‹ Éducation morale populaireChapitre 34 sur 38 · POUR TOUS LES AGES · texte numérisé non relu

POUR TOUS LES AGES

Au mois de mai dernier , je ne l'oublierai jamais j j'étais assis avec le bonhomme Ambroise dans un site délicieux , aux environs du village qu'il habitait dans le département du Rhône. Mes regards se portaient tour à tour avec un ravissement extrême du spectacle imposant de )a chaîne des montagnes du Dauphiné, au tableau rianf de la plaine toute couverte de petits

cbàteaux , de villages , de villes , et qui se déroulait à perle de vue jusqu'à la limite de l'horizon.

Dès ma plus tendre enfance, je connaissais Ambroise , et j'étais accoutumé à le voir venir souvent dans mon pays. Il me faisait déjà lefTet d'un petit vieillard, mais vert, plein de vivacité et spirituel. Je le vois encore avec son gros cheval qui portait ses ballots de marchandises. 11 ne manquait jamais les jours de marché dans toutes les villes voisines, et battait les foires de tous les départements à la ronde. Il vendait , il achetait , il échangeait, ce qui ne l'empêchait pas , tout en faisant son métier , de se servir de ses deux yeux qu'il avait bons , et de ses deux oreilles qu'il avait excellenles pour étudier ce que peu de monde étudie, les hommes et leurs mœurs, leurs vices et leurs vertus. Son petit commerce ambulant lui permettait déjà de mettre de côté

quelque argent, en même temps que ^ grâce à son esprit d'observalion , il acquérait beaucoup d'expérience.

Celait une grande fêle pour nous autres pelils garçons, quand Ambroise venail dans le pays. Nuus courions lui dire bonjour, et tandis qu^il ouvrait ses ballots et étalait sa marchandise, nous restions bouche béante à écouter une histoire qu'il nous racontait, ou quelques conseils qu'il donnait à ses pratiques. Les pratiques ne lui manquaient pas, car il se contentait d'un bénéfice honnête, en disant que : gagner moins, c*esl gagner plus, et encore : un sou de moins, mais au comptant. Sans avoir la manie de s'ingérer dans les affaires d'aulrui, il inspirait une telle confiance, que c'était à qui lui conterait ses chagrins, les grands chagrins aussi bien que les petits, et chaque âge, chaque état> a les siens. 11 trouvait toujours une parole de consolation ou un bon con-

seil à donner. On lui demandait un jour quel est le moyen d'avoir Tesprit en repos : Avoir peu de désirs , répondit-il. Quelle est la véritable pauvreté:

L'ignorance et le vice. S'il avait peur de la mort : Pas plus que celui qui dort n'a peur de s'éveiller.

Il disait aussi que les doléances sont les armes des faibles, et que Thomme devrait s'en abstenir, ne fût-ce que par orgueil. Il disait aux jeunes gens : Chacun à la vieillesse qtiil se prépare dans sa jeunesse; aux gourmands: Vous passez deux mauvaises nuits, F une parce que votre estmnac est trop plein , l'autre parce qu'il est vide; aux libertins : On ne satisfait ses passions qu'aux dépens de son bonheur; aux marchands : Dans le commerce, le crédit vaut mieux que toutes les finesses; et un bénéfice qui coûte la moindre chose à la réputation est une grosse perte; aux gens qui aiment les procès : Arrangez-vous ; car entre deux parties qui plai-

dentj il y en a une troisième qui se réjoati.

Il donnait volontiers à ses conseils la forme du proverbe, et il débitait les proverbes à la douzaine. Je vous en citerai quelques-uns de ses plus habi* tuels :

« Qui rend service , reçoit service.

Sans argent, point de volonté.

Avec une tête de verre, on ne va pas à un combat de cailloux.

On ne peut pas porter la croix et chanter.

Sur une chose faite , chacun raisonne à ravir.

En toute chose , le commencement est la fin.

Celui qui serre bien , trouve bien.

Si tu veux beaucoup d'amis 5 mets-en peu à répreuve.

Chacun pense avoir plus de cervelle qu'il n'en a.

Au chien qui lèche les cendres ne confie pas ta farine.

Qui dit ce qu'il veut, risquç (l'enlei)*' dre plus qu'il ne voudrait.

11 ne faut qu'un instant pour faillir, mais on se repent tout à son aise.

Tout ce qui traîne est perdu.

Le parti pris vous tire d'inquiétude.

Si vous causez de la dépense à quelqu'un, ne lui causez pas de désagréments.

Pour prendre du poisson , il faut savoir se mouiller.

Celui qui a santé a richesse, et c'est être riche que n'avoir pas de dettes. «

Nous retenions encore mieux ceux de ses proverbes qui étaient ornés d'une sorte de rime ; et nous autres braves gens, dans notre langage, nous nous disions que M. Bonhomme était poêle.

Voici quelques-uns de ces distique^:

« Donner conseil sans agir, N'est pas tisser, mais ourdir.

Sur un ouï dire jaser, A menlir c'est s'exposer.

Vile et bien

Ne se trouvent presque en rien.

Enlre le dire et le faire, Grande est la marge ordinaire.

Diligence , passe science.

De la plus belle ressource, C'est en toi seul qu'est la source.

Se fier à tout venant^

C'est vouloir pleurer souvent.

Après le mal vient le bien, Et sans peine l'on n'a rien.

Veux -tu perdre ton argent, Mels tout en œuvre et va-l'en.

Tant queThomme a dents en bouche, Il ne sait ce qui le louche.

Qui se jette en toute voie , Sans arriver se fourvoie. »

Pour éviter de paraître une machine à fabriquer des proverbes , il les mettait souvent sur le compte d'autrui, par exemple : « J'ai souvent entendu dire qu\m fou en fait cent, quon apprend à hurler avec les loups; ou encore , la cuisinière de l'auberge dit qu'on se noircit toujours en touchant au chaudron, et le boucher qu'il n'y ^pas de viande sans os. Ma grand'mère me répétait qu'on n a pas besoin de montrer au chat le chemin du garde-manger. Le curé de tel village, qui dit toujours de si bonnes choses , des choses qu on comprend si bien, et qui arrivent toujours si à propos , disait dans son prône de dimanche dernier :

« Ce que Dieu mande vaut mieux que ce que l'homme demande; » ou bien encore : Le maire de tel pays disait qu'un mauvais arrangement vaut mieux qu^un bon procès. On lit dans TÉcriture eainte : » J'ai été jeune et aujourd'hui je suis vieux , et je n'ai jamais vu

le fils du juste demander Faumône. » C'est ainsi que s'exprimait le père Ambroise , et nous prenions plaisir à faire nous-mêmes l'application de ses dictons. Aujourd'hui encore quand je vois quelqu'un acheter à crédit , je lui dis : rappelle- toi le proverbe d u père A m broise, payer bien^ c'est payer vile. Qmnd je vois quelqu'un jeter un objet de peu de valeur^ je lui dis : Avec les copeaux on fait un hon feu.

Ou quand je vois quelque jetine homme trop vif et querelleur : Ambroise avait un proverbe : A chien hargneux et peu mgonreux malheur à sa peau.

