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Edvard Grieg et la musique scandinave

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ERNEST CLOSSON Lt

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PARIS BRUXELLES LIBRAIRIE FISCHBACHER SCHOTT FRÈRES (Suciété anonyme) Elüiteurs 83, Rue do Seine, 88 82, Montagne de la Cour

OTrro JUNNE, LetrziG

la musique chez les diverses races européennes, il | wi est un pays presque toujours négligé : la Scandinavie. C’est à peine si l’on trouve, sur la « musique dans le Nord », quelques indications brèves et incomplètes qui, presque toutes, ont trait à la Russie, dont le génie musical diffère essentiellement de celui de la Scandinavie.

Cette lacune dans les ouvrages spéciaux est regrettable et vraiment inexplicable (1). Il n’est peut-être pas de contrée plus riche en légendes, en mélodies populaires, en rondes et danses, voire en instruments bizarres, que ces pays septentrionaux, auxquels leur éloignement, leur rude ‘ climat, leur soleil rare ont réservé le privilège de conserver intacts les monuments de leur poésie populaire, que la plupart des autres peuples ont depuis longtemps laissé tomber en oubli. Si, en effet, ces derniers s’eflorcent, au prix de leur personnalité et de leur originalité, de se rapprocher du type quelconque de l’homme moderne, en Nor-

(x) M. Oscar Comettant a été cependant envoyé, il y a quelques années, en mission artistique dans les pays scandinaves, au nom du gouvernement français: M. Comettant en a rapporté, paraît-il, des documents très intéressants, mais ces documents n'ont pas été publiés.

wêge, en Suède, en Islande, aux îles Feroë, — antique pays des Scaldes, des Sagas, des. Eddas, — on trouve

encore florissantes les danses de caractère, les mélodies,

les légendes, et même certains instruments comme la Langleike, la Nyckelharpe, la Krogharpbe, etc., dont l'origine remonte parfois aux temps héroïques. C’est par milliers que se chiffrent les mélodies et les danses populaires de la Scandinavie. |

Chose étrange! Pour que le public daigne s'intéresser aux traditions poétiques ou musicales d’une race étrangère, il faut que surgisse dans cette race un homme de génie qui, en gardant sa personnalité artistique, soit cependant assez .profondément #ational pour mettre en lumière, synthétiser, pour ainsi dire, ces traditions, en imprégner son art et devenir ainsi la personnification tangible du génie de sa race.

La Russie a eu Dargogymski et Glinka; la Scandinavie a Edvard Grieg.

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PPS PT PR NN PR TNT PTT PL PS OP SP SNT + RSI SLR PRIE IN NOR TL O0 S rom

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SR DVARD GRIEG est, avant tout, ce musicien national ; # son Œuvre est imprégné tout entier de cette Ssaveur forte et vivifiante de la mélodie populaire; mais, avant de nous occuper de lui, nous voudrions dire quelques mots de ces danses et de ces chants aussi innombrables que variés, trésor inestimable dans lequel le mustcien a puisé largement, à pleines mains, le meilleur de ses inspirations.

Les mélodies populaires scandinaves varient à l'infini, de rythme et de couleur, se rapportant aux sujets les: plus divers, tantôt à des épisodes de la légende chrétienne, puis à des fictions païennes, à des poèmes épiques, ou bien encore à des sujets familiers, à des contes plaisants, etc.

L'origine des unes est relativement récente, celle de beaucoup d’autres remonte aux âges les plus reculés. Cette dernière catégorie comprend particulièrement les poèmes légendaires où revit tout le monde fantastique des Elfes et des Kobolds, des génies de la terre, de l’air et de l’eau que le christianisme triomphant a chassés, mais qui, hantant encore les naïves intelligences du peuple, deviennent chez lui comme un autre paganisme mystérieux et subrep-

tice. Ces tenaces superstitions remontent évidemment à l'époque des premiers chrétiens, dont des réminiscences païennes devaient plus d’une fois venir troubler la foi encore chancelante; et, sur cette terre si favorable aux traditions, il n’est guère étonnant que la légende, dernier

refuge des dieux proscrits, se soit maintenue aussi obsti-

nément:

