EDMOND SAUCIER
Louiseville, Qué. Octobre 1909.
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Quelques-uns des chapitres de ce livre ont déjà été publiés dans le journal “La Vérité ” Sous la signature d'Antoine Despyrelles, pseudonyme que nous avions adopté.
Trente années de notre vie ont été consacrées à l’étude et à la pratique de l’art d’éduquer l'enfance et la jeunesse.
Le livre que nous publions aujourd’hui est le fruit de ces trente ans d’expérience dans une profession dont nous n’avons jamais cessé d’estimer et d'aimer, par-dessus ut, l'œuvre civilisatrice.
On chercherait en vain, dans ce modeste volume, une intention littéraire. Nous laissons volontiers À ceux de nos compatriotes qui tien- 2ent une plume plus habile et mienx exercée, la tâche de préparer au lecteur des régals littéraires.
Tous nos efforts ont été à exprimer, avec toute la clarté qu'il nous a été possible, des pensées que nous croyons justes et utiles, dans le seul but de prêter notre concours — si faible que soit cette assistance — au mouvement de progrès qui se fait partout sentir, de nos jours,
dans le domaine de l'éducation.
Ce n’est pas sans éprouver qrelques sentiments d'inquiétude que nous lançons dans tous les hasards d’une existence “ livresque ”, ce premier fruit de notre constant amour pour tout ce qui touche à l’éducation des enfants.
C£,cndant, une parole que Léon XIII a adressée aux publicistes canadiens, «dans son admirable encyclique “ Affari vos”, a calmé nos craintes et fait taie nos hésitations.
Dans cette encyclique, à nous adressée, le grand Pontife définit en ces termes le devoir de tout catholique militant en face des attaques dont la vérité et les utiles institutions sociales sont l’objet:
‘A expliquer et à défendre tout ce que
‘nous avons dit jusqu'ici, ceux-là d’entre “les catholiques y peuvent puissamment ‘contribuer, qui se sont consacrés aux tra- ‘vaux de la presse. Qu'ils se souviennent ‘donc de leur &Gevoir. Qu'ils défendent ‘“religieusement et avec courage tout ce “qui est vérité, droit, intérêt de l'Eglise et ‘de la société.”
+ + + Notre système scolaire, qui a grandi et s’est
développé avec notre nation prédestinée, fait partie de notre patrimoine national, au même
titre que nos Superbes forêts et nos incomparables richesses minières.
Tout cœur qui sent s’agiter en lui la flamme de l’amour du sol natal, éprouve le besoin de se dévouer à l'accroissement de ce qui constitue la richesse du domaine national, et à la défense de ce précieux héritage, contre les assauts de quiconque aurait conçu le sinistre projet d’en anéantir quelque portion, si minime soit-elle.
Depuis quelques années surtout, nos écoles sont devenues l’objet d'attaques répétées et de critiques acerbes, :
Si quelques-uns de ces assaillants ne sont que d’intrépides pionniers, travaillant à débarrasser le sol de ses pousses superflues, en vue d’une plus abondante production, d’autres, on ne peut le nier, s’emploient à manier le pic du malfaisant démolisseur, plutôt que la hache de l’intelligent et industrieux défricheur.
Avec Roosevelt, nous dirions à ces flibustiers de la démolition, “que l’acte le plus criminel est d’exciter le peuple à la colère sans proposer de remède à ses souffrances, ou en ne proposant qu’un remède inapplicable ; que le pire enner i du peuple est l’agitateur politicien.” (1)
Lorsqu'une ville est attaquée, le devoir « tout citoyen est de veiller à la sûreté de la place, de surveiller les mouvements de l'ennemi et de signaler les points faibles des remparts par où il pourrait faire brèche et envahir la cité.
(1) L'Idéal américain.
En présence de ces attaques non dissimulées contre une de nos institutions les plus précicuses — nos écoles nationales et chrétiennes — une inspection minutieuse de la forteresse attaquée s'impose à tous les intéressés, pou: découvrir et fortifier au plus tôt, les points trouvés vulnérables.
A notre humble avis le point faible et défectueux de notre système scolaire, c’est l'absence de tout entraînement professionnel systématique dans le plus grand nombre de nos instituteurs.
