L'EGLISE ET L'EDUCATION MODERNE
L'idée maçonnique de la séparation de l'Eglise et de l'Etat est une absurdité et un non-sens.
Qu'est-ce en effet que l'Etat, sinon le groupement des citoyens s'organisant en vue de pourvoir à l'administration de la justice et du droit, et à l'organisation des divers services publics se rapportant au bien général de la société?
Et l'Eglise, qu'est-elle? N'est-ce pas l'association d'un nombre plus ou moins grand de ces mêmes citoyens, divinement constituée, pour l'instruction et le gouvernement spirituel des humains, et pour la dispensation des biens surnaturels, à elle légués par le Rédempteur, en vue de la destinée éternelle et nécessaire des créatures libres et raisonnables ?
Toute personnalité humaine est une et indivisible.
A quelque moment de son existence qu'on le prenne, l'homme est toujours, et quoi qu'il en ait, un
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être libre et immortel, voguant, dans une existence sans fin, à travers les espaces indéfinis du temps.
Vouloir que cet être, un en personnalité, se divise pour faire abstraction d'une portion de lui-même, durant une période quelconque de son existence,. c'est, nous le répétons, une absurdité.
Voilà pourquoi nul ne peut séparer en lui l'iiomme jiublic et l'homme privé ; l'homme public qui pourrait poser en être areligieux, et l'homme privé, qui doit être, en tout temps, un chrétien respectueux de ses devoirs envers la Divinité.
A voir les commotions produites parmi les peuples, chaque fois que l'évolution naturelle des institutions caduques qui nous régissent, entraîne les sociétés humaines dans un mouvement progressif, on est porté à croire que le monde retourne en arrière et tend vers le chaos.
Cependant, pour quiconque a compris les leçons de l'histoire, il est clair que la main d'un Etre suprême et tout-puissant dirige, à travers les siècles, avec force et douceur, les créatures tant matérielles que libres, vers un idéal de perfectionnement toujours de plus en plus accentué.
Le caractère le plus frappant du gouvernement providentiel des créatures raisonnables, est la liberté avec laquelle Dieu veut conduire les êtres intelligents qu'il a tiré du néant. înTuIIc part n'éclate davantage le souci du respect de la liberté individuelle que dans la constitution sociale donnée par Dieu à son ]x>uple,
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telle que nous la trouvons décrite dans la Bible ; tandis que l'histoire ne cesse de nous montrer les nations qui avaient prospéré sous un régime de liberté, tombant rapidementt dans une ruine irréparable,, lorsqu'elles se sont senties étreintes par l'hydre de la tyrannie et du despotisme.
On peut dire que c'est à la liberté que les nations ont dû leur naissance et leur accroissement ; mais lorsque, dans la suite des temps, ces nations, étant parvenues à la plénitude de l'âge, ont senti le despotisme étouffer dans leur sein la bienfaisante liberté. Dieu a brisé un instrument faussé par un trop long usage ; il a démoli un édifice devenu dangereux pour ceux qu'il abrite.
X'est-ce pas là l'histoire de Rome, de Carthage et d'Athènes ? L'empire romain n'a-t-il pas joui d'une très grande prospérité jusqu'au jour où il fut écrasé par l'absolutisme de ses ignobles empereurs ?
Pour reconstruire à nouveau l'édifice ébranlé des sociétés vieillies et décrépites. Dieu commence par nettoyer la place et déblayer le terrain.
Pour cette œuvre de démolition comme pour celle de l'édification, la Providence agit par le moyen de ses créatures.
Veut-elle bâtir sur les ruines de ra])solulisme de lempire romain, la féconde liberté du Moyen Age, les libres peuplades du Xord seront ses instnuueuts de choix.
Quatre siècles ont été nécessaires à ce travail de démolition, de déblaiement et de reconstruction, avant que l'on ait pu voir briller à tous les yeux les libres institutions des communes du ]\royen Age,
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pour montrer au monde ce que peut produire, pour le bonheur des peuples, l'union féconde de l'Eglise et de l'Etat, sous l'égide de la liberté.
Dans les temps modernes, Louis XI et ses successeurs étouffèrent à leur tour, en Europe, la bienfaisante liberté, sous les étreintes de l'absolutisme.
La Providence dut intervenir à nouveau, pour rétablir dans le monde la féconde liberté.