….Les premiers: chrétiens scandinaves, dit Edouard Schuré (1), étaient forcés de croire au christianisme, parce qu’ils le voyaient, victorieux et triomphant, renverser leurs chênes sacrés et mettre des églises à la place; mais ils croyaient encore au paganisme, parce qu'ils le portaient en eux-mêmes. Quand ils sortaient des voûtes de la basilique, ils rentraient dans leurs forêts pour y écouter les voix tristes et menaçantes de leurs dieux abandonnés. Au milieu de ces déchirements intérieurs, ils essayaient de concilier l’ancienne et la nouvelle religion. Car comment haïr les dieux de leurs pères! Mais aussi, les dieux du Walhalla, les’ anciens maîtres du monde, fombherent, de génération en genération, au rang de divinités secondaires; persécutés, rapetissés de siècle en siècle, ils finirent par n'être plus que des esprits errants, malheureux, relégués dans un coin obscur.

«… À côté de ces dieux déchus, il y a le peuple des divinités inférieures, habitants des forêts, des lacs et de la mer, légion innombrable, tantôt malfaisante, tantôt amie. Ce sont les Nains et les Trolls, gardiens de l'or dans la terre, les Elfes qui dansent au clair de lune, les belles Nixes qui chantent dans les lacs. Toutes ces divinités gracieuses ou laides, bonnes ou méchantes, sont attachées aux hommes par un lien mystérieux et indestructible. Elles les charment, les séduisent, les perdent. C’est qu’elles les aiment et ne peuvent leur pardonner de les avoir trahies... »

Nous verrons plus loin, à propos des danses nationales, que l'imagination populaire a été jusqu’à attribuer aux

(1) Epouarn SCHURÉ Histoire du Lied, page 98 et suivantes,

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divinités subalternes l'invention de ces rythmes bizarres et fougueux.

La mélodie proprement dite varie de contrée en contrée et même de province en province. En Suède et au Danemark, les mélodies sont moins étranges, moins rudes à notre oreille que celles de la Norwège et des îles boréales, où elles ont gardé, vierge de toute influence étrangère, leur caractère abrupt et primitif. Les mélodies suédoises et danoises ont quelque chose de plus assagi, de plus carré dans la forme, de plus mélodique dans le fond, et se rapprochent souvent du Lied allemand. Ce fait s'explique lorsqué l’on considère que, dans les cours suédoises et surtout danoises, c’étaient le plus souvent des musiciens étrangers, — sllemands, français ou italiens, — qui étaient appelés à remplir les fonctions de maîtres de la chapelle royale; c’étaient également des étrangers qui obtenaient la concession des théâtres royaux et y faisaient naturellement exécuter les œuvres de leurs nationaux. Toutes ces influences devaient altérer peu à peu l'originalité et la couleur locale du Lied populaire.

C'est dans les provinces du sud de la Norwège (Telemarke, Valdren, Hallingdahl, Dronthjem, etc.), en Dalécarlie, ainsi que dans le groupe des iles Feroë, que se rencontrent les mélodies les plus'originales. On pourra se faire une idée de tous ces chants en parcourant le bel ouvrage d’Arwidson sur la musique populaire scandinave (1).

(1) Svenska Fornsanger, af Adolf Iwar Arwidson, 3 vol. (Norstedt et * Sœner, Stockholm, 1834). Ce bel ouvrage, — qui n'a malheureusement pas été traduit, — fait avec une conscience et une patience admirables, contient, outre des dissertations, des explications détaillées sur la musique scandinave, un nombre prodigieux de mélodies populaires. Dans le tome III de l'ouvrage, ces mélodies sont transcrites sans aucune harmonisation, ni accompagnement. C'est de pareille façon que l'on devrait procéder dans tout livre ou recueil traitant de la musique populaire en général, de n'importe quel pays. Ces accompagnements arbitraires ne parviennent qu'à dérouter le lecteur en faussant, la plupart du temps, le carac-

: Eddas renferment également un grand nombre de dialogues: c'est d'après

ss. in = +010

La

La plupart des mélodies contenues dans ces trois recueils présentent un caractère extraordinairement sauvage, dur, bien qu'offrant toutes les formes imaginables. Les unes, purement déclamatoires, échappent à toute notation rythmique fidèle; d’autres n'offrent, au contraire, qu’une succession de rythmes heurtés, sans mélodie appréciable ; telle autre encore, semée d'onomatopées criardes et retentissantes, évoque la pensée d’une légère, gracieuse et piquante humoresque.

