DU CORPS HUMAIN
Considérés dans leurs rapports avec Vhygiéne
des enfanSo
Aussi-bien que le reste des animaux, l’homme est exposé aux attaques et aux insultes dffine foule d’êtres qui se nourrissent de sa propre substance. L’enfant encore plus que l’adulte est exposé à leurs agressions, non point parce qu'il peut moins s’en défendre , mais bien d’après une disposition particulière qu’il est difficile d’expliquer : car rien de plus mystérieux que l’étiologie des animalcules qui vivent aux dépens de notre espèce, et que la raison de leur préférence pour les êtres les plus faibles. Presque tous les enfans sont susceptibles d’avoir des poux , pour peu qu’on néglige à leur égard les soins de propreté , ils ne sont pas plus épargnés des autres insectes qui nous tourmentent , tels que les puces et les punaises.
Mais de tous les ennemis naturels de l’homme il n’en est point de plus implacable que le pou. Cet insecte dégoûtant est de tous les âges et de toutes
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les saisons*, tout le monde sait avec quelle promptitude il se multiplie, surtout chez les en fans*, il est si fécond que , d’après les observations etles calculs de Lenwenhoeck, deux poux peuvent avoir une postérité de dix-huit mille individus dans l’espace de deux mois. Les enfans ne paraissent être sujets qu’au pou de tète , pediculus humanus ; aussi je 11e m’attacherai qu’à parler de cette espèce (1) et de ses influences sur leur état de santé habituel.
L’idée de l’utilité de cet insecte n’est qu’un préjugé absurde. Si quelquefois dans les maladies il en vient abondamment, ce n’est point une raison pour les considérer comme l’effet d’une crise salutaire, ni comme un moyen dépura toire, ainsi que le prétend Alphonse Le Roy. Estimer que leur existence est un remède ou un préservatif contre certaines maladies, le coryza , la toux et la coqueluche , par exemple , 11 est qu’une croyance gratuite.
Au lieu d’une influence salutaire tout-à-fait problématique, il n’est point rare au contraire de
( 1) Ce qu’il y a de bien particulier, c’est que les animaux qui sont sujets aux poux n’en offrent jamais qu’une espece, tandis que l’homme en a quatre bien différentes : le pou de tête, pecliculus humanus ; le morpion , pediculus pubis ; le pou des vêtemens, pediculus vestium , qui se tient dans les vêtemensj et celui des phthyriases, pediculus cutaneus , et dont l’existence constitue la maladie la plus hideuse de l’espèce humaine.
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voir plusieurs aceidens être le résultat de la présence des poux. Les nombreuse piqûres de ces insectes font souvent naître des ulcérations qui couvrent le cuir chevelu. La démangeaison insupportable qu’ils occasionnent porte sans cesse les enfans à se gratter jusqu’à excorier le cuir chevelu, ce qui peut, comme je l’ai dit , déterminer des ulcères achore, et de véritables éruptions teigneuses. Conséquemment je ne vois point Futilité de leur présence sous aucun rapport.
Quelle que soit la circonstance à laquelle on attribue les poux, toujours est-il que la cause la plus réelle de leur apparition est la malpropreté. Les mères, les nourrices et les gardes qui ne veulent point s’assujettir à tous les devoirs qu’impose l’enfance, et qui ne se donnent point la peine de ces soins journaliers si précieux au premier âge, se voient souvent dans l’impossibilité de détruire par des moyens simples la grande quantité de poux qui apparaissent. Il arrive aussi que malgré les plus grands soins on ne peut point empêcher les enfans d’en avoir , ni les détruire entièrement ou empêcher leur multiplication : or , quoiqu'une disposition naturelle rende souvent la propreté insuffisante , c’est toujours cependant le seul moyen qu’on doive mettre en usage.
