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La procession se dirige des deux côtés de la frise vers les trois figures de la Sainte-Trinité, lesquelles sont de taille colossale, et remplissent tout le rond-point de la voûte. " Elles sont peintes dans le genre de celles que l'on trouve à San Miniato près Florence, la chapelle palatine de Païenne, et Saint Pierre de Montrouge à Paris," me dit M. Mélodie.
Quelques personnes ont trouvé ces figures trop grandes; mais si on les faisait plus petites dans ce vaste champ de la coupole du chœur, elles n'auraient plus l'importance que leur impose toute la composition.
Une œuvre de longue haleine, exécutée avec autant de succès, place M. Meloche parmi les jeunes qui n'attendent pas le nombre des années... La ténacité et l'enthousiasme qui distinguent ce travailleur nous promettent des décorations d'église, qui seront à la fois pour la gloire de Dieu et le plaisir du cœur et de l'esprit. L'éducation artistique de notre peuple s'en ressentira.
La forme de la voûte étant surélevée et les fenêtres trop loin, il a fallu que le peintre s'éclairât à la lumière du gaz pour travailler.
Cela lui a rendu le travail du coloris plus difficile ; il lui fallait prévoir l'effet qu'aurait, le jour, l'agencement des couleurs posées à la faveur de lumières artificielles. Voilà pourquoi certains tons et certaines draperies n'ont pas toute la vigueur qu'ils devraient avoir, selon moi.
Je dois dire quelques mots aussi de la décoration en général. Je me permets de citer des extraits de l'article de M. Dupuy, du Canada Artistique :
Celte église de Saint-Vincent de Paul est une des plus belles du pays, et il faut aller la voir pour se pénétrer de toutes ses beautés, et l'admirer comme elle le mérite.
Les artistes ont droit à toutes nos félicitations : M. Meloche, pour la manière large et aisée dont il a traité la grande frise; et M. Venne, l'un des associés de MM. Perrault et Mesnard, pour la science et l'habileté qu'il a déployées dans la conception et la surveillance de l'exécution des plans de décors.
En se plaçant à la porte d'entrée et en marchant vers le chœur, les regards sont de suite attirés sur la voûte fond d'azur, parsemée d'étoiles qui augmentent de richesse à mesure qu'elles avancent vers le sanctuaire. A la première travée, ces étoiles sont d'argent ; à la seconde, d'or, traversées d'une voix lactée; à la troisième, d'or également, avec trainées lumineuses.
L'œuvre la plus importante comme peinture est la grande frise de la voûte. Là, le talent de M. Meloche se montre en entier comme conception et comme facture. Sur cette frise il a peint une procession de saints, qui se dirigent vers la coupole du chœur. Les personnages, plus de cent, de grandeur naturelle, conçus et exécutés d'après le style des Primitifs, ont un grand caractère de piété et de foi. Ils sont divisés en douze groupes : des Apôtres, des Docteurs, des Fondateurs d'Ordres, des Fondatrices d'Ordres, des Reines, des Rois, des Patrons de corporations, dès Confesseurs, des Pénitentes, des Evêques, des Martyrs, des Saintes Femmes. Saint-Vincent de Paul, comme patron de l'Eglise, est
représenté deux fois : à la tête des Fondateurs d'Ordres, et des Confesseurs. Cette procession est une page saisissante qui rappelle les œuvres des artistes si croyants du Moyen-Age.
A la voûte du chœur sont les trois personnes de la Sainte-Trinité, de grandeur héroïque. Leurs attributs sont peints au-dessus d'eux dans des couronnes de têtes d'anges. Les Séraphins, les Chérubins, les Anges, avec leurs ailes à demi déployées, sont placés sur la zone, à fond rose guilloché d'or, qui sépare le chœur de la nef.
Une frise à fronton sur fond d'argent, où courent des rinceaux de grande allure, surmonte la série de panneaux, où seront peints plus tard les principaux traits de la vie de Saint-Vincent de Paul.
Au fond du chœur, et à moitié hauteur, est posée une magnifique draperie drap d'or, d'un fini si parfait, d'une exécution si réussie, qu'elle donne l'illusion complète d'une véritable étoffe.
