‹ Église de Notre-Dame de JosaphatChapitre 11 sur 42 · PI. XIV, XV, XVI · texte numérisé non relu

PI. XIV, XV, XVI

Bientôt des fragments d’une sculpture très fine et d'un joli dessin furent recueillis au milieu de décombres de toutes sortes et soudain, à plus d’un mètre de profondeur, le long d'un mur, se profilant de l'Est à l'Ouest, du côté gauche de l’absidiole, se montrait un panneau d’un merveilleux travail de sculpture et d’une parfaite conservation. Le dégager de toutes parts avec un soin minutieux, enlever les terres qui remplissaient les fines rainures des feuillages et des rinceaux, constater, hélas ! qu'il avait été brisé du côté le plus voisin de la colonne, fut l’œuvre enthousiaste de tous. C'était un tombeau dépourvu de son couvercle, long de 2 60 et large de 0.75. La face antérieure était divisée en cinq panneaux, les deux premiers intacts ainsi que le pilastre d'angle; le 3° entamé, mais conservant les principales lignes ; du 4° il ne reste que la partie inférieure, le 5° a presque entièrement disparu.

Chaque panneau est encadré par des colonnettes à griffes et par des arcatures tréflées. Celles-ci ornées de fleurs saillantes dans les gorges cintrées. Les rinceaux sont composés de feuillages et de fruits d’arun d’un beau relief et d’un dessin impeccable, mais toujours différent dans l’ensemble comme dans le détail. Le fond des panneaux était peint en rouge violacé, tandis que les sculptures saïllantes, si délicates et si délicieusement fouillées, étaient dorées en tout ou en partie; l'or était resté adhérent surtout sur les fruits d’arun.

Le petit côté occidental, intact, est garni de deux tiges sortant d’une même souche, se déroulant en sens opposé, garnies de feuilles larges et allongées, aux

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nervures délicates, d’un moindre relief, ilest vrai, mais d’un art non moins consommé. Le côté opposé était presqu entièrement détruit. Le pilastre de l'angle droit fut retrouvé plus tard dans les déblais d’une muraille récente, couvert de mortier très dur et difficile à détacher. Evidemment les violateurs du tombeau l’avaient ouvert de ce côté.

En effet, du couvercle du sépulcre qui devait porter l'effigie de l'évêque, il ne restait qu'un minime fragment triangulaire, où se voit l'extrémité d’un pli de vêtement, faisant saillie, dont le creux est peint en rouge. Le gisant était donc en demi-relief et comme ciselé dans la fine pierre de liais dont les bords se relevaient pour l’encadrer. Cette table n'existait plus quand l’église fut remblayée et le tombeau fut alors tout entier recouvert par les terres rapportées (1), ce qui le sauva en 1792.

Les gravures ci-jointes (Planches XIV, XV, XVI donnent de ce chef-d'œuvre de sculpture une idée plus exacte que toutes les descriptions littéraires. Les juges les plus compétents l’attribuent sans hésitation au commencement du XIII siècle et le proclament « une des plus splendides composifions d'ornements que l’on connaisse (2) ».

M. Enlard, directeur du Musée du Trocadero, a fait prendre un moulage de ce sarcophage et de quelques autres fragments de sculpture de nos fouilles pour les exposer dans le musée national (3).

(1) Ce remblai seul empêcha Gaignières dans prendre le dessin.

(2) Lettre de M. Enlart, directeur du musée du Trocadéro, à M£' Bouquet, évêque de Chartres,

(3) Depuis, un exemplaire de ce moulage a été envoyé au musée de Bruxelles, et d'autres vont partir pour les musées d'Amérique,

d’après ce que l'on nous écrit

La chambre sépulcrale était remplie d’une terre fine qui fut enlevée avec un religieux respect et une minutieuse attention, laissant apercevoir bientôt des ossements humains. Nulle trace de cercueil en plomb ; mais les clous en fer, nombreux dans les angles et une poussière noire, légère et spongieuse prouvaient que le corps avait été renfermé dans un cercueil en bois.

Les ossements furent recueillis avec soin et soumis aussitôt à l'examen du docteur Martin de Lèves. « Les os non friables et encore très durs, aux arrêtes vives, sont d’une belle anatomie. Les molaires fortement fixées dans les alvéoles, sont usées, non cariées. Les incisives manquent, une seule canine demeure. Le crâne fait défaut, seule la mâchoire inférieure et un petit fragment de la mâchoire supérieure furent trouvés dans le sarcophage. Puis viennent dans leur ordre des vertèbres cervicales, omoplates, clavicules, côtes, humérus, un seul cubitus ; le bassin brisé, les 2 fémurs, les rotules d’une conservation parfaite, les tibias et péronés, les os des pieds presque au complet » (1).

« Du premier coup d’œil, nous écrit M. Chappée, qui fut témoin actif de cette découverte, les protestants se sont hâtivement portées là où pouvaient et devaient être les objets de valeur : à la tête : la mitre avec ses orfrois et ses gemmes: — aux mains: l'anneau, le calice et sa patène, compagnons dans la tombe des prélats défunts : — à l’épaule : la crosse : — à la ceinture : les anneaux des mains, pour ne parler que des objets les plus usuels et les plus importants.

« Les violateurs ont retiré du sarcophage le crâne pour lui arracher la mitre, puis toujours en hâte, n'ont-

(1) Rapport dressé par le D' Martin.

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