Quand il m*arrive d'entendre de ces gens qui se plaignent du temps présent et qui s'en vont répétant : autrefois ces choses-là n'arrivaient pas, ou autrefois c'était le bon temps, je leur dis : Ambroise était vieux^ mais il assurait que de tous temps il y avait eu du soleil et des nuages j de Vavoine et de la balle.

Ambroise ne manquait pas une occasion^ même la plus ordinaire, de donner une petite leçon. Nous arrivait>il de l'engager à se presser un peu plus de déballer sa marchandise: Je vais doucement, disait-il« parce que j'ai hâte :

Qui met, temps à s'embarquer^ à bon port vient débarquer.

Si au contiaire nous lui demandions de rester encore un peu, bien qu'il se fil lard : Il n'y a, nous répondait-il, çua les enfants et les fous qui y tant quil fait jour^ s'imaginent que la nuit ne viendra ja^ mais.

Un jour, en nous rsontrant un homme qui semait du blé : « Quai;id vous serez en âge, nous dil-il, de faire du bien aux autres , rappelez-vous qu'il faut semer à la main y et non pas au sac.

Quand nous lui disions : que votre cheval est gras! C'est, now5, répondail-il, que je lui donne à manger moi -même.

Quaud il voyait de ces gens qui pas-

sent le dimanche à boireet font le lundi :

les malheureux^ disait-il, ils jeûneront toute la semaine. Quand il entendait quelqu'un jurer et affirmer par serment que telle chose élait vraie , Ambroise secouait la tête en disant : Celui qui jure a thabitude du mensonge. Dans une discussion entre deux personnes, il était disposé a donner tort à celle qui criait le plus haut.

Un jour que je rentrais h la maison tout essoufflé , après m ôlre perdu pour vouloir prendre deschemînsde traverse:

« Prenez toujours la grande route, me dit-il : c'est le plus long, mais le plus sûr. » Un autre jour que j'étais tombé et que j'avais le nez endommagé, il commença par me plaindre, et puis il ajouta : o Que cela vous serve de leçon, et en marchant regardez où vous mettez le pied. » Quand on lui demandait par quels moyens il était arrivé à vivre heureux et à obtenir que Dieu lui àc^

cordât quelque fortune, il répondait: c Avec Tunique héritage que m'ait laissé mon père : de la probité, du savoir dans mon métier, et l'envie de travailler. »

Je pourrais continuer ainsi jusqu'à demain , si je ne craignais de ressembler à ces chanteuses des rues à qui l'on donne un sou pour qu'elles chantent, et deux sous pour qu'elles se taisent. Je me contenterai d'ajouter qu'il avait remplacé ces explications triviales dont on se sert assez généralement j par exemple , bêle comme une oie, méchant comme un dogue, par d'autres qui n'appartenaient qu'à lui. Il disait : « Maigre comme un envieux; pelé comme un joueur; aveugle comme un homme en colère; méprisé comme un menteur; évité comme un espion; un air aussi malsain que celui d'un cabaret ; il ne dort pas plus qu'un homme qui a des dettes, il a une mémoire comme celle d'un créancier.»

11 était vêtu à la mode des gens de

campagne, parce que, disait-il , terre qui marche use ce qu'elle rencontre; mais toujours propre, bien tenu et sans taches, parce que la propreté ne coûte rien. S'il voyait quelqu'un aller sale et déchiré, il augurait mal de sa conduite ; comme de mauvaises herbes dans un jardin lui donnaient mauvaise opinion du jardinier.

Une chose encore que j'ai remarquée.

Les autres marchands ne faisaient que murmurer contre tous ceux qui s'établissaient de nouveau, et contre le tiers et le quart qui, disaient-ils, gâtaient le métier en donnant la marchandise à vil prix. Ambroise, au contraire, ne cessait de répéter : « Laissons chacun vivre et exercer son industrie. Notre Seigneur a créé pour tous l'air, la terre et l'eau et le talent d'en tirer parti. C'est à chacun a faire de son mieux. » Comme il était honnête homme, on venait plus volontiers à sa boutique, ce qui ne l'em-

péchait pas , quand une jeune fillette on un jeune garçon lui demandait quelque parure de luxe qui produisît de Teff t, d'oui )lier son propre intérêt pour leur faire observer que s'habiller bien ou s'habiller d'une manière coûteuse sont deux choses différentes. L'une fait honneur, l'aulre donne à mal penser de vous. Il disait que celui qui achète le superflu n'est pas loin de vendre le nécessaire. Ne pensez pas cependant qu'il blâmât ceux qui suivaient les modes nouvelles, quand elles ne produisent ni mal ni scandale , et surtout quand elles coûtent moins cher.

Quand il se vît à la tête d'un petit capi,tal, Ambroise vint ouvrir une boutique à Lyon. Il s'y conduisit d'après les mômes principes qui avaient réglé sa conduite comme marchand forain. Il servait la pratique avec empressement et parlait de sa marchandise sans déprécier celle des voisins. Mais les voisins

n'ëpargnnient pas les mauvais propos contre lui, tant les marchands anciennement éUiblis, qui craignaient de le voir s'arrondir comme eux, que les commençants qui voulaient attirer les pratiques. Ils perdaient le temps sur le pas de leurs portes à échanger entre eux des injures ou à chuchoter à Toreillede chaque passant de leur connaissance^ qu'un tel vendait à faux poids, qu'un tel surfaisait sur le prix; que le drap ou les étoffes d'un tel étaient mauvaisleint, qu'un tel vendait des produits français pour des produits tirés de l'étranger. Le passant les regardait, riait un peu , et poursuivait son chemin sans s'en soucier davantage. C était surtout à Ambroise qu'ils en voulaient. Comme ils n'avaient rien à dire sur sa marchandise, car il la donnait pour ce qu'elle était , ni plus ni moins, ils s'attaquaient à ses intentions et à sa personne. Us çriaieiit à toiitropipre qii'il courait apr^s

la pratique d'une manière scandaleuse; I

quec'élaillà toutelaraison pour laquelle il donnait du bon et à juste prix ; et que s'il ne fardait pas sa marchandise, c'était uniquement pour faire du tort à celle des voisins. Ils finirent par lui imputera crime d'aller à la messe tous les dimanches. Ils essayèrent même de le mettre mal avec le fisc , et n'eu lent pas honte, eux qui trompaient chaque jour le public sur lorigine des produits, de Taccuser de faire la contrebande. A tout cela Ambroise ne répondait pas un mot, et continuait son commerce de la même manière. Le monde^ qui n'a nullement peur des gens de l'espèce d' Ambroise, accourait chez lui d'autant plus volontiers, et dans la journée entière la vente ne lui laissait pas un moment de repos. Venait-on chez lui aux renseignements sur un de ses confrères, si le confrère était un honnête Lomme, il en disait du bien , sinon il évitait de répondre^

Si quelque chien se plantait à aboyer sur le seuil de sa boutique, s'il était à portée de l'apaiser par une caresse , s'il avait sous la main un morceau à lui jeter, il le faisait volontiers, sinon il le laissait aboyer. Quand un joueur d'orgue venait commencer sa musique, il lui donnait un sou et lui disait grand merci. Je ne sais comment cela se fit, mais , après ce déchaînement général , les vieux marchands s'accoutumèrent à voir sans jalousie sa boutique prospérer à côté de la leur. Les commençants prirent exemple sur lui. Ceux qui persistèrent dans leur mauvais procédés firent faillite. Pour Ambroise, tout en faisant de fort bonnes afl'aires, il s'acquit dans tout Lyon et conserva intacte la réputation u'honnéle homme.

