Petit moulin
MbEure
Au nord, chemin de Lèves à Saint- Prest.
A l’angle gauche, sur l'Eure, le moulin de Lèves.
D seen e
à l'église, entrer à l’église, placer un don sur l’autel », deviennent de plus en plus fréquentes (1).
En 1151,.le 24 septembre, le grand chœur de l’église était certainement achevé, le maitre-autel y était élevé et les stalles posées, et c’est au milieu du chœur que les moines préparèrent avec grand soin le tombeau de leur fondateur : « monachis in ecclesia, in medio chori sui, locum quo tumulandus erat, propensiori sedulitate preparantibus (2). »
L'évèque de Chartres, Goslein de Musy, avait convoqué pour cette sépulture solennelle les abbés des monastères voisins de Saint-Père, de Saint-Lômer-de- Blois, de Saint-Cheron, de Saint-Jean-en-Vallée et les dignitaires de son Chapitre. Lui-même, d’ailleurs, fit beaucoup pour l’abbaye et l’épitaphe gravée sur son tombeau proclame qu'il fit de grandes dépenses pour édifier l’abbaye et que les siècles admirent son œuvre pieuse :
« Cujus secula mirantur religionis opus Josaphat abbatiam... innumeris sumptibus edificas (3). »
(1) « Ecclesiam Radulfus intravit.. super altare oblationemfecit. » (Ch. IX); — Ad idem monasterium venit... convocato in capitulum conventu... ad ecclesiam procedentes... super altare B. M. pariter obtulerunt (ch. XX VI); — Josaphat in capitulum venit... deinde in ecclesia super altare donum fecit » (ch. LVII) — « Expetiit ecclesiam B. M. Josaphat (1141, ch. CXIII) — Tum vero inde pergentes in ecclesiam donum super altare $. Mariæ posuit (Ch. CLII). Voir ch. XI, XIX, XXI, XLVIII, LXXIV, LXXX VIII, XCIT, CVITI, CXIN, CXLIX, CLVIIT, CLXX VII, CLXXXI, CLXXX VL.
(2) Charte CCI.
(3) Bibliothèque Nationale, mss. latin 12677, Histoire abrégée de Notre-Dame de Josaphat, par D. Buttreux,f. 22. Parthène, par Sébastien Rouillard, 1609, f. 37.
LE
En 1156, une charte de l’évèque Robert donne la conviction que l’église avait déjà reçu une première consécration, car il y est dit que le monastère a été construit en l'honneur de la Vierge Marie et de saint Jean l'Evangéliste (1). Ce qui suppose une dédicace de l’église. D'ailleurs Robert avait lui-même beaucoup dépensé pour les constructions de l’abbaye (2).
Enfin l’œuvre était parachevée peu après 1168, et la dédicace solennelle de l’église fut faite par Guillaume aux Blanches-Mains, archevêque de Sens, légat du Saint-Siège, et en même temps évêque de Chartres. L'acte de consécration n’est pas daté, mais le prélat avoue que c'était la première cérémonie de ce genre qu'il célébrait (3). Le Gallia Christiana l'indique le » des calendes de juin, 28 maï 1169 (4), conformément aux différents martyrologes de l’abbaye qui tous mentionnent cette dédicace au 28 mai (9).
(1) Pio interventu beatissime Virginis Marie et beati Joannis evangeliste in quorum honore monasterium Josaphat fabricatum est. Ch. CCXXX.
(2) « LX libras ad edificationem nostri monasterii nobis delegavit, »
(3) Ch. CCLXIIT : « Quoniam ecclesia B. Marie de J. prima sit omnium quas consecravimus, »
(4) In ecclesia que dedicata est V idus junii anno MCLXIX a Guillelmo T°, episcopo Carnotensi, sub nomine beate Virginis Assumpte et S. Joannis evangeliste.
(5) « V idus Junii... Ipso die, Carnoti apud Josaphat, dedicatio ecclesie in honore Beate Marie et beati Johannis evangeliste, XII lec- : tiones. » (Bibliothèque Nationale, mss. 10104 f. 38). — V idus junii, eodem die dedicatio ecclesie B. Marie Josaphat (Bibliothèque de l’Arsenal, mss. 933, fol. 44, 70).
— Vidus junii, Carnoti apud Josaphat, dedicatio ecclesie in honorem Beate Marie et S. Johannis evangeliste {Pibliothèque de l’Arsenal, mss. 1008, p. 366).
3°. — Réparations de l’église.
Ce monument, dont les proportions grandioses et les détails si gracieusement et artistement ornés feront bientôt notre admiration, mais peut-être trop hâtivement construit et en matériaux défectueux {l), eût rapidement besoin de grosses réparations. Les malheurs des guerres du XIV° siècle, les troubles religieux du XVI® lui furent des plus funestes.
En 1351, dans linformation faite par l’Official pour obtenir la jouissance d’un canonicat en faveur de l’abbaye, on reconnait la nécessité d'une dépense de 500 # pour réparer les édifices (Cartul. ch. DXXX VIT).