La révolution de 1789, comme autrefois Atila et Alaric, promena sur l'Europe le fléau de Dieu, abattant, écrasant, dispersant des institutions autrefois florissantes, mais, aujourd'hui, touchées par le poison du despotisme.
Voilà plus d'un siècle que ce fléau de Dieu pousse à travers le monde ses hordes dévastatrices.
jSTous nous étonnons de la longue durée de cette nouvelle période de démolition des institutions que nous nous étions accoutumés à considérer comme nécessaires à la prospérité des peuples ; et nous éprouvons quelque chose des inquiétudes qui ont agité les nations européennes, au dixième siècle, lorsqu'elles se croyaient à la veille de la catastrophe finale qui doit anéantir le monde.
Calmons nos craintes et nos appréhensions : nous aussi nous aurons notre an mille !
Dans un jour plus ou moins éloigné, nous nous éveillerons pour constater que, pendant que nous voguions dans la nuit sombre, une main infiniment sage avait conduit tous les événements vers l'établis-
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sèment d'un ordre de choses, de plus en plus favorable à l'expansion de toutes les puissances de l'humanité.
Prenons patience.
Aussi longtemps que dure la construction de l'édifice, on ne voit partout que l'amoncellement informe de matériaux et de débris de toute nature, qui embarrassent d'autant plus longuement le sol, que l'édifice à construire sera plus grand et plus splendide.
î^on, tout n'est pas fini !
Xon, les portes de l'enfer ne prévalent pas dans le monde !
Ceux qui ont foi à la parole du Christ promettant à son Eglise l'immortalité et une prospérité toujours croissante, et qui, cependant, croient que le monde va s'abîmant dans un irrémédiable chaos, font, dans leur esprit, une division qui équivaut à l'absurde séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Car, comment l'Eglise pourrait-elle aller grandissante dans une prospérité sans fin, tandis que les peuples, qui forment partie intégrante de cette divine société, crouleraient dans une ruine sans remède ?
Le monde moderne est de nouveau en travail de liberté.
Des principes féconds semés dans les esprits par l'Auteur de tout bien et son Vicaire sur terre, germent de tous côtés, et montrent déjà leurs opulentes tiges, pleines des espérances d'une riche moi>;'=on.
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Parmi les germes précieux semés dans le monde par Dieu et son Eglise infaillible, nous comptons ces heureuses aspirations de la civilisation moderne que nous avons signalées dams un précédent chapitre, surtout celles qui tendent à perfectionner et à rendre plus efficace l'éducation populaire.
Léon XIII s'est montré un semeur d'idées incomparable, et Pie X, à son tour, répand sur le monde une semence d'une fécondité merveilleuse.
Qui dira ce que va produire, par exemple, pour la restauration de la société, son récent décret sur la communion quotidienne, dans lequel il invite tous les hommes, sans distinction d'âge et de condition, à commencer la journée, comme faisaient les premiers chrétiens, par l'audition de la sainte messe et la participation au banquet eucharistique ?
Se figure-t-on ce que sera la société des humains, le jour où la plupart auront comj)ris que celui qui trouve tout naturel de consacrer huit heures de sa journée au sommeil, trois ou quatre heures, au repos et aux amusements, et deux à trois heures, à ses repas, ne devrait pas considérer exorbitante la pratique de donner chaque matin, une demi-heure de son temps au soin de sa vie surnaturelle, par l'audition de la sainte messe et la manducation du pain quotidien de l'âme ?
Le retour de cet âge d'or, dans le monde, n'est pas une utopie.
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Les papes ne sont pas des utopistes ; et la Providence a pris soin de nous préparer, dans le développement de la science pédagogique, l'instrument propre à faire entrer dans la pratique des sociétés modernes, des habitudes si raisonnables et si salutaires.
Cet entraînement dans la pratique d'une vie chrétienne sérieuse et raisonnée, n'est-il pas essentiellement œuvre d'éducation ?
Une école catholique d'enseignement professionnel de pédagogie devra former le maître à appliquer à la culture du sentiment religieux, les méthodes employées, aujourd'hui, pour développer dans les enfants le sentiment de l'honneur, de la loyauté, de la droiture, du respect de soi-même, qui fait, dans la société, le citoyen honorable et prospère.
K'est-il pas étonnant de voir tant de jeunes gens si peu affectionnés aux pratiques de la vie chrétienne, après leur sortie de l'école ou du collège ?
