Babington et Cuthbert, Paralysis caused
gaz intestinaux dans la compression, est l’objet de plus d'attention. D’après ce savant, « ce serait la soudaine dilatation des gaz intestipaux, primitivement comprimés, qui chasserait tout d’un coup le sang contenu dans les viscères abdominaux, le refoulerait dans la circulation générale, et amènerait les congestions et les hémorragies dans les organes nerveux. J'avoue que je ne puis admettre qu’une expansion gazeuse dans un canal ouvert à ses deux extrémités, puisse en présence de parois aussi facilement extensibles que le diaphragme et les muscles abdominaux, expulser le sang du foie, de la rate, etc., avec assez de violence pour produire de pareils désordres » (Pression barométrique, p. 521).
L'idée première, qu’à une dépression brusque du milieu ambiant correspond un dégagement de gaz libres dans le sang, paraît appartenir à Robert Boyle ! et les premières expériences ayant quelque valeur sur ce sujet sont dues à Hoppe-Seyler ? qui les a publiées en 1857, mais ces expériences n'ont été connues de Paul Bert qu'au moment où son travail sur la pression barométrique allait paraître.
Voici en quels termes le savant physiologiste français raconte et commente les expériences de Hoppe :
« Le travail de ce chimiste est d'ordre purement expérimental, il a été entrepris dans le but d'expliquer les accidents qui frappent les ouvriers dans les travaux sous l’air comprimé; et comme tout le monde à remarqué que ces accidents surviennent au moment de la décompression, Hoppe espérait en trouver la cause par l’étude de la mort dans l'air raréfié. Voici le résumé de ses expériences :
« Une ratte fut soumise à une rapide diminution de pression. Vers 50 millimètres de mercure, survinrent les convulsions, et la mort entre 40 et 50 millimètres.
A l'ouverture du thorax, on voyait à travers les parois de la veine cave de l'oreillette et du ventricule droits, une notable quantité de gaz qu’on put faire sortir par une ponction.
Chez un chat qui mourut vers 40 millimètres, je trouvai environ 0,3 centimètres cubes d’air dans la veine cave et les cavités droites du cœur; il y avait quelques bulles d’air dans l'oreillette gauche. Les veines et le
1. Boyle, R., New Pneu malical experiments about Respiration. Philosoph. Transact., p. 2011-2058, 1670. Extrait et traduit. Collect. Acad., partie étrangère, t. VI, p. 23- 59: 1761.
2. Ueber den Einfluss, welchen der Wechsel der Luftdruckes auf das Blut ansübl Müllers Archiv, 1857, p. 63-73.
LL po
cœur droit étaient pleins de sang, le cœur gauche presque vide; le sang était complètement liquide, les artères se contractaient spontanément, les ventricules seulement sous l'excitation ; les poumons étaient vides d'air et sains; iln’y avait pas de rupture de vaisseaux; le cerveau était normal.
Deux hirondelles sont mortes entre 125 et 120 millimètres de pression, j'ai trouvé dans leur sang quelques petites bulles d'air.
Chez les oiseaux comme chez les mammifères, le sang du cœur gauche était rouge clair et par suite contenait encore de l'oxygène.
Deux grenouilles amenées jusqu’à complet affaissement furent ouvertes; on n’y trouva pas de gaz au cœur... Un orvet amené à 22 millimètres de pression, se gonfla et demeura sans mouvement; puis, quelques minutes après être revenu à la pression normale, il parut aussi bien qu'auparavant. » (Pression barométrique, p. 258.)
Paul Bert signale encore un certain nombre de savants, qui avant lui ont parlé du dégagement de gaz libre dans le sang, par le fait de la décompression.
Bucquoy dit que pendant et après la décompression, tous les gaz dissous dans le sang par suite de la condensation de l'air, tendront à s'échapper de ce liquide... Les particules de gaz qui ont repris l'état aériforme dans toute l'étendue du système sanguin, restent mécaniquement mêlées aux molécules liquides qui auparavant les dissolvaient; le sang devient donc un mélange expansible, faisant effort pour distendre les vaisseaux, d’où tendance à l’'emphysème et imminence hémorragique, pouvant se traduire en faits.
Vivenot se montre des plus précis : La compression de l'air, dit-il, n'apporte aucun trouble important dans la circulation, alors même qu'elle est poussée à quatre atmosphères et demie. — On n’en peut pas dire autant du stade de la décompression qui cause, quand on va trop vite, des troubles gênants et même très dangereux dans la distribution du sang. — Le séjour dans l'air comprimé est donc moins dangereux que le retour à l'air libre, qui cause des congestions, des hémorragies, des douleurs et surtout des troubles d'équilibre de diverses sortes dans le système circulatoire, qui même, par le développement de gaz dans le sang, peut amener un arrêt de la circulation et par suite une mort subite. — Le moyen à employer, en présence de ces accidents, est le retour rapide dans l'air comprimé.