Dans les îles Feroë, on entend encore des chansons dansées comportant tout un cérémonial bien déterminé, et que l’on exécute dans certaines circonstances; dans le.Telemarke et le Sælthersthal, aux veillées, :se chantent des Sfeve, c'est-à-dire des mélodies auxquelles des strophes improvisées viennent s'ajouter ou s’intercaler. Une autre forme encore du Lied scandinave est le XKæmpavisor, sorte de dialogue rapsodique avec répétition arbitraire du thème : une même question amène une succession de réponses diverses, qui s'ajoutent continuellement Îles unes aux autres, et, chaque fois qu’une nouvelle réponse vient se joindre aux précédentes, toute la série se répète (1). On rencontre très fréquemment des chansons avec refrain; le refrain étant une forme essentiellement française, le fait mérite d’être noté.

Ces chants populaires se développent le plus souvent dans le mode mingyur, avec un caractère profondément mélancolique; d’autres fois, au contraire, ils ont une allure naïvement joyeuse, légère, presque enfantine : ils sont

tère de la mélodie, Nous n'admettons, quant à nous, que deux formes de la musique populaire, la transcription pure et simple, sans harmonisation, et la paraphrase ou transcription artistique. faite dans l'esprit de l'art populaire, comme l'ont fait Liszt, Grieg, etc.

(1) Cette forme dialoguée, bien que répandue dans la littérature populaire d'autres peuples encore, est cependant très particulière à la Scandinavie, dont une foule de ballades et légendes aflectent cette forme; les

l'un de ceux-ci que Wagner a édifié la scène entre Mime et le Voyageur, au premier acte de Siegfried.

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alors exclusivement rapsodiques, développant à satiété un même thème qui reparaît d’un bout à l’autre, toujours transformé, varié d’une façon capricieuse et toute fantaisiste. Des chansons entières se chantent sur quelques onomatopées ou interjections, sans une seule phrase suivie; ces dernières rentrent dans le domaine de la fantaisie, de l’humoresque. Mais il ne faudrait pas partir de là pour conclure à une absence de sentiment ou d'expression.

La plupart de ces mélodies renferment, au contraire, un sentiment profond, sincère, et quelques-unes, dans le genre. lyrique notamment, atteignent une expression

extraordinaire et vraiment touchante; et, à propos des

légendes et des contes qui servent de texte à ces créations

de la muse populaire, il est à remarquer que souvent un ,

même texte a plusieurs versions musicales, souvent très diflérentes, et qui changent d’une province à l’autre.

Quoique la plupart, — probablement les plus récentes, — appartiennent aux deux modes modernes : gamme d'’#é majeur, gamme de /a mineur, il en est un grand nombre qui rentrent dans la catégorie des modes diatoniques de l’Antiquité.

Dans l'introduction de son curieux recueil : Mélodies

populaires de la Bassc-Bretagne (1), M. Bourgault-Ducou- :

dray, faisant remarquer tous les points de connexion qui existent entre la mélodie populaire bretonne et les anciens modes hellènes, émet cette observation qu'il n’y a que deux de ces modes dont il n’ait pas trouvé d'exemples en Bretagne, le /ydien et le mixolydien. Or, M: Gevaert, citant des exemples des modes antiques (2), donne précisément une mélodie suédoise comme application moderne de ce mode mixolydien, que M. Bourgault-Ducoudray signale comme devenu introuvable en Bretagne, le pays dont les traditions musicales sont cependant le plus rapprochées de celles des Hellènes.

(x) Paris, Lemoine. (Z#/roduction, page 12.) (2) GEVAERT, Histoire &t Théorie de la musique dans l'Antiquité, volume I, pages 138 et 150.

M. Gevaert cite également un exemple suédois kypolydien. Nous avons, quant à nous, relevé une foule de chants scandinaves dans le mode kypodorien (gamme de /a mineur sans altérations; notre gamme de /a mineur descendante).