Retenu longtemps loin de mon pays, J'ai passé vingt de mes belles années sans revoir l'excellent Ambroise, vingt aimées où j'ai eu ma part d'événements,

OÙ j^ai rencontré des bons et des méchants , oii j'ai eu des joies et des chagrins, comme c'est noire lot à tous dans ce monde. Heureux si je suis sorti un peu meilleur de celle école; si j'y ai acquis la conviction de cette vérité que prêchait le père Ambroise^ que, pour arriver au bonheur, la roule la plus sûre est la plus directe ; si du moins j'y ai appris à ôlre patient et résigné, à ne mépriser ni haïr les hommes, mais aies aimer, à les plaindre, à les secourir! En revenant au pays, je n oubliai pas de demander des nouvelles d'Ambroise. Il avait acquis dans son commerce de marchand forain, et ensuite dans sa boutique, une assez jolie fortune; un malheur était venu la lui enlever en parlie, mais lui avait cependant laissé de quoi vivre dans ses vieux jours.

Il s elait fixé dans le village qui l'avait vu naître, a Chaque oiseau, disait-il, trouve son nid beau. » Je ne sais quelle

circonstance me conduisit dans les environs, et je le rencontrai qui se promenait à pied. Je le reconnus et le saluai.

Il m'ihvila à me promener avec lui , et à passer ensemble le reste de la journée.

Je craignais de ne pas avoir assez de temps ; je lui promis de revenir le lendemain. « Vous savez, me dil-il, que je suis un grand ennemi du je ferai.

Un avjourd'hui vaui mieux que deux demain*

Je cédai donc à son invitation. Dans ce pays montueux, et où il y a sans cesse à gravir, j'éprouvais quelque peine à le voir s'appuyer sur son bâion , et s'arrêler de temps en temps pour reprendre haleine. Je crus devoir le plaindre de ce qu'il n'habitait pas un pays plus commode. Mais lui ^ me montrant du doigt la cime du mont le plus élevé que nous puissions apercevoir: «Etceu^p qui habitent sur ce sommet, mon enfai^t? Regardons ceux qui sont dans une

^ âO «^

position moins bonne que la nôtre, et non pas ceux qui sont dans une meilleure. Ne vous ai-je pas raconlé comment , un jour que je me plaignais de ce que mes souliers percés prenaient l'eau ^ je rencontrai un mendiant qui avait une jambe de moins? Je cessai de me plaindre, et je bénis le Seigneur. »

Je compris que le père Ambroise avait bien pu vieillir, mais qu'il n'avait point changé, et que le proverbe a raison:

Le loup change de poil , mais non d'habitudes. Sa petite maison se distinguait par une élégance rustique. Les fenêtres étaient ornées de beaux géranium, de beaux œillets et dautres jolies fleurs.

Des deux côtés de la porte étaient deux petits bancs de pierre où il venait s'asseoir et prendre l'air. Les chambres étaient fort bien meublées. Je dis en entrant : « La maison est agréable , mais petite. — Petite ! s'écria-l-il , puissé-je la remplir d'honnêtes gens ! »

Le bon vieillard voulut que je prisse ma part d'un diner sans façon qui me fit souvenir d'un autre de ses dictons:

La vraie bonne chère est le bon cœur et la bonne mine. 11 n'oublia pas de me faire voir son vieux cheval à l'écurie. Ce fidèle compagnon de tous ses voyages, chargé d'années, et le garot couvert de cicatrices, n'était plus bon à rien qu'à rester devant un râtelier. Mais Âmbroise le traitait comme un vieux serviteur, et continuait par reconnaissance à l'entretenir dans un repos bien mérité.

Lui aussi il jouissait d'un doux loisir, mais sans oisiveté. Il était le premier marguillier de la paroisse, et, le dimanche , venait à l'église chanter l'office et le Gloria in excelsis. Il était aussi membre du conseil communal, et s'occupait des affaires publiques avec le même soin qu'il s'était occupé des siennes , sans se soucier si le proverbe a raison , qui dit : Servir la commune ,

c est ne sertir penotme. Il assistait à chaque séance du conseil , non-seulement pour y faire figure^ mais pour y dire el y motiver son oui ou son non. Il se gardait surtout d'y manquer, quand il s*agissdit de choisir le maire, de nommer le maître d'école ou le garde champêlre. Il faisait de son mieux pour que le choix tombât sur le candidat le plus digne; et ensuite il avait lœil ouvert à ce que chacun remplit bien son emploi. Il donnait une attention particulière à récole, et, pour rien au monde^ il n'eût manqué de se trouver là quand un inspecteur des études arrivait en mission.

Au surplus, comme chaque action trouve sa récompense, Ambroise était dans tout le pays et dans les environs, aimé on ne peut davantage , eu sa qualité d honnête homme. Chaque personne qui croyait avoir besoin d un conseil accourait à lui , bien convaincue de ce

qu*il disait lui-même , que le conseil d%n vieillard n'a jamais rompu la télé, et que bien il arrive à qui est bien conseillé. Il prenait plaisir à leur indiquer de bonnes mélhodes de cullure. Il leur apprenait à ne jamais laisser reposer la terre » à supprimer les jachères , à faire des prairies arlificielles, à cultiver la bellerave, à obtenir de meilleurs légumes, à perfectionner leurs engrais, à mieux fabriquer leur vin, à mieux préparer leurs fromages, à défricher une lande , etc.

Il consacrait beaucoup de temps à la lecture; et tous les soirs, avant de dire la prière en famille , il jetait quelques lignes sur le papier.

Vraiment , je vous vois d'ici curieux desavoir ce que pouvait écrire l'ancien marchand forain. Cette curiosité , je l'ai eue comme vous. Je le priai de vouloir bien me montrer ce qu'il appelait son barbouillage. D abord le bon vieillard s'y refusa , en me disant que tout

-^ 2i <cela avait été écrit au courant de la plumé , et seulement à l'usage de ceux qui ne peuvent pas lire d'autres livres; et, pour cela, il avait écrit non-seulement ses propres idées , mais tout ce qui lui avait paru bon et utile dans les livres qu'il avait lus lui-même. Enfin, il se décida à me confier ses manuscrits , et moi , joyeux comme en un jour de Pàque , je les emportai sous la promesse de les lui rendre procTiainement.

Par malheur survint le choléra. Les plus âgés parmi vous se rappellent le choléra. Priez Dieu de ne plus nous affliger de ce fléau, et si nous devons encore le subir , de nous envoyer le courage et la résignation. Le père Ambroise s'empressa 5 dans sa commune, d'opposer aux tristes effets du fléau le meilleur remède qu'on y ait encore trouvé, l'esprit de charité. Dès qu'il savait une famille atteinte dans quelqu'un de ses membres, il accourait la

bourse à la main, c'était en partie de son propre argent, en partie des aumônes qu'il s'était chargé de recueillir.

