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MM. R. Blanchard, professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris, et M. le professeur Paul Regnard ont étudié en opérant sur une vingtaine de chiens, à l’aide des appareils à air comprimé de Paul Bert, le processus morbide connu sous le nom de mal des plongeurs, déjà bien établi par leur maître en ajoutant des faits nouveaux faisant connaître les lésoins subies par les organes et spécialement par la moelle épinière.
Voici le résumé de l’une des expériences réalisées par ces deux savants : De 74
« Un chien de sept kilos est comprimé à 7 atmosphères 1/4; au bout de quelque temps, on le décomprime brusquement en quinze secondes. Le train postérieur se paralyse complètement. Quelques jours plus tard, les lésions fonctionnelles qui sont le cortège de la paraplégie se sont bien établies : l'animal marche sans trop de peine en traînant comme une masse inerte ses membres postérieurs, dont la face dorsale est en contact immédiatement avec le sol et s’ulcère. Néanmoins, l’animal finit par se rétablir. Au bout de quelques semaines, on le tue par piqüre du bulbe. On enlève la moelle pour en pratiquer l'examen.
Les lésions observées peuvent être rangées sous plusieurs chefs.
De petits foyers hémorragiques se rencontrent dans la substance grise seulement et sur toute la longueur de l'axe gris; elles sont toujours circonscrites. De la myélite parenchymateuse se présente avec tous ses caractères ordinaires. Elle occupe les régions les plus diverses de la substance blanche et présente le plus souvent une très grande étendue.
Malgré d’aussi graves désordres, l'animal ne présentait, à la dernière période de sa vie, aucun trouble fonctionnel appréciable, On peut considérer ce fait comme la démonstration directe de ce que, dans la moelle, la transmission nerveuse n’exige pas le concours d’un grand nombre de filets nerveux, mais qu’un très petit nombre de filets suffisent parfaitement à l’établir : au milieu de vastes foyers de myélite que présentait cette moelle dans la première région dorsale, quelques rares filets nerveux étaient demeurés intacts et ils suffisaient à assurer l'intégrité du fonctionnement de l'organe. » — (Notice sur les titres et travaux scientifiques de M. le D' Raphaël Blanchard, Professeur agrégé à l'École de médecine de Paris — 1890.)
Pi ne
M. le D' P. Regnard a réalisé une longue série d'expériences montrant les effets de la pression transmise à travers l’eau.
Il est arrivé à cette conclusion bien intéressante : de même que dans l'air la pénétration dans l'organisme du gaz en excès est la cause principale des accidents, de même l'eau qui agit sous pression élevée, s’intercale aux éléments anatomiques, causant des effets non moins contraires au fonctionnement des organes que l'oxygène de l'air, pour les êtres aériens.
M. le professeur P. Regnard a communiqué soit à l’Académie des sciences, soit à la Société de Biologie, de nombreuses notes relatives à l'influence des hautes pressions sur les organismes vivants dans l’eau ; ces observations réunies dans l’ouvrage sur la Vie dans les eaux, portent principalement sur les organismes marins. Nous ne pouvions nous attacher spécialement à ce point, sans sortir par trop de notre sujet; citons pourtant quelques faits particulièrement intéressants à signaler.
M. le D' P. Regnard a réalisé ces premières expériences à l’aide d'un appareil que lui avait prêté M. Cailletet. Il a lui-même modifié de diverses manières cet appareil, qui lui a permis de réaliser des pressions supérieures à 1000 atmosphères (fig. 10), en voici les résultats ? :
Compression de la levure de bière à 1000 atmosphères pendant une heure. Après ce temps, la levure est mise en contact avec de l’eau sucrée. La levure n’était pas tuée, mais seulement tombée en état de vie latente dont elle s’est réveillée après une heure pour déterminer le commencement de la fermentation du sucre.
Sous pression de 700 atmosphères la levure de bière a été mise en contact d’eau sucrée. Pendant les sept heures qu'a duré la compression, il n’y a pas eu de fermentation. Une heure après la décompression, la fermentation a commencé.
Les ferments solubles ne sont pas influencés par la pression, l’amidon est encore transformé en sucre à 1000 atmosphères. Ce
1. Note sur les conditions de la vie dans les profondeurs de la mer (Regnard, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1884, p. 164). — Recherches expérimentales sur Pinfluence des différentes pressions sur les organismes vivants (Regnard, Comptes rendus de l’Académie des sciences, vol. 98, p. 745). — Note relative à l’action des hautes pressions sur quelques phénomènes vilaux (Regnard, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1884, p. 187). — Effets des hautes pressions sur les animaux marins (Regnard, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1884, p. 394). — Société de Biologie, 1885, p. 48 et 510.