XTI CE QUE DOIT ETUDIER LE NORMALIEN
L'éducation est-elle une science ?
Aujourd'hui on se plaît ù appeler la pédagogie, la science de l'éducation.
Une science est un système de connaissances ou d'idées générales, reliées entre elles par des rapports logiques, sur un objet donné.
L'ig-norant n'a qu'une connaissance empirique des choses ; il se borne à constater les phénomènes les plus apparents et à en tirer des conséquences pratiques.
Le savant connaît le pourquoi et le comment des choses. Il étudie les causes et les effets, la nature et les lois des phénomènes.
Ce qui constitue une science c'est d'abord un objet propre, dont elle étudie la nature et les lois, et ensuite une méthode particulière adaptée à cet objet.
L'éducation est la science des principes qui doivent guider le maître dans le développement normal de
toutes les puissances de l'eufaut, et des méthodes à employer pour domier à, son être tout entier la plénitude de perfectionnement que comporte sa nature.
On peut dire que la pédagogie est, à la fois, science et art. Science des principes généraux qui j^résident au développement normal de l'enfant ; et art, quant aux procédés à employer pour atteindre cette fin.
L'éducation est une dans son objet : c'est la personnalité humaine qu'il faut élever, par le développement progressif et simultané de toutes ses puissances ; mais elle est aussi complexe dans son application, puisqu'elle a en vue l'âme et le corps avec toutes leurs facultés et leurs organes.
Sous ce rapport, la science de l'éducation peut se diviser en éducation physique, intellectuelle, morale et religieuse.
L'homme est un être perfectible : s'il en prend les moyens, il peut ajouter indéfiniment à ses puissances intellectuelles et morales.
C'est une erreur de croire avec J.-J. Rousseau et ceux de son école, que l'enfant naît bon.
Ces dangereux sophistes, partant de ce principe erroné, concluent que l'éducation doit se borner à écarter de l'enfant les influences qui pourraient arrêter l'épanouissement spontané de sa nature.
Au contraire, nous savons que la déchéance originelle a profondément altéré les puissances intellectuelles et morales de l'être humain.
Une éducation purement négative, dans laquelle ni le maître, ni la religion ne contrarieraient l'indépendance de l'enfant, serait une fatale erreur.
EXTKAINEMEXT PROFESSIOXXEL 195
Tout autre est la véritable éducation : elle redresse et corrige, en même temps qu'elle développe et cultive.
L'éducateur adapte son action à Tordre que suit la nature dans le développement des facultés de l'enfant.
Il lui faut donc connaître ces facultés et l'ordre de leur développement normal.
Il doit de plus étudier le tempérament, les aptitudes et le caractère de chacun de ses élèves, pour en tenir compte dans sa direction à leur égard.
L'éduciiteur devrait posséder des connaissances sérieuses en physiologie et en hygiène, pour pouvoir donner à ses élèves une culture phvsique fondée sur des principes scientifiques et des procédés méthodiques, et écarter de la frêle constitution de l'enfant, tout ce qui pourrait être dommageable à sa santé et au bon fonctionnement de ses organes.
D'ailleurs, la science psychologique, qui forme la base de la science de l'éducation, se lie par des rapports intimes avec la science physiologique. Ce sont comme deux sœurs qui doivent se prêter un mutuel concours.
Le corps et l'âme étant intimement uni?, leurs opérations se mêlent, se compénètrent et se conditionnent réciproquement.
D'autre part, l'éducateur est obligé de donner aux enfants dont il s'est chargé de développer toutes les
19G ÉJJCCATIO.X MODEKNE
Ijuis^t^anccs naturelles, mie culture physique propre à perfectionner l'action de tous leurs organes corporels.
Généralement cette culture se fait au hasard, dans les écoles.
Le maître étant dépourvu de toute connaissance sérieuse de physiologie et d'anatomie, et des procédés scientifiques propres au développement des organes corporels, ne peut donner aux élèves une culture physique scientifiquement méthodique.
Cependant quelle action bienfaisante pourrait exercer sur la santé et le perfectionnement des organes corporels de ses élèves, un professeur pourvu de connaissances suffisantes sur la conformation et le développement des systèmes osseux, musculaire et nerveux du corps humain ; ainsi que sur les fonctions et les phénomènes de la digestion, de la circulation du sang, de la respiration et des organes des sens, et sur les procédés scientifiques de la culture physique !
