‹ Edvard Grieg et la musique scandinaveChapitre 2 sur 6 · G'OS ESS \GS\S\S\9\G\SG\S ENT" SG GNG" G\S\G\ENG\S" SPAS SE · texte numérisé non relu

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Al de la musique populaire de la Scandinavie se manifeste, tout aussi grande, vis-à-vis de ses compositeurs nationaux, tant parmi les anciens que parmi les modernes.

On ne connaît que Grieg. Tout au plus, a-t-on entendu quelques œuvres symphoniques de Svendsen, joue-t-on les Aquarelles de Gade; et quelques-uns ont-ils entendu parler de Kjerulf, Schytte (), etc.

Il semble, cependant, qu’une heureuse transformation soit en train de s’opérer dans le goût du public; grâce à cette soif d’original et d’inédit dont on fait maintenant proféssion, au lieu de ressasser toujours les mêmes œuvres .des toujours mèmes compositeurs, on commence enfin à se tourner vers ce’.pays prétenduement fruste et peu artistique, pour y chercher cette vitalité, cette fraicheur d'inspiration qui, en notre zone, deviént, hélas! l'apanage de quelques rares individualités.

(1) Il en est ainsi, d'ailleurs, de la plupart des maîtres étrangers. Combien sont-ils ceux qui connaissent et jouent les œuvres des compositeurs de l'école russe moderne, Antipow, Liadoff, Stcherbatcheff, Gla. zounoff, Karganoff, Balakirew, etc , etc., — des maitres cependant ?

L'AAN INDIFFÉRENCE du public et des artistes à l'égard :

Que de vigueur cependant, que de vitalité, dans cette école scandinave née d'hier, et déjà si nombreuse, si intéressante, et encore si peu connue!

Outre Edvard Grieg, — dont nous nous occuperons plus spécialement, — il y a là toute une pléiade d'artistes, tous remarquables à divers points de vue. Qu'on nous permette de citer, — ou de rappeler, — quelques-uns d'entre eux.

Si l’école scandinave se rapproche de l’école russe par son caractère éminemment national, de l’école allemande mendelssohnienne par ses tendances mélodiques, elle s’écarte de la première par une inspiration moins mônochrome, faisant, quand elle le veut, ce qui s'appelle proprement de la couleur locale; comme elle s’écarte de la seconde par sa recherche continuelle de l'originalité, fütelle bizarre, alors que l’école allemande aspire plutôt au « bien travaillé », au « bien fait », à une conduite ingénieuse et correcte des parties, — s’inquiétant médiocrement, au fond, de ce que l’œuvre soit banale.

Il n’est pas besoin de considérer les modernes, comme Grieg, pour se rendre compte de cette originalité qui caractérise l’école scandinave. Le compositeur norwégien Tellefsen, né à Drontheim en 1823, mort à Paris en 1874, nous en offre un exemple. Malgré leur ancienneté, ses œuvres sont restées singulièrement intéressantes, avec un certain air de jeunesse et de modernité qui frappe. Passé presque inaperçu comme virtuose, — parce qu'il arrivait malheureusement à une époque pléthorique en grands pianistes, — négligé comme compositeur, — parce que son rare talent s’accordait mal avec la littérature musicale des « Rondos brillants et agréables » qui florissait en ce moment, — il sut conserver intacte son individualité. Bien qu'ayant habité Paris dès l’âge de dix-neuf ans, bien qu'élève et ami de Chopin (1), l’une des personnalités artistiques les plus

(1) Mure veuve Tellefsen possède la série presque complète des manuscrits du maître polonais.

absorbantes, pas une de ses œuvres ne verse dans la banalité ou limitation, quoiqu’elles ne présentent aucunement ce caractère « national » que Fétis leur attribue.

« Dans'plusieurs de ses compositions, dit le célébre critique, particulièrement dans son premier concerto, dans le scherzo du trio de piano et dans ses mazourkes .(??), M. Tellefsen s’est proposé pour but de reproduire le caractère du chant populaire de son pays, sous les formes de l'art régulicr (1). »

L' «art régulier! » Tout Fétis est là-dedans!