Toutes les arcades de l'église reposent sur un faisceau de colonnettes gris perle, cerclées d'or, surmontant une forte colonne de marbre St. Barthélémy; sur les chapiteaux des colonnes et des colonnettes sont des feuillages or et argent d'une délicatesse et d'une légèreté surprenantes.
Dans toute sa longueur le saint temple est entouré de deux bandeaux contenant des textes latins se rapportant aux œuvres et aux mérites des saints de la procession.
Nous ne pouvons terminer cette description de l'intérieur de l'église de St. Vincent de Paul, sans faire allusion aux magnifiques gazeliers et lustres fabriqués par la maison R. Mitchell et Cie. Ces lustres en cuivre poli sont les plus beaux qui aient été faits jusqu'à ce jour.
Les autels et les stalles du chœur sculptés par le regretté A. Lavigne sont tout simplement superbes et dignes de figurer dans une église comme St. Vincent de Paul.
Les travaux de menuiserie générale et de sculpture ornementale, entrepris par MM. Boileau Frères, font honneur à ces messieurs, car ils sont consciencieusement et habilement exécutés.
Depuis les jours de Légaré, Parthenais, Bourassa, et quelques autres, que de vaillantes jeunesses sont entrées dans la'carrière ! Nous avons à présent un petit inonde artistique. Le mouvement s'accentue de jour en jour. Les écrivains ont invité les classes dirigeantes à appuyer et seconder de louables efforts ; une transformation s'est opérée dans le goût des Canadiens. Aux images grossières taillées sans égards pour l'idéal et la vérité, ont succédé des dessins qui n'ont plus rien de vulgaire et qui apparaissent de toutes parts, aux applaudissements de la foule. Le bon goût est réveillé, il ne se rendormira pas. L'avenir est ouvert — quoique la porte en soit encore étroite — mais les artistes passent partout ! Ceux-ci, à force de piocher et de produire, ont forcé l'attention publique à se tourner vers eux et à comprendre qu'ils luttent pour le pays encore plus que pour eux-mêmes. Le Grèce, l'Italie, la France ont toujours considéré les artistes comme de glorieuses exceptions parmi leurs citoyens. Nous ne sommes pas beaucoup éloignés de cette manière de voir à présent. Encore une poussée et le Canada artistique existera.
Que les gouvernements, qui, au dire de L. Fréchette, paient double
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les travaux matériels qu'ils font exécuter, et procèdent d'ordinaire à l'inverse lorsqu'il s'agit d'oeuvres artistiques ; que les gouvernements, dis-je» viennent en aide à nos artistes. Et, comme vient de l'écrire le même auteur, pour un peu de cet argent qui serait dépensé quand même après tout, les artistes lui fourniront de la gloire, et de la bonne et belle — pas teinte de sang ni mouillée de pleurs, celle-là !
Et les étrangers nous admireront ; et nos enfants seront fiers de nous ; et la mémoire de nos hommes publics vivra, car les protecteurs des arts sont plus vénérés que les guerriers et les conquérants.
La province de Québec, par le nombre et la valeur de ses architectes, peintres, dessinateurs, sculpteurs et écrivains, est la première de la Confédération. Aux autres de chercher à nous rejoindre, mais aussi à nous de garder la tête par un labeur persévérant et des études sérieuses.
Savez-vous que Hébert, en plus d'une circonstance, a sculpté des panneaux de bois de chêne pour des richards de Montréal, sans presque se faire payer ! Il fallait bien que le pauvre garçon se fit une renommée, en premier lieu. Aujourd'hui ce que lui commandent ces mêmes individus ou leurs amis est mieux rétribué. M. Meloche a dû se soumettre à de semblables sacrifices au commencement. Se faire connaître est une dure tâche, dans toutes les carrières de la vie, et surtout dans les beauxarts, en Europe comme en Amérique. En Europe, il y a encombrement de cette classe d'hommes, de là les difficultés du chemin. En Canada nous croyons manquer d'argent pour payer leurs travaux, et, longtemps, nous avons manqué de l'intelligence qu'il faut pour les comprendre.
Tout change pour le mieux maintenant, grâce aux luttes courageuses de nos amateurs et de plusieurs citoyens dignes du nom de protecteurs des beaux-arts. Plus les années s'accumulent, plus je sens que la cause des artistes est comprise parmi nous et que l'on aime à s'occuper d'eux.