HUMAN
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Les effets de ce poison supposé, comparables à ceux de la strychnine et des autres toxiques excitants de la moelle épinière, sont durables, car les animaux ramenés à l’air libre avant d'avoir péri dans l'oxygène comprimé, tout en conservant l'intelligence lucide, ont encore des crises convulsives, des troubles ataxiques pouvant durer plus d’un jour et se terminer même par la mort, longtemps après l’action directe de l'oxygène comprimé. ;
Ge n’est pas que, sous l'influence de la compression, la quantité d'oxygène augmente sensiblement dans le sang. Il n’y a pas, conséculivement aux pressions croissantes, de phénomène inverse à ceux de la dissociation dans le cas des pressions décroissantes. D’après les analyses de Paul Bert en effet, il ne se dissout guère plus d'un volume d'oxygène pour cent volumes de sang, par chaque atmosphère de compression.
Ce n’est donc pas dans l’altération du liquide sanguin qu'est la cause des accidents, elle est d'ordre plus général, puisque les expériences de notre auteur ont établi pour lui opinion ferme que non seulement l'oxygène comprimé tue les animaux à sang chaud, mais qu’il est encore mortel pour les animaux à sang froid, vertébrés ou invertébrés, qu'il est néfaste aux végétaux et même aux organismes simples.
Les mycodermes du vinaigre sont tués par l'oxygène comprimé, la putréfaction des matières organiques s’y arrête ainsi que la germination des graines (P. Bert).
En somme, d’après Bert : L’oxygène en excès arrête les oxydations.
Certaines de ces conclusions paraissent pourtant avoir été modifiées à la suite de travaux récents, et particulièrement en ce qui concerne les végétaux.
Mais l’action funeste du gaz comburant et vivifiant par excellence, quand elle s'exerce à haute dose, n’en est pas moins établie pour les organismes élevés.
« Consommation d'oxygène, production d’acide carbonique et d'urée, destruction de la glucose dans le sang, tous les phénomènes chimiques dont la mesure est facile à faire se montrent considérablement ralentis par l’action de l'oxygène sous forte tension. Et comme ce sont ces phénomènes qui déterminent la production de la chaleur, il n’est pas étonnant de voir que la température des
animaux s’abaisse considérablement. Il n’est pas étonnant, non plus, de voir que la mort soit la conséquence d’une pareille dépression dans l'intensité des actes physico-chimiques de la nutrition.
Mais l'excitation violente, les convulsions constantes qui accompagnent cette mort, n’en restent pas moins inexplicables, par le fait seul de cette dépression; moins explicable encore est la persistance des accidents après le rétablissement de la pression normale. Nous avons, en effet, dans l'étude de la diminution de pression, constaté une diminution des actes chimiques, analogue à celle que nous a révélée l'augmentation de pression, et cependant l'agitation convulsive qui précède la mort par dépression rapide n’est en rien comparable aux violentes convulsions dues à l'oxygène, et, de plus, le retour à l'air libre marque irrévocablement la fin de tous les accidents.
Ceci montre donc que, pendant la compression, les actes chimiques réguliers de la nutrition ont été non seulement ralentis, mais modifiés; il est supposable que le résultat de cette déviation a été la formation de quelque substance qui, persistant après la décompression, contribuerait à entretenir les accidents et pourrait déterminer la mort; substance dont l'élimination ou la destruction seraient nécessaires pour le retour à l'état de santé. » Pression barométrique, chapitre IV. — Conclusion du sous-chapitre 4°, p. 811.
S 9. Changement brusque de pression. Rôle mécanique de l'azote. — Nous avons vu qu'avant Paul Bert, plusieurs savants, et Robert Boyle le premier dès le xvus siècle, avaient attribué au dégagement de gaz libres dans le sang, les accidents dus à la décompression rapide. Mais ce dégagement était affirmé beaucoup plus par une conception de l'esprit qu’à la suite d'expériences. Nous avons cité dans le paragraphe 3, un passage extrait des travaux de Hoppe Seyler en 1857, dont Paul Bert reconnaît lui-même la haute valeur, quand il écrit dans la Pression barométrique (p. 1158) : c'est « une page que je signerais volontiers aujourd'hui ».
Paul Bert a d'abord repris avec ces appareils à dépression les expériences de ses éminents prédécesseurs, déclarant qu'il ne connaissait pas la méthode employée par Hoppe, avant lui, et qui d’ailleurs l’a conduit à des conclusions opposées. Puis c'est après avoir élevé la pression au-dessus des pressions normales
LR pes qu'il effectua des décompressions brusques, tantôt en plusieurs temps, tantôt en un temps.
