SCIENCE DE L'EDUCATION ET FAM-LLE
Durant bien des siècles, les instituteurs eux-mêmes se sont presque complètement désintéressés de la science de l'éducation. Mais, grâce au mouvemeni progressif des idées modernes, il y a lieu de croire que bientôt le temps sera venu où l’enseignement de l’art de bien élever les enfants fera partie intégrante a … programmes de l’enseignement, à tous les degrés.
En effet, éduquer les enfants est l'occupation de presque tout le monde sur la terre.
Dans la plupart des élèves qui fréquentent une école, il faut voir un futur père ou une future mère de famille, qui auront à travailler, durant une grande portion de leur existence terrestre, à l’édu-
tion d’un certain nombre d’enfants.
Si nous constatons avec regret que le maître dépourvu de science pédagogique obtient de si piètres résultats en éducation, nous ne pouvons trouver moins déplorable l'effet produit sur les générations
grandissantes par l'ignorance, dans les parents, des plus simples notions de l'art de bien élever la jeunesse,
Tout le monde déplore cette lacune ; et On peut dire que, jusqu'ici, nul n'a songé à apporter à ce mal social un remède efficace.
‘spérons, cependant, que la tendance à améliorer, sous tous les rapports, les conditions de l'existence, qui est un des caractères de Ja civilisation moderne, finira par persuader à ceux qui, de nos jours, dirigent le mouvement progressif de l'enseignement populaire, d'ajouter au programme des études scolaires, — que l’on dit déjà trop chargé — cette nouvelle spécialité, à cause de sa très grande utilité pratique,
Le jeune homme et la jeune fille ne devraient pas quitter les bancs de l’école sans être abondamment pourvus sur l’ar° d'élever les enfants — pour presque tous l'une des ocenpations principales de leur vie — de notions exactes, qui les empécheront de commettre, dans la gouverne de leur famille, de ces erreurs fatales, que tout le monde constate et déplore, et qui ont un si douloureux retentissement dans la vie des enfants.
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D'ailleurs, n'ayons pas si grande crainte de trop multiplier les spécialités de l’enseignement : car, pour mettre notre système scolaire bien au niveau des programmes de l’enseignement moderne, il va bien falloir ajouter encore aux cours d’études suivis dans la plupart de nos écoles,
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L'étuue de la nature, c'est-à-dire l'enseignement de notions plus ou moins étendues de botanique, de zoologie, de physiologie, d'agriculture, de météorolovie, de géologie, d'astronomie, de physique et de chimie, font aujourd'hui partie du programme de l'école primaire,
On a même rendu obligatoire, dans toutes Îles écoles, le travail manuel, les travaux ménagers, l'encignement de la musique, l'étude des extraits de littérature, etc.
Et cet enseignement n'est pas donné seulement aux élèves avancés ; mais le programme de toutes les classes, même celles des plus jeunes enfants, comiprend toutes ces spécialités.
Ajoutons que ‘histoire et la g'ographie font, de même, partie du nrogramme d'étude de toutes les
inres de l’école ; ‘imaire.
qui fait le plus défaut dans l’école, ce n’est pas le grand nombre de spéciali,*: à enseigner, mais 4 ‘à méthode employée pour ineu ner ces connaissales aux enfants.
Tant que le maître, au lieu de se ronstituer le profosseur de ses élèves, se contentera de les faire étudier dans leurs livres, de les exciter au travail, et de contrôler et enregistrer le résultat de leurs efforts, les spécialités seront toujours trop multipliées dans Îles programmes d’études,
Mais le jour où l’instituteur s'établit le professeur de ses élèves, employant tout le temps de la classe à les instruire avec art et méthode, il est tout étonné de constater qu’il peut enscigner et bien faire comprendre, dans une seule journée, ce que les élèves
n'auraient pu apprendre dans leurs livres — et de mémoire seulement — par des semaines d'étude et de travail ardu. |
Donc, si, un jour, l’on propose d’ajouter la puériculture aux programmes d’études de nos écoles, n’y faisons pas trop d’objections.
