‹ Église de Notre-Dame de JosaphatChapitre 40 sur 42 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ces. fouilles sont malheureusement inachevées. Les exigences du service de l'asile d’Aligre ne nous ont pas permis de pénétrer dans la nef, ensevelie peutêtre pour toujours sous une pelouse plantée d’arbres, ni de sonder.le transept droit et les chapelles extrêmes, trop rapprochés des bâtiments nouveaux, ni enfin de fouiller dans toute leur étendue le chœur et le sanctuaire, par suite de l’entassement des décombres et faute de ressources. Les constructions projetées pour un avenir prochain, nécessiteront, il est vrai, le déblai de ce sanctuaire et l’ablation du magasin qui recouvre toute la chapelle absidiale. Des découvertes précieuses seront certainement faites alors et amèneront, j'aime à l’espérer, les administrateurs de l'asile à visiter tout ce quin’a pas été exploré.

Nous applaudissons sans doute à la formation d’un musée sous les cloîtres pour tous les fragments qui n’ont plus de place fixe sur le sol de l’ancienne église. Qu’on y accumule en un ordre déterminé à côté des dalles tumulaires, du sarcophage de Lucia de Lèves qui fait encore si grand effet, toutes ces pierres moulurées ‘et sculptées, dispersées un peu partout dans le clos de l’asile, employées parfois dans certains murs de clôture des jardins élevés à l’époque de la démolition et qu'il serait si facile de remplacer sans frais; que l'on rachète même celles que l’on rencontre un peu partout dans les maisons privées du village, afin de les sauver ainsi de la main ravissante des brocanteurs qui les dispersent au loin, au hasard de la vente

comme cela vient de se faire pour trois chapiteaux des plus remarquables.

Dans ce musée figureraient les plans levés avec tant de soin par M. J. Douillard, architecte, la reconstitution de l’église dans son plan d'ensemble au XII° siècle et surtout dans la coupe longitudinale intérieure, une vue restituée de l’église extérieure avec ses cloîtres, et les vieux bâtiments monastiques à côté des dessins plus primitifs du Monasticon, etc. Et l’on aurait à Lèves une des plus riches collections locales et des plus suggestives, qui ferait grandement honneur à l'esprit de conservation de l'administration de l’Asile.

A ce vœu nous en devons joindre un autre.

Si nous avons vu avec résignation extraire la porte d'entrée, si curieuse dans sa simplicité, pour la placer sous les cloîtres, il nous semble cependant nécessaire de maintenir intact en: sa place primitive le merveilleux tombeau de Jean de Salisbury. Combien suggestive et attrayante la petite absidiole du transept nord avec son tombeau, ses deux colonnes, son autel incliné et son ouverture mystérieuse sur la fontaine sacrée ! Combien imposants les deux gros piliers du chœur, et à gauche le développement du déambulatoire !

Les trois vues générales de nos fouilles ne donnent qu'une faible idée de l’attrait de ces ruines. Pourquoi ne pas dégarnir ces murs à l'extérieur, et leur laisser intact ce profil étrange de ruines exhumées, et toujours debout, projetant, après des siècles, leur ombre sur le sol primitif du XIT° siècle, agrémentées, dans les espaces libres, de quelques jolis massifs de fleurs qui par leur gracieux contraste rendraient encore plus saillantes les lignes grises des murs crevassés et des

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colonnes mutilées (1). La commission administrative aurait ainsi bien mérité pour l’étude de l’Architecture et de la Sculpture au XI siècle.

(1) Mais de grâce, qu'on ne laisse pas plus longtemps les terres s’effriter et couvrir de leur poussière les bases si gracieuses des colonnes, les herbes pousser drues et envahissantes dans les espaces vides et jusques dans les joints des pierres et dans le creux des moulures.

Nous apprenons, à la dernière heure, que le Comité des Monuments historiques, prenant en considération la requête que nous lui avons adressée, procède à ‘une enquête pour la classification de ces restes précieux d’un monument si remarquable. Son attention a été spécialement attirée sur l’ensemble de la chapelle de la sainte Vierge, avec le tombeau de Jean de Salisbury et l’absidiole munie de son autel (Planche XVIT), sur les bases des piliers B et C du transept (Planches XXV, XXXVIIT, XXXIX et XL) et sur le développement du déambulatoire du côté nord {Planche LXI) dont non seulement la conservation, mais aussi le maintien à leur place primitive s'imposent pour l'étude approfondie du plan, peut-être unique, de l’église abbatiale et de la sculpture d’ornementation au commencement du XIII siècle. |

Les futures constructions qui doivent s'élever tout près de ces ruines les laisseront intactes, et grâce à de légères modifications des plans antérieurs à nos fouilles, ne feront que favoriser la décision du Ministère des Beaux-Arts.

15 Août 1908.

Ca. Mérais, Chan.

Vannes. — Imprimerie LAFOLYE FRÈRES, 2, place des Lices,

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