Disons-le immédiatement, les résultats qu'il a donnés sont demeurés, sur ce point, incontestés et acquis définitivement à la science. Mais à l’aide de ses appareils, jamais, sauf dans deux cas d'explosion (Expérience DXV, p. 941, et Expérience XLVIII, p. 950), la décompression produite n’a été instantanée.
Il en résulte que, dans beaucoup de cas, des pressions très élevées et maintenues plus d’une heure n'ont pas causé la mort des animaux expérimentés, parce que la décompression, durant souvent plus de deux minutes, quoique qualifiée de brusque, était trop lente. La durée trop longue de la compression permettait aussi à l'oxygène d’agir par la tension déjà élevée, d’où les accidents de paraplégie, la mort des animaux survenant après plusieurs heures, alors que par décompression brusque, la mort, si elle doit survenir, frappe sa victime quand le dégagement du gaz, dans les vaisseaux, est devenu suffisant.
Je rappelle quelques expériences où, si le changement de pression avait été plus brusque, l'animal serait mort après un temps de compression bien moindre, ainsi que je erois l'avoir établi, à l’aide de mon appareil à détente instantanée.
Expérience DVI (p. 939). — Un moineau a été comprimé deux heures dans l’air à 8 atmosphères, puis décomprimé en quelques secondes — meurt en 10 minutes. — Gaz dans le sang.
L'animal est sans doute mort de la décompression, mais il a été soumis en même temps à l’action de l'oxygène sous tension moyenne de 168 cm., pendant deux heures. Aussi, l'oiseau avait-il donné déjà des signes de malaise, pendant qu'il était sous pression.
Dans l'expérience DVIT, p. 939. — Pendant près de deux heures, un moineau est soumis à 9 atmosphères 1/2, dans l'air, c'est pendant la compression qu'il tombe inanimé, la décompressien rapide (?) le ramène à la santé, c’est encore l’action de l'oxygène, combattu par celle de l’air pur, qui a été cause des troubles les plus graves. Trente à trente-cinq minutes de compression dans l’air à 9 atmosphères, suivie d'une décompression instantanée, aurait sans doute frappé le moineau de mort foudroyante.
Le moineau de l'expérience DXIV (p. 940) qui a subi, pendant un temps qui malheureusement n’est pas indiqué, une pression énorme
ur
de 15 atmosphères, paraît être mort aussi sous l'influence de l’oxygène. Le grand cylindre de tôle, dans lequel il a été enfermé, n'avait pas en effet de robinet permettant une décompression réellement rapide. D’après les renseignements qui m'ont été donnés, c'est en plusieurs minutes que l'intérieur de ce cylindre pouvait être ramené le plus rapidement possible de 15 atmosphères à la pression ordinaire.
Les quatre expériences suivantes qu'on peut lire à la page 942 sont très instructives. Je les reproduis in extenso :
« G. — Expériences faites sur les lapins.
Exp. DXX. — 22 juin. Lapin. Porté à 8 atmosphères. Décomprimé en 3 minutes. Oreilles d’un rouge vif; aucun accident ni immédiat ni consécutif.
Exp. DXXI. — 7 novembre. Deux lapins. Portés à 7 atmosphères; décomprimés en 2 min. 1/2. Aucun accident.
Exp. DXXII. — 10 novembre. Mêmes animaux. Portés à 8 atmosphères 1/8; décomprimés en 2 min. 1/4. Aucun accident, ni immédiat, ni consécutif.
Exr. DXXHI. — 15 novembre. Lapin. Porté à 6 atmosphères 1/2; décomprimé en #4 min. 1/2. Aucun effet. »
Le tableau de la page 954 fait connaître la durée de la compression, dans les quatre expériences précédentes, sauf pour l’expérience DXXIT. Dans les deux premières elle a été insuffisante, pour que les effets de l'oxygène puissent se manifester et même pour qu'une décompression instantanée soit nuisible.
Mais le lapin de l'expérience DXXIIT a subi pendant 4 heure 3/4 l’action de l’air comprimé à 6 atmosphères 1/2; s’il n’a pas eu d’accidents, c'est certainement parce que la décompression a duré 4 min. 1/2.
