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forme de l’époque de transition. C’est la forme adoptée en Ile-de-France dans les abbayes de Saint-Germain- des-Prés et de Saint-Denis qui sont du même temps. C’est ce même genre de pilier que nous retrouvons par la suite à la cathédrale de Paris en 1162.
« Etant donné les témoins de décoration réunis par le chanoine Métais nous avons pu établir que l’église abbatiale de Lèves, du moins à partir du transept, a été construite en pleine époque de transition, à cette époque ‘où les conctructeurs du nord de la France cherchaient dans leurs décorations à se libérer de l'inspiration des monuments romains pour ne plus suivre que celle de la nature. Cette innovation fut probablement faite par les Bénédictins dans la première moitié du XII siècle.
« D'ailleurs le chanoine Métais, grâce aux précieux documents du Cartulaire, a pu déterminer les époques de construction. D'après une de ces chartes, l'église était en partie livrée au culte en 1125, une autre nous apprend qu'en {151 le grand chœur était terminé. Ces dates très précises nous ont rendu grand service dans notre restitution.
« La porte de la nef est la partie la plus ancienne de l'édifice. elle date suivant les documents de 1117, époque de la fondation de l’abbaye, elle est romane, et rappelle par sa disposition celle de Galardon.
« Après la construction de la nef commencée en 1117 et achevée en 1123, l’architecteéleva les murs et piliers des transepts en partie au moins et toutes les chapelles ainsi que le déambulatoire qui devaient être voûtés.
« Il n’est pas douteux que l’église de Lèves ait été, comme toutes les autres, achevée par les grandes voûtes ; le contraire serait impossible, les grandes
voûtes poussant beaucoup, il fallait que les chapelles de l’abside et le déambulatoire fussent voütés en premier.
« C’est pour cela que nous trouvons les chapiteaux encore romans qui devaient faire partie du déambulatoire, tandis que ceux des colonnes du tour du chœur, sont de l’époque de transition. On voit de même au commencement du XII° siècle, à Saint-Germain-des- Prés et à Saint-Benoist-sur-Loire, des chapiteaux romans de colonnes engagées analogues aux nôtres. Tandis que dans les abbayes de Fontenay en Bourgogne, Saint-Benoist-sur-Loire, Saint-Rémi à Reims, Saint-Savin près Poitiers et du Mont Saint-Michel (cHrypte) nous retrouvons entre 1120 et 1160 des chapiteaux de colonnes isolées du style de transition tous très simples et dont certains sont presqu'identiques aux nôtres.
__ « Quant aux bases, elles sont restées les mêmes dans toute cette partie de l'édifice, faites sans doute en même temps ; elles sont analogues à celles des églises abbatiales de Fontenay en Bourgogne, de Saint-Rémi à Reims ou de Saint-Benoist-sur-Loire qui sont du commencement du XII° siècle.
« Nous avons aussi remarqué des petites bases et petits chapiteaux qui pouvaient vraisemblablement venir d’arcatures appliquées le long des murs au fond des transepts. D'ailleurs on retrouve une décoration analogue à Saint-Laumer de Blois vers 1200 et à Fontevrault un peu plus tard, à la Madeleine de Châteaudun et à Galardon.
« Les fenêtres jumelées du transept nord sont données par une gravure trouvée par le chanoine Métais et dans leur forme elles rappellent celles de Saint- Germain-des-Prés à la même époque.
Les fenêtres de la grande voûte sont inspirées par celles de Saint-Aiïgnan-du-Loiret et de Selles-sur-Cher, toutes deux de la même époque.
« La voûte de la nef était en bois. De quelle forme ? Aucun document ne nous l'indique.
« Quant aux autres voûtes, il faut distinguer les voûtes basses des grandes voûtes. Les premières, achevées vraisemblablement peu après en 1123, sont romanes ; en effet, à l’église abbatiale de Morienval en Ile-de-France, vers 1125 on faisait, dans le déambulatoire, pour la première fois probablement, l'essai de voûtes gothiques, c'est-à-dire à remplissage indépendant posant sur des arcs diagonaux indépendants. Ces voûtes sont très petites. Mais alors, les moines de Lèves, vers 1140 ou 1145, lorsqu ils firent leurs grandes voûtes, connaissaient le voütage gothique, ëet en appliquèrent le principe. Nous en avons la preuve par des claveaux moulurés (page 179), qui par leur forme ne peuvent provenir que des nervures diagonales de grandes voûtes ; ils ont le même profil que les nervures du déambulatoire de Saint-Germaindes-Prés (1140 environ). Les voûtes de Saint-Laumer de-Blois, commencées en 1138, ont des nervures analogues. On voit que les moines de Lèves devaient être très avancés dans la construction des voûtes, puisqu'ils faisaient déjà des voûtes ogivales à grandes portée, alors qu'en Ile-de-France (un des pays d’origine de l’ogive) à Saint-Germain-des-Prés, on n'avait encore fait, en 1140 environ, que des voûtes d’ogive de petite portée sur le déambulatoire ; et à Saint-Denis les voûtes du déambulatoire furent faites seulement entre 1140 et 1144. Les grandes voûtes de la nef de Saint-Denis remontent à 1150 environ et celles du
chœur de Saint-Germain-des-Prés à 1163, tandis qu’on faisait déjà en 1130 des voûtes d’ogive dans le narthex de l’église abbatiale de Vezelay. Les grands arcs de la grande voûte étaient plus probablement pleincintre comme à Saint-Germain-des-Prés dans la nef.