Tout récemment, Mgr Baudriart, recteur de l'Institut catholique de Paris, disait, en parlant du haut enseignement donné dans les universités de notre province :
‘IT y a, ne craignons pas de le dire, une question qui mérite d'attirer l'attention de de tous ceux que préoccupe l'avenir du catholicisme et de l'esprit français au Canada. Certes, on ne saurait trop aimer l’œuvre accomplie par le clergé canadien :
s’il ya dans la Nouvelle-France une culture et une culture française, c’est à lui qu’on le doit; son zèle et son patriotisme sont au-dessus de tout éloge, et notre reconnaissance iui est acquise. ”
‘ Toutefois on 1e peut se dissimuler que, dans le présent état des choses, et avec les contacts nombreux qu'ont maintenant à subir les populations canadiennes, le clergé doit faire un effort nouveau pour ne pas déchoir de son rôle et manquer à sa mission... Autrement, le laicisme et même l’anticléricalisme aurait vite fait de se développer, et c'en serait fini de l'esprit catholique et français, qui est encore aujourd’hui l'originalité, la force et l'honner du Dominion. ”
Nous nous associons de tout cœur aux sentiments d’admiration et de reconnaissance à l’adresse de notre digne clergé canadien, contenus dans ces paroles du vénérable Prélat ; mais nous croirions volontiers à une pointe d’exagération dans les craintes qu’il € win»
Par rapport à nos institutions universit ires.
Cependant nous n’hésiterions pas à admettre que les appréhensions de l’éminent recteur de l’Institut catholique de Paris seraient amplement justifiées, si elles se rapportaient à l’absence de formation professionnelle dans nùs instituteurs de toutes catégories,
Dans l’encyclique déjà citée, et qui restera comme le code de nos institutions scolaires, Léon XIIT lui-même insiste, avec une particu.
lière énergie, sur la nécessité de la sérieuse préparation de nos instituteurs pour leur profession d’éducateur, lorsqu'il dit:
“ Iest un autre point qui appelle encore vos communes sollicitudes. C’est que, par votre autorité, et avec le concours de ceux qui dirigent les établissemeats d'éducation, on élabore, avec soin et sagesse, ‘out le programme des études, et que l’on PRENXE SURTOUT GARDE de n’admettre aux fonctions de l’enseignement que des homines 1B0N- DAMMENT POURVUS de toutes les qualités qu'elles comportent, naturelies et ACQUISES.”
Douze ans se sont écoulés, depuis que ces 80lennelles paroles nous ont été adressées par le Chef infaillible de l'Eglise ; et cependant elles résonnent encore aujourd’hui, avec un accent de vibrante actualité.
C’est encore dans ce même remarquable document que le clairvoyant Pontife nous faisait ces autres utiles recommandations :
‘ Il conv'ent que ies écoles catholiques puissent rivaliser avec les plus florissantes par la BONTÉ 2ES MÉTHODES DE FORMATION et par l’éclat de l’enseignement. Au point de
vucde la culture intellectuelle et qu progrès de la civilisation, on ne peut que trouver beau et noble le dessein Conçu par Îles provinces canadiennes de développer l’instruciion publique, d’en élever de plus en plus le niveau et d'en faire ainsi une chose toujours plus haute et plus parfaite, ”
Et, remarquons-le bien, il ne s'agit pas ici du simple énoncé de vérités générales, applicables à tous les pays et à tous les temps. Car c'est bien à nous que Léon XIII adressait ces recommandations, après avoir pris une parfaite connaissance de notre situation et de nos besoins actuels,
L'ntraînement professionnel des instituteurs, tel qu’il est Compris aujourd'hui dans Presque tous les pays civilisés, revêt les caractères suivants:
1° Les établissements où se fait cet entrainement à la fois théorique et pratique, sont des institutions purement professionnelles. Les candidats n’y sont adiais qu'après avoir subi avec succès un examen destiné à montrer qu'ils possèdent la somme des connaissances scientifiques requises, pour l'étude et la pratique de Ja profession d'éducateur.
2° Un programme détaillé, et uniforme pour
toutes les institutions pédagogiques du même degré, dirige pas à pas les professeurs dans les cours théoriques qu'ils doivent donner, et les exercices pratiques de formation, par lescuels ils doivent faire passer le futur éducateur pour le rendre maître de son art.
3° Un inspecteur compétent surveille le travail de ces écoles professionnelles pour en assurer l'exactitude et l'efficacité, en mêms temps qu’il s'efforce de se tenir au courant de tous les utiles progrès réalisés dans le monde, année par année, dans le domaine de l’éducation, pour s'en inspirer dans la confection des programmes et la direction générale des établissements dont il a la surveillance.
