XIJ AVANT-PROPOS
voulu porter atteinte à l’autorité qu’il est nécessaire d’exercer sur les enians, que j’ai exagéré les dangers d’une corruption précoce qu’il est impossible de prévenir, et outragé la morale religieuse en blâmant quelques actes de dévotion. L’humanité étant la seule cause que j’aie voulu défendre , toute intention étrangère, à ce motif qu’on pourrait me supposer n’entra jamais dans ma pensée.
Il n était point nécessaire non plus, dirat-on, d’entrer dans des explications auxquelles le bon sens pouvait suppléer : à cette objection je répondrai que je n’ai point prétendu écrire pour ceux qui s’instruisent en pensant, mais uniquement pour ceux qui n’apprennent qu’en lisant. Pour les personnes qui d'un coup d’œil mesurent toute l’étendue du tableau et en saisissent les principaux traits, les détails sont fastidieux 5 mais il n’en est pas ainsi pour les esprits peu exercés. A l’égard des premiers , il faut être savant et avoir Fart de peindré, ce à quoi je n'ai aucune prétention 5 pour ceux-ci, il faut avoir la patience de dire et Fart de s’exprimer intelligiblement : c’est ce que j'ai cherché à faire.
Déjà je prévois qu'on me reprochera d’avoir dépassé les bornes qu’établit le titre de cet ouvrage, en anticipant sur le domaine de l’éducation morale. Je répondrai qu’en tout il est difficile de se maintenir dans le cercle d’une question posée ; et comme chez
AVANT-PROPOS. mj
I enfant il n y a point de ligne bien tranchée entre le physique et le moral , il était impossible de parler de h un sans rien dire de l’autre. D'ailleurs, que l’on suive Fenchaînement de tous les phénomènes de la vie de cette époque, en tenant compte de toutes les circonstances qui les ont modifiés, et l’on verra jusqu'à quel point leur influence réciproque est grande et leur dépendance mutuelle.
Le talent de bien dire a sur tous les autres un immense avantage : une idée nouvelle ne captive point notre esprit, si elle se présente dépourvue de ces formes gracieuses que lui prête le bon goût, et si les couleurs qui la peignent ne sont point habilement fondues. Gondiilac a dit quelque part, et c’est une chose incontestable, que l'art de penser consiste dans l'artifice du langage. Mais le genre descriptif peut-il obtenir de grands secours de cette puissance magique que les rhéteurs appellent éloquence ?
Autant qu’il a été en mon pouvoir, je me suis défendu de cette manie de paraître savant qui s’empare de tous ceux qui prennent la plume; j’ai cru devoir faire grâce au lecteur de ce vain étalage d’érudition, qui n'est bon tout au plus que dans un ouvrage scientifique. Je n’ai point non plus cherché à réfuter l’ensemble des méthodes et des systèmes de mes devanciers, ni à commenter leurs opinions, par la raison que toute vé-