Il serait si utile que tous les pères et toutes les mères de famille eussent l’occasion d'apprendre, avant de se mettre en ménage, les principes de l’art de bien élever les enfants !
Et où cet enseignement pourra-t-il se donner pour être vraiment utile à tous, sinon à l’école primaire et à l’école complémentaire.
Ce cours d'éducation, à l’école primaire, devra comprendre d’abord quelques notions élémentaires de psychologie.
La connaissance des trois principales facultés de l’âme ; l’ordre de leur développement successif ; l’influence qu’elles doivent exercer les unes sur les autres ; celles de ces facultés qu’il faut maîtriser et gouverner, et celles dont il est nécessaire de provoquer le développement ; vollà des notions indispensables à quiconque se voit chargé par la Providence de faire l'éducation d’un enfant.
La mère de famille qui aura été initiée à ces connaissances psychologiques, saura quelle faculté de l’âme va d’abord dominer dans son jeune enfant, c’est-à-dire la sensibilité, dont les manifestations
ENTRAINEMENT PROFESSIONNEL ler
sont purement subjectives, passives et fatales, et, à cet âge, incontrôlable par la volonté, emprisonnée dans une totale impuissance.
Elle ne s’étonnera plus de voir son nourrisson tout entier sous l’empire des sens, et incapable de dominer les impulsions de ses instincts et de sa nature sensible.
Si elle a appris que les deux maîtresses facultés de l’âme, l'intelligence et la volonté, ne se développent qu’à la longue, et avec le concours des causes extérieures, elle s’efforcera d’en provoquer l’épanouissement par un entraînement méthodique, auquel elle saura se livrer tout entière, avec art, patience et amour.
Le jeune enfant, suivant irrésistiblement l’inclination qui le porte vers ce qu’il aime et l’éloigne de ce qui lui répugne, montre, dans tous ses mouvements, une variabilité et une inconstance déconcertante, mais conforme à la mobilité de ses impressions et de ses sentiments, qu’il est incapable de contrôler par la raison.
Au lieu de s’irriter contre ces manifestations naturelles et irrésistibles de ce petit être dont les maitresses facultés sont encore endormies, et de chercher à comprimer la nature par des châtiments et des gronderies, la mère doit prendre sa tâche en patience, en attendant que le moment soit venu, de chercher à développer dans son enfant, dominé par l'instinct et les impressions sensibles, les facultés intellectives et volontaires, qui le mettront en possession de sa
liberté.
Bonnes et affectueuses mères, u'essayez pas de comprimer la nature. Laissez votre jeune enfant à la n.obilité de ses mouvements.
Réservez vos gronderies et vos corrections pour un autre âge, et pour réprimer les mauvaises passions d'envie, de jalousie, de vanité, etc., qui se manifestent déjà dans les premières années de l'existence.
Laissez l'enfant à sa nature, avec son besoin de mouvement ; laissez-le s’ébattre en toute liberté et donner libre cours à ses instincts bruyants et tapageurs ; contentez-vous de le surveiller exactement pour empêcher qu'aueun mal ne lui arrive.
Ne vous étonnez pas, non plus, de la diversité des caractères dans les enfants d’une même famille.
Vous rencontrerez dans l’un d’eux un caractère apathique, à sensibilité médiocre, Ses émotions ne seront ni vives ni durables. L'expansion ne paraîtra guère être pour lui un besoin.
Vous en trouverez de sensitifs, doués d’une sensibilité vive mais superficielle et passagère. Leurs émotions les rendront gais et communicatifs, mais ils seront sujets à une variabilité d'humeur, qu’explique la mobilité de leurs impressions et de leurs sentiments.
Les émotifs, à sensibilité profonde et persistante, auront des émotions intenses mais cachées. Ils se sentiront inclinés à une joie ou à une tristesse concentrée.
Les passionnés, dominés par une sensibilité ardente et fougueuse, ne sauront pas contenir les brusques explosions de leurs sympathies et de leurs antipathics.
