d'actions de grice* en l'honneur de la Divinité.
T Célestes corps, le» astre», planète», étoiles, etc*
Un langage, un parler, une laugue.
W Structure, construction.
•* Sa carrière , son chemin.
** ^ube matinale , la première lumière du jour.
“ Couche nuptialf , lit nuptial , le lit du jour où il «est marie , où ont eu lieu aes noces. — Le soleil semble effectivement sortir de la mer; mai» on sait que le soleil ne se couche point, car il est immobile; la terre que nous habitons tourne de telle sorte que , lorsqu'il fait jour dans notre pay», d'autre» peuples sont dans l’ob- •ourilé; et réciproquement, il fait nuit cliex nous Ionique d'autres peuples voicot le soleil.
** Séant , rien, l'oppose de ce qui est. Dieu a tiré le monde du néant.
M Superbe géant, qui surpasse la taille ordinaire de l'homme; celle-ci va quelquefois jusqu'il sept pieds, mais celle qu’on attribue aux Géant* de la fable ou de la mythologie la dépassait de beaucoup.
** yotnvoie, notre chemin, notre route.