Des études suffisamment complètes de physiologie, d'hygiène et de culture physique ont donc leur place marquée dans un cours professionnel de pédagogie.
L'étude de l'âme, de ses facultés, de leur développement successif, de l'influence qu'elles exercent mutuellement, forme comme la base des études pédagogiques.
Eduquer, c'est, par-dessus tout, développer et fortifier les facultés intellectuelles et morales de l'en-
EXTEAIXEMEXT l'EOFESSIOXXEL 197
faut ; rien doue de plus nécessaire à réducateur, qu'une connaissance aussi exacte que possible des conditions de la vie de l'esprit.
Il devra bien connaître le système nerveux et ses rapports avec les divers états de l'esprit.
Comme nous venons de la dire, nombre d'états de • conscience — sensations, images, souvenirs — sont liés à l'état de l'organisme, soit à titre d'effets, soit à titre de causes.
Ce sont là des questions complexes que l'on ne peut résoudre, sans allier les données de la science physiologique et de la science psychologique.
Il ne sera pas moins utile à l'éducateur, de bien distinguer entre les instincts et les habitudes.
Les instincts, avec leurs caractères de tendances spontanées, irréfléchies, innées, universelles, immuables et imperfectibles ; et les habitudes, qui tiennent le milieu entre la volonté et l'instinct, partant de l'une pour aboutir à l'autre, sans cependant jamais devenir totalement spontanées et inconscientes.
Le maître doit s'efforcer d'acquérir de l'habileté dans l'art de former dans les enfants les bonnes habitudes, et de détruire les mauvaises tendances.
" Former de bonnes habitudes d'esprit, de cœur et de conduite, et emiDecher les mauvaises habitudes de naître et de durer, c'est, en somme, tout l'objet de l'éducation. iSTul chapitre de psychologie ne peut être plus important que celui des habitudes et des lois «elon lesquelles elles se forment, se fixent et se perdent ". (Marion.)
Le maître devra encore étudier avec soin les questions se rapportant à l'aperception et à l'attention.
L'aperception qui lui enseignera l'art de procéder, en instruisant, du connu à F inconnu, et de greffer les connaissances nouvelles sur les anciennes.
Elle lui apprendra encore à ne pas commencer une nouvelle leçon sans préparer l'esprit des enfants, en l'attirant doucement vers l'objet de cette leçon.
D'autre part, développer chez un enfant la puissance d'attention et de réflexion, est un des plus grands avantages qu'on puisse lui jirocurer pour ses succès dans la vie.
On demanda à JSTewton comment il avait découvert les lois de la gravitation: " En y pensant toujours ", répondit-il.
L'attention est une des sources du génie ; et Buffon a pu dire que le génie n'est qu' '^ une longue patience ".
La sensation et la perception dans leurs rapports avec l'intuition, comme procédé d'éducation et d'enseignement, sont aussi des j)roblèmes que doit approfondir l'étudiant en science pédagogique.
Il lui sera encore bien utile de connaître les diverses sortes d'imagination ; ses rapports avec l'entendement et la mémoire ; son rôle dans l'exercice de l'activité liumaine, dans les rapports sociaux, dans la littérature, les arts et les sciences ; et les moyens d'enrichir cette utile faculté.
Pour sa propre gouverne et pour bien diriger ses élèves, le maître devra se rappeler que " l'ennui, l'humiliation, la misère et les mauvais traitements éteignent et décolorent l'imagination, tandis que l'exagération, les espérances ambitieuses et téméraires, le
ENTKAINEMEXT PBOFESSIOXXEL 199
désordre, la lecture des romans, le théâtre et toutes les fréquentations mauvaises, la dépravent et la corrompent ". (P. Girard.)
Inutile d'insister sur la nécessité pour le maître de bien étudier les faits se rapportant à la mémoire, faculté à la fois intellectuelle et sensitive.
Il devra s'efforcer d'acquérir des idées nettes sur les diverses sortes de mémoires, les qualités et les défauts de cette utile faculté, les conditions physiques, physiologiques et psychologiques de son travail, ainsi que le rôle et la nécessité d'une bonne mémoire.
