TOXICITÉ DE L'OXYGÈNE COMPRIMÉ
SOMMAIRE : Injection sous-cutanée de sucs fournis par le sang et les muscles d'animaux morts dans l'oxygène comprimé. — Action probable de la potasse. — Toxines douteuses.
$ 1. — Puisque l’oxygène à haute pression agit comme un poison violent, engendre-t-il des toxines dans les tissus des animaux soumis à son action ? j
Par les moyens que j'ai employés, je n'ai réussi qu’à recueillir des indications de deux natures.
A. — La première, c’est que si j’ai provoqué souvent des convulsions chez des grenouilles sur lesquelles j’ai pratiqué des injections sous-cutanées de suc musculaire provenant d'animaux ayant subi l’action de l’oxygène comprimé, les résultats obtenus n’ont pas eu toute la constance désirable.
B. — La seconde indication m'a conduit à la conclusion que, s’il y a des produits toxiques se développant dans les tissus des animaux ayant respiré de l'oxygène comprimé, ces substances ou plutôt les effets de ces substances sont facilement détruits.
Ces conclusions deviendront plus claires après que j'aurai rendu compte des expériences me permettant de les appuyer d’arguments motivés.
A. — Recherche de produits toxiques dans les tissus après l’action de l'oxygène comprimé.
8 2. — Préparation d'extraits sanguins pour injections sous-
cutanées.
Je ne cite dans certaines expériences que seulement les essais
de sues provenant d'animaux comprimés. Cependant j'avais au préalable essayé des sucs des mêmes organes, provenant d'animaux à l’état normal. *
Dans ce dernier cas je n'ai eu que des résultats douteux ou négaiifs.
Exe. LIII type. — Je place d’abord une canule à robinet, dans la veine jugulaire d'un chien, puis l'animal est placé dans le grand récipient où l'on injecte de l'oxygène jusqu'à obtenir 6 à 8 atmosphères de pression, la pression mortelle. Après la décompression brusque pratiquée à la suite de plusieurs crises de convulsions, l'appareil est ouvert et je recueille une certaine quantité de sang, qui est défibriné. Je le mêle avec son poids d'alcool ordinaire. Le liquide ainsi obtenu n’est employé que le lendemain, Je le filtre alors, puis il est placé au bain-marie à la température de 40°. Quand l'alcool est évaporé, le résidu suffisamment sec est dissous dans 5 centimètres cubes d’eau distillée et filtrée.
C’est ce dernier liquide que j'injecte sous la peau des grenouilles à l’aide de la seringue de Pravaz.
Je n’ai obtenu aucun résultat avec l'extrait provenant du sang de mammifères, même en prenant la précaution d'effectuer la distillation dans le vide à température moindre.
$ 3. — Préparation de l'extrait musculaire.
Exp. LIV. — La préparation du suc musculaire est identique à la précédente, Le muscle est haché, macère vingt-quatre heures dans son propre poids d’alcool. Le liquide de la macération est d’abord recueilli, puis j'y ajoute le suc provenant du muscle fortement pressé. Après évaporation de l'alcool, soit au bain-marie, soit dans le vide, le résidu obtenu est traité et employé, comme le résidu définitif provenant du sang.
Chaque injection est pratiquée sous la peau du dos de la grenouille, elle est égale au contenu total de la seringue de Pravaz, c'est-à-dire à 1 centimètre cube.
C’est avec l'extrait musculaire que j'ai obtenu seulement quelques résullats positifs consignés dans les expériences suivantes.
J'ai également essayé des préparations de sucs semblables préparés avec la substance nerveuse de l’encéphale et particulièrement du bulbe, mais dans ce cas encore les résultats ont été nuls.
Je ne relaterai donc que l'essai du suc musculaire.
Exp. LV. — Une première injection d’extrait musculaire est pratiquée sous la peau de deux grenouilles (a) et (b). Les deux animaux s’agitent
pendant deux minutes environ, puis deviennent tranquilles. Au bout de cinq minutes, la grenouille (a) a des convulsions assez fortes des membres inférieurs et de la paraplégie. Un quart d'heure après la première injection (4 heures), j'en pratique une seconde sur les deux grenouilles. L'animal (b) s'agite de nouveau, se dresse convulsivement debout, puis retombe lourdement. 4 h. 10, les deux grenouilles ont des convulsions. Je les place surle dos, elles demeurent dans cette position sans bouger, le cœur bat. Je les place sous une cloche humide où le lendemain je les trouve mortes, dans la position même où je les ai laissées la veille.
Exp. LVL. — Une grenouille reçoit, de 10 minutes en 10 minutes, par trois fois, une injection de suc musculaire provenant d’un lapin mort dans l'oxygène comprimé. Elle n’a de convulsions qu’au bout d’une demi-heure. Elle me semble morte deux heures après la première injection. A l’autopsie, je constate que le cœur bat très faiblement. Le nerf sciatique a conservé son excitabilité.
Exp. LVII. — Suc extrait des muscles d'un chien mort par l'oxygène comprimé. Deux injections sont pratiquées à une grenouille. Convulsions pendant une heure. Puis immobilité d’une demi-heure. L'animal revient à la santé.
Exr. LVIIL, — Suc musculaire de lapin mort dans l'oxygène comprimé, trois injections administrées à deux grenouilles. L’une des grenouilles meurt sans convulsions, l’autre n’a que des périodes de courte agitation, après chaque injection.
Exr. LIX. — Une grenouille reçoit trois injections en une heure, de suc musculaire provenant d’un canard mort dans l’oxygène comprimé. Pas de convulsions. Deux heures après la première injection, l’animal est décoloré, ses membres sont flasques, le cœur bat. Trouvée morte le lendemain.
Exr. LX. — Deux grenouilles reçoivent chacune trois injections d’extrait musculaire provenant d’un chien mort dans l'oxygène comprimé. L'une d’elles survit, l'autre a quelques convulsions quinze minutes après la troisième injection. Une demi-heure après, elle est immobile, après avoir eu de la paraplégie. Le cœur bat. Le lendemain, elle est trouvée morte.
Exp. LXI. — Deux grenouilles reçoivent à 3 h. 10 chacune une injection de suc musculaire d’un lapin mort dans l'oxygène comprimé. Agitalion, 2 h. 20, deuxième injection à chaque animal; l’une d’elles reçoit de suite une troisième injection. Agitation nouvelle. Paraplégie inférieure de la grenouille qui a reçu trois injections, puis convulsions assez faibles pour les deux animaux, diminuant jusqu’à # heures. Guérison,
Les phénomènes convulsifs sont donc certainement transmis aux grenouilles par ce mode d’expérimentation, mais il est bien évident