Dans un des recueils d’Arwidson, se trouvait égalément une mélodie dans le mode phrygien. Des trois autres modes antiques (/ydien, hypophrygien, dorien), nous n'avons remarqué aucune application. Mais rien ne prouve que des recherches ‘plus minutieuses ne méèneraient pas à l’'énonciation de ce principe : que tous les inodes diatoniques des anciens se trouvent représentés en Scandinavie. L'une des caractéristiques de la musique populaire scandinave est l'imprévu, le caprice bizarre et fantaisiste qui frappe dans beaucoup de chants. Telle mélodie, par exemple, absolument carrée d’allures, est tout à coup arrêtée par un point d'orgue. qui en brise le rythme sans que rien paraisse motiver cette brusqueinterruption du'discours musical. D’autres se caractérisent par un rythme des plus compliqués, passant alternativement du 4l4au 3/4, puis au 2/4 en l'espace de quelques mesures, — cinq ou six à peine. Non moins remarquables sont les fréquentes subtilités mélodiques de ces chants, qui font supposer aux gens du peuple une oreille singulièrement habile à saisir les modulations inattendues où le motif se complique de continuellès altérations, de subits accidents diatoniques et pour franchir sans encombre ces intervalles épineux et hardis qui déconcerteraient plus d’un chanteur de profession. Souvent, cès mélodies n’ont aucune tonalité appréciable, se fixant seulement à la fm; ou bien, suspendues tout à coup, elles s'arrêtent sur la dominante, sans autre résolution. Souvent encore une mème note revient obstinément, d'ordinaire la quinte. Un détail très particulier, c’est la propension de la musique populaire vers les modulations descendantes, notamment la chute brusque et inattendue de la sensible 4 la dominante, c'est-à-dire deux tons plus bas.

La tendance des chants populaires scandinaves vers le mode mineur est caractéristique, et telle est la force irré-

sistible de cette propension que, — fait fort rare chez les autres peuples et très remarquable, parce qu'il est diamétralement opposé à notre conception conventionnelle de la nature de la musique, — certaines mélodies, gaiement commencées dans le mode majeur, s’assombrissent, s’alanguissent peu à peu et terminent dans le mode mineur (1). Rarement, la tonique finale tombe sur un temps fort dé la mesure, elle se place plutôt sur un temps faible, le deuxième ou le quatrième.

Sauf dans les mélodies se rapprochant du Lied dansé, les notes pointées sont peu nombreuses. Toutes ces mélodies sont d’ailleurs fort courtes,la plupart ne dépassant pas dix mesures; cette brièveté leur donne un cachet de légè-. reté et de grâce qu’accentue encore la langue sautillante de la Scandinavie, toute faite de diphtongues sonores,de caillouteuses consonnes qui s’entrechoquent étrangement. Parmi les mélodies populaires les plus originales, il faut citer celles correspondant aux Ranz des vaches helvétiques, que, dans les parties montagneuses, les pâtres jouent sur la flûte ou sur la corne(Lur), soit en manière de récréation pendant leurs longues inactivités, soit pour rassembler leurs bêtes. Les chansons de ces pâtres montagnards ne sont pas moins intéressantes, tantôt humoristiques, tantôt naïvement sentimentales. La croyance attribue aux nymphes (Huldre) et autres êtres surnaturels l'invention de plusieurs de ces mélodies.

La Scandinavie a eu ses troubadours, comme elle a ses ménétriers populaires. Le plus illustre de ces troubadours du Nord est C.-M. Bellman, né en 1740, mort en 1795, auteur d'une foule de poèmes et de couplets qu'il

(1) Le même cachet mélancolique, qui s'explique ici par l'emploi fréquent du mode mineur, se retrouve dans la mélodie populaire russe, mais exprimé là par le mode majeur. Nous avons constaté plus haut que les mélodies populaires russes et scandinaves différaient essentiellement; cependant, elles se rapprochent par la particularité que nous venons de dire : on doit donc en conclure forcément que c'est dans l'ingrate situation clima. térique commune aux deux races, dans la désolation d'un soleil pâle et des interminables nuits, qu'il faut chercher la cause de ce caractère identique.

ne — Te mm mu Re RP

° — 14 ——…— chantait lui-même sur des méladies populaires ou des chansons françaises introduites dans le paÿs, et en s’accompagnant sur la mandoline. Ces poèmes sont divisés en

quelques grandes catégories : Fredmans epistlar, Fred- .

mans sanger, Fredmans testamente, etc.; ils ont trait aux sujets les plus divers, légendes bibliques, fictions païennes, histoires de tout genre; on y trouve, pêle-mêle, côte.à côte, Judith, Minerve, Abraham, Vénus, Putiphar, Bacchus, Mozart, l'Espagne et le Portugal, Babylone et la Suëède, Apollon et le Juif Errant. Il a écrit de la sorte plus de deux cent cinquante petits poèmes. Bellman occupe, sans contredit, une place très importante dans l’histoire musicale de la Suède (1).