L'instituteur doit se rappeler qu'autant la mémoire est utile, quand elle est au service de l'intelligence, autant elle est nuisible, quand elle est mise à la place et cultivée au détriment de l'intelligence.
Les méthodes accélérées, fondées sur le développement exclusif de la mémoire, sont toutes plus ou moins funestes.
Le temps et la peine que l'on met à graver dans son esprit, sans les bien comprendre, des mots, des dates et des formules, sont non seulement perdus pour le vrai travail et le vrai progrès de la pensée, mais encore positivement dommageables à la culture des facultés intellectives.
" Il ne faut pas attacher le savoir à l'âme, dit Montaigne, il faut l'y incorporer ", et Saint-Marc Girardin : " L'esprit ne s'approprie ce qu'il apprend que par la réflexion, comme le corps ce qu'il reçoit que par la digestion ".
'00 ÉnUCATION MODERNE
Agir d'après les lumières de la raison, avec réflexion et liberté et se décider en connaissance de cause, c'est le fait de la volonté ; cette puissance que possède notre âme de se rendre cause de ses diverses modifications, de s'affirmer comme force spirituelle, maîtresse d'elle-même.
L'un des plus importants devoirs de l'éducateur, c'est de développer et de fortifier dans les enfants ses j)uissances volitives.
Unie à la raison, la volonté forme l'homme de caractère, qui a des principes et les suit, qui n'agit pas au hasard de ses impressions ou de ses humeurs, qui n'est pas à la merci de ses préjugés, des événements, des opinions, des modes.
Il n'y a, en effet, que les hommes qui savent vouloir, qui soient des personnalités et qui comptent dans le monde.
Le plus grand nombre des malheureux, sont des gens à volonté débile qui, ne sachant pas se faire leur place au soleil, trouveraient commode de tout attendre de la diligence d'autrui ; qui voudraient à la fois jouir de tout et ne rien faire, et qui, finalement, se laissent aller au malheur comme au vice, sans jamais tenter de réagir.
Les procédés employés par le maître dans la direction des enfants, ont une influence décisive sur la culture de leur volonté.
Il est nécessaire que ces procédés tendent à développer dans les enfants un esprit de légitime indé-
EXTIÎAIXEMEXT rROFESSTOXXEL 201
pendance ; non celui qui vient de l'orgueil et qui n'est que l'entêtement, que l'attachement déraisonnable à sa A'olontô propre ; mais celui qui produit le sentiment du devoir, de la dignité personnelle, et qui n'est au fond que la fierté dans la liberté.
L'homme vraiment indépendant, c'est l'homme de caractère: celui qui est guidé par la conviction des principes, la ferme vue des idées directrices de la vie, l'attachement à la vérité totale, non amoindrie, non accommodée.
Il ne faut pas croire que l'obéissance est opposée à l'esprit de légitime indépendance.
Au contraire, l'habitude d'une obéissance raisonnée à la règle, à la loi, à l'autorité légitime qui commande, donne à la volonté une fixité que rien n'ébranle, une constance que rien ne lasse.
Les passions changent, les caprices changent, les impressions changent, la loi, la règle, ne changent pas, et la volonté qui lui obéit participe à son invariabilité.
Tous les efforts du maître doivent donc tendre à développer chez les enfants l'amour de l'ordre et la volonté libre de se soumettre à toute autorité légitime, plutôt qu'une crainte servile des châtiments et un puéril désir des récompenses de l'école.
On peut dire que l'éducation est une science à la fois déductive et inductive, rationnelle et expérimentale.
202 ÉDUCATION MODEKNE
Tantôt partant des lois générales des opérations de l'esprit, elle tire, par le raisonnement, des conclusions rigoureuses ; tantôt elle observe les faits, les analyse, les compare, et, à l'aide de ces faits particuliers, elle formule des lois générales.
Il appartient à l'histoire de nous apprendre comment et par quels moyens l'esj)rit humain, en se modifiant, imprime aux faits extérieurs une direction plus analogue aux instincts, aux tendances, au besoin du temps.
Voilà pourquoi l'histoire de l'éducation doit faire joartie intégTante du -nrogramme de l'école professionnelle de pédagogie. Cette vue d'ensemble des institutions et des procédés .péda.qrogiques des sociétés humaines, élargit les hoi-izons et les conceptions professionnelles.
