SZ VINCENT DE PAUL
M. Meloche est de ceux-là. Par sa position à l'Ecole des Arts et les nombreux travaux qu'il a exécutés, il contribue à donner une forte impulsion à l'éducation artistique de ce pays.
M. Meloche appartient à l’une des plus anciennes familles du Canada. [Il est en train d'illustrer son nom. Hébert, il y a dix ans, me portait à parler de lui pour ce même double motif, Quand je serai vieux où parti de ce monde, ils se rappelleront mes coups de plume, car, voyez-vous, c'est avec de l'encre que je tente de servir mes compatriotes : cette encre ne tache jamais et elle éclaire ici et là. Et, d’ailleurs, on leur doit beaucoup à ces braves et jeunes artistes, qui, par leur fermeté au travail savent se faire un nom honorable dont la patrie tire de la gloire. On les méconnaît souvent, et quelquefois même on ne les estime que lorsqu’ils ne sont plus. Qu'importe, ces fidèles de l’art restent quand même crampornnés à leur devise : “Haut les cœurs, Dieu est vrai et l’art est divin.”
Que n’a-t-il pas fallu de vaillance pour mener à bonne fin l’entreprise de décoration de l'église de Saint-Vincent de Paul de. Montréal !
L'intérieur de cetie église est l’un des derniers ouvrages dûs aux artistes canadiens. C'est le cas de dire, comme un certain maire fantastique : “ Notre pont a été construit chez nous.” MM. Perrault et Mesnard sont les architectes du nouveau monument, et M. F. Ed. Meloche le peintre heureux. C'est du style romano-bysantin. Comme en France et en Allemagne, on a tenté de reproduire des hardiesses qui rappellent les œuvres du Moyen-Age, et cela devient surtout une nouveauté dans notre pays, où il n'existe aucun modèle de ces anciens monuments. Dès le premier coup-d'œil je me suis senti fier de nos gens. Il me semblait que je pouvais dire avec le Bernin admirant les cariatides de l’hôtel-de-ville de Marseille : ‘Qu'est-il besoin d'aller chercher des artistes en Italie lorsque l’on a en France l’homme qui a fait cela ! ”’
À MM. Perrault et Mesnard sont dûüs les plans de l'ensemble des décorations. La magnifique procession de saints qui se déroule tout autour de la retombée de la grande nef est de M. Meloche. Ceci forme la principale frise du temple. H. Flandrin en a peint une de ce genre dans l'église de Saint-Vincent de Paul de Paris; M. Meloche, sans trop imiter le maître, a eu le courage de le suivre — et il peut montrer son œuvre avec fierté. Les persourayes ne sont pas traités d'après Ja manière de Flandrin, à cause de la différence du style de l'édifice; de plus, le marque d'une lumière abondante a gêné notre artiste. La composition est souple et imposante à la fois. Les draperies sont naturelles et sans surcharges; les couleurs, chaudes autant qu'agréables, conviennent au caractère de chacun des héros du sujet. Les hommes ont des figures expressives et nobles; dans celles des femmes un rayonnement doux et suave nous attire. Le dessein est accentué, modelé, léger même, mais en harmonie avec l’ensemble de la décoration.
AE
Le à
LS