Ce n'est pas seulement dans le domaine de la mélodie que la musique populaire scandinave serait pour le musicologue l’objet d’inépuisables commentaires.

Les danses nationales ne le cèdent aux mélodies ni en

nombre ni en originalité. Leur rythme, leur développe-.

ment mélodique varient également avec les diverses contrées de la Scandinavie. Cependant, quelques classifications générales sont 1c1 possibles.

La plupart de ces danses sont essentiellement caractéristiques, c’est-à-dire comportent tout un rite de figures traditionnelles, variant avec les cérémonies qui leur servent de prétexte : mariage, fête publique, etc. Le danseur saute, tourbillonne, enlève sa danseuse entre ses bras, frappe du talon, se livre à une gymnastique effrénée des bras, des jambes. Certaines danses, comme le Halling, commencent lentement, posément; les danseurs s’avancent à petits pas, sautillants ; peu à peu, la danse s’anime, pour arriver finalement à ure fougue et à une exaltation incroyables, l’homme se trémoussant follement, touchant du pied le plafond de Îa salle pour retomber ensuite en

(1) Toutes ces œuvres de Bellman, avec la musique, ont été recueillies par Abhlstræm et, plus récemment, publiées par J.-A. Josephson, en un beau volume (Stockholm, Adolt Bonnier, 1881), des plus intéressants,

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équilibre sur une jambe. Quelquefois les femmes dansent

seules; dans telle autre danse, les hommes dansent le couteau à la main; les danses sont accompagnées par un ménétrier (1).

Dans la masse des diverses danses populaires, on en remarque principalement deux : le Halling (de la contrée de ce nom, au sud-est de la Norwège) et le Springdans (danse sauteuse). Le Springdans est à trois temps, et se joye allegretto. Ce qui le caractérise tout particulièrement, c’est sa singulière combinaison de rythmes ternaires et binaires: le plus souvent, un temps binaire est suivi de la reproduction ternaire des mêmes notes, — par exemple, un triolet après deux croches, — et cela dans une seule mesure (2). Dans certaines danses, le thème unique va se dédoublant ainsi sans cesse, de la noire aux croches, puis aux triolets, puis aux doubles-croches, etc.,

‘avec un rythme de plus en plus intense et compliqué,

selon la fantaisie improvisatrice du musicien. Cette animation progressive, obtenue sans aucune précipitation du mouvement, a quelque choss. de piquant, de fantastique, et le peuple n’a pas manqué dY voir l'intervention d'êtres surnaturels.

Le Halling est une danse à deux temps, d’une allure

(11 Naturellement, toutes ces rondes sont parfaitement inconnues du public; cependant, on danse couramment, dans les salons de Londres, la Swedish, d'origine suédoise, comme l'indiquent son nom ainsi que les thèmes, qui la composent, Plus récemment, elle a été introduite en France, où elle s'exécute avec d'assez banales figures de quadrifle réglées par Desrat et sur un arrangement musical beaucoup plus banal encore de Signoret.

(2) Telles mélodies, même de contrées éloignées, présentent la même particularité. Dans la relation de son voyage au Groenland, à la recherche de John Franklin, le capitaine américain Kane a noté quelques mesures d'un chant esquimau. (KANE, der Nordpolarfahrer, Leipzig, Spamer. Page 208.) C'est un chant mineur, triste et monotone, composé de deux bouts de phrase, l'un ascendant, l'autre descendant, qui se répètent chacun deux fois; le pre. mier est en division binaire (double croche), le second en division ternaire (triolet). Kane ajoute que les Esquimaux avaient émprovisé en son honneur un chant de louange, qui se terminait invariablement par le même refrain; — ceci rappelle assez les Stève du Télémarke.

beaucoup plus carrée et plus rythmique que le $pringdans; commencée moderato, elle s'anime progressivement. La mélodie en est exclusivement rapsodique.

