‹ Éducation morale populaireChapitre 32 sur 38 · KO · texte numérisé non relu

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de la religion, et ne se contentait pas d*adorer Dien dans son cœur, il ne manquait à aocun desdevoirs extérieurs de piétés sans oublier toutefois que l'homme le plus religieux est celui qui sert le mieux son prochain. Il se montrait pour tous , depuis le mendiant jusqu'au prince, bienveillant, compatissant, humain, et réservait son estime pour le mérite seul, sous quelque enveloppe qu'il le rencontrât. Il aimait les bons , secourait les faibles , plaignait les méchants et s'efforçait de les rendre meilleurs. Il avait beaucoup de connaissances et peu d'amis intimes; mais il regardait comme ses amis tous les braves et honnêtes gens de tous les pays^ même sans les connaître. Il avait des égards pour les pauvres et ne médisait pas des riches. Il se tenait parmi les humbles, respectait les puissants, et se montrait agréable pour tout le monde. Sa bonne conscience lui donnait

le contentement de soi-même et des autres. Il visait plus à ce que les autres lui eussent de l'obligation qu'à avoir lui-même quelque obligationâ autrui. Il s'occupait de la satisfaction des autres plus que de la sienne propre.

Il n'a jamai& su ce que c'était que haine et rancune. Il fuyait les procès; il n'avait point d'orgueil , car il croyait en Dieu; il n'avait point d'envie, car il aimait le prochain. Non-seulement il pardonnait les injures reçues, mais il ne s'en croyait point offensé. Lui était-il arrivé par un mot ou par quelque action de porter préjudice à quelqu'un , il confessait son tort, le réparait et se réconciliait au plus vite.

A le voir il était simple , calme , ouvert, affable, aussi loin de la bassesse que de l'orgueil , ni grossier , ni empesé ; mais franc et naturel , sans présomption comme sans timidité, avec une certaine assurance naïve qui

inspirait le respect et la confiance. Tou*

Jours d*une humeur égale , il n'était jamais prorapt à s'affliger ou à se réjouir de ce qui lui arrivait. Qui peut, disait-il , calculer les suiles d'un événement? Souvent le mal tourne en bien; ce qui faisait hier notre joie , aujourd'hui cause notre chagrin. Dieu sait ce qu'il fait. » Il ajoutait aussi : « Celui qui s'en prend à autrui de son propre malheur est un ignorant. S'en accuser soi-même c'est commencer à entrer dans une meilleure voie. L'honnête homme n'accuse ni lui-même ni autrui, il s'occupe de remédier au mal. ^>

S'il avait un chagrin de famille il n'en laissait rien paraître au dehors* Il comparait la gaité d'esprit au soleil de mai qui fait épanouir les roses au milieu des épines. Aussi les jours de fêtes prenait-il part aux jeux de ses enfants et des villageois. Quand il lui restait un peu de loisir » il contemplait çea

-^ S31 cisublimes beautés de la terre et du ciel i il aurait voulu queTon terminât chaque fête, chaquejournée de plaisir, par louer le Créateur en admirant les merveilles delà création, a Vousdépensez, disait-il, de l'argent pour regarder une lanterne magique ou pour aller au spectacle; tandis que toute l'année vous avez sous vos yeux des tableaux qui valent bien davantage et qui ne coulent rien : la fraîcheur du matin, les riches teintes dorées d'un coucher de soleil , le calme solennel dune nuit étoilée, le sourire du printemps couronné de fleurs , l'allégresse d'un fructueux automne. V

Il pensait qu'on ne devait jamais dire un mensonge, mais qu'on devait quelquefois taire la vérité. Gomme on luidemandait à quelle vertu il importait le plus d'exercer les jeunes gens > il répondit : « A la patience, »

S'il arrivait à quelqu'un de mal par-*

1er de lui , loin de s'en (acher , il déclarait loi avoir obligation de ce qu'il voulait bien lui indiquer ses défauts et le mettre ainsi sur la voie de s'en corriger.

Venait-il à sa connaissance que quelqu'un fût dans le besoin ou dans l'affliction, il n'attendait pas qu'on vint le chercher : il portait de lui-même des secours et des consolations. Il y mettait promptitude, délicatesse, générosité , secret ; car il savait que donner à tenq^ c*est donner deux fois.