Ainsi que je l'ai dit déjà, toute cette partie de l'historique contient le compte rendu des travaux antérieurs à ceux de Paul Bert et les critiques sont surtout les siennes propres. Nous rendons
Re ons
compte, dans le paragraphe suivant, des recherches mêmes de l’auteur de la Pression barométrique, le premier qui ait donné, en particulier, des effets de la décompression brusque, une explication qui soit l'interprétation d'expériences, et non pas de simples vues théoriques.
Travaux de Paul Bert.
$ 6. — Ces travaux, dans le cadre dont nous parlons ci-dessus, sont ceux qu’on trouve exposés seulement dans certains sous-chapitres des cHariTrEs I, IV et VIT de la Pression barométrique.
On le voit, je n’ai repris, de la question sur la pression barométrique, qu'une partie des travaux de Paul Bert. Mais sans retracer en détail son œuvre entière, à ce sujet, je crois nécessaire d’en signaler, au moins pour ce qui concerne les animaux, toutes les parties qui, si invariablement liées entre elles, forment un tout bien défini.
Le D' Jourdanet, à qui est dédié le livre de la Pression barométrique, avait remarqué l’état constant d’anémie dont se trouvaient frappés les habitants des hauts plateaux du Mexique; il attribuait cet état à la raréfaction de l'oxygène dans les hautes régions atmosphériques.
La pression normale étant, en effet, de 76 centimètres de mercure en moyenne au niveau de la mer, n’est plus que de 75 centimètres à 100 mètres d'altitude où la tension de l'oxygène a diminué déjà de 4 millimètres. À 1193 mètres (Vésuve), la pression atmosphérique étant de 66 centimètres, la tension de l'oxygène dans l'air
libre n’est déjà plus que = — — 16,8. À 4810 mètres! (Mont-
Blanc), le baromètre marque en moyenne 38 centimètres et la tension de l'oxygène est 10,5, tension qui devient 5,9, à 8000 mètres, altitude maxima atteinte par l’homme dans les montagnes de l'Himalaya.
Avec des degrés différents de résistance individuelle, l’homme qui gravit les cimes élevées éprouve des malaises, vertiges, éblouissements, tuméfaction et rougeur de la peau, ressemblant à de l’asphyxie; c’est le mal des montagnes.
Si nous établissons les mêmes calculs que précédemment pour rechercher dans quelles conditions homologues se trouvent les
aéronautes dans les ascensions à grandes hauteurs, nous trouvons que, par exemple, le savant Glaisher s'élevant avec l’aéronaute Coxwell à l’altitude de 8838 mètres, toute voisine de celle de la cime inaccessible de l'Himalaya, le Gaurisanhar, s’évanouit respirant à ce moment de l'air où la tension de l'oxygène était moindre que 4. Croce-Spinelli et Sivel, moins résistants aux effets de l'air raréfié que Glaisher, que Coxwell et que leur propre compagnon Gaston Tissandier qui avant de perdre connaissance eut la force d'ouvrir la soupape du Zénith, ont péri eux à 8600 mètres. L'aéronaute dans les régions très élevées de l’air est donc victime d'accidents analogues au mal des montagnes : c’est le mal des ballons.
Nous verrons à la suite de quelles expériences Paul Bert s’est rangé à l’idée du D’ Jourdanet, à savoir que le mal des montagnes, comme le mal des ballons, se manifestant dans l'air raréfié, mais pur, était dû à la moindre quantité d'oxygène fournie à l'organisme dans chaque inspiration.
Lorsqu’au lieu de s'élever du niveau de la mer dans les hautes régions de l'atmosphère, l'homme veut descendre dans l’eau, comme font les scaphandriers et les ouvriers tubistes, au lieu d’air raréfié, il respire de l'air comprimé. La compression trop forte et trop prolongée détermine également des accidents que Paul Bert attribue à l’augmentation de la tension de l’oxygène, et c’est en orientant ses expériences sur les animaux, dans cet ordre d'idées, qu’il arrive à considérer l'oxygène à haute tension, comme toxique.
Il est enfin un dernier point clairement établi pour le savant dont nous analysons l’œuvre principale, c'est l'effet de la décompression brusque.
Tandis que dans sa chute le ramenant des hautes régions de l’air à la surface de la terre, l’aéronaute revient à la santé d’autant plus rapidement que cette chute est plus rapide, le retour qu'effectue en sens inverse le scaphandrier peut lui être des plus funestes, s’il est trop précipité. La cause des accidents, chez ce dernier, est d’ordre purement mécanique ; les gaz dissous en excès, dans Île sang, à haute pression, deviennent libres au moment de la décompression et déterminent des accidents mortels.
En résumé : l'homme et par conséquent les animaux ne résistent pas impunément à une forte dépression si elle se prolonge. Tandis
die
qu'ils supportent mieux la compression, la décompression rapide leurest funeste. Dans le premier cas, l'ennemi, de nature chimique, c’est l'oxygène par défaut; dans le second cas, de nature chimique encore, c’est l'excès d'oxygène ct dans le troisième cas le danger provient d’un phénomène d'ordre mécanique, dépendant de la rapidité de décompression.
Voici maintenant l'historique rapide des expériences de Paul Bert et les conclusions qu’il en a données.