Il prodiguait de pronnpls secours aux malades^ veillait à ce que les convalescents ne manquassent de rien , don* nait des consolations aux parents de ceux qui avaient succombé. Son courage et sa confiance en Dieu I e préservèrent de toute atteinte ; mais il avait contre lui un mal sans remède, la vieillesse. Dans le commencement du mois d'octobre qui suivit , je m'acheminais vers son village. Le soleil éclairait de sa plus riche lumière des vignes chargées de raisin ; on était dans toute l'activité de la vendange ; la plaine , couverte au loin de travailleurs faisait plaisir à voir. En approchant du village, une seule chose m'attrista, ce fut d'entendre les cloches sonner pour un mort.

Je récitai une prière pour le chrétien qui venait de débarquer sur cette rive

vers laquelle nous naviguons tous ; mais figurez- vous mon chagrin en apprenaut que le défunt était le pauvre Ambroise !

Pas un habitant n'avait gardé la maison , tous assistaient au convoi, tous avaient voulu accompagner poar la dernière fois Tliomme qui donnait de si bons conseils , et dont la mémoire était si honorée. Je me mêlai parmi eux, et comme eux je pleurai au moment où je vis jeter la terre sur la dépouille de rhommejusle. Sans doute, il aura vu nos larmes du haut des cieux.

Et son livre? son livre! j'allais précisément chez lui pour le lui rendre, ou plutôt pour le prier de me permettre de le publier. Il y a si peu de gens qui font des livres pour la classe pauvre, pour les paysans, pour Us ouvriers des villes ! Nous autres littérateurs, nous écrivons pour le délassement des gens du monde et pour nous faire un nom, en

supposant que nous ne cédions pas 2| des motifs moins nobles encore, La plumeen main, nous nous disons: oCeci plaira -l-il? ceci fora-t-ilde reflclPque dira un Ici, ou bien noire confrère un tel, ou tel ou tel journal? » 11 est bien rare que nous nous demandions: a Y at-il là quelque chose d'utile? L'ignorant en retirera t-il del'inslruciion? Quelle vertu y trouvera de Tencouragemenl?

Quel mal cela peut-il combattre? Quel préjugé cela doit il extirper? Cela contribuera-l-il à la bonne harmonie, à développer les sentiments d'affection?

C*était sous de telles inspirations au contraire qu'Ambroise avait pris la plume, et comme il désirait le bien du prochain, j'ai la conviction qu il m'aurait permis de faire imprimer ses manuscrits. Ses héritiers ont pensé ainsi et n'ont point mis d'obstacle à mon désir.

Je n'ai fait autre chose que de corriger !^ ë^ïiç ^ pù il était un peu trop fau-

-^28 ^ tif et mettre quelque ordre dans ces matériaux, qui ne sont que des pensées jetées négligemment sur certains sujets que le bonhomme affectionnait le plus, et nullementdestinées à former un corps d'ouvrage. Peut-être m'est-il arrivé ce qui nous arrive souvent à nous qui prétendons en savoir plus que les aulres, peut-être mes corrections ont-ellesgâlé le travail primitif, cela n'aurait rien d'étonnant. S'il en est ainsi, je prie l'excel- Jenle àme d' Ambroise de me le pardonner. Soyez assez indulgent pour me le pardonner aussi, mes bons lecteurs, et dites-vous bien qu'il n'y a de ma part aucune mauvaise intention. Si cependant le livre ne vous déplaît pas...

Mais un instant, encore une anecdote. Au nombre de tous ses talents, le père Ambroise avait le talent de loucher de Torgue, et cela sans autre guide que son oreille et sans connaître une note de musique. Les gens de son vil-»

lage se sentaient plus profondément pénétrés d'un sentiment religieux par les sons simples et graves qu'il tirait de cet instrument, que par les airs d'opéra ou d3 ballet que jouent certains organistes, qui n'ont pas honte de profaner ainsi la sainteté du culte. Un dimanche que Torganisle ordinaire était malade, Ambroise prit sa place. Au sortir de Téglise, je m'approchai de lui, et, lui serrant la main : « Bravo ! lui dis-je : vous m'avez été droit au cœur. »

Tout à coup un petit garçon glisse sa tête entre nous deux, et avec une sorte de petit orgueil ajouta : « C'est moi qui ai levé les soufflets de l'orgue. »

Nous nous contentâmes de sourire, sans troubler la satisfaction innocente du petit garçon. L'histoire de ce petit garçon est la mienne, mes chers lecteurs. Ambroise a touché l'orgue , et moi j ai levé les soufflets. Si vous lui donnez quelque applaudissement, j'en

aurai de la joie, et je m'en attribuerai 1

quelque gloire.

El je prierai Dieu qu'il inspire à chacun de vous de se tenir content de sa condition.

LA rOLITfOVB D*AHBBOISB.

Il est une roanie parliculiére à notre époque; je ne suis pas le premier qui Tait signalée, et probablement je ne serai pas le dernier. C'est la manie qu'ont une foule de gens de parler politique san^ y entendre ni A ni B; aussi en raisonnent-ils comme un sourd rai* sonnerait de musique ou un aveugle des couleurs. Le moindre inconvénient qui puisse en résulter, c'est une perte considérable de temps en discussions oiseuses. Un autre inconvénient est le risque de se laisser entraîner dans une mauvaise direction par des personnes mal intentionnées ou plus adroites; car

celui qui ne sait pas est dans la dépendance de celui qui sait, et celui qui a les yeux fermés manque sa roule et n'arrive pas au but. Le premier vaurien qu'il rencontre le conduit à sa guise et où il lui plaît.

Je dois vous faire l'aveu que, moi aussi, j'ai élé sur le point de me laisser prendre à celle glu, et de me meilre en têle celle manie de pêcher sans filets dans la politique ; mais^ par l'effet de l'excellente habilude que j'ai prise de me tçnir en garde contre moi môme, j'ai sp, grâce à Dieu, m'arrêler à temps, et je me suis dit : « Halle là, Ambroise. Avant de parler des choses , commençons par les connaître^ parce qu'il n'y a :|ueles fous qui parlent de ce qu'ils ignorent, ou qui croient savoir ce qu'ils n'ont jamais appris. Examinons un peu de quoi il s'agit, et ce que c'estquelapolilique*,si jenemetrompe, la poli tiqv&e est Tart dç gouveriier| à

merveille; mais y a-t-il une chance pour que le roi se mette jamais en têle de faire de moi un ministre ou même un simple conseiller d'État ? Vraiment il faut bien d autres têles que la mienne ! Il me semble donc que j'ai mieux à employer mon temps qu'à m'instruire dans les devoirs de semblables emplois et à étudier une science queje n'aurai jamais l'occasion de mettre en pratique. Que m'importe de savoir comment on tient le timon des affaires, puisque je ne serai jamais appelé à le tenir? Cependant, en maqualité de passager sur le bâtiment, j'ai intérêt à sa sûreté. Quand une fois j'ai fait des vœux pour que ceux qui les dirigent en sachent plus que moi et naviguent comme ils le doivent, ne me reste- t-il plus rien à faire? Ne puis-je contribuer en rien à le maintenir en équilibre et à le faire avancer? 11 existe une science politique à l'usage de ceux qui gouvernent, n'exis-

-^ 33 •$terait-il pas aussi une science qui enseignerait aux autres à seconder les efiorts d'un bon gouvernement , à mettre à profil tous les avantages qu'il procure et à en tirer le meilleur parti possible? »

J'yai réfléchi longtemps et j'ai trouvé, mes chersconciloyens, que cette science existe en effet. C'est une politique peu compliquée, je l'ai suffisamment ruminée et mon intention est de vous la communiquer, dans l'intérêt de chacun en particulier aussi bien que dans l'intérêt général.