En 1360, après la bataille de Poitiers, « les Anglais tournèrent leurs armes contre Chartres pour l’assiég'er : « aux environs de laquelle ils firent de semblables dégats ; l’abbaye (de Josaphat) et le manoir de Generville ne furent point exempts de saccagements », auxquels la paix du 8 mai 1360 mit fin.
En 1361, les religieux avouent que le monastère était ruiné : « propter guerras taliter existitit redditibus attenuatum... cujus edificia propter dictas guerras subversa fuerint penitus et destructa (Cartul. ch. DXXX VIII).
Les chroniqueurs, dans leurs notices des abbés Jacques, vers 1408, et Gilles de Sailly, vers 1420, disent que l’abbaye fut rendue presque déserte et fut saccagée
(1) Nous trouverons dans les murailles des pierres de marne taillées, très tendres et très gélives, extraites soit des carrières voisines de la Grappe, soit des carrières situées en face de l’abbaye, encore exploitéees au XVIL siècle et transformées aujourd'hui en caves de l’Asile d’Aligre,
par les gens de guerre Anglois et Bourguignons et Armagnacs. » |
En 1431, « la ville de Chartres, aiant été réoccupée par surprise par les François sur les Anglois, les religieux de l’abbaye furent aussi souvent visités des guerriers François qu’ils l’avoient été des Anglois ; ce qui acheva la ruine entière tant du monastère que des manoirs ». Aussi les moines obtinrent du roi Henri de « se retirer à Fermetot pour y prier Dieu arrière le tintamarre des armes, ne pouvant demeurer à Josaphat, à cause que les soldats, au sujet de la prise de la ville de Chartres, y étoient souvent ».
Un état des maisons et possessions de l’abbaye dressé en 1464 ajoute ce détail : « Du temps des Anglois et des Navarroys, ladite église fut abattue, c'est assavoir le chœur, la tour où étoit une très belle lanterne par manière de clocher, et la chapelle Notre- Dame, qui depuis les guerres darnières passées ont été réédiffiées et réparées par ledit Michel, abbé de présent (1442-1471). » (Cartulaire, ch. DXLVII.)
Les religieux ne restèrent point inactifs devant ces désastres, et ils purent susciter nombre de donations pour la restauration de leur église.
En effet en 1466, un chanoine de Chartres, nommé Thuriau, voyant la nef de l’église détruite et brülée (la voûte était en bois sans doute) donnait 100 écus d’or pour la rétablir (1).
(4) VIT idus maïi anno Domini M° CCCC° LX VI, obiit venerabilis vir magister Turianus, canonicus Carnotensis, qui dedit nobis centum scuta auri ad reparationem navis nostre ecclesie que destructa et combusta fuerat.(Nécrologe): Obsessa anno 1466 urbe Carnotensi, combusta est (per) majorem partem cœænobii basilica, reliquæ ædes pariter incendio consummatæ. » {Gallia Christiana.)
En 1487, dit encore le Nécrologe, au 7 des ides (6 aoust), Jeanne la Garinotte légua 100 francs d’or pour la réparation de la chapelle de Notre-Dame (1).
— Le 10 novembre, Pierre Ferrant offrit 10 écus d’or pour réparer l'église et acheter un calice d'argent (2). — Le 4 des calendes, 28 juin, Isabelle la Jourdaine et Guillaume Jourdain, son premier mari, donnent 200 florins « pro reparatione ecclesie nostre » — Robert Prévost fait une aumône de 4 livres 7 sols pour la réparation du chœur. — Un nommé Pierre Pasquier. prieur claustral et secrétain de Josaphat fit rebâtir une arcade de la chapelle de la Vierge; (3 des ides d'avril); — Enfin Mathieu de l'Eau légua 300 livres et le reste de ses biens après l'exécution des autres clauses de son testament, laquelle somme sera employée aux réparations du monastère. » (2 des ides de mars).
Ces dernières donations n’ont pas de date, mais si nous relisons les notices des abbés du XV° siècle, nous en trouverons l’emploi cerrélatif.
Sous Pierre IT (1422-1427), les religieux avaient été réduits à se faire « de petits logements dans les ruines des grands lieux réguliers, où ils demeuroient séparés les uns des autres, et l'un d'iceux avoit fait un jardin dans le grand réfectoire (3). »
Michel de Bonnemain (1443-1471) « fit réparer les bâtiments du monastère qui avoient été ruinés par les
(4) VIT idus augusti, anno Domini M° CCCC? octogesimo septimo, dedit nobis Johanna dicta la Garinotte 100 francos auri pro reparacione capelle Beate Marie.
(2) Dùs Petrus Ferrant dedit nobis 10 scuta auri ad reparationem ecclesie nostre et unum calicem argenteum.
(3) Dom Buttreux, L. c., chap. XV.
vens de guerre, à quoy contribuèrent beaucoup plusieurs pieuses personnes » et le chroniqueur nomme les bienfaiteurs énumérés ci-dessus.