Il ne faudrait pas croire, cependant, que l'école scandinave ne produit que des œuvres marquantes (2), ni même que les compositeurs nationaux échappent totalement à toute influence étrangère ou indigène.

Il est peu d'exemples, croyons-nous, d’une influence pareille à celle qu’exerça sur Niels W. Gade Mendelssohn,; et rien n’est plus curieux que de suivre, dans l’œuvre du maitre danois, ces alternatives de rare possession de son propre génie et de continuelles et obsédantes hantises mendelssohniennes, — de ce grand compositeur dont l'œuvre charmant eut une influence si forte et si fatale

pour la personnalité artistique, qu'en Allemagne elle s’est :

perpétuée jusqu'à nos jours.

Niels W. Gade, né à Copenhague, le 22 octobre 1817, fit ses premières études musicales en cette ville; son premier succes fut une ouverture, Ossian, qui fut primée à un concours d'ouvertures pour orchestre organisé par des musiciens de la ville. Sa renommée était des lors établie. Il écrivit, peu après, une symphonie que Mendelssohn fit exécuter dans un concert de la Gewandhaus, à Leipzig. Lè gouvernement de son pays lui alloua alors un subside lui permettant de faire un voyage en Italie; il y resta jusqu'en 1843, pour venir ensuite à Leipzig, où

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(1) FÉTIS, Biographie universelle des musiciens, tome VIII, page 199.

(2) La trop fameuse romance du prince Gustave de Suède, Plus d'amour, plus de roses, d'une remarquable platitude, en est une preuve suffisamment édifiante.

il prit la direction des concerts de la Gewandhaus. En 1848, il retourna à Copenhague, où les plus grands | honneurs lui ont été tour à tour décernés. Il a été nommé 4 successivement chef d'orchestre du théâtre royal de \ Copenhague, directeur des concerts de l'Union musicale, maître de la chapelle royale de Danemark et finalement

gratifié d’une pension viagère de 3,000 couronnes. |

Compositeur des plus prolfiques, il a écrit une quantité énorme d'œuvres de piano, de chant, d'orchestre, un grand nombre de cantates et d'œuvres de musique de chambre, plus un opéra. Malgré le respect que nous portons au vieux maître danois et la vogue bien légitime de toutes ses œuvres, nous ne pouvons nous empêcher de constater la monotonie qui se dégage de l’ensemble de celles-ci, revêtues toutes d’une tonalité uniformément grise, parfois même banale, et où les réminiscences de Mendelssohn se font continuellement sentir. Les deux ou trois premières œuvres de Grieg montrent que, lui aussi, subit l'ascendant de lPauteur d’Afhalie; mais, du moins, a-t-il secoué vite ces obsessions pour se livrer entièrement à son propre génie. Gade, au contraire, s’assimila si completement la manière de Mendelssohn, que c’est à peine Si, par-ci par-là, un rythme heureux, une harmonie parfois étonamment originale font pressentir le talent personnel que Gade aurait pu déployer, s’il était parvenu à se débarrasser de cette robe de Nessus;: malheureusement, la comparaison entre ses premieres et ses dernières œuvres dissipe cette illusion : l'influence de Mendelssohn se fait sentir aussi vivace dans les unes que dans les autres.

Alfdan Kjerulf, lui, a de nombreuses affinités avec Schubert. Mélodique avant tout, son inspiration l'emporte rarement aux harmonies troublées et inquiètes de Grieg; il reste toujours calme, tranquille, et la ‘plupart de ses mélodies rappellent l’ingénue sérénité de la Truite.

Les mèmes observations pourraient s'appliquer aux charmantes mélodies de Johann Svendsen, lequel possède, en outre, une rare distinction et un cachet plus moderne que Kjerulf. Tout autres sont les œuvres symphoniques

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