‹ Eglise de St. François d'Assise [microforme]Chapitre 6 sur 7 · DEN · texte numérisé non relu

DEN

Quels enseignements touchants pour l’âme que ces temples admirables si remplis de la majesté de Dieu ! quelles leçons pour la piété et le cœur de l’homme, en ces reproductions si belles des Saints Mystères, et de l’héroïsme des Saints !

Il n’y a pas de livre, ni de langage qui parle d’une manière plus éloquente de l’excellence des vertus chrétiennes, que ces figures de saints et d’anges aux traits si purs et si élevés, aux attitudes si pieuses et si touchantes.

CL -que dit Vasari des productionsde Fra Angelico peut s'appliquer aux merveilles d'Assise : On voit en ces ‘“ peintures quantité de saints et de saintes, si parfaits ‘€ dans leurs attitudes et avec des airs si doux et si purs “ quel’on éprouve un charmeincroyable à lescontempler.

‘ On sent que dans le ciel, ils ne pourraient être ‘ autrement, et la délicatesse de leurs expressions est ‘# telle qu'on les dirait peints de la main des Anges et ‘ mon des hommes. C’est à ne pouvoir s’en rassasier, “ et ils paraissent toujours nouveaux et touchants à ‘6 voir. (1)

Quelle influence la vue de toutes ces merveiiles n’exerçait-elle pas sur les fidèles qui voyaient si fidèle. ment reproduits et si magnifiquement commentées et interprétées les grandes vérités de la Religion. Et, comme disait Buflamalco, lui qui peignit la chapelle de Ste. Catherine et celle de Ste. Madeleme: ‘ Tout notre but, en peignant les Saints et les Saintes sur les

(1) Vasari, histoire des Peintres, Vita di Fra Angelico,

Ag Paume

murs et dans des tableaux, est dé rendre les hommes plus pieux et meilleurs.” (1)

Enfin après avoir admiré cette église, on monte un escalier en spirale, un chef-d'œuvre d’ornements, qui nous conduit au sanctuaire supérieur qui a la longueur et la largeur de la nef inférieure, mais qui est beaucoup plus élevé ; environ 60 pieds de hauteur. Dans les trois sanctuaires, nous dit F, Ozanam, l'architecture avait dû représenter les trois stations de l’homme: sa vie avec ses combats, avec ses souffrances, et ses espérances, dans l'Eglise moyenne ; en bas, la mort avec ses horreurs et ses tristesses ; enfin en haut, les joies, les magnificences et les beautés du Paradis. (2)

Ici, toutes les beautés déjà vues sont effacées par de plus grandes splendeurs ; au lieu des voûtes surbaissées et ne laissant passer qu’une lumière confuse, où l’on ne pourrait presque rien distinguer sans les lumières des autels et les cierges des pèlerins ; ici, le jour passant par des fenêtres nombreuses et d'immenses verrières fait tout resplendir aux ‘“lartés éblouissantes de la lumière: du ciel. |

Ceux qui ont visité la Sainte Chapelle de Paris, et la chapelle St. Stephens, dans le palais de Westminster, à Londres, ou qui en ont vu des reproductions bien faites, peuvent avoir une idée de cette Eglise qui a le même style de décoration, mais qui en a quatre ou cinq fois les dimensions.

Sur cette longueur de 228 pieds, douze faisceaux de

(1) Vasari, Vita di Buflamialco.

(2) Ozanam, St. François d'Assise, Tome V.

colonettes s’élancent du pavé et vont se croiser dans les voûtes,encadrant des vitraux et des rosaces magnifiquee, ainsi que les parois de l'Eglise qui complètent

et continuent la décoration des verrières, et repro-

duisent les Saints Mystères, les pieuses légendes, et les grands personnages de l’histoire sacrée.

L'or brille en mille filets dans les torsades des colonnes, dans les ornements des chapiteaux, dans les dessins des nervures, dans les encadrements et dans les étoiles de la voûte, c’est comme un jaillissement continuel d’une flamme merveilleuse qui dessine les lignes hardies et multiples du sanctuaire, et le fait resplendir d’un éclat tout céleste.

Ce n’est plus la terre avec ses obscurités, ses peines, ses anxiétés ; partout, c’est le ciel avec ses splendeurs et les ravissements de l’extase.

‘6 Sous cette voûte qui, comme un dais aérien, ‘“ semble ne pas s'appuyer sur la terre, parmi les scintillements de l’or et les rayonnements de la clarté transfigurée par les vitraux, dans cette infinie broderie de formes élancées et entre-croisées qui s’enchevêtrent comme une parure royale, l’homme se ‘€ sentait transporté tout vivant dans le Paradis.”