Aimez la patrie, votre gouvernement^ vivez en bonne harmonie, et travaillez.

En cela consiste toute la politique à votre usage, et vous alliez voir si je n'ai pas raison.

Je m'adresserais à des Lapons, à cette race chélive qui vit au milieu des glaces éternelles du pôle, sur une terre sans fleurs et sans verdure, et qui pendant six mois de l'année ne voit pas un

rayon du soleil, je leur parlerais de Famour de la pairie, qu'à eux aussi je ferais baUre le cœur; el que j'y ranimerais une flamme engourdie ; mais je parle à mes concitoyens, aux enfants de cette France si belle el si glorieuse, celte terre de l'homme de génie, des beaux-arts, de linduslrie, celte terre des souvenirs et des espérances. Quelle patrie mériterait mieux l'amour de ses enfants? Rappelez-vous qu'on ne conserve ce que l'on possède , qu'autant qu'on en connaît le prix; celui qui ne lient compte ni de son patrimoine, ni de l'honneur, est un insensé qui finira dans la honte et dans la misère. Les biens, les avantages que procure la patrie, tout cela est votre propriété, puisque cela appartient ètous; et que dans ce qui appartient à tous, chacun est propriétaire. Est-il un seul de vous qui ne se trouve plus à son aise quand la patrie est plias riche? En est-i^ ^P P^^^

qui ne porte la lê!e plus haute quand il voit son pays plus respeclé? un seul qui ne se sente triste et humilié si la patrie en est réduite à courber la tète? La patrie est votre mère, une mère affectueuse et altenlive, qui vous nourrit et vous protège. Elle continuera à le faire autant qu'elle vivra; mais, si elle vient à mourir, il n^y aura point à recueillir de succession ; ainsi donc, outre que la reconnaissance vous fait un devoir de l'aimer et de vous dévouer pour elle, r intérêt vous le conseille. Voilà votre politique à vous!

Le gouvernement travaille pour la gloire de votre patrie. Donne- t-il ses soins à la rendre plus prospère, plus riche, à développer toutes les înlelligeuces ; met-il le moins d'entraves possible à l'exercice des libertés individuelles, fait-i! pénétrer dans toutes les classes, le bien-être, la richesse, Finslruclion, cherche-t-il en toute chose le bien de

tous? Aimez-le. Les chefs sont institués comme le bon pasteur, non pas seulement pour tondre le troupeau et le traîner à la boucherie, mais pour le conduire au pâturage, pour le préserver du froid, delà faim, du loup. Ils doivent être prêts à rendre justice à chaque instant et à tout le monde; ils doivent proléger le faible, secourir le pauvre, encourager les arts et l'industrie, soutenir les intérêts et l'honneur de la nation. Ceux qui vous gouvernent remplissent-ils tous ces devoirs? Combien alors vous leur devez d'amour et de respect! nul sacrifice ne doit vous coûter pour leur salut. Voilà votre politique à vous!

Parmi les institutions qui relèvent du gouvernement, il faut comprendre ces établissements utiles créés pour le soulagement des pauvres: les hôpitaux, les hospices, comme aussi les institutions qui ont pour but de favoriser les cora-

munications et les relations de cornmerce, la poste, l'entretien des routes et des canaux ; les institutions destinées aux progrès des sciences et des arts et à répandre l'instruction; les prisons, les maisons pénitentiaires qui doivent servir à la réforme des criminels; la police qui est chargée de prévenir les crimes; les tribunaux qui sont chargés de les punir. Sachez apprécier Futilité de ces institutions, et gardez-vous d'une autre manie de cette époque, qui consiste à envelopper dans une défaveur générale^ non-seulement le chef de l'État et les hommes qui gouvernent à côté de lui, mais tout homme investi d'un emploi public quelconque. Quand certains brouillons viendront crier autour de vous: « Mais cela va mal... maiscela pourrait aller mieux... ah ! sous l'autre gouvernement... dans d'autres pays.»

Demandez-leur tout simplement ce qu'ils substitueraient à la chose qu'ils

bl&meni , et demandez -you^ à vousmême ce qu'il arriverait, en supposant que le pouvoir de faire des lois et d'administrer tombât dans leurs mains. Qui sait? peut-être acquerrez- vous aussi la conviction que tout ce qu'ils veulent, c'est de chasser des places ceux qui les occupent, afin de s'y installer à leur tour. Qui sait ? peut-être comprendrezvous alors combien le bonhomme Ambroise avait raison de dire, qu'il n'y a point d œuf qui ne soit sujet à se gâter, pas de chose où il n'y ait du bien et du mal, et que vous devez épargner le blâme aux institutions de votre patrie; non-seulement c'est pour vous un devoir de reconnaissance, mais cela fait aussi partie de votre politique.

Que la discorde se mette dans la ruche et le miel ira aux frelons; qu'une nation cesse d'être unie, elle prépare une belle proie aux ennemis. Défiezvous, mes bons concitoyens, de ces gens

-^ 39 6$^ qui travaillent à exciter parmi vous de?

haines de parti. Ce qu'ils veulent, c'est de pêcher en eau trouble. Leur espoir est d'à tl râper quelque chose dans le désordre ; peu leur importe le mal qui en résultera pour le pays. Ils vous content de belles paroles, ils vous promettent monts et merveilles, mais, croyez-moi,' ils ne songent qu'à leur propre intérêt et ils se font un jeu du vôtre. Toutes ces semences de dissensions^ ces haines de contrée à contrée, d'une classe de citoyens contre une autre; ces dénominations propres à jeter sur quelques-uns du ridicule et de Todieux, ces différences d'opinions qu'ils cherchent à répandre, ce sont là autant de moyens pour faire de vous les instruments de leur ambition. Ils ne songent point qu'en vous excitant ainsi les uns contre les autres, ils affaiblissent la nation. Voilà leur politique à eux; prenez pour po* litiquC) vous, de ne pas vous laisser se-

duire par de faux brillanls. Malheur à la souris qui ne voit que le petit morceau de lard^ él ne se méfie pas de la souricière. Voilà un câble^ il est de force à monter jusqu'au haut de la cathédrale d'énormes blocs de pierres, séparez les brins de chanvre dont il se compose, et prenez-les un à un; il suffira du bras d'un enfant pour le rompre.

Ne nous laissons pas diviser si nous voulons être forts. C'est comme dans les familles; que la division se mette entre frères, le patrimoine est perdu ; le travail ne produit rien, et la famille est à la merci d'étrangers cupides. Personne au contraire n'ose attaquer des frères bien unis, parce qu'ils se prêtent un appui mutuel, et que s'attaquer à un c'est s'attaquer à tous. L'union fait leur force et assure leur propriété. La patrie est la grande famille ; vivons entre nous comme des frères. Voilà notre politique.