Le cours d'histoire de la pédagogie étudie d'abord les systèmes d'éducation des peuples anciens : les Hébreux, les Lacédémoniens, les Athéniens et les Romains ; les théories et les procédés d'éducation des Socrate, des Platon, des Aristote.
Puis vient l'étude des méthodes éducatives suivies dans les écoles des premiers âges du christianisme, et dans les monastères des premiers siècles du j\Ioyen Age.
L'éducation donnée dans les universités et autres écoles des derniers siècles du Moyen Age, forme un chapitre intéressant de ce cours d'histoire de l'éducation.
L'instituteur étudie ensuite le mouvement intellectuel déterminé par la Renaissance ; les théories et les procédés d'éducation de Pétrarque, de Boccaccio
ENÏEAINEME^'Ï PROFESSIONNEL 205
et de l'école grecque bizantine; les ordres religieux enseignants et leurs méthodes ; le " Ratio Studiorum " des disciples de S. Ignace et la " Conduite des Ecoles " de S. Jean-Baptiste de la Salle.
Rabelais et Milton, Montaigne, Bacon et Commines, Locke et Rousseau, avec leurs théories réalistes, fournirent à leur tour leur contingent de vérités et d'erreurs, sur les méthodes à suivre en éducation.
Les éducateurs modernes et les contemporaine seront l'objet d'une étude plus attentive, à cause des progTès considérables réalisés depuis un demi-sièclc; dans le développement de la science de l'éducation.
On étudiera donc les théories et les œuvres des Demiat, des Dupanloup, des Gratry, des Veuilljt. des Dom Bosco, des Lamennais, etc. ; ainsi que les théories de Pestalozzi ; les principes de H'^.'barl, sur le but, les moyens et les méthodes en éducation ; le mouvement Frœbellien et les écoles maternelles ; et tout particulièrement, le caractère scientifique et sociologique de l'éducation contemporaine.
Développer dans les enfants le sentiment religieux, doit être une des principales préoccupations de l'éducateur.
Sans doute, l'enseignement religieux à l'école, malgré la grande importance que tout le monrlo lui reconnaît, ne saurait, à lui seul, suffire.
Il ne remplacera jamais l'enseignement plus an lois
risé que le peuple chrétien doit recevoir de la bouche du prêtre.
L'école prépare les voies, prête son concours très utile et très efficace ; mais il ne lui appartient pas de se substituer à l'action sacerdotale.
L'instituteur doit donc, ici, rester dans son rôle d'éducateur — éducateur du sentiment religieux.
L'enseig:nement et l'entraînement de l'école normale en vue de la formation religieuse aura donc pour objet les méthodes et les procédés les plus propres à développer dans les enfants le sentiment religieux, en distillant goutte à goutte, dans ces âmes tendres, la rosée céleste des vérités chrétiennes.
L'école doit être, non seulement un asile plein de charme pour l'enfance et la jeunesse où les intelligences s'illuminent, mais encore, un sanctuaire où les cœurs s'enflamment et les volontés s'exercent avec bonheur à la pratique des vertus.
Pour accomplir tout entier son rôle d'éducateur, le maître doit être de plus persuadé de l'importance qu'il Y a de développer, de bonne heure, dans l'âme des enfants, les vertus naturelles et sociales : la droiture, la loyauté, l'amour de la vérité, la fidélité à la parole donnée, la bienveillance et la politesse, la coml^assion pour qui souffre, etc.
Il devra aussi travailler systématiquement à détruire dans les enfants, l'instinct mauvais qui les porte à faire souffrir inutilement les animaux.
EXTKAI^"EME^"T TEOFESSIOXXEL 201
La méthode est la voie que suit l'esprit liiimain dans la recherche et l'exposition de la vérité et de la science.
Les règles générales de l'enseignement ne sont point arbitraires: elles reposent sur les conditions de l'esprit humain, que nous découvre l'étude de la psychologie ; et sur la nature même de l'enfant, et les lois qui régissent son développement.
Dans l'école, la méthode décide, en grande partie, du succès de l'enseig-nement, car elle simplifie l'étude, hâte les progi'ès, fait gagner du temps et inspire à l'enfant l'amour de l'école avec le goût du travail.