Et pourtant sa fortune était assez médiocre. Dans sa jeunesse , à force de travail et d'économie il était parvenu à uneassez grande richesse; mais la faillite d'un banquier lui fit beaucoup de tort dans son commerce. M. Bonhomme supporta cet accident avec résignation , en se disant que les malheurs nous arrivent par la permission de Dieu , que Dieu est bon et que sans doute il nous les envoie pour notre bien. 11 fît commo

celui qui s'étant cassé un bras en tombant, leva l'autre au ciel, en remerciant Dieu de ce qu'il ne s'était pas rompu le cou; au lieu de se désoler de la perte qu'il venait d'essuyer, il se conjsoia en songeant à ce qui lui restait.

A partir de ce jour, en conformité du proverbe qui dit : baisse toi y lu passe^ ras y il se retira ici à la campagne, et borna ses dépenses. Vivant en paix et sans ambition , il se contenta d'un revenu qui suffisait à entretenir lui et les siens sans faire de dettes. Les dettes étaient la seule chose qu'il redoutât :

(( Avec deux sous dans sa bourse, disaitil, on est riche si l'on n'a pas de dettes. » Il faisait valoir son bien lui-même, parce que Vml du maître est r engrais du champ. Voyez -vous cette propriété, elle est petite; mais comme ce verger est bien tenu , comme ces vignes sont en bon état ! c'était son bien. Il ne trouvait rien d'aussi beau que de faire le

bonheur des pauvres paysans , tout en faisant ses propres affaires.

Il se mêlait à leurs consolations , s'appliquait à déraciner de leur esprit les préjugés , et leur apprenait à ne point agir sans réflexion. Il aurait voulu que, tout en respectant les usages de leurs pères, ils adoptassent les nouvelles méthodes lorsqu elles étaient bonnes, et se guérissent de l'habitude de répondre par cette sotte raison : « Cela s'est toujours fait ainsi. » Il leur enseignait la meilleure manière de faire une prairie artificielle, de greffer les arbres, de tailler la vigne ; il leur apprit à élever des abeilles, à faire grand cas des engrais, à fabriquer pendant les longs loisirs de l'hiver différents ustensiles.

Il leur disait qu'un bon agriculteur doit retirer de son champ tout ce qui doit suffire à ses besoins.

Il leur recommandait de serrer chaque chose, d'avoir une place pour chaque

objet. Les outils qui restent exposés au

soleil et à la pluie se gâtent y on perd du temps à les chercher ; des outils mal rangés indiquent un esprit mal réglé.

Il les habituait à ranger les plus petites choses , parce que tout ce qui traîne est autant de perdu.

Quand il voyait dans un pays beaucoup de cabarets : a C'est signe, disait-il, qu'il y a ici bien des gens qui meurent de faim. » Entendait-^il médire dans les assemblées : «On ne le ferait pas, disait-il, si Ton savait lire et si Ton avait de bons livres. » Il ne voulait pas qu'en bien ou en mal on attribuât rien au hasard, car cela n'annonce qu'une ignorance des causes qui ont produit les effets. 11 disait à quelqu'un qui courait les marchés sans nécessité : (c Tout le temps que tu passes dehors tu ne gagnes rien, tu dépenses, et à la maison la besogne n'avance pas; et puis la vue de ce que tu vois te donne envie d'à-

-^ S34 1^ bonheur dest pauvres paysans , tout en fitsiul ses propres affaires.

y. se mèhùl à leurs consolations, s'ap- (v-.qujît à déraciner de leur esprit les ptv .ux.-*. et leur apprenait à ne point 3U. r s*i-^ rtflleiion. II aurait voulu que,^ ï,*^-; *•« rx'^pov-lant les usages de leurs ïvvvs. :'s jidviptassent les nouvelles mé- . v.x%-* iv-n>quellos étaient bonnes, et »: i.vc-NS^al de 1 habitude de répondre ... ^v-'-f sv'îteraisou: « Cela s'est tou- ;i - ^ .■ ï i.nsi. V 11 leur enseignait la : V,. o--,- u:jr,:v-rie de faire une prairie «• ;■. V..V, vv iTviVer les arbres, de . v " . ^ .; 0. :'. leur apprit à élever ..-v .x ■,■>. i :'.::r\> grand cas des en- .. -. j /.- -.UT -aKiant les longs

de l'eau qui coule , et des oisifs tombés dans la misère et dans le mépris.

Vous voyez d'après ceci , continuait le maire , que M. Bonhomme aimait à parler par proverbes et par sentences.

Il en avait fait un petit recueil qu'il a laissé à ses enfants. Voulez-vous en con* naître quelques-uns :

« On ne contente les passions qu'aux dépens du bonheur.

D Ce que Dieu mande vaut mieux que ce que l'homme demande.

» Il ne faut pas faire comme tous les autres , mais comme les autres qui font bien.

» Là où se trouve un médisant , il y aura bientôt des ennemis.