4° Les brevets d’éducateur ne sont délivrés qu'aux élèves des écoles normales et après ils ont subi un examen oral et écrit, théorique et pratique, conduit par une commission prise en dehors des professeurs de ces institutions professionnelles.
Cette question des brevets a une importance considérable.
Si nous voulons relever la profession d’instituteur dans l'estime du public, il faut que les éducateurs vraiment compétents, ceux qui connaissent la pratique de leur profession suivant les principes scientifiques qui la régissent, soient officiellement distingués de ceux qui ne .possèdent pas cette formation professionnelle.
Dans son dernier Rapport annuel, l'honorable Boucher de la Bruère, Surintendant de l'Instruction publique, s'exprimait dans le même sens, lors ‘il disait :
* L'époque ne saurait être éloignée où il faudra modifier quelque peu les règlements qui concernent les candidats à l’enseignement devant le Bureau central des examinateurs. Celui-ci a sans doute son utilité, et il l’anra pendant nombre d'années encore, mais il ne faut pas qu’il puisse gêner le recrutement des élèves-maftresses au détriment des écoles de pédagogie. ”
“ Les diplômes accordés aujourd’hui par ce Bureau et par les écoles normales ont
apparemment la même valeur, puisqu'ils confèrent également le droit d'enseigner Une étude du fonctionnement de ces institutions professionnelles dans certains pays d'Europe paraîtra probablement nécessaire dans un avenir très rapproché. ”
L'honorable Surintendant est donc du mêrie avis que nous sur la nécessité de réorganiser notre système d'enseignement professionnel de pédagogie, ct de le modeler sur celui des pays
qui, Sur ce point, nous ont devancés dans la carrière du progrès.
16 AVANT-PHOPOS
En attendant qu'il nous soit possible de n'admettre aux fonctions de l'enseignement, — comme cela se pratique presque partout ailleurs aujourd'hui — que ceux qui ont subi l’entraîinement d'une école normale, le Bureau d'examinateurs devra continuer son œuvre bienfaisante; mais, dès à présent, il serait né- “essaire de faire une distinction entre l’instituteur systématiquement entraîne dans l'exercice de sa profession, et celui qui n'a pas subi cet entraînement.
Cela nécessiterait l'émission de deux ratégories de brevets d’instituteurs : le brevet * non professionnel ” délivré par le Bureau d’examinateurs, et le brevet ‘“ professionnel ” décerné
à ceux qui ont suivi les cours professionnels
c'une école normale.
Cette distinction et la différence que l'on ne manquera pas de remarquer entre une école dirigée par un instituteur ou une institutrice svstématiquement et scientifiquement entraîinés, et une école conduite par un maître ou une maîtresse qui n'ont appris leur métier que par la pratique seule, auront vite fixé la préférence des commissions scolaires.
Pour jouir de l'avantage de posséder des écoles dirigées par des instituteurs capables de donner à leurs enfants une éducation forte et virile, les propriétaires fonciers n’hésiteront plus à augmenter de quelques points Ja taxe scolaire qu'ils s'imposent, souvent trop à regret, et avec une lamentable parcimonie,
C'est avec beaucoup de raison que l'on se plaint de la modicité des traiter ‘ents des instituteurs, Augmenter les traitements “18 maitres, dit-on, c'est accroître l'efficacité 4e l'enseignement.
Pour nous, nous dirions plutôt : Rendez les maîtres plus compétents et leur enseignement plus efficace, et les traitements suivront la même marche ascendante. Pour voir s'accroître le prix de Ja chose, augmentez-en la valeur,
Au cours de cet ouvrage, nous parlons assez longuement du système “colaire de la province d'Ontario.
Les douze années de notre vie d’instituteur passées dans la direction de divers établissements scolaires de cette province". paraîtront une explication suffisante du fait {ue nous parlons plus volontiers de son Organisation scolaire.
De plus, Ontario, comme nous avons souvent pris occasion de le répéter, s'efforce de maintenir ses écoles professionnelles d’instituteurs, sur le même pied que les écoles similaires des pays les plus avancés.
En décrivant l'organisation des écoles pédagogiques de la province d’Ontario, notre but
est done de faire connaître ce qui Sc pratique, de nos jours, dans les pays les plus éclairés et les plus progressifs, pour la formation professionnelle de ceux à qui Pon confie la tâche de
AVANT-PROPOS à if