Le manque de méthode conduit d'ordinaire à un enseignement purement mnémonique, qui laisse inactives et incultes les facultés supérieures de l'intelligence. S'arrêtant aux mots sans jamais pénétrer jusqu'au noyau des idées, l'étudiant ignore la saveur intellectuelle ; il ne connaît point la jouissance vive et pénétrante que goûte l'esprit en contact avec la vérité, et il conçoit une répugnace invincible pour un labeur qui ne lui rapporte qu'amertume.
La méthodologie générale étudie, 1° le plan génériil de toute leçon: division des parties, adaptation de la leçon aux besoins et à la capacité des élèves, rapport de la leçon avec les connaissances antérieures des élèves, etc.
2° Les méthodes d'exposition d'une leçon: mode
immédiat ou médiat, collectif ou individuel ; mode simultané, mutuel ou mixte.
3° Les formes de l'enseignement: forme expositive ou dogmatique, forme inventive ou socratique et forme catéchétique.
4° Le but de la leçon : au point de vue du maître, au point de vue de l'élève ; comment intéresser l'enfant à la leçon ; rapport entre l'intérêt et l'activité personnelle de l'enfant.
5° La préparation des élèves pour la leçon: comment joindre l'inconnu au connu ; comment attirer et fixer l'attention, etc.
6° Le développement de la leçon: les cinq parties d'une leçon suivant Herbart et son école ; analyse et synthèse ; induction et déduction.
1° Les procédés: procédés d'exposition, procédés d'application, procédés de contrôle ; procédés intuitif, auditif, comparatif, antithétique, étymologique, tabulaire, graphique et schématique ; procédés descriptif, narratif, logiqiie, répétitoire et synoptique.
8° Les questions et les réponses: questions analytiques, synthétiques, répétitoires et examinatoires ; qualités d'une bonne question, qualités d'une bonne réponse ; comment corriger les réponses fautives.
La méthodologie spéciale applique à l'enseignement d'une spécialité les lois générales de la méthode, suivant l'objet de cette spécialité et les facultés qui doivent concourir à l'étudier.
EKÏKAIXEMEXT PROFESSIONNEL 209
Autre est ]a méthode des mathématiques, autre la méthode de l'étude des langues.
L'élève normaliste devrait concourir à la confection raisonnée des méthodes spéciales, basées sur les principes qui découlent des connaissances psychologiques et de la nature des choses à étudier.
Ainsi préparé, le jeune instituteur, une fois dans l'exercice de ses fonctions, loin de se borner à suivre, d'une manière mécanique, des méthodes toutes faites, imposées à son intelligence et à sa mémoire, s'attacherait à les raisonner pratiquement, à en constater les résultats bons ou mauvais, et à rechercher les causes qui les produisent.
Une autre spécialité à étudier avec soin dans l'école normale, c'est le gouvernement de l'école.
Ce cours comprend tout ce qui se rapporte à l'organisation matérielle et disciplinaire de l'école: la maison, ses divisions et son ameublement ; éclairage, chauffage et ventilation ; tableaux noirs, cartes, globes et autres appareils ; le maître, ses qualités, ses responsabilités, ses droits et ses devoirs ; classification des élèves, examens et promotions; horaire et emploi du temps ; habitudes à faire contracter aux élèves ; ordre et discipline ; exercice de l'autorité ; émulation et répression.
Durant les exercices scolaires, le maître doit s'ingénier à varier l'attitude des élèves, pour leur éviter toute fatigue inutile et toute contention excessive.
210 ÉDUCATTOX MODERNE
Ils seront donc tantôt debout, tantôt assis en face du bureau ou le dos tourné contre la table.
On ne demande pas aux écoliers de croiser les bras sur la poitrine, ni de garder la même posture pendant toute une leçon orale ; il suffit que leur tenue soit convenable, qu'ils se montrent attentifs, et qu'ils n'aient en main aucun objet inutile pouvant les distraire.
L'école normale doit enseigner aux aspirants à la profession d'éducateur, non seulement la méthode générale propre à chaque spécialité qu'il aura à enseigner plus tard, mais encore les méthodes et les procédés particuliers propres à l'enseigTiement de chacune des parties principales de ces spécialités.
Il y a donc nécessité de faire une revision complète de tout le programme d'études de l'école primaire.