» Les grandeurs du monde sont comme la mer ; plus elles vous portent haut , plus on court de danger.

» Le meilleur patrimoine est un bon chrétien. Un métier que l'on sait bien, yaut mieux que trente que Ton sait mal.

» Tâche d'élre tel que lu voudrais paraître.

» La main au travail , le cœur en repos.

» Il n'est ici-bas qu'un repos possible : celui que Ton goûte en l'absence de tout désir.

» Quand les hommes te font du mal, pense à Dieu.

» Ne mets pas le pied là où un autre a glissé.

» Loue tout ce qui est louable^ ne blâme pas tout ce que tu trouves digne de blâme.

») Ne t'occupe pas de ce qui te manque^ mais de .ce qui t'est indispensable.

» Dieu a accouplé la paix avec l'innocence » l'abondance avec l'industrie, la sûreté avec le courage.

» A prompte demande, lente réponse.

» Qui ne risque rien n'a rien.

-> S37 «sde l'eau qui coule , et des oisifs lombes dans la misère et dans le mépris.

Vous voyez d'après ceci , continuait le maire, que M. Bonhomme aimait à parler par proverbes et par sentences.

Il en avait tait un petit recueil qu'il a laissé à ses enfants. Voulez-vous en connaître quelques-uns :

« On ne contente les passions qu'aux dépens du bonheur.

fi Ce que Dieu mande vaut mieux tpie ce que l'homme demande.

» 11 ne faut pas faire comme tous les autres , mais comme les autres qui font

m médisant, il y mis.

lu monde sont Iles vous portent le danger, moine est un bon ue l'on sait bien , que l'on sait mal.

M. Bonhomme savait que la vie est un don ; et il en rendait grâces à celui qui la donne et qui la conserve. 11 sa-* vait qu'elle peut nous être ôtée d'un moment à Tautre , et il s'y tenait préparé. « On doit, disait-il, aimer la vie, car elle nous fournit le moyen de faire le bien , et ne pas craindre la mort ou nous conduit du lieu d'exil à la véritable patrie. La nécessité de la mort doit nous faire supporter les biens et les maux de la vie. 7>

Et, en effet, quand la mort vint, elle le trouva calme et résigné. Quelques jours avant de mourir, il sortit au soleil ; il lui paraissait plus beau dans ce moment où il était sur le point de le quitter. Il contempla la campagne, et le souvenir de tout le bien qu'il avait fait le remplit de joie. Il chercha des fleurs, les regarda longtemps, en respira l'odeur et bénit Dieu^ qui avait créé pour lui tant de belles choses. Il salua les gen9

de sa connaissance, s'applaucîissanl de n'avoir point eu de méfiance des hommes, ni Irop de confiance en eux , et grâce à cela de ne pas les avoir trouvés méchants. On l'entendit s'écrier: « Qu'il 'est doux , au moment de la mort , de ne trouver dans sa vie le souvenir d'aucun mal fait à personne ! » Il se fit conduire jusqu'à ce cimetière. Il voulut prier encore une fois pour ses parents avant de venir dormir avec eux.

Le dernier jour, après avoir accompli ses devoirs de piété, il donna sa bénédiction à ses enfants , et leur dit :

« Adieu ! je ne vous laisse pas de richesses , mais une bonne éducation et un bon étal. Avec cela, on n'est vraiment pas orphelin. Pourquoi pleurezvous? La mort est comme une douce nuit qui précède un brillant matin.

Adieu ! je vais avant vous dans un pays où nous nous retrouverons , et bientôt.

Ne cessez point de vous aimer entre

vous, faites du bien autant que vous pourrez, conservez-vous dans la crainte du Seigneur, et écoutez M. le curé. »

Il mourut. Il avait fait plus de bien que de bruit, aussi le monde ne se sou- , viendra pas longtemps de lui. Mais ici nous le pleurons tous. Le conseil de la commune a fait écrire sur sa croix l'épitaphe que vous avez lue , et cela nonseulement pour conserver la mémoire de M. Bonhomme 3 mais pour enseigner aux autres ce qu'ils ont à faire pour être honnêtes gens. En effet , rendre hommage à Dieu de tout son cœur, c'est être pieux; rendre à autrui le bien qu'on en reçoit, c'est être honnête; faire le bien indépendamment de son propre intérêt , c'est être vertueux ; avoir pour autrui le plus possible d'aimables et innocentes prévenances , c'est èire polu La réunion de toutes ces qualitéç fait Vhonnéte hmme. »

fiOHCLUilOIf , OV MOÏIVS POITR SI BIEH COlOIVtmB.