Au nombre des moyens qu’on emploie pour détruire cette espèce de vermine, l’onguent gris, dit mercuriel , est le plus connu. Mais cet te préparation, de même que toutes celles dont le mercure fait la /
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base, ne sont point sans danger, surtout quand on en use sans précaution comme le font la plupart des personnes ignorantes , qui après avoir tondu l’enfant lui enduisent toute la tète d’onguent mercuriel. Bien souvent ces frictions sont suivies d’accidens graves , tels qu’un gonflement du cuir chevelu , suivie du ne alopécie complète ou partielle , des engorgemens des glandes sous-maxillaires et sublinguales accompagnés d’une salivation abondante. Je suis porté à croire que cette opération répétée fréquemment a une action très-pernicieuse sur le système dentaire, c’est-à-dire quelle provoque de bonne heure la carie et la chute des dents.
Quoique infaillibles pour la destruction des poux, les préparations mercurielles peuvent être facilement remplacées par des moyens aussi sûrs et nullement dangereux. Tous les corps gras tuent les insectes *, dès-lors on peut employer l’huile d’olives., l’axonge , et même une pommade odorante liquéfiée. La poudre de graine de staphisaigre et de poivre, les décoctions de tabac etdecéradille, peuvent servir au même objet. Mais de tous les moyens innocens le plus sûr est une pommade composée de deux parties de cérat et une de soufre sublimé.
Au premier abord , il semblerait que la puce, pulex irritans , et la punaise, cimex lectuarius , ne sont d’aucune importance à l’égard de la santé des enfans. Il est facile de concevoir cependant que ces deux insectes , incommodes et dégoûtans, ne lais-
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sent point de nuire beaucoup à leur repos, et conséquemment à leur santé. Pendant les saisons chaudes, les enfans élevés dans l’asile de la malpropreté ont tout le corps couvert de petites ecchymoses , qui résultent de la piqûre des puces et des punaises.
Si les enfans paraissent moins incommodés que nous ne le sommes de la présence de ces insectes, c’est à cause de la profondeur de leur sommeil ; mais encore l’enfant au berceau est sans cesse réveillé par les attaques de ces ennemis implacables; alors il arrive que, pour apaiser les cris du petit malheureux, on le berce à outrance, et qu’on ajoute à ses souffrances des secousses qui ne peuvent que lui être incommodes. Presque toujours, quand un enfant est tenu proprement et qu il n’est point dévoré par la vermine, il dort bien. Qu’on ne taxe point de prévention ce que j’avance ici; mais le fait est que j’ai vu tout récemment un enfant de six mois qui a été victime de l’incurie de sa nourrice. Les poux, les puces et les punaises , par milliers sur le corps de cette innocente créature, ne lui laissaient de repos ni nuit ni jour. Ptéduit à une maigreur extrême , quoiqu’il eût une nourriture suffisante , il n’en a pas moins succombé aux angoisses continuelles et aux conséquences d’une ininsomnie prolongée , toujours dangereuse au bas âge.
Bien qu on ne puisse point toujours préserver les enfans de la vermine, il est facile cependant de
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îes soustraire à leur multiplicité par des soins journaliers. En garnissant les paillasses des berceaux de foin récent, ou en y plaçant des sachets de plantes aromatiques, telles que des feuilles de petite sauge, de romarin et de serpolet, on parviendra, sinon à détruire, du moins à éloigner ces insectes En lavant le berceau avec une lessive de soude ou de potasse, ou mieux encore avec une forte solution de muriate de mercure sur-oxigéné, on détruira nonseulement les insectes et leurs œufs, mais on préviendra pour long-temps leur retour.
11 me resterait encore à parler d’une foule d’êtres parasites qui, sans être attachés à notre espèce, peuvent s’y fixer accidentellement et s’y nourrir. Mais les uns appartiennent à certaines maladies ; d’autres sont particuliers à des climats : conséquemment leur histoire , sans qu’elle soit tout-à-fait étrangère à mon sujet, ne s’y rattache point spécialement.