Eglise St. Vincent de Paul, Montréal [microforme]
L'art est pour tout le monde, quoique toutle monde n'ose pas en parler. Ceux qui admirent le plus ses beautés sont par le fait même presque des critiques de quelque valeur, et ils ne s'en doutent pas ! Je me risque. En l'absence de juges attitrés, les passionnés, comme moi, peuvent bien dire un mot, tout en reconnaissant leur impuissance à faire école. Si je bats des mains à l'audition d’un discours, c’est qu’il me plait —et j'ai le droit de le manifester. Si devant une peinture je m'écrie : “ C'est beau !” c'est que la chose me touche à l'endroit sensible. Libre aux autres de penser autrement.
Le ciseau, la plume, et le pinceau, trois outils qui n’ont pas le reflet et le prestige immédiat de l'épée, trois instruments portés par des citoyens en habit de ville, produisent les seules œuvres dont les nations aiment à s'énorgueillir par la suite. Dans le terme ciseau j'incius le compas de l'architecte, et dans l'architecte il y a du peintre et de l'écrivain, en ce sens que tous ensemble contribuent à rendre durables les conceptions idéales dont l'humanité s’est toujours montrée avide. Les richesses de Babylone, d'Athènes et de Rome sont disparues et mêmes oubliées; les œuvres d'art que renfermaient ces capitales restent célèbres et admirées. Aucun peuvle n’a pu figurer dans l’histoire universelle sans la participation des artistes, Du temps des monarques absolus aucun d'eux ne s'est fait un nom respecté s’il a été indifférent aux travaux des sculpteurs, des architectes, des peintres et des écrivains. L’'étiacelle divine qui est en nous est l'élément principal de toute grandeur. Celui qui la méconnaît est un barbare, et la postérité le traite froidement, comme un personnage incomplet. Les artistes, ne pouvant s'élever physiquement au-dessus de la terre, parce que Dieu leur a refusé les aîles du corps, se servent des aîles de l'esprit, et construisent des monuments qui durent des siècles. Ils mettent sous nos yeux les modèles rêvés par chacun de nous, mais évanouis de nos souvenirs à mesure que le temps marche. Quand ils ont fixé sur le marbre, la toile ou le papier une ressemblance de ces extases dont l’homme est favorisé par la volonté d’en haut, que peuvent-ils demander de plus? ‘Tous les talents réunis ne sauraient faire davantage. C'est le feu du ciel, la pensée céleste, l'inspiration suprême devenus visibles, et cela par la main d'un homme! Atteindre un pareil sommet c’est faire honneur à son pays, se procurer des jouissances intellectuelles enviées, enfin, jouer parmi les siens un rôle qui impose le respect, bien que la fortune ne suive pas assez fidèlement le chemin parcouru par les artistes. (Celui qui meurt en disant avec vérité : “J'étais de ceux-là,” peut dire qu'il a fait une belle vie,
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