‹ Éducation morale populaireChapitre 24 sur 38 · RICHES ET P AUTRES. — SUPÉRIEURS ET IICFÉRIBUIIS · texte numérisé non relu

RICHES ET P AUTRES. — SUPÉRIEURS ET IICFÉRIBUIIS

Tu es riche , rends-en grâce à Dieu ; mais sou viens- toi : 1^ que la richesse te vient de lui; 2"" qu'il te l'a donnée pour que tu en fasses un bon usage ;

3"" que tu peux la perdre d'aujourd'hui à demain. Sois donc modeste, affable, ami du pauvre. Ne cherche pas à te distinguer par le luxe ou par une vie oisive, mais par la vertu , par la charité , en montrant que tu te regardes comme un instrument de la Providence, choisi par elle pour dispenser ses biens , secourir les pauvres, fournir des ressources aux travailleurs , et te rendre meilleur par la bienfaisance.

Et toi qui te trouves placé dans les hauts rangs , je te respecte , car chaque magistrature vient de Dieu ; mais je sais que tu as été élevé en dignité pour le bien des autres et pour assurer le triom* phe de la justice. Je sais que tu n'en es pas moins homme , que le rang et les titres sont comme la reliure d'un livre, qui n'ajoute rien à son mérite réel. Si tu prends soin de ceux qui te sont soumis, si tu leur rends la justice qui leur est due , si tu ne les berces pas

de promesses que tu n'as pas T intention de tenir , si tu es le premier à leur donner le bon exemple , je t'aime , je t'estime , je prie Dieu pour ta conservation.

Moi, cependant, je suis pauvre , tout à fait pauvre. Je suis né dans une chaumière; je n'ai ni parents riches, ni protecteurs. Eh bien ! Jésus était pauvre, ses apôtres étaient pauvres, et il est écrit que le royaume des cieux est pour les pauvres. Le défaut de fortune ne me fera rien perdre de ma dignité. Je sais que je suis homme aussi bien que le riche le plus puissant : j'accomplis l'ordre de Dieu qui veut que je vive à la sueur de mon front. Si je remplis mon devoir, si je suis honnête homme , je vaux bien mieux qu'un riche qui se conduit mal , ou qu'un mauvais prince.

Le Rhône est un grand fleuve ; il est impétueux ; il est connu de tous. Mais le laboureur craint qu'il n'emporte son

-^ 165 €^ champ , mais le batelier craint qu'il n'engloutisse son bateau , mais les propriétaires riverains craignent qu'il ne couvre leur sol de ses alluvions. Le ruisseau qui arrose mon petit champ est un mince filet d'eau , personne ne le connaît; c'est tout au plus s'il a un nom; mais il porte la fécondité dans les prés qu'il arrose ; mais il rend la fraîcheur à la plaine brûlée par le soleil. Les flots du Rhône et l'eau du ruisseau viennent également du ciel; elles vont également se perdre dans la mer.

Il y a des gens qui jugent d'un homme d'après la manière dont il est vêtu. Ignorent-ils le proverbe que Vhabit ne fait pas le moine; que souvent une mauvaise gaîne renferme une lame de fin acier ; et qu^un singe habillé de soie n'en reste pas moins un singe? Ne demandez point à un homme ce qu'il a , mais ce qu'il

est.

Voyez pourtant ! voilà un pauvre qui

fait le fier parce qu'on le soufire dans la société des riches. Cet autre prend en haine tous ceux qui ont plus que lui ; il les fuit et les croit incapables de tout bon sentiment. Eh ! non , mes frères , il y a de bons riches , comme il y a des méchants parmi nous autres pauvres.

Cependant y ne cherchons pas trop à nous insinuer auprès d'eux; nous pourrions y rencontrer des mortifications.

Le mieux est de vivre avec les gens de sa condition. Ne fatiguons pas ceux qui sont au-dessus de nous de nos sollicitations , de nos doléances , et ne faisons pas trop de cas de leurs promesses et de leur protection. Pauvres artisans , pauvres paysans, pauvres ouvriers, vous tous mes frères en pauvreté , je vous le répète^ nos meilleurs protecteurs sont nos bras et notre tête.

L'honnête homme pauvre aime les riches et ceux qui sont au-dessus de lui ; mais il ne fait pas de bassesses pour

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leur plaire; il ne flatte pas leurs vices; il leur dit la vérité au risque de lesbles^ ser. Son opinion est qu'il gagnera leur affection et leur estime par une conduite franche et loyale , bien mieux que par Toubli de sa dignité. Quelle que soit la position humble ou brillante à laquelle vous serez appelés un jour , n'oubliez pas ce précepte : qu'il faut obéir digne-' mmt et commander doucement.

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