Et ce résultat est même tout à fait d'accord avec l’une des conclu: sions les plus importantes que je propose à la suite de mes travaux personnels, à savoir qu'une douche d'air est bienfaisante, et peut suffire à guérir les accidents en apparence d’empoisonnement, dus à l’inbalation de l'oxygène sous haute pression.
Il ne me paraît pas nécessaire de multiplier les exemples, dans l’ordre d'idées où je me place ici. Ce serait anticiper sur les matières
EAN traitées aux chapitres suivants de mon travail, où j'ai été préoccupé toujours de bien séparer l’action mécanique de la décompression réellement brusque, de l’action chimique de l'oxygène sous haute tension, que ce dernier gaz soit pur ou mêlé d’azote.
Du reste la critique que je viens de faire, sur un point assez limité de l'œuvre de Paul Bert, si critique il y a, est en somme légère puisque le point scientifique, qui nous occupe, a été bien fixé, à l’aide des appareils du professeur de la Sorbonne.
Ne se l’est-il pas d’ailleurs adressée à lui même, en signalant les conséquences des conditions exceptionnelles de vitesse dans lesquelles s'était produite la décompression, lorsque dans l'expérience XLVIIT (p. 950) un hublot du grand cylindre se brisant, il se produisit une explosion qui aurait pu avoir les suites les plus malheureuses, pour Paul Bert et pour M. le D° Gréhant qui l’aidait en cette circonstance ?
Si j'ai placé ces remarques ici, c'est que je désirais ne pas revenir sur les effets de la décompression brusque, dans la partie de l’historique qui suit, où j'expose les travaux des successeurs de Paul Bert sur l’action de l’air et de l'oxygène comprimés ou déprimés.
Après Paul Bert.
$ 10. Action de l'air comprimé et de la décompression sur les animaux. — Si nous voulions énumérer les travaux des physiologistes qui après Paul Bert ont étudié l'influence des variations de la pression sur l'organisme en restreignant l'horizon de cet historique aux seules questions que nous avons nous-même étudiées, en quelques lignes nous accomplirions cette tâche. Aussi, sans nous étendre longuement, parlerons-nous pourtant de certains points scientifiques confinant à nos recherches, points qu'il nous à été indispensable de connaître et sur lesquels les solutions proposées par le savant francais ont été contrôlées, vérifiées ou contestées.
En France, l’application des lois fondamentales, établies par Paul Bert, a permis à plus d’un expérimentateur de faire progresser la science.
A l'étranger, particulièrement en Allemagne, quelques physiologistes ont repris, par des méthodes différentes, plusieurs des expériences de l’auteur de la Pression barométrique, mais ce sont seu-
here lement en certains de leurs détails qu'un petit nombre de résultats ont été modifiés.
S 11. Critiques de M. de Cyon. — Citons tout d’abord, sans nous y attarder, les travaux exécutés au laboratoire de la Sorbonne, avec les appareils de Paul Bert par M. de Cyon *, qui s'est ensuite servi de ces appareils mêmes, comme arsenal offensif pour attaquer violemment celui qui lui avait livré ses propres armes.
M. de Cyon, dans les recherches dont nous parlons, s'était plus particulièrement proposé d'étudier les actions réflexes des nerfs sensibles sur les nerfs vaso-moteurs, et, dit-il lui-même : « C'est tout à fait indirectement que nous avons été amené à nous occuper de l’action des hautes pressions sur l'organisme animal. »
Pour cet auteur l’action de l'oxygène demeurerait absolument étrangère aux accidents qu'ont éprouvés les animaux, dans les expériences de Paul Bert sur l’air comprimé. Il y a d’abord, au dire de M. de Cyon, l'excès d'acide carbonique qui joue dans l'organisme le rôle d'un « violent excitant... pour les centres nerveux », et M. Bert « évidemment l’ignore ».
M. Dastre s’est chargé de répondre à M. de Cyon sur ce dernier point :
« N’en déplaise à l’auteur de ces lignes, le rôle anesthésique de l'acide carbonique est une réalité. Ozanam avait signalé le fait à V'Académie des sciences en 1858; Paul Bert, avec les mélanges titrés, a montré que l’anesthésie se soutient lorsque la proportion de CO? dans le sang atteint de 80 p. 100 à 90 p. 100. M. Gréhant a fondé là-dessus une méthode d’anesthésie. Ii insensibilise complètement les lapins en une minute, en leur faisant respirer un mélange (CO? — 4; Az — 3,2; O — 20,8) d'acide carbonique et d'air contenant en définitive la proportion ordinaire d'oxygène et 45 p. 100 d'acide carbonique remplaçant une égale quantité d’azote; au bout de cinq minutes, le nombre des respirations est abaissé à 9 et l’anesthésie se maintient pendant une heure avec ce rythme abaissé. L'analyse du sang * donne des résultats entièrement confirmatifs de ceux de Paul Bert. » (La chaire de physiologie de la Sorbonne. Extrait de la Revue scientifique des 10 et 17 décembre 1887.)