La connaissance du caractère de chaque enfant est nécessaire pour le bien diriger. Rien de plus utile que de travailler de bonne heure à la réforme de <e qu'il y a d’excessif où de faux dans chaque caractère.
Car s’il:v à des enfants naturellement doués d’un bon caractère, les mauvais caractères ne sont pas rares ; et la direction de l'éducateur doit varier sui vant qu'un enfant montre un caractère ouvert, doux et pacifique, modeste, affectueux et compatissant, délicat et réservé, mou, léger ou dissimulé ; où manifeste un caractère ferme et actif, orgueilleux et passionné.
L'influence du père et de la mère sur l’âîme du petit être qui leur sourit est de celle qui ne s’efface pas.
Il s’en faut que l’âme soit inactive à cet âge si tendre.
Ses facultés naturelie s’éveillent et, par le baptéme, elle a reçu infuses les vertus surnaturelles : il faut done se hâter d’y jeter des semences de vérité et d'y développer les germes du bien.
Joseph de Maistre a dit : “ Heureux les enfants sur le front desquels, des parents chrétiens ont imprimé profondément le caractère divin ! On peut être à peu près sûr que la main du vice ne l’effacera pas”. (D
(1) Soirée de Saint-Pétersbourg.
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Beaucoup d'hommes devront peut-être au souvenir de leur père, la pratique d'une droiture inflexible, Sans compromis ni faiblesse,
Pasteur disait, dans une circonstance solennelle, en entendant les cris d'enthousiasme et de reconnaissance de la France et du monde pour ses importants travaux :
O mon père et ma mère! O mes chers disparus, qui avez si modestement vécu, c’est à vous que je dois tout! Tes enthousiastes, ma vaillante mère, tu les as fait passer en moi. Et toi, mon cher père, dont la vie fut aussi rude que ton rude métier, tu m'as montré ce que peut faire la patience dans les longs efforts. C’est à toi que je dois la tenacité dans le travail quotidien. Non seulement tu avais les qualités persévérantes qui font les vies utiles, mais tu avais aussi l’admiration des grands hommes et des grandes choses. Regarder en haut, apprendre au delà, chercher à s'élever toujours, voilà ce que tu mas enseigné. Soyez bénis l’un et l’autre, mes chers parents, pour ce que vous avez été ”.
C’est bien dans le foyer familial que les enfants doivent grandir et recevoir la première initiation aux connaissances divines et humaines.
Si les parents, par insouciance ou par ignorance des principes de l'éducation, ne s'efforcent pas de provoquer dans leurs jeunes enfants ce développement nécessaire à l’éclosion de leurs facultés, ceux-ci se ressentiront toute leur vie de cette absence de culture, dans le premier âge.
Leurs facultés seront comme des plantes dont la
cultt.e a été négligée à l’époque de leur première croissance.
C’est pour atténuer le mal que produit l'absence de toute vraie culture, dans les jeunes enfants, par suite de l'ignorance des parents, que l’on tend à établir partout, des écoles maternelles ou jardins de l'enfance, pour confier à des mains entraînées dans l’art du développement des premiers germes des facultés humaines, le mnuvement initial de leur épanouissement.
Lorsque l'enfant x atteint l’âge de raison ou de conscience, il commence à distinguer ! bien d'avec le mal et le vrai d'avec le faux.
Alors s’éveille en cette âme, avec une netieté relative, le sentiment de la liberté, de l’obéissance et de la désobéissance.
Ses facultés intellectuelles se fortifient, sa mémoire est facile, son imagination vive, sa curiosité ardente.
A cet âge, il faut avoir soin d'éclairer la conscience de cet enfant sur ses devoirs, et sa raison sur les connaissances divines et humaines.
C’est à vrai dire le premier âge scolaire.
Cet esprit, qui prend possession de lui-même, doit être exercé par un travail proportionné à ses forces.
Sans exclure la bonté candescendante qui a marqué lours relations avec leurs tout jeunes enfants, le père et la m re traitent avee plus de gravité les enfants parvenus à l’âge de discernement.