Ce fait regrettable est si commun qu'on finit par on prendre son parti, et croire que c'est là \ui mal nécessaire.
Cependant, pourquoi l'artisan serait-il de moins on moins habile dans la pratique de son métier à mesure qu'augmentent, pour lui, ses années d'apprentissage ?
Pourquoi un enfant serait-il de moins en moins religieux tandis que se multiplient les années où il apprend à l)ien remplir ses devoirs envers la Divinité ?
îsTe sommes-nous pas encore ici, en face iln résnlial négatif obtenu ]t:ii- une éducation fiiussée ?
li'enfant n'a-t-il ]>as été amené à cnnsidoi-ci- !(•<
lOU ElDUCATION MODERNE
pratiques de la religion comme faisant partie du règlement scolaire, bon pour des écoliers, mais dont il se hâte de se débarrasser, au sortir de ses études ? , D'où vient une si malheureuse lacune ?
IT'hêsitons pas à le reconnaître. Ce qui fait défaut, c'est l'éducation ; c'est le souci, chez le maître, de développer dans l'enfant, avec tout le soin dû à une si importante partie de son œuvre, le véritable sentiment religieux.
De rares exhortations, de froids enseignements dogmatiques, sont loin de suffire à cette importante tâche.
C'est tous les jours et à tout propos que le maître doit s'ingénier à trouver l'occasion favorable, pour inculquer au cœur de l'enfant la véritable notion de ses devoirs envers son Créateur.
Chaque prière, chaque exercice religieux, à l'église ou à l'école, devraient être une occasion nouvelle de graver dans l'âme de l'enfant des sentiments de respect envers l'Etre suprême, de confiance en son infinie bonté, de gratitude pour les biens que nous tenons de sa munificente main.
La lecture, l'histoire et bien d'autres spécialités de l'enseignement offrent, à leur tour, des occasions toutes naturelles de travailler à la culture du sentiment religieux.
Et le maître ne croira avoir accompli, à cet égard, tout son devoir d'éducateur chrétien, que le jour oii il verra ses élèves pratiquer, avec liberté et conviction, toutes les obligations qu'impose à l'homme sa condition d'être déchu, mais guérissable par la gTâce
Saint Jtan-lîaptistc de La Sallë, Fondateur des Frères des Kcoles Chrétiennes.
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du Christ, que la religion nous dispense par le moyen de la prière et de l'usage de ses sacrements.
C'est là que nous pouvons toucher au doigt l'action nécessaire que l'Eglise doit exercer dans l'éducation.
C'est partout où se rencontrent des êtres intelligents et libres, que l'Eglise doit exercer sa mission surnaturelle.
Il est donc nécessaire qu'elle fasse sentir son influence moralisatrice dans tous les services de l'Etat.
Cette action de l'Eglise sur les services publics doit varier suivant leur nature même.
Autre est l'action de l'Eglise sur le service des postes, autre, son action sur celui du transport des voyageurs, autre, celle qu'elle doit exercer sur les bibliothèques publiques, les livres et les journaux.
Mais il est un service qui exige de la part de l'Eglise une vigilance toute spéciale et une constante sollicitude, c'est celui de l'éducation populaire.
L'éducateur a pour champ d'action l'âme même de l'enfant.
Il imprime sur cet être d'une extrême sensibilité, quelque chose de sa propre image.
Il agit sur ses élèves par ce qu'il dit, par ce qu'il ne dit pas, par ce qu'il fait et par ce qu'il est.
La question de l'école catholique, no peut être réduite à une simple question de l'enseignement de la religion.
Pour qu'une école soit catholique, et sans danger
pour l'âme et l'intelligence de l'enfant catholique, il ne suffit pas que l'enseignement de la religion ou le catéchisme, j soit fait d'une façon orthodoxe, soit, durant les heures de classe, soit en dehors des heures de classe.
C'est l'atmosphère de l'école qui doit être catholique. C'est l'ambiance, le milieu oii il vit, qui exerce sur l'âme tendre de l'enfant une impression durable.
Pour être catholique, l'école doit l'être dans le maître, dans les livres, dans les enseignements et dans les camarades que coudoient les écoliers.
ÎTier à l'église son droit de contrôle et de surveillance sur tous ces points, c'est nier la religion, c'est nier Dieu.