1. L'action des hautes pressions atmosphériques sur l'organisme animal, par E, de Cyon (Archive für Physiologie, 1883, supplément, p. 212). 2. Comptes rendus de la Société de Biologie, 4 février 1887 et 18 mars 1887.
os
Quant à la réfutation de l'opinion consistant à nier l’action néfaste de l'oxygène lorsque ce gaz atteint un certain degré de tension, les expériences de P. Bert répondent clairement à qui se sert pour voir des yeux de l'impartialité. J'ajoute que, dans le chapitre V de mon travail, les animaux expérimentés l’ont tous été dans l'oxygène pur, sans cesse renouvelé, scrupuleusement analysé, et que cet oxygène comprimé au-dessus de 1 atm. 1/2 a été mortel pour eux, et que si la pression intervenait comme seule cause, les animaux Mmourraient dans le même temps à des pressions égales, dans l’air et dans l'oxygène privés l’un et l’autre d'acide carbonique, ce qui est contraire aux faits.
Que devient alors cette critique contre les travaux de Paul Bert, aussi passionnée qu'inintelligible pour moi : « Si l’on s’avisait d'introduire de force dans l'estomac d’un chien une cinquantaine de kilos de viande, l'animal soumis à ce traitement serait étouffé ou succomberait, par suite de la rupture de l'estomac. Que dirait-on d’un expérimentateur qui, après avoir fait cette tentative, en conclurait que la viande est un poison pour l'organisme! » (Archiv für Physiologie, 1883, supplément, p. 224.)
$ 12. Fränkel et Geppert. — Cest un fait acquis également à la science que, dans la dépression progressive, les accidents sont dus à la tension de l'oxygène devenant trop faible pour continuer à exercer son role nutritif, dans les tissus. L’anoxyhémie du D: Jourdanet est un état comparable à celui qui résulte de l’asphyxie en vase clos.
D’après Paul Bert cet état d’anoxyhémie dans lequel la composition du sang est altérée se manifesterait dans l'organisme vivant lorsque la pression descend à 56 centimètres. Fränkel et Geppert*, en adoptant une méthode expérimentale des plus précises, ont repris les expériences du physiologiste français et ont établi que l'altération du sang, sous l'influence de la dépression, ne se produit qu'aux pressions inférieures à 30 centimètres et que la mort survient seulement au-dessous de 18 centimètres.
Il résulte de cette correction que c’est seulement à une altitude de 7430 mètres, dans l'atmosphère où la tension est de 30 centi-
1. Fränkel und Geppert, Ueber die Wirkung der verdünnten Luft auf den Organismus Experimental. Untersuchungen mit 1 Tafel. Berlin.
= 2 mètres que devraient commencer à se produire les malaises du mal des montagnes ou des ballons, si la diminution de la pression en était la seule cause, et que c’est à l'altitude presque double, c'està-dire à 15064 mètres, où la tension atmosphérique est 18 centimètres, que les accidents de la dépression détermineraient la mort.
Les travaux de Fränkel et Geppert ont eu surtout comme résultat scientifique de corriger une évaluation faite par Paul Bert, sans infirmer le fait fondamental établi par lui, à savoir : qu'à partir d’une pression h inférieure à H, pression barométrique moyenne, la composition du sang est altérée. Cette altération et les accidents qui en résultent pour les animaux sont identiques à ceux qui se produiraient dans leur asphyxie en vase clos, lorsque par suite de son épuisement, l'oxygène, dans l'air comprimé, n'aurait plus qu'une tension égale à sa tension dans l’air à la pression h.
Pourquoi le mal des montagnes et le mal des ballons se manifestent-ils à des altitudes bien inférieures à celle où la pression atmosphérique est de 30 centimètres? Comment, dans l'ascension du Zénith, Croce-Spinelli et Sivel ont-ils péri pour s'être élevés à 8540 mètres, altitude où la pression atmosphérique est de 27 centimètres, supérieure de 20 centimètres encore au point de dépression théoriquement mortelle?