Quelques danses sont d’origine étrangère, comme, par exemple, la Polska, qui vient de la Pologne. La Polska suédoise ne correspond pas exactement à notre polka; la fameuse Danse dalécarlienne recueillie par Wekerlin parmi ses Airs Suédois et norwëgiens et chantée par la Nillson sous le titre : /e Bal, en est une preuve; en effet, bien que dans les recueils d’airs populaires, cette danse dalécarhenne soit désignée sous le nom de Polska, elle a un rythme de mazurka bien caractérisé.

‘En Dalécarlie (Suède), presque toutes les danses populaires sont appelées Polska. La Polska dalécarlienne, bien qu'affectant la mesure à trois temps et le mouvement de la Springdans, se distingue de celle-ci par ses figures rythmiques saccadées, nerveuses, d’une singulière énergie, et qui marquent chaque temps avec une netteté dont aucuné autre danse ne peut donner une idée. La Dalécarlie est l’une des contrées scandinaves où se conservent le plus religieusement les traditions nationales, les us et coutumes des ancêtres, les costumes d’un caractère si original, voire ces énormes barques, armées d’une vingtaine de paires de rames, et dont le modéle est resté le même depuis les Wikings.

Une personne originaire de la. suëde, revenant d’un voyage en Dalécarlie, nous racontait qu’'arrivée, un jour, dans un village, on lui désigna un menuisier qui, paraît-il, jouait excellement du violon; elle fit venir cet homme, qui, pendant érois heures, ne cessa de lui jouer les danses populaires de son répertoire, faisant aux Polskas succéder les Polskas, avec une vraie virtuosité et une verve intarissable; la personne dont nous parlons voulut bien nous répéter quelques-unes de ces danses, de la plus piquante originalité (1).

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(1) A consulter, au sujet de tous ces airs populaires, le beau recueil qu'en a publié Lindemann, sous ce titre : Aldre og nyere norske field melodies, samlede

Les instruments de musique scandinaves sont peu nombreux; outre cela, quelques-uns sont tombés en désuétude. De ce nombre est la harpe légendaire du scalde, le barde des temps héroïques de la Scandinavie, l'instrument sur lequel il s’accompagnait dans ses chants de guerre ou ses hymnes religieuses. La Krogharpe et la Langleike norwégiennes, ainsi que la Langspil islandaise, sont encore en usage dans ces deux pays. La Nyckelharpa, autrefois répandue en Suëde, au Danemark et même en Allemagne, après s'être maintenue en Suède jusqu’à une époque relativement récente, a fini par disparaître complètément.

La Langleike norwégienne consiste en une boîte de résonance assez grande, percée d’une ouïe; quatre cordes métalliques, prenant toute la longueur de l'instrument, viennent se fixer à l’une de ses extrémités; au bout opposé, un peu plus large, sont attachées trois autres cordes, plus courtes que les premières. La mélodie s'exécute, au moyen d’un plectrum de bois, sur le devant des longues cordes, que divisent de petits listeaux de plomb. Les longues cordes donnent le /a et s'accordent au moyen, d’une cheville fixée dans le sommier de l'instrument; les petites cordes, accordées les unes par de petits chevalets mobiles, les autres par des chevilles attachées à l’extrémité opposée de la Langleike, donnent les notes si, la, do dièse, ou #1, la,mi. L'échelle générale est celle-c1 : La, mnt,

og bearbaidete for piano-forte, af L. Lindemann (Christiania, Mailing). Il existe encore : Danisch and Norwegian melodies, selected by Andersen Feldborg; — Afs. ked af svensha folksharpan, med bidrag till svenska folksangernas historia, af Arc. Aug, Afselius; — Schwedische Volkslieder der Vorzeit. Aus der Sammlung von Erik Gustau Geiger und Arr. Aug. Afselius.