La mauvaise herbe croit toute seule.

mais pour récolter du blé, il faut travailler au champ. De même la misère vient toute seule, mais on n'obtient la prospérité qu'à force de travail et de persévérance. La fortune a-t-elle pour toi quelque charme, mon cher lecteur?

ne t'imagine pas que tu l'atteindras, en employant le temps à discuter sur le haut prix des denrées, sur la rareté de l'argent, sur la ruine du commerce, sur la crise actuelle. Tout ce bavardage ne te fera point avancer d^un pas, parce que la fortune est sourde. Elle ne répond point à celui qui crie après elle ; le travail est le seul signe qu'elle comprenne et auquel elle réponde. Les temps sont difficiles, redoublez d'ardeur pour le travail, c'est le seul moyen de les rendre meilleurs. La misère se rit des lamentations et des grands gestes de désespoir, mais elle a peur du travail et elle s'enfuit devant lui. Les habitants laborieux font la richesse d'un

pays, et de la richesse du pays résulte Taisance des habitants laborieux. Vous trouvez votre cote d'impôt trop chargée, votre patente trop lourde, les tarifs trop élevés, ce n'est pas en gémissant que vous les allégerez ; vous avez mieux à faire que de perdre ainsi votre temps, évertuez-vous pour que votre champ , votre fabrique produise davantage ; cherchez de meilleurs procédés de culture, d'industrie, car le champ en jachères et le métier qui ne marche pas, paient autant de droits que' ceux qui rapportent. « Mais , direz- vous , sur mon travail les impôts emportent le sixième du bénéfice. » A votre place , moi je voudrais redoubler d'activité, de manière à arriver à payer deux fois plusd im()ositions que vous n'en payez actuellement. Ce serait signe que vous auriez gagné cent pour cent de plus ; vous et l'État y trouveriez d^autant mieux votre compte, votre famille en

serait plus h son aise^ e( vous auriez à ^ous féliciter d'avoir coniribué à la prospérité de votre pays. La patrie est un arbre dont nous sommes les racines et le feuillage. Pour que l'arbre croisse avec vigueur et que tous ses rameaux soient verdoyants, il faut que chaque petite radicule suce de son mieux les sucs de la terre; et que chaque feuille aspire de son mieux dans l'air des prin * cipes nourriciers.

Voilà, mes chers concitoyens, toute la politique à votre usage. Amour de la patrie et respect à son gouvernement , union, travail, modération. C'est celle que je me suis faite et que j'ai pratiquée toute ma vie. Sur celle-là vous pouvez sans danger discourir tout à votre aise et autant qu'il vous plaira. Mais ce n'est point assez d'une politique en paroles , et il y a mieux à faire; c'est delà mettre en pratique et ne jamais s'en écarter.

BB frA LITTÉBATUBB POPULAIBE.

La littérature de notre époque a pris une direction vers l'utilité générale.

Lire n'est plus Foccupalion et le privilège d'un petit nombre de personnes; c'est aujourd'hui un besoin pour la classe la plus nombreuse. Regardez autour de vous cette masse de journaux consacrés à résumer les connaissances et les mettre à la portée de ceux qui ^'ont point le temps de suivre des études sérieuses. Destinés aux femmes, aux jeunes gens , aux travailleurs dont les heuressont comptées,ils leur offrent une lecture agréable et dont ils peuvent tirer de l'instruction. Beaucoup de ces.

journaux sont surtout créés à Tusage du peuple , et ont pour but de répandre chez lui les connaissances utiles, de l'instruire en l'amusant. On peint le peuple dans des romans , on traite de l»ou histoire dans 1q3 m^ilburs livrçst

Par malheur, tout en reconnaissantla nécessité et le devoir de faire Téducation du peuple, combien d'écrivains donnent dans le faux ! « Le peuple ! le peuple !

s'écrient-ils en enflant leur voix, élevez le peuple, instruisez le peuple, parlez au peuple. Le peuple est la seule base sur laquelle vous fonderez l'avenir.

Comme il est la source du droit, il est la base de la réforme, en lui est le germe de toute innovation utile. »

Voilà de belles paroles. Mais quand il s'agit de descendre des nuages, quand il s'agit de passer de la théorie à la pratique, de traduire la pensée en fait, pas un de nous qui ne se trouve embarrassé, qui sacheoù se diriger, que faire; et nous restons livrés à l'agitation pénible d'un désir impuissant. Autant vaudrait entendre la moralité se borner à celle phrase : faites le bien ^faites le bien; ou l'économiste se borner à celle-ci :

soyez riches, soyez heureux; ou le méde-

cin^ en face d'un homme qui a la fièvre, se contenterdecettesim[)Ie ordonnance:

faites battre wlre pouls régulièrement.

Quelques écrivains ont cru que pour se rendre populaire il était besoin de prendre les formes populaires. Là-dessus ils ont mis de côté tout charme, je dirai plus, toute justesse et toute qualité de style et de langage. Ils se sont contentés de jeter négligemment sur le papier tout ce qui leur venait à la pensée , tout ce qui coulait de leur plume.

Ils ont appelé forme populaire leur paresseuse insouciance et leur triste absence de talent.

D'autres ont cru qu'il suffisait de délayer à l'usage du peuple ce qui avait été dit déjà pour la classe moins nombreuse, sans penser que l'oiseau qui donne la becquée à ses petits a pris soin d'assimiler auparavant la nourriture qu'il a recueillie pour eux, et que le lait dont se nourrit l'enfant à la mamelle

a été élaboré dans le sein de sa nourrice* Ils ont enlevé un peu d'écorce à l'arbre de la science ; ils l'ont taillée en pelits morceaux , l'ont réduite en poudre et ensuite l'ont servie au peuple. Celui-ci la trouve amère et la rejette, ou, si elle arrive à son estomac, elle y demeure comme un poids, et non comme un aliment.

D autres n'ont vu de bonheur et d'éducation possible pour le peuple que dans la politique faite à leur manière C'est comme si, par la raison que l'exercice du cheval développe les forces, on imaginait de mettre à cheval un enfant nouveau-né. Ils ont transporté le peuple dans une atmosphère où il ne comprenait rien , où il ne pouvait rien comprendre. Ils ont sauté à pieds joints pardessus cette bagatelle que l'on appelle morale , par-dessus cette autre inutilité que l'on nomme religion , et par-dessus cette autre chose sans conséquence que

Ton nomme nécessité, réalité. Ils se sont mis à discourir d'améliorations, de progrès, avec des idées assez fausses sur la situation présente , idées dont par bonheur le temps a fait justice. On s'est contenté de rire de leurs systèmes jusqu'au jour où le sang a coulé pour leur application , et où l'on a dû les maudire.

Ils diront à ce peuple qu'on doit vouloir la liberté, la liberté avant tout , que c est le premier des biens. Mais que vienne le moment de définir cette liberté et surtout de lamettre en pratique, ils lui donneront alors pour liberté un f état de choses où celui qui ne pense pas d'une certaine manière est à l'instant jeté en prison. Pour conserver cette liberté, il faudra supporter des privations et des restrictions de toute espèce; il lui faudra sacrifier repos, affaires, famille^ la vie même. Pour être libres, il faudra se laisser écraser d'impôts,

subir les visites domiciliaires, vivre en état de siège, courir à chaque instant aux rrmes pour tuer ou se faire luer...