À ces points d'interrogation Paul Bert n’a pas donné de réponses et la science n’a guère progressé dans la voie où sans doute elles se trouvent.
S 13. Karl B. Lehmann. — Les recherches de Karl B. Lehmann de Zurich t, dont les résultats sont le plus souvent concordants avec ceux de P. Bert, sont particulièrement intéressantes.
« Les résultats relatifs aux effets produits par la décompression chez les animaux à sang chaud sont, écrit Lehmann, en plus d'un point différents des résultats que j'ai recueillis sur les animaux à sang froid. » Il s’agit ici d'expériences sur les grenouilles que l’auteur de la Pression barométrique n’a pas beaucoup multipliées, particulièrement au point de vue où s’est placé surtout M. K. B. Lehmann, quand il fait l'étude comparée des battements du cœur des grenouilles dans différents gaz comprimés (oxygène, azote,
A. Ueber den Eïinfluss des Comprimirtem Sauerstoffs auf die Lebenprocesse der Kalt hüll und auf einige Oxydationen. Zurich, 1883, et Pflügers, Archiv. 1884.
ol
hydrogène) et dans des milienx à température plus ou moins basse mais non comprimés. Les effets de la compression paraissent être semblables à ceux de ces mêmes milieux refroidis.
Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit au paragraphe 8 en réponse à cette assertion de l’éminent professeur de Zurich : « Les souris non plus ne présentent point du tout de convulsions dans l'oxygène comprimé. » C’est précisément de souris qu'il s’agit dans mes expériences du chapitre V. Mais où je penche à penser comme M. Lehmann c'est quand il nie l'effet réellement toxique de l'oxygène comprimé. « Puisque le refroidissement ne favorise point les effets toxiques, avance l’auteur entre autres arguments, l'oxygène ne doit pas être considéré comme toxique. » Il ajoute : « la cessation des fonctions vitales, de l'échange gazeux, semble vraisemblablement avoir pour cause la difficulté des échanges nutritifs dans les tissus, ainsi que le pensait Pflüger. »
Ainsi que l’a fait remarquer M. Dastre dans sa lecon d'ouverture en 1887 : « L'élève de L. Hermann, en répétant les expériences de Paul Bert, les confirme dans leurs traits généraux. La plus grosse divergence est relative, en somme, à l'opportunité d'employer le mot « poison » pour caractériser l'effet funeste de l'oxygène comprimé. »
$ 14. D' von Liebig. — Nous devons citer les très intéressantes recherches du D' G. von Liebig qui, dirigées surtout dans le sens des applications thérapeutiques, établissent expérimentalement des faits du plus haut intérêt relatifs aux actions mécaniques de l'air respiré à pression augmentée ou à pression diminuée.
Le Dr v. Liebig rend justice à la valeur des travaux de P. Bert sur l’action de la pression. Il s'exprime à peu près en ces termes dans une des notes qu’il a publiées sur les effets de la pression diminuée *.
Si les expériences de P. Bert ne peuvent servir de preuve, que le pouvoir assimilateur du sang pour l’oxygène diminue dans d’aussi fortes proportions qu'il le dit sous pression diminuée, ou que la raréfaction de l'oxygène dans les régions élevées suffit à elle toute seule pour entraîner de telles différences, néanmoins ses expé-
1. Ein Apparat zur Erklärung der Wirkung des Luftruckes auf die Athmen, von Dr G. von Liebig in Reichenhall in Mundchen (Archiv für Physiologie, von D' du Bois Reymond, 1879, p. 299).
ET ne
riences ont une signification sans égale. Elles nous montrent, dans le cas de décompression lente et progressive, la diminution de l'oxygène dans le sang, et nous expliquent comment cela peut se produire dans le mal des montagnes, et comment cette diminution plus ou moins grande d’oxygène correspond aux phénomènes plus ou moins graves qui accompagnent la respiration à de hautes altitudes.
Dans la même note l’auteur rend compte d’un certain nombre de travaux par lesquels il a établi la loi qui régit le courant du fluide respiratoire pendant son passage dans les poumons, lorsque la pression diminue.
Son procédé pour vérifier expérimentalement les faits établis mathématiquement est particulièrement intéressant.