J'ai donc parfaitement compris que pour être heureux je dois être honnête homme: ne point faire à autrui ce que je ne voudrais point qu'il me fût fait; lui faire ce que je voudrais qu'il me fût fait.

Je trouve à cela mon compte. En me conduisant mal, je mérite la haine et le mépris; en offensant autrui , je m'attire sa vengeance ; en ne songeant qu'à mes intérêts , je me trouve abandonné dans le moment du besoin. Au contraire , en rendant des services, je m'en attire d'autres en retour ; en pratiquant la justice, je ne m'atlire d'offense de personne , je diminue mes sujets de crainte , j'augmente mes chances de tranquillité et j'ai plus à espérer. Quelle satisfaction délicieuse, que d'avantages

réels il me reviendra d'être aimé et es* limé de mes semblables !

Ensuite il est une personne dont l'estime m'importe on ne peut davantage, une personne qui connaît jusqu à la moindre de mes actions les plus sécrètes , et jusqu'à mes pensées , qui arrachera le masque à mes vices, si j'essaie de leur donner le masque de la vertu y qui ne les oubliera jamais et qui me les rappellera sans cesse. Cette personne est moi-même et ma conscience. Quand il m'est arrivé de faire le bien, quel contentement j'en éprouve!

Quelle douce résignation je ressens même au milieu de mes chagrins ! J'ai des instanis où j'éprouve du dégoût, de la tristesse , ma seule manière de me remettre , c'est de faire du bien.

Celui , au contraire , qui manque à ses devoirs , qui abuse de ses droits^ peut bien, dans le premier moment, en ressentir quelque plaisir , mais Fin-

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slant d'après s'élève une voix intérieure 5 une voix de reproche et de découragement , une voix qui ne se tait jamais dans le cœur du coupable. Elle lui parle au milieu du monde; elle lui parle dans la solitude, à toute minute du jour, dans les heures redoutables de la nuit. Elle le trouble dans ses travaux , elle empoisonne ses plaisirs. Un juste en prison est plus tranquille et plus calme qu'un méchant dans les palais et au sein des richesses.

Mon désir n'est-il pas d'être heureux ?

Il m'importe donc d'être bon.

Certainement il m'arrivera souvent de dire : « J'ai fait bien, et il m'en est arrivé du mal. Les hommes ne connaîtront pas ma probité, ils calomnieront mes intentions , ils diront que je fais le bien par intérêt. Les méchants me dénigreront, à voix basse; l'hypocrite, le flatteur arriveront aux emplois où je prétendais parvenir par le mérite

et la bonne conduite. L ingrat abusera de mes propres bienfaits pour me nuire.

J'aurai occasion de \oir le méchant prospérer, et l'homme vertueux méconnu ; l'homme puissant agir selon son bon plaisir et l'imposer aux autres dont il obtiendra les hommages, tandis que le juste sans appui ne pourra opposer à la force que la patience, et man* quera même du pain nécessaire pour nourrir sa famille. »

Mais ai-je pénétré dans le fond de leur cœur? Âi-je vu ce que l'un souffre et quelles sont les jouissances del'autre?

Âi-je apprécié les tourments qu'endure le méchant, au moment même où il semble s'applaudir de ses crimes ? Voudrais-je eha&ger ma condition contre la sienne? £t puis ^ pour dire que la journée a été belle , on attend jusqu'au soir.

Écoutez les vers de notre plus grand poëte, Racine^ qui a traduit ainsi un passage de l'Écriture ;

Tai m l'impie adorë sur la terre.

Pareil au cèdres il portait dans les cieux Son front audacieux.

U semblait à son gré gouverner le tonnerre ,

Foulait aux pieds ses ennemis vaincus ; Je n*ai fait que passer, il n'était déjà plus.

L'âge survient, les passions s'éteignent i le moment de la mort arrive, et alors?...

Et quand bien même le juste aurait à passer sa vie entière sous le poids de la calomnie et du méjris, dans la misère et dans l'oppression , qu'est-ce que ce peu d'instants dont se compose la vie ? Après cette vie une autre vie commence qui ne finira plus. Les récom^ penses et les châtiments y seront répartis d'une manière inTailIible, par un Dieu qui voit tout, qui ne fait aucune distinction de personnes et qui est essentiellement juste.

Je tomberai un jour sous sa main.

Que voudrais-je avoir été alors ?

Et ce Dieu nous a dit que le premier

commandement est de Taimer, el qu'un second commandement , semblable au premier 9 est d'aimer notre prochain comme nous-mêmes.'

Taimerai donc tous les hommes , et je ne ferai de tort à personne, je ferai du bien autant que je pourrai ; en un

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