LES ENNEMIS
Un tel me veut du mal, il cherche à me nuire. Lui en auraîs-je donné sujet? Si cela est, je ne croirai pas m'abaisser en allant lui demander pardon.
Je me gagnerai de la sorte un ami, ou
f aurai un ennemi de moins. Un ennemi est trop, cent amis ne sont pas assez.
Mais si c'est lui qui m'a oflFensé , je me rappellerai qu'il est homme aussi bien que moi, que nous sommes tous sujets à faillir, que ces défauts sont accompagnés de bonnes qualités. Je juge* rai sa conduite avec un esprit impartial, je ne croirai pas l'offense plus grande qu'elle ne l'est réellement; je me dirai qu'il l'a commise par ignorance, par méprise. L'indulgence me prescrit de ne pas garder de ressentiment contre lui, la charité de ne pas lui rendre injure pour injure, la générosité de courir au plus vite me réconcilier avec lui.
Certainement je ne veux pas m'endormir avec un sentiment dehaine dans le cœur. Si je haïssais quelqu'un, comment oserais-je demander à Dieu, dans ma prière , qu'il me pardonne mes offenses j comme je pardonne à ceux qui m'ont
pffoMi? rirai faire la paix, car, sans la paix, il n'est pas de bonheur; et la paix faite^ je ne garderai plus aucun souvenir du tort qu'on aura pu me causer.
Je me tiendrai loin des méchants ; car une brebis galeuse gâte tout un trou'peau; et je m'abstiendrai de toute action qui pourrait leur donner à croire que j'approuve leur perversité. Cependant ils sont aussi des hommes, ils sont mes frères , pour eux aussi Dieu a créé le soleil; je croirai donc de mon devoir de ne pas les rebuter en me montrant dur pour eux , et de travailler à les rendre meilleurs.