« L’écusson de cet abbé est à la grande porte de la nef de l’église », et le Vécrologe au 25 mai loue son zèle à restaurer l’abbaye :
« Abbas istius quem reparare loci curavit (1). »
En 1487, l'abbé Jean Nepveu fit rebâtir la chapelle Notre-Dame ruinée par les gens de guerre (2). André de Moutain (1502-1521) poursuivit cette œuvre :
« Hoc cœnobium totum ferme dissolutum quoad potuit instaurare curavit (3). »
Les guerres de religion ne furent pas moins funestes au monastère et à l’église. Tous les historiens reprochent aux protestants, en termes amers, la violation des tombeaux qui ornaient l’église.
. € Post annum 1564, Calvinistæ furentes locum ipsum invaserunt et regulares ædes maximis cladibus affecerunt », dit le Gallia Christiana.
Le chroniqueur de l’abbaye n’est pas moins affirmatif: « Les huguenots faisant de continuels ravages et massacres dans tous les lieux catoliques sans deffenses, obligèrent M" les abbés et religieux pour la conservation de leurs titres, de les déposer dans la ville de Chartres, que ces rebelles à Dieu et au roy vinrent inutilement assiéger en 1568, les environs de laquelle ils pillèrent et saccagèrent (4), ainsi que tous les monastères qu'ils rendirent déserts ; mais ayant été
(1) Nécrologe au 23 mai.
(2) Dom Buttreux, chap. XV.
(3) Nécrologe au 24 septembre.
(4) Il a été trouvé récemment un boulet en fer dans un jardin contigu au clos de l’abbaye.
chassés de Chartres, M. l’abbé Francois de Boulières ou de Belliers (1556-1572) retira ces titres en 1569 et les mit entre les mains du receveur de l’abbaye pour être en suite mis dans le trésor de ses archives. »
« De sorte que nous pouvons dire que le monastère a été ruiné diverses fois, comme étant voisin de la ville de Chartres, laquelle ayant été assiégée, et souvent prise, à été cause de la ruine de Josaphat... Et il se voit dans un procès-verbal qu’il y avoit au cloître, avant sa ruine, /» pilliers, le débris desquels paroit encore tant par des commencements d’arcades que par les morceaux des pilliers qui traînent dans le monastère ; de sorte que, quand on établit les religieux de la congrégation Saint-Maur en l’an 1640, les religieux furent obligés de loger quelques années dans le logis abbatial. »
« Les religieux de ladite Congrégation souttrirent
bien des incommodités les premières années, étant sans clôture de tous costés.… redevenus pauvres comme au commencement : « Pauperibus monachis de Josaphat. »
« Il y eut jadis au monastère 50 religieux prêtres, sans comptcr ceux qui n'étoient pas destinés pour le chœur; ce qui ne semblera pas incroyable à ceux qui verront la grandeur du cloître de présent, les anciens fondements du dortoir et la grande cuisine, sur la ruine d’une partie desquels on a basti les bâtiments de présent, le dortoir ancien ayant été raccourci, et la grande cuisine ruinée, que plusieurs personnes encore vivantes ont vu achever de ruiner pour la commodité des bâtiments du présent, ou plusieurs anciens fondements quise trouvent tant en divers endroits dans les Jardins que dans les cours. »
Mais les moines n'ont jamais reculé devant une ruine à relever ; et si la charité publique est moins féconde, ils prendront sur leur maigre pitance et donneront le travail de leurs mains pour relever l’abbaye bien aimée.
C'est ce que firent nos religieux du XVII° siècle. En ‘1642, Henri de Rothelin, abbé commendataire « fit prendre à constitution la somme de 10.000 livres pour ‘estre employées à la réparation et quasi réédification des bâtiments du monastère... Ce fut aussi en ce temps que fut fait le grand autel de l’église, l’ancien estant ruiné et trop incommode, et par mesme occasion fut relevé le pavé de l’église et rehaussé partout, à cause que les eaux incommodoient fort l'hiver ceux qui venoient à l’église faire leurs dévotions ».
Nous trouverons en effet partout ce remblai qui n’a pas moins de 0.60 à 0.70 centimètres d'épaisseur et qui a si bien protégé les fines sculptures du tombeau de Jean de Salisbury et les jolies bases des colonnes et des piliers.
Gabriel de Rothelin, frère du susdit abbé, lui succéda (1651-1714), et traita de même avec les religieux « pour les réparations de l'église et du cloistre ». Les bâtiments ainsi reconstruits sont ceux qui existent encore aujourd'hui, disait en 1728, Mathurin Corigoust, receveur de l’abbé.
Ces ruines, ces restaurations successives n’ont pu qu'enlever au monument son aspect primitif. Les voûtes tombées, plusieurs chapelles détruites, abandonnées -ou transformées, les tombes des évêques de Chartres, des abbés et des bienfaiteurs, violées, déplacées, ren- : dues méconnaissables. C’est ce que reconnait D. Bu- “treux : € La chapelle du Chapitre est maintenant démolie. On n’est pas asseuré du lieu des anciennes cha-
Cliché de la Société Arch. de Chartres.