L'air sort d’un espace où la pression est p' pour entrer dans un espace où la pression est p”, avec une vitesse que donne la formule
où G représente la vitesse de l'air ordinaire pour passer dans le vide.
Soit b la pression de l'air que nous respirons, x la force de tension des poumons, b + x est la pression dans les poumons pendant l'expiration, et ce terme correspond à p' de la formule (4) où =D. A
Si donc bd + x — p', en remplaçant ce dernier terme par sa valeur, le numérateur de la formule (1) devient : b + x — b — 7,
et : = LA
Que la pression extérieure devienne b', la vitesse de sortie de
l'air Visera-:
(ad FT V= 04/7
VOA VV TEE V' VD + r
Les vitesses de l'air sortant du poumon sont donc inversement proportionnelles aux racines carrées de la somme de la pression barométrique et de la force de tension dans les poumons.
= Mais les temps feet £’ (durée des expiralions) nécessaires à cette
sortie sont eux-mêmes inversement proportionnels aux vitesses V et V', ainsi que cela résulte des recherches du Dr Liebig; on a donc :
En prenant, comme l’auteur le fait d'après Donders, pour +, la
moyenne entre la tension maxima à 30 millimètres et cette même tension minima à 6 millimètres, x — 18 millimètres.
Fig. 9. — Appareil du D' von Liebig de Munich servant à mesurer la vitesse de sortie du gaz par les fines ouvertures sous diverses pressions. 882 P P
L'application de cette formule donne les résultats numériques suivants, dans le cas où l’on donne des valeurs variables à b :
Quand les pressions sont successivement.......... 604,5 508, 9 411,6 La durée correspondante de la sortie de l'air est de 99,3 22 553
L'appareil permettant de contrôler ces nombres est très ingénieux
et des plus simples.
La figure 9 le représente. Le diamètre relatif des deux ballons est tel, que s’ils sont dans la position où ils sont figurés, le robinet R étant fermé et le robinet R' ouvert, quand le petit ballon s’est rempli de mercure, l’abaissement du niveau dans le grand ballon
est insensible.
ie
Voici comment on opère. Par le tube supérieur on verse du mercure, le robinet R' est fermé, l'appareil penché de facon à ce que le mercure tombe du côté du grand ballon. On donne la valeur voulue à la hauteur 4. Puis on fait le vide par le tube T, jusqu’à obtenir une pression convenable évidemment égale dans les deux ballons. On ferme le robinet À.
On ouvre R’, le mercure remplit le ballon R dans un temps qu’on mesure.
On donne, dans une série d’expériences, des valeurs successives différentes à la dépression.
Pour des pressions décroissantes, les nombres correspondant à une certaine pression, calculés par la formule, mesurés ensuite dans l'appareil, et représentant la vitesse de sortie de l'air par l'ouverture O sont les suivants :
POur desipressionég de-sreerece-ccrec 14142 604,5 508,9 411,6 L'air sort du ballon avec des vitesses de 106.2 99”,2 9822 87,2 Le calcul donne les vitesses de.......... » 9973 92”,5 85”,3
Pour suivre fidèlement l’auteur dont nous parlons ici, nous présentons encore les résultats numériques tels qu’il les donne en attribuant la valeur 100 à la pression normale, et la valeur 100 à la vitesse correspondante de l'air. Voici les nombres dans le cas de pressions décroissantes :
Pressions..... SD 100 —100 —200 —300 : Expérience... 100” 937,5 88",5 82,1 Vitesse Calcul 0e 1007 93,5 88/5 797,9
En appliquant cette méthode au cas des pressions croissantes, le D° Liebig trouve :
PréSsi0D rer 100 200 300 400 .… { Expérience... 4007 40672 414,4 | 416";8 Rose Caleut 2.2 100 106" LA 4172
L'inspiration, plus pénible quand la pression diminue, est facilitée quand la pression croît.
Il résulte de cette loi établie par le D' Liebig, que l'influence de la pression elle-même intervient dans une ascension en ballon ou en montagne ; dans la première, la vitesse de la montée, et dans la dernière la fatigue musculaire, le vertige, etc., s’ajoutent aux phénomènes d’asphyxie pour aider le développement plus ou moins prompt, suivant les individus, du mal des montagnes et du mal des ballons.
Le même auteur a observé que le malaise disparaissait avec le temps, et qu'un même individu pouvait par entraînement vivre sans y mourir à des altitudes de plus en plus élevées.