Enfin jouir de moins de droits au moment 011 Ton en parle le plus.

Le peuple, qui a du bon sens et qui appelle chaque chose par son nom, ne comprend pas la liberté ainsi. Là-dessus ses précepteurs le traitent de niais, lui reprochent d être à mille lieues de la hauteur où la raison du siècle pourrait et voudrait le placer.

Croyez-moi : renoncez à tout ce qui est fiction ; renoncez aux systèmes pour vous attacher à la réalité. Laissez de côté le prestige des mots, et alors le peuple vous comprendra, et alors il agira, non pas à votre manière, mais selon ses propres , ses véritables intérêts. Alors le mot populaire aura un sens. L'homme accoutumé à réfléchir ne verra point une mauvaise plaisanterie^ une dérision , dans cette qualifîca-

tion appliquée aujourd'hui à tant de choses qui n'ont vraiment rien de populaire, si ce n'est la trivialité.

Je parle ici des livres populaires, des scènes populaires, des catéchismes populaires; toutefois, n'allez pas croire que j'aie commencé à parler du peuple pour entamer un traité politique. Le ciel m'en préserve. Je ne veux que dire quelques mots sur le genre de littérature à son usage.

Pour faire des livres qui conviennent vraiment au peuple, il faudrait commencer par vivre avec lui , ne pas se le figurer une brute stupide et sans frein , encroûté dans ses préjugés , entêté dans ses mauvaises habitudes , sans principes , sans mœurs , imbu de croyances grossières, livré à mille pratiques grossières et superstitieuses, aveugle sur ses propres intérêts , ennemi de son propre bien , n'écoutant que ses sens et son instinct, et

n'offrant aucune prise à la raison.

Vous l'aurez vu ainsi peut-être , si vous êtes allé le chercher dans les cabarets et dans les mauvais lieux. Mais sortez un peu de ralmosphère factice de la capitale et de la banlieue, aussi bien que des grandes villes; quittez pour un temps votre vie de salons ; venez vivre parmi la population des campagnes : là vous trouverez de bons pères de famille , d'heureux ménages, (les enfants qui honorent leurs parents, enfin l'exemple de toutes les vertus domestiques. Que demande ce pauvre peuple souvent méprisé ? rien que du travail. Et au milieu de ces paisibles travaux , il sait garder le souvenir de Dieu. Quand la cloche sonne langelus , il adresse sa prière au Seigneur. Les jours de fête, il vient s'agenouiller dans le cimetière où reposent ses parents.

Il prie , et sa prière est désintéressée. 11 prie, et il se dit qu'un jour d'autres

viendront à cette même place prier pour Im'.

Quand viennent les maladies , qui montre du courage ? quand la mort s'approche , qui Tenvisage avec résignation ? ce peuple que vous regardez avec dédain. Tous les jours ce peuple se prive du nécessaire pour secourir son prochain, et sans attendre qu'on lui demande, et avec chaleur d'àme, tandis que les riches ne consacrent à l'aumône qu'une partie de leur superflu , ne donnent qu'après qu'on leur a longtemps demandé , et accompagnent le bienfait de piroles ou de manières qui le rendent amer et justifient l'ingratitude.

Il faut voir les gens du peuple au chevet de leurs voisins malades. Ce ne sont point de ces visites de convenance comme entre gens du monde. Ils arrivent rarement les mains vides , et toujours avec un cœur compatissant. Us

-^ 53 <(sont toujours prêts à veiller des nuits entières, à s'acquitter de tous les soins les plus fatigants et de ceux qui repu* gnent davantage.

J'étais, le mois d'octobre dernier, en visite chez un respectable curé. Un paysan entre : « Monsieur le curé , dit-il , j'aurais une demande à vous faire, au nom du village. Ne pourriez vous pas demain (qui était le dimanche) avancer un peu l'heure de la grand messe.

— Pourquoi ?

— Parce que nous voudrions tous aller travailler au champ du pauvre Benoit qui est malade. »

Je vous laisse à penser si le curé accorda la demande. J'exprimai au paysan combien j'étais touché de voir des gens épuisés par le travail de toute une semaine renoncer au repos du dimanche pour travailler à un champ ^ui n'était pas le leur ; mais il ne coiq-

prit pas mon étonnemenl. m Comment, disail'il , vous ne voulez pas que noo« nous aidions Fun Tautre? ce serait une belle chose ! Une main lave l'autre , et Dieu récompense amplement. »

Chaque année lacadémie distribue les prix de vertu, fondés par le philanthrope Honthyon. Les procès-verbaux de ces distributions attestent jusqu'où peut aller l'esprit de charité dans la classe pauvre. Je n'en finirais pas , si je voulais citer seulement les plus remarquables. J'en prends quelques-uns au hasard.

Julie Bagot, qui n'avait que sept cents livres de rente, fonde une salle d'asile pour les pauvres orphelines. Elle leur apprend k lire , à écrire , à coudre et à vivre dans la crainte du Seigneur.

Marie ito&^r^ continue, pendant quarmle-deux ans, à servir ses maîtres tombés dans le malheur , et qui ne peuvent lui donner un sou de gages. Elle refusa

(}e jamais les abandonnerjetmémeles aide à vivre de son travail.

Louàe-Scholastique Rebièrej et Barbe Calmne , n'ayant d'autre ressource que leur travail , nourrissent pendant treize ans une pauvre vieille infirme et une orpheline.

Caroline Pierre sert pendant cinquante ans son ancienne maîtresse devenue pauvre.

Marie Marcillac donne des leçons gratuites à des petits garçons et à des petites filles pauvres comme elle.

Julie DriancQurt, une pauvre fruitière, recueille et élève deux orphelins.

Catherine- Félicité Gurgy, pauvre ellemême , avait recueilli une pauvre orpheline. Celle-ci devenue grande, eut le malheur d'être séduite et abandonnée par un misérable. Elle mourut en couches après avoir recommandé son enfant à Catherine. Catherine mit l'enfant en nourrice, et ensuite Téleva

comme le sien , quoique ce fût une lourde charge pour ce ménage où la femme était brodeuse, et le mari un pauvre tailleur. Ils lui firent donner une certaine instruction. N^ayant pas réussi à en faire un musicien , ils ie mirent chez un graveur en payant pour lui un apprentissage assez coûteux. Il acquit du talent, cessa d'être à charge à ceux qu il croyait ses parents, et les secourut à son tour quand le mari de Catherine, par suite de maladie, se trouva dans l'impossibilité de travailler.

Ce fut alors que ceux-ci lui apprirent qu'il n'était pas leur fils, ce qui lui causa autant de chagrin que d'étonnement. Pour épargner à ces deux excellentes gens jusqu'à Tombre de l'humiliation qu éprouve toute âme noble à recevoir des secours d'un étranger, il exigea d'eux qu'ils ladoptassent pour fils par un acte légal. Les autres font des dépenses d'acte pour constater

un droit à un héritage ; il en fit , lui , pour acquérir le droit de secourir d'une manière délicate ses bienfaiteurs tombés dans le besoin.