Mais ce qui requiert, de nos jours, un travail important dans le cours normal, c'est la formation des instituteurs pour l'enseignement des spécialités mises récemment au programme des études de l'école primaire.
L'introduction, dans le programme des écoles, du travail manuel et du travail ménager, a d'abord été considéré, par un grand nombre de personnes, comme une innovation inopportune.
L'école primaire, disait-on, n'est pas une école technique ; les élèves y ont autre chose à faire qu'à apprendre des métiers qu'ils ne pratiqueront jamais,
ENTEAINE^IEXT PKOFESSIOXXEL 211
pour la plupart. Et puis, le temps est court, et il y a tant de choses à enseigner !
C'est là une conception bien erronée du but que doit se proposer l'instituteur dan? renseignement du travail manuel.
Le travail manuel à l'école primaire, n'apprend pas aux élèves un métier quelconque ; mais il est un exercice excellent d'éducation.
Il développe admirablement dans le? enfants l'esprit d'observation, une des plus fécondes facultés que l'homme possède. Il constitue une utile culture de l'organe de la vue, donne aux doigts de la dextérité, habitue l'enfant à agir avec soin et précision, développe l'esprit d'initiative et donne de l'assurance et de la confiance en soi-même.
C'est aussi à cause de ses qualités éducatives que, de nos jours, on a fait à l'étude de la nature, une si large place dans l'enseignement primaire à tous les degrés.
Rendez l'enfant observateur, habituez-le à se rendre compte des phénomènes si variés de la nature animée et inanimée, qu'il a sans cesse sous les yeux, et vous aurez développé en lui une faculté qui lui sera très utile, dans la suite de ses études, et qui fera de lui, plus tard, un homme sérieux et réfléchi, un homme de caractère.
Le beau, cette splendeur de l'ordre dans la variété, et le sentiment qu'il inspire, doit être l'objet de l'action éducative du maître sur ses élèves.
212 ÉDUCATION MODEENE
Il uc faut pas, avec Platon, identifier le beau et le bien ; cependant le vrai et le bien ont nn certain éclat, qui nous remplit d'admiration.
L'unité du vrai, du bien, du beau, cette triologie de l'être, ressort de l'identité du sentiment qu'ils inspirent.
Vus dans leurs principes les plus élevés, la science, la morale et l'art s'unissent et se fondent.
Comme nos facultés, ces trois manifestations de l'activité libre de l'homme, sont solidaires dans leur développement.
Tout amoindrissement dans l'une d'elles, a son contre-coup dans les deux autres.
Chacun peut constater, de nos jours, la relation intime qui existe entre les négations du matérialisme et la dégradation de l'art.
L'éducateur doit donc s'efforcer de développer dans les enfants, non seulement le sentiment du vrai et du bien, mais encore celui du beau.
Il le fera efficacement par l'enseignement du dessin, de la peinture, du chant et de la musique.
Le dessin à enseigner à l'école primaire, ce n'est pas le dessin géométrique, mais le dessin artistique: représentation des formes de la nature avec le crayon, le fusain et la peinture.
Le maître doit s'efforcer de faire dessiner de préférence les objets étudiés dans les leçons d'histoire naturelle et dans le travail manuel.
De même, l'instituteur ne doit pas se contenter de faire chanter les enfants, mais il doit s'appliquer surtout à faire la culture de la voix, et à donner aux
ENTEAINEMENT PKOFESSIONNEL 213
élèves les jjremières notions de la musique et du plain-chant.
C'est une erreur de seriner aux enfants de longs et difficiles morceaux de chant, au lieu de leur apprendre les principes du solfège, qui leur permettraient de lire eux-mêmes la copie à étudier.
Chaque professeur devrait avoir à son usage l'un de ces appareils de polycopie à la gélatine qui permettent de préparer, en peu de temps, pour tous les élèves d'une classe, des copies de musique, ou des résumés de leçons, etc. (1)
Mais nul ne peut s'improviser professeur d'art ou de chant et de musique ; voilà pourquoi l'école normale doit donner aux futurs instituteurs des cours sérieux sur toutes ces spécialités et sur les méthodes à employer pour les bien enseigner.
Toutes ces connaissances sont indispensables au maître, pour faire de lui un véritable éducateur.
(1) L'appareil, appelé " Autograna ", paraît être le plus simple et le plus pratique pour cet usage.