De nombreux compositeurs se sont également occupés de la transcription d'airs populaires scandinaves. Citons,entre autres : Ep. LALO, Rhapsodie norwégienne, violon et piano (Berlin, Bote et Bock); — HoFFMANN, Chansons et danses norwégiennes, piano à quatre mains (Paris, Heugel);, — Em. Harr- MANN, Nordiske Folkedandse, id. (Berlin, C. Simon), — A. KLEFFEL, Fremde Volkswrisen (cah. IV), id. (Berlin, H Erler);, — Niezs W. GabDe, Scandinavische Volkslicder, piano à deux mains (Leipzig, Peters); — DE SwErT, Fantaisie sur des airs scandinaves, violoncelle et piano (Mayence, Schott); — SERvVAIsS, Fantaisie sur des airs scandinaves, violoncelle et piano (Bruxelles, Schott), etc.

fa dièse, sol, la, si, do dièse, ré, mi, ja dièse, sol dièse, - la, si.

La Langleike 1slandaise (Langspil) diffère peu de celle-ci. C’est une caisse de bois longue et étroite, ouverte par une ouïe de forme ronde; à son extrémité la plus étroite, se trouvent fixées les chevilles, qui supportent trois cordes de laiton, dont deux donnent la même note, tandis que la troisième sonne une octave plus bas. L’une des deux premières cordes court sur de petits exhaussements fixés par des fils de laiton et sur lesquels on appuie la corde au moyen de l’ongle du pouce. C’est un instrument à archet, comme le violon, mais avec cette différence que les deux autres cordes vibrent en même temps que celles sur lesquelles s'exécute la mélodie, produisant ainsi une sorte de point d'orgue continuel de l'effet le plus caractéristique. ; Un autre instrument scandinave, et non pas le moins intéressant, est la Hardangerfele, mot composé de. Fele (Ficdel, violon) et de Hardangerfjord (partie du nord de la Norwège). Ainsi que son nom l'indique, elle consiste en une sorte de violon; elle est, toutefois, plus petite, iet la caisse en est ouvragée, ainsf que le manche, qui se ‘termine par une tête sculptée d'animal fantastique. Les quatre cordes de ce singulier instrument sont d'ordinaire accordées comme suit : la, ré, la, mi; sous ces quatre cordes, que touche l'archet, s'en trouvent quelques autres en acier, plus fines, ne donnant pas les mêmes sons que les quatre supérieures et résonnant d’elles-mèmes, par les vibrations de celles-ci sous l’archet du ménétrier.

De la Langspil islandaise, on pourrait rapprocher la Nyckelharpa, où Nyckelgiga (harpe-à-clef), instrument à archet, mais où le son s’obtenait au moyen d’un mécanisme

de sauteraux; comme on le voit, cet instrument présente

de l’analogie avec la vielle française, le clavecin à archet de Hohlfeld (1751), le clavecin-viole de Heyden (1600) et le clavecin-vielle de Cuisinié (1708), — en un mot, tous les instruments similaires où les cordes sont mises en vibra-

tion par une manivelle à roue ou un archet, simultanément

avec ‘In mécanisme de clavecin. Comme pour la Laugspil,

outre .la corde sur laquelle s'exécute la mélodie, l’archet en touche une autre, dont la vibration constitue une pédale continue; sous ces deux cordes, s’en trouvent d’autres encore, qui vibrent en même temps, quoique non touchées par l’archet. Une courroie attache l'instrument au cou du joueur.

Le Luur norwégien, — dont un échantillon se trouve au musée instrumental du Conservatoire de Bruxelles (1), — correspond à l’A/penhorn suisse; c’est un long tuyau de bois composé de deux parties, que des bandes d’écorces font adhérer l’une à l’autre; on en tire les harmoniques suivantes : wi, si, mi, sol dièse, si, re, mi. Dans son Guide de l’art instrumental, Dictionnaire des instruments de musique anciens et modernes (2), Jacquot cite un Ludr, cor de guerre long de 1 mêtre 70, découvert, au commencement de ce siecle, dans les tourbières de l’île de Fionie: ces deux instruments ont probablement une origine commune.

Outre le Lukr, les pâtres norwégiens se servent encore de cornets faits d’une corne de vache percée de quelques trous. Lorsque nous aurons encore cité le chalumeau, instrument rustique commun à tous les peuples, nous aurons mentionné presque tous les instruments populaires scandinaves (3). ,

Tous sont plus ou moins primitifs d’une facture gros-

. Sière et probablement d’un jeu assez difhcile; c’est ce qui explique la répétition fréquente de certains intervalles et l'absence totale de certains autres : en effet, rien d’étonnant à ce que tel intervalle ou telle formule, plus praticable que telle autre, revienne souvent sous les doigts de l’improvisateur, et finisse par devenir familière et pour ainsi dire

(1) Le musée possède encore quelques autres instruments scandinaves, entre autres une très belle Nyckdharpa, de fabrication relativement réente ; l’archet qui l'accompagne est en crins.