« La voüte du chœur se termine en cul-de-four. À cette époque, en effet, on n'avait pas encore essayé, même en Ile-de-France, de voûter des absides circulaires de grandes dimensions autrement qu'en cul-defour. La petite abside de Quesmy (Oise), qui date de 1150, est une des premières qui, bien que circulaire, fut voûtée avec des arcs d’ogive. Le chœur de Saint- Germain-des-Prés dont l’abside est voütée d'ogive ne date que de 1163. Au contraire, à Saint-Laumer de Blois, on commencait en 1138 la voûte en cul-de-four du chœur tandis que les autres grandes voûtes se faisaient en même temps d’ogive. |
«€ La gravure du Wonasticon Benedictinum (PI. ID ne nous laissait aucun doute sur l'existence d’un clocher à la croisée du transept, voir même sur sa forme octogonale ; car, silest vrai qu'il se soit écroulé avec une partie des voûtes, l’amorce en était restée, et e’est sur cette base tronquée qu'on aura r'eposé une nouvelle couverture.
€ Il est à remarquer que la croisée du chœur et des transepts est très large (12 mètres passés) ; aussi on comprendra que les arcs de cette croisée qui portaient le clocher devaient donner à leurs piliers une forte poussée. C'est pour cette raison que nous avons cru devoir faire, dans notre plan-restitution, un pilier solide de chaque côté dans le chœur avant les colonnes. Ce pilier semblait être nécessaire pour la stabilité du clocher lui-même. D'ailleurs il n’a été retrouvé en cet
endroit dans les fouilles aucune trace de soubassement ni de colonne ni de pilier, mais simplement un sol très ferme qui est presque de la pierre de marne. Il est évident qu'il y avait là un support quelconque dont les derniers soubassements ont été retirés en 1791 lors de la démolition. À Saint-Laumer de Blois, qui avait aussi un clocher sur la croisée, nous retrouvons deux piliers dans le chœur, après le gros pilier d'angle ; à Paray-le- Monial, qui possède aussi un clocher central, nous voyons encore un pilier dans le chœur après celui d'angle. Dans certaines églises, qui ont un clocher au centre, on ne trouve dans le chœur, après le gros pilier d'angle du transept, que des colonnes, mais on doit alors observer que le chœur est beaucoup plus profond comme à Saint-Germain-des-Prés, qui au lieu d’un clocher sur la croisée en avait un de chaque côté sur la première travée du déambulatoire ; encore, doit-on remarquer à Saint-Germain-des-Prés, non seulement un pilier après celui d'angle des transepts, mais aussi le mur qui relie complètement deux piliers. Toutes ces dispositions sont prises pour la stabilité en raison des grandes poussées que donnent les arcs portant les clochers. D'ailleurs on sait que le clocher de Lèves s’est écroulé ainsi qu’une partie des voûtes tout au moins au XIV° siècle, alors que, par manque de ressources ou par suite des malheurs de la guerre, on n’a pas cru devoir rétablir les deux chapelles donnant sur la première travée du déambulatoire. Ces chapelles, quoique construites en assez mauvais matériaux devaient, pour une bonne part épauler la poussée du clocher.
« Ce clocher devait donc être octogonal comme ceux des abbayes de Paray-le-Monial en Bourgogne et du Dorat entre le Poitou et l'Auvergne. Mais n'oublions
pas que nos moines de Lèves semblent s'être inspirés plutôt des abbayes de la Loire et de l'Ile-de-France ; aussi avons-nous cru devoir faire un clocher rappelant ceux de ces régions; Saint-Ours de Loches (Loiret) vers 1165 a des clochers de ce genre extrêmement simples encore à cette époque. Le clocher de Lèves devait se construire au milieu ou dans la seconde moitié du XIT° siècle, aussi a-t-il pu avoir quelque analogie avec celui de Chartres qui fut fait dans le même temps. À la même époque aussi s’élevaient, dans la vallée du Loir le clocher de l’abbaye de Vendôme, et en Ile-de- France celui de l’abbaye de Saint-Leu d’Esserent vers 1130. C’est le clocher octogonal qui dans le style gothique devait l'emporter sur le clocher carré.
« Les deux gravures que nous possédions nous montraient un cloître placé au sud de l’église encadré par . la nef et le transept de droite. Nous ne savions au Juste à quelle dateil avait été construit ; mais on voit encore le long du petit ruisseau voisin (PI. LVIT) 8 bases semblables, les unes en une pierre et les autres en deux, et deux autres bases également semblables servent de chapiteau à une colonne ronde de soutènement dans une cave à quelque distance de là. Ces dix bases sont quadrangulaires cantonnées d’une colonnette engagée à chaque angle ; elles ont des profils du XIII° siècle de l'Ile-de-France. Nous avons aussi remarqué d’autres petites bases à deux colonnettes plus anciennes et des fragments de füts et de chapiteaux pouvant dater de 1200 à 1220 environ. Ce sont ces restes qui nous ont guidés dans le plan de restitution du cloître. Il est bon de remarquer que ce cloître ne devait pas être voüûté. C’est pour cela que les points d'appui qui le supportent sont d’assez petites dimensions. »
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