Un travail plus récent signé du même nom ‘ nous apprend que la dilatation du poumon résultant de la respiration sous pression augmentée, aussi bien que la diminution de la cavité pulmonaire résultant de la respiration sous pression diminuée, pouvait amener une augmentation ou une diminution du calibre de la cavité pulmonaire demeurant acquises pour un nombre plus ou moins grand de jours ou de semaines.
Le lien entre ces deux notes est facilement saisissable.
Au moment même de son arrivée à grande hauteur, s’ajoutent chez l’aéronaute ou l’ascensionniste, aux phénomènes précurseurs de l’anoxyhémie, des accidents dus à l'insuffisance de la capacité pulmonaire. Au début de séjours prolongés dans les cloches à plongeurs ou dans les tubes, la respiration paraît s’effectuer mieux. C'est qu'en même temps la cavité respiratoire augmente et la cavité abdominale diminue de volume, ce qui est conforme aux affirmations de Paul Bert. Ce dernier, en effet, a trouvé que sur des chiens le diaphragme comblait, dans certains cas, 1/3 de l’espace rendu libre, dans l'abdomen, par l'effet de la rétraction de cette cavité.
A toutes les altitudes, depuis le fond des mers jusqu'aux plus grandes hauteurs de l'atmosphère, c’est donc la vitesse trop grande de l’ascension qui est dangereuse, seulement c’est par minutes que doit se compter le temps raisonnable de la montée quand il s’agit de l’effectuer dans l’eau, tandis que c’est en plusieurs jours que doit s'opérer le déplacement ascensionnel dans les couches atmosphériques.
En résumé, pour ce qui concerne l’action exercée sur les animaux par l’air comprimé, déprimé ou décomprimé, les grands principes posés par Paul Bert demeurent acquis à la science.
Si nous ne devions pas restreindre cet historique, nous aurions encore à le compléter en parlant des autres questions que Paul Bert a également abordées, dans son ouvrage sur la Pression baromé-
trique.
4. Beobachtungen über das Athmes unter dem erhülen Luftruck. Von Liebig. Archiv. für Physiologie von D' Dubois Reymond, 1889, supplément, p. 41.
Mais ce serait sortir de notre sujet que de parler de l’action de
l'air comprimé, sur les végétaux, ou bien d'énumérer les recher-
ches sur les fermentations, sur le développement des larves animales ou des œufs fécondés, etc.
$ 15. Disciples de Paul Bert. —- J'ai dit que bien des savants s'étaient intéressés à l’action de l’air comprimé depuis le temps où Paul Bert était particulièrement aidé, dans son laboratoire, de MM. Jolyet et Gréhant.
En prenant comme point de départ les conclusions que Paul Bert tire de ses expériences sur les ferments quand ils sont soumis à l’action de l'air comprimé ‘, M. le professeur A. Dastre a étudié les propriétés physiologiques des sucs digestifs pendant la compression.
Une pression suffisamment élevée détruisant l’action des ferments figurés, les sucs digestifs perdent-ils une partie de leur activité propre quand ils ont été comprimés?
Les expériences étaient exécutées en plaçant dans l’obus de Paul Bert (modifié pour la circonstance et rempli d'oxygène à 15 atmosphères) des tubes à digestions artificielles gastriques, pancréatiques, intestinales, — L'appareil était mis à l’étuve à 40°. — On étudiait comparativement les quantités digérées en présence de l'oxygène comprimé à l’air libre.
Pour ce qui concerne les albuminoïdes et amylacés, les quantités digérées en présence des microbes ont été plus considérables de 1/5 à 1/8, soit que les microbes intestinaux intervinssent effectivement pour favoriser la digestion, soit que l'oxygène comprimé anéantit l'activité des ferments solubles.
Les travaux du successeur de Paul Bert dont nous faisons mention ici prouvent donc que les micro-organismes contenus dans les liquides sécrétés par les glandes propres ou annexes de l'intestin remplissent un rôle dans le travail de la digestion, mais ce sont Les ferments solubles des sucs digestifs qui agissent surtout.
Si les ferments figurés ont un rôle dans la chimie digestive, ce rôle n’est donc pas d’une importance capitale.
Sous ce titre sur les lésions de la moelle épinière dans la maladie des plongeurs ? :
1. Pression barométrique, 2° partie, chap. VI, sous-chap. I, p. 909.
2. Compte rendu de la Société de biologie (7), t. II, p. 253, 1881, — Gazette médicale (6), t. II, p. 443, 1881.