Antoine- Roc Martin, après avoir servi comme remplaçant, revient au pays en 1815 avec son congé. Il épouse une femme dont la mère était infirme et qui avait trois frères aveugles. Le soldat s'impose la tâche de nourrir tout ce monde et toujours. Avec six mille francs qu'il avait touchés pour prix de son remplacement , il achète une petite maison , mais trois enfants survenus dans le ménage et deux années malheureuses, celles de 1817 et 1818, le forcent bientôt à la revendre. Le temps de sa femme était pris tout entier par les soins à donner à ses parents , et elle ne pouvait rien gagner ; Roc Martin en était réduit à ses deux bras pour toute ressource. Ses journées n'étaient que de vingt sous. Par noblesse de sentiment

et par Ofi^eil de vieux soldat, il n'aurait pas souffert que jamais un des sienâ, un parent de sa femme, tendit la mai A.

Il dépensait ses vingt sous à acheter du pain , et le portait à peu près tout à la maison. Il s'en privait lui-même au point qu'il lui arriva souvent en travaillant de se trouver mal de besoin.

Cela dura dix ans3 jusqu'à ce qu'ùli médecin (sentinelle placée par la Providence entre ceux qui souffrent et ceux qui peuvent les secourir) découvrit ce dévouement sublime , attira sur cet homme généreux la bienveillance de quelques personnes charitables , et le signala à l'Académie qui lui accorda un des prix Monthyon.

Les prêtres sont aussi des sentinelles de la Providence ; voici ce qu'un curé de Paris racontait au comité chargé de décerner les prix Monthyon.

« La femme de Jacques j porteur d'eau , qui est père de trois enfants ,

dont un muet et infirme, et qui gagne au plus trente-cinq à quarante sous par jour, s'adresse à moi l'un de ces jours derniers et me demande un secours pour Une femme Pélrelle, qui est pauvre, infirme, qui a perdu deux doigts et est hors d'état de gagner son pain.

(c Où demeure-t-elle? lui demandai-je.

— Chez nous.

— Depuis quand ?

— Voilà dix mois , nous sommes dans le onzième.

— Que vous paie-t-elle par jour?

— Oh ! monsieur le curé, que voulezvous qu'elle me paie?

— Comment, rien!

— Elle ne nous donne pas seulement un verre d'eau.

— Reçoit-elle quelque chose de la paroisse?

— Oui , monsieur le curé , et moi aussi. J'en reçois le pain pour mes en*

fants. Depuis qu'elle est avec nous, j'aN longe la soupe, et elle en mange sa part.

— Mais vous n'êtes pas dans le cas de faire des sacrifices. E^le vous a au moins promis de vous payer un jour ou l'autre.

— Jamais. Elle ne m'a rien promis, et ne me promet rien que ses prières.

— Et votre mari ne dit rien ?

— Mon mari ne parle pas beaucoup, et puis il est bon comme le pain.

— Il ne va pas au Cabaret?

— Oh ! non, vraiment, jamais. Il travaille et se tue pour ses enfants.

— Depuis dix mois ! et même plus!..

— Nous l'avons trouvée dans la rue.

Elle nous a demandé à la recevoir pour une couple de jours. Auriez- vous voulu que mon Jacques et moi nous eussions le cœur de lui fermer la porte au nez !

et puis elle dit que nous devons faire à autrui ce que nous voudrions qui nous fût fait.

-9^ Ot ^

-— Mais, ma bonne femme, combien avez-vous de chambres ?

— Deux.

— Combien payez-vous de loyer?

— Cent vingt francs. On m'a augmenté mon loyer de vingt francs; cela fait huit sous par jour.

— Ce serait pour vous mêmes que vous de vrie^s demander la charité.

— Comme je vous disais, monsieur le curé, je reçois de la paroisse le pain de mes enfants. Gfàce à Dieu, je ne demande rien pour moi ; tant que mon homme et moi nous pourrons travailler, je rougirais d'importuner qui que ce soit pour nous.

— Eh bien, ma bonne femme, prenez ces deux écus pour...

— Pauvre Petrelle ! comme elle va être contente! »

Et ses yeux se remplirent de larmes de joie. C'était à elle-même que je destinais les deux écus , mais je la laissai

dans une erreur qui lui faisait tant d'honneur. »

Ne suffit-il pas de ces traits pris au hasard en Ire mille, pour montrer combien de vertus se rencontrent dans le peuple? Et n'allez pas croire qu'il soit plus grossier dans son langage que dans ses actes. Examinez avec soin son langage, que de finesse et de bon sens réunis! Que de sagesse dans ses expressions proverbiales ! et combien il y a à apprendre pour qui veut étudier l'homme ailleurs que dans les livres ou les pièces de théâtre !

Et cet amour de la patrie que sur mille personnes une seule porte dans son cœur, et pas seulement sur les lèvres, est-ce dans les villes que vous vous flatterez de le rencontrer, dans les villes où vous vivez inconnus les uns aux autres, où vous n'êles pas même connu du voisin qui loge sur votre palier^ où Ton est malade, où Ton meurt

-^ 63 «^ sans qu'à deux pas de là personne le soupçonne, où vous vivez dans une mi« sère effroyable sans qu'aucun être s'en soucie, tandis qu'autour de vous, tout est en fête et que le spectacle de la joie irrite vos souffrances? où, revenant d'un voyage qui aura duré six mois, vous entendrez un de vos a mis vous demander combien il y a de jours que vous n'avez vu madame une telle?

Et les vices môme que Ton reproche au peuple, combien il serait aisé de les changer en bonnes qualités, pour peu qu'on sût s'y prendre et qu'on en eût le désir ! Mais vous le trompez, et vous venez ensuite lui reprocher sa méfiance ; vous lui refusez le nécessaire, et vous vous plaignez ensuite qu'il manque de probité; vous ne prenez point soin de son éducation, et vous gémissez sur son ignorance. Vous criez à l'ivrognerie, lorsque vous voyez des gens du peuple dépenser au cabaret, le diman-

-^ 6i <che, tout leur gain de la semaine. Mais, de compte fait^ pensez- vous quun ri* che qui se livre au plaisir de la table, tout le long de la semaine, pèche moins que ces malheureux contre la vertu de la tempérance? Le cabaret, hélas! voilà la véritable plaie des classes pauvres ; c'est là le seul vice qui leur soit particulier : encore l'en guérirait-on, j'en suis certain, pour peu que cette cure fût entreprise par ceux qui devraient l'entreprendre et de la manière dont ils devraient lentreprendre. Mais qui s'occupe de parler au peuple de son éducation morale? Dans quel cœur existe la conviction qu'un prolétaire honnête homme vaut mille fois mieux qu'un bourgeois oisif? Où est celui qui^ voyant combien le manque d'éducation expose les hommes faibles et ignorants aux séductions du vice, aux appétits grossiers, aux jouissances brutales, aux horribles conseils de la faim et du bç-

soin, s'impose la tâche de corriger en eux rimprévoyance et de les empêcher de tomber dans le découragement, la tâche de leur apprendre à chercher en eux-mêmes plutôt qu'à attendre de la charité d'autrui, une ressource pour le besoin présent et pour leur vieillesse?

La voix de la reiigionestia seulequi se fasse encore entendre. Heureux le village où le curé est un vrai pasteur qui connaît ses ouailles une à une, qui donne sa vie pour elles, qui les conduit dans de gras pâturages et à des sources pures !

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