INTRODUCTION HISTORIQUE
SOMMAIRE : Point de départ de ces recherches. — Travaux antérieurs à Paul Bert. — Travaux de Paul Bert. — Travaux plus récents.
$ 1. — Je n’ai pas eu la prétention de reprendre purement et simplement, en tout ou en partie, les travaux de Paul Bert sur la Pression barométrique, travaux pour l’accomplissement desquels l'illustre continuateur de Claude Bernard a peut-être concentré le plus d'efforts personnels, secondé dans cette tâche par des disciples, devenus tous des maîtres éminents.
L'idée des recherches que j’expose ici m’est pourtant venue après la lecture d’une page de la Pression barométrique, reproduite ciaprès. Les accidents causés par l’action de l'oxygène ou de l'air suroxygéné sous pression y sont décrits, accidents que l’auteur dépeint, en les comparant, sans étendre ses recherches à ce sujet, à ceux que déterminent certains poisons tels que la strychnine et l'acide phénique.
Voici la citation: il s’agit de chiens qui ont séjourné, plus ou moins longtemps, dans l'appareil où ils avaient respiré de l'air suroxygéné :
« Arrivons à la description de l'attaque convulsive elle-même. Elle
est vraiment curieuse et efirayante.
Prenons un cas de moyenne intensité : lorsqu'on retire l'animal de l'appareil, il est généralement en pleine convulsion tonique; les quatre pattes sont roidies, le tronc est recourbé en arrière ou un peu sur les côtés, les yeux sont saillants, la pupille dilatée, les mâchoires serrées.
L'examen ophtalmoscopique montre une forte injection du fond de l'œil. Bientôt survient une sorte de relâchement auquel succède une nouvelle crise de roideurs avec convulsions cloniques ressemblant à la fois à une crise strychnique et à une attaque de tétanos. Ces crises, pendant les intervalles desquelles le chien ne se relâche pas complètement, mais reste en opisthotonos, respirant avec une grande difficulté, suspendent la respiration, le cœur continuant toujours à battre, quoique souvent avec une étonnante lenteur; la pression artérielle s’abaisse considérablement. La sensibilité reste conservée, et l’on peut, en la mettant en jeu, exciter de nouvelles convulsions. Après quelque temps, ces périodes convulsives, qui apparaissaient d’abord toutes les cinq ou six minutes, deviennent plus rares, puis moins violentes; la roideur diminue dans les intervalles, et finalement tout disparait au bout de quelques minutes ou au plus de quelques heures.
Dans les cas plus légers, au lieu d'attaques tellement violentes qu’on peut soulever l’animal par une seule patte, roide comme un morceau de bois, ainsi que le montre la figure 61 (fig. 1), on observe des mouvements désordonnés, des convulsions locales, des phénomènes, en un mot, qui ressemblent beaucoup à ceux de l'empoisonnement par l'acide phénique. On voit parfois alors des actes qui semblent indiquer un certain désordre intellectuel.
Dans les cas très graves, au contraire, la roideur est continuelle avec quelques redoublements cloniques de temps à autre ;les dents grincent et se serrent jusqu'à paraître près de se briser et la mort peut survenir après une ou deux crises dans le laps de quelques minutes.
On trouve alors le sang rouge, même dans le système porte ; puis il noircit. Alors que l'animal ne fait plus aucun mouvement, le cœur continue à battre encore pendant quelques minutes.
D’autres fois, comme dans les expériences CCLXX VIIT et COXCVIT, les convulsions durent près de vingt-quatre heures avant de se terminer par la mort.
On ne trouve ni congestions, ni ecchymoses dans les poumons
- er 3 Ex et dans les centres nerveux. Seulement, d’une manière constante chez les moineaux, on voit le diploë cranien rempli d’un épanche-
ment en piqueté, en taches plus ou moins grandes, ou même en nappe, envahissant toute la région occipitale, et, dans les cas les
Fig. {. — Action de l'oxygène sous forte pression. Chien pendant les convulsions toniques (figure extraite de la Pression barométrique).
plus violents, toute l'étendue du crâne. Ces suffusions sanguines, dont le mécanisme ne me paraîl point facile à expliquer, sont constantes dans l’empoisonnement par l'oxygène. Elles arrivent bien avant le moment de la mort. Mais elles ne sont pas spéciales à ce genre de mort, et dans les expériences qui précèdent on les
Ne trouve signalées, même dans l'asphyxie simple, sans diminution de pression. (V. p. 748 et 749.)
La vue seule des symptômes que nous venons de décrire semble indiquer que l’action toxique produit son effet sur les centres nerveux, comme le font la strychnine, l’acide phénique et autres poisons convulsivants. Cette présomption est corroborée par ce fait que les inhalations de chloroforme arrêtent momentanément les convulsions, qui reparaissent quand a disparu l’anesthésie. Rappelons enfin que, d'après nos expériences sur les grenouilles, le membre postérieur dont on a coupé le nerf sciatique ne présente pas de convulsions dans les muscles animés par ce nerf.
Je puis donc reproduire ici, pour résumer tous ces faits, les conclusions de la note que j'ai eu l'honneur de présenter sur ce sujet à l'Académie des sciences, le 17 février 1873.
«1° L’oxygène se comporte comme un poison rapidement mortel, lorsque sa quantité dans le sang artériel s'élève à environ 55 centimètres cubes par 100 centimètres cubes de liquide ;
2° L’empoisonnement est caractérisé par des convulsions qui représentent, suivant l'intensité des accidents, les divers types du tétanos, de la strychnine, de l’acide phénique, de l'épilepsie, etc.;
3° Ces accidents, que calme le chloroforme, sont dus à l’exagération du pouvoir excito-moteur de la moelle épinière;
4° Ils s’accompagnent d’une diminution considérable et constante de la température interne. » (Pression barométrique, p. 799.)
Quelle est la nature de ce terrible empoisonnement par l'oxygène comprimé? Y at-il formation de produits toxiques dans les tissus? Peut-on révéler expérimentalement ces produits? Telles sont les premières questions qui se sont présentées à mon esprit.
Pour tenter de les résoudre, il fallait évidemment soumettre des animaux à l’action de l'oxygène comprimé, comparer les effets de l'oxygène mêlé d'azote, dans l'air, à ceux de l'oxygène pur, répéter, eu un mot, des expériences déjà réalisées par Paul Bert et en effectuer de nouvelles.
Mais au laboratoire de Physiologie générale du Muséum où j'avais entrepris d'autres travaux, je n’avais à ma disposition ni le beau matériel donné par le D' Jourdanet au laboratoire de Physiologie de la Sorbonne, ni les moyens de me procurer un matériel équivalent, je pensais d’ailleurs que pour les besoins assez restreints