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Qu'on se garde bien, à la maison comme à l’école, d'accabler l'intelligence de ces jeunes enfants de notions abstraites, et de les priver des amusements ct des distractions dont ils ont un si grand besoin.
Le moment est alors venu de les mettre en contact avec la nature, et de développer en enx les facultés d'attention et d'observation.
Heureux les enfants qui, à cet âge, ont auprès d'eux des parents et des maîtres soncieux de sati faire leur curiosité de savoir, en les amenant à se rendre compte par eux-mêmes des manifestations si variées de la vie végétale et animale et des phénomènes physiques de la nature !
Cemme nous venons de le dire, c’est dans ce contact ave la nature que se développent admirablement les précieuses facultés de l'attention et de l’observation.
Ce sont ces deux utiles facultés, qui font, plus tard, l’homme sérieux et observateur. Attentif et réfléchi, il cherche à se rendre compte de ce qui se passe en lui et autour de Ii.
Il sait profiter des occasions qui se présentent, et jnge sûrement la portée de ses actes et les événements auxquels il est lié par ses relations avec ses semblables.
S'il est actif et intelligent, ce sera un entreprenant, un meneur d'hommes.
- C’est à cause de l’importance de ce mouvement initial dans le développement des facultés intellectives, que, dans les écoles d’entraînement pédagogique, l’on insiste si fortement sur l'étude des
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procédés à employer pour donner aux jeunes enfants les premières notions du savoir.
Car ce qui importe, à cet âge, c'est moins d'apprendre à l'enfant, plus ou moins rapidement, la lecture et le caleul, que de développer ses facultés d'attention et d'observation qui lui feront voir dans les mots autre chose que des signes vides de sens, et dans les nombres anire chose que des quantités ab«traites à apprendre par cœur, par des procédés purement mnémoniques.
Vers sa douzième année, l’enfant entre dans la période de l'adolescence.
L'adolescent subit dans son être une transformation physiologique et morale.
C’est l’âge de la puberté.
L'adolescent pense et agit plus personnellement ; il obéit moins que dans l'enfance aux impulsions spontanées de l’instinct.
Ses aptitudes intellectuelles s'aceusent, ses goûts se prononcent pour tel ou tel genre d'étude, la vocation se manifeste.
Cet âge n’est point encore celui des violentes passions, mais cependant elles font entendre déjà d’impérieuses réclamations, qui jettent le trouble dans une imagination pure jusque là, dans une vie dont rien peut-être n’avait altéré le calme.
La mère s'aperçoit alors qu’à cet enfant, ordinairement docile et souple, les tutelles salutaires deviennent gênantes. La mobilité de ses impressions la
déconcerte, et l’irritabilité de son humeur la surprend et l’inquiète.
Que les parents surveillent de près ce petit être enfiévré, c’est une nécessité ; qu’ils soient fermes, mais très bons avec lui, c’est son salut.
Eclairer la raison et la conscience äes adolescents, fortifier leur cœur, soumettre librement leur volonté à l’obéissance, les passionner pour l’étude et les saines lectures, leur donner une éducation virile, c’est le plus grand bienfait qui puisse leur être assuré.
L’adolescent devient un homme à l’âge où, normalement, va commencer pour lui la vie sociale, avec ses responsabilités et ses écueils de toute nature.
Jamais les leçons qu’on lui donne n’ont dû être plus fortes et plus sérieuses.
Il faut qu’une affectueuse sollicitude l’entoure de soins délicats, pour que ses premières démarches dans le monde ne soient pas des chutes morales, mais un engagement décisif ans la voie de la probité et du bien.
Oh! qu’elle est belle, la génération des courageux et des chastes, s’écrie le Chantre de Sion! Elle s’éprend des nobles causes, s’y dévoue sans caleul et en prépare le triomphe.
Et, en attendant les éternelles rémunérations du Maître de la vie, quelle belle récompense reçoivent le père et la mère pour leurs longues années de veilles, de soins incessants et de constantes sollicitudes, de
Le travail ménager à l'école primaire.