Trois rangs de peintures à fresque couvrent les murs de l’église, en haut les faits de l’Ancien Testament, depuis la création jusqu’à Moïse en seize sujets, où tout est empreint de gravité, d'une majesté touchante dans la reproduction du Créateur et des Saints Patritrches ; ceux qui ont vu les mêmes sujets dans les loges de Raphaël peuvent reconnaître les traits prin-

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…— 23 — ‘ cipaux de cette grandeur et de cette dignité divines dont les anciens n’avaient aucune idée, et dont Raphaël a profité en y ajoutant, il est vrai, une perfection de dessin à laquelle on n’était pas encoie arrivé. Mais en ces naïfs tableaux d'Assise que de trésors de sentiment, de pureté angélique, et de simplicité biblique! Au second rang dix-huit sujets relatifs à l'Evangile depuis l’Annonciation jusqu’à la Pentecôte. N. S. et sa Sainte Mère, les Saints Apôtres, les Saintes Femmes ont trouvé là une âme pleine de foi et d'amour pour les comprendre, les reproduire, les rendre corame vivants aux yeux; et, comme a dit Vasa!i, on ne peut se lasser de les voir et de les aimer, et on ne peut s’imaginer qu’ils aient eu dans leur extérizur et leur expression rien de plus touchant, que ec que Güotto à si merveilleusement reproduit.

- Enfin, au troisième rang et en-dessous des fenêtres, à la hauteur du spectateur, on voit vingt-huit sujets représentant la vie de St. François, mise en regard des merveilles de la vie du Sauveur, dont il a été la plus parfaite image dans tout le cours des siècles, Sa pauvreté, son renoncement, ses pénitences, ses extases, ses stigmates, ces épreuves, ses miracles, sa mort et les prodiges qui ont entouré ce tombeau. Les pierres parlent avec une expression qui ravit les âmes et leur montre, dans sa vérité, cette vie toute céleste et séraphique. Ajoutez à cela la prière et le recueillement des religieux, leurs chants faisant retentir les voûtes sonores, eb vous aurez une idée de cette image du Paradis sur la terre que le Dante à si bien exprimé,

lui, le contemporain, l’ami et le conseiller du Gotto : l'artiste et le poëte, en ces temps merveilleux, s’inspiraient l'un l’autre et se revélaient les sentiments qu'ils avaient du Ciel :

Une lueur, dit Dante en son Paradis, parcourut la forêt en toutes ses parties, si brillante que je doutais si ce n’était pas un éclair, et une douce mélodie courut dans l’air lumineux.

‘ Devant nous l’air comme un grand feu brillait sous les verts rameaux et le douxson devint un chant clair ‘ et distinct,

+ ‘ Des Candélabres d’or flamboyaient les uns audessus des autres et ‘ derrière ces candélabres, de saints personnages vêtus de blanc.

k ‘ Non, jamais telle blancheur ne brilla ici-bas. ...,

* * À mesure que l’on considère ces merveilles, et qu’on s’aban-

donne aux impressions qu'elles excitent dans l'âme, on admire les prodiges de la vie de ce saint et l'influence qu'il

a eue de son temps, et dans les siècles qui l'ont suivi jusqu’à nous.

Comn.e on le voit en ces saints tableaux, le saint d'abord méconnu et meprisé, finit par ravir la foule et l’entraîner sur ses pas ; il la charmait par ses discours si ardents, et si pleins de la vraie science de l'Evangile, il l’instruisait aussi par des vers et des cantiques admirables qui répondaient à la sainte exaltation d'une âme pleine de zèle et d'amour.

En même temps cet élan si vif, si grand, si élevé était sauvegardé par l'humilité la plus profonde et la simplicité la plus vraie.

De 1207 à 1220 il parcourut toute l'Italie, prêchant la pénitence, la pauvreté, l'amour du crucifié, et avec un tel succès que tandis qu'il n'avait pu gagner au bout d'un an qu’un ou deux compagnons, à cette époque de 1220 il avait fondé soixante maisons de l’ordre nouveau qu'il avait institué et que dans une réunion générale de ses disciples à Assise il en compta cinq mille. Ce sont les faits de cette période qu'on trouve reproduits dans ces saints tableaux d'Assise dûs au Giotto.

Cependant il n'avait pas passé tout ce temps en Italie. après avoir obtenu l'approbation de ces règles du Pape Innocent III, il s’en alla dans l'Orient pour prêcher et convertir les Sarrasins, ensuite il accompagna l’armée des Croisés en Egypte. Il avait été trouver le Saltan d'Egypte et il porta le défi aux prêtres de Mahomet d’entrer avec eux dans le feu pour soutenir la vérité de leur doctrine. Kn Espagne, où il dirigea alors ses pas, on conserve, dans plusieurs couvents franciscains, le souvenir de sa prédication dans les villes principales. Etant revenu en Italie, il continua ses travaux. Et combien les souvenirs de ses œuvres sont précieux à se rappeler à Assise, le centre de la grande institution fondée par François. Combien est précieuse aussi, la pensée de tout le bien qui, de ce sanctuaire, s’est étendue dans l’univers, depuis ce temps jusqu’à nous.

Après la mort du saint arrivée en 1226, son œuvre se répandit par toute la terre où fut renouvelé partout la sève de la vie religieuse et de la vie chrétienne, Les Bénédictins eux mêmes qui depuis longtemps avaient perdu leur première ferveur, éprouvèrent le plus grand bien &e cette apparition d’un ordre nouveau si rempli de l'esprit du Sauveur ; les

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