(2) Paris, Fischbacher, 1886.

(3) Nous ne parlons pas du violon, d'un usage cependant très répandu en Scandinavie, mais que son cosmopolitisme nous empêche naturellement de ragger parmi les instruments nationaux proprement dits.

traditionnelle dans les danses et même dans les chants (1). On trouve chez les Finlandais divers instruments qui se rapprochent évidemment de ceux de leurs voisins de l'Ouest ; citons, entre autres, le chalumeau, la corne des pâtres et une harpe, appelée Kantele, dont les cinq cordes s’accordaient comme suit : sol, la, si bémol, do, re (2).

Nous parlions plus haut du caractère surnaturel que le peuple voyait dans certaines danses. Bien mieux, la légende attribue l'invention de quelques-unes aux Nixes, aux Elfes, voire au diable en personne. Voici, à ce sujet, la traduction d’un passage du très intéressant article sur la « Musique scandinave » extrait du Dictionnaire de musique de Mendel et Reissmann (3). On remarquera combien, chez ces peuplées encore frustes et primitifs, les préoccupations religieuses, les aspirations musicales et une naïve superstition, vague réminiscence du paganisme antique, se trouvent intimement liées :

« Partout en Scandinavie, on rencontre des mélodies ‘attribuées au diable, au Nix ou aux divimités souterraines. Le ménétrier offrait en sacrifice au fleuve un agneau noir, et ainsi conjurait le Nix de lui apprendre telle mélodie. Seulement, lorsque, l'ayant apprise, 1l la jouait dans la suite, ilne parvenait plus à s'arrêter, mais continuait au contraire de jouer jusqu’à ce que quelqu'un réussit à

(1) Chose curieuse, le musée instrumental du Conservatoire national de musique de Paris, où se trouve rassemblée une collection inestimable d'instruments rarissimes ou uniques, — plus d'innombrables instruments extraeuropéens, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Australie, — ne possède, sur la foi du catalogue, pas ux seul exemplaire ni même un fragment d'aucun des instruments que nous venons de citer; c'est toujours l'observation, que nous faisions en commençant : que l'histoire musicale de la Scandinavie a été continuellement négligée.

(2) La Finlande a encure un autre point de connexion avec Ja Scandinavie , c'est le grand nombre de ses contes, de ses ballades populaires et de ses épopées nationales, comparables aux Eddas. La principale de ces épôpées ne compte pas moins de vingt-deux mille neuf cent soixante-treize vers

(3) Berlin, Robert Oppenheim, 1883. Cette brochure est épuisée.

couper les cordes de son violon. D’après une légende suédoise, il existerait ainsi onze Sérômkarleslag, ainsi appelés du nom de leur auteur, le Nix lui-même (Sfrémkarl, esprit des eaux). Dix de ces mélodies pouvaient se transmettre de l’un à l’autre ménétrier et être jouées sans danger; mais la onzième devait être apprise du Nix lui-mème, et il fallait se tenir sur ses gardes, lorsque l’on ignorait les moyens de se garer d’un malheur. Celui qui désirait connaître cette onzième danse devait, pendant les nuits de trois dimanches consécutifs, déposer son violon au-dessous d'un pont, à un endroit où l’eau fût courante. La troisième nuit, arrivait le Nix avec son propre violon, qu'il accordait. L'élève alors devait accorder pareillement son instrument et jouer en même temps que le Nix. Lorsque l’on jouait cette ronde, des objets inanimés, comme les pierres et les arbres, se mettaient à danser. »

N'est-elle pas curieuse, cette légende, dans sa frappante corfélation avec le mythe antique d'Orphée, et n’est-il pas merveilleux, ce symbole ingénu du caractère sacré, essentiellement inspiré, de la mystérieuse puissance de la musique ? |

M PR PS PL PP PRIS PRIS 2 D 0 2 TNA RP PP PP PT I PIS PTS PPS PPS PP PPS PPS PTS NT

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