‹ Église & Temps PrésentChapitre 1 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parvenu au terme de ses études théologiques, au moment de prendre une Eglise, le candidat est envahi par l'angoisse. Sentiment bien naturel, car il se trouve si faible et la tâche dont il va désormais assumer la responsabilité est si grande ! De plus, en ces temps troublés, la situation du pasteur à la tête de la paroisse est attristante. IL est placé entre la libre-pensée fanatique qui règne au dehors, et l'indifférence religieuse qui gagne peu à peu chacun de ses paroissiens. L'Eglise, où il exercera son ministère, sera, il le sait, en butte aux critiques les plus âpres. On lui reprochera de ne s'être jamais occupée de ceux au milieu desquels elle s'élève, de former un rempart contre toutes les réformes justes, une forteresse où s’abritent les iniquités sociales, où subsistent les abus des temps anciens ! On l’accusera d’être d’une autre époque, une survivance des siècles passés ! On lui fera surtout un grief de son inactivité en matière sociale, de son désintéressement pour tout ce qui se rapporte à la vie d’ici-bas !

C’est pour chercher une réponse à ces objections que nous avons entrepris ce travail. Là est tout notre propos.

D'ailleurs, de tous côtés, ce problème angoissant de l'Eglise attire l'attention de ceux qui la voudraient réellement forte et conquérante. C’est en Angleterre, le livre si documenté de Richard Heath : The Captive City of God (1905). En Suisse allemande, la critique si serrée de Hans Faber : Das Christentum der Zukunft (1904) ; le réquisitoire si sévère pour l'Eglise et l'enthousiasme vibrant pour

DR ir.

le socialisme de Hermann Kutter dans ses livres: Wir Pfarrer (1907) et surtout Sie Müssen (1907). Mais peu d'hommes nous semblent avoir saisi le tragique et la profondeur de notre situation présente autant que certains chrétiens sociaux des Etats-Unis. Et au premier rang parmi ceux-ci, nous trouvons Josiah Strong et Walther Rauschenbusch.

Josiah Strong, né en 1847, fut, pendant plusieurs années, pasteur dans l'Ohio. En 1886, il publia un livre « Our Country » qui eut un grand succès (175.000 exemplaires se vendirent en peu de temps) et fut traduit en plusieurs langues. En 1893, il fit paraître un autre livre : The New- Era or the coming Kingdom, qui exerça aussi une immense influence (50.000 exemplaires vendus). De 1886 à 1898, il fut secrétaire de l'Alliance évangélique des Etats-Unis. Mais de plus en plus passionné pour les questions sociales, il fonda en 1902, avec le Docteur Tolman, une association : « l’Institut américain du Service social » — American Inslitute of social service (1) — qui a pour devise : « L’amélioration sociale et industrielle. » Cet Institut exerce spécialement son activité au sein des Eglises américaines afin

() Le but principal de cet Institut est de recueillir, par tous les moyens possibles, les faits, les suggestions susceptibles de déterminer une amélioration dans la société, et de les faire connaître, afin d’éduquer l’opinion publique et d’aboutir à des réformes. Cet Institut a, déjà, exercé une grande influence aux Etats-Unis : c’est ainsi qu’en 1907 il organisa une exposition d'appareils destinés à empêcher les accidents fréquents dans les manufactures et les ateliers en Amérique. Son but était de montrer aux patrons comment il leur était possible de protéger la vie de leurs ouvriers ; le gouvernement américain comprit la nécessité d’une telle exposition et 1a transforma en exposition permanente. L'Institut a beaucoup de collaborateurs étrangers et étend son influence sur les instituts similaires qui existent ailleurs, particulièrement en Angleterre et en Suède. Il est, aussi, en rapport avec des sociétés semblables dans d’autres pays. C’est ainsi qu'a déjà eu lieu un considérable échange d'informations entre les diverses nations, dont les résultats ont été condensés dans le livre de Strong le « Social Progress ».

ne CP VERS

de créer des « classes » de Christianisme social parmi les chrétiens : il y a, déjà, plus de 300 groupes constitués pour cette étude systématique des problèmes sociaux. Un Journal, The Gospel of the Kingdom, qui forme le lien entre toutes ces classes, traite, chaque semaine, les sujets économiques et sociaux au point de vue chrélien et biblique. Ces groupements sont tout à fait indépendants des Fraternités du Royaume. Dans notre étude, nous nous occuperons spécialement du livre de Strong : The New-Era, qui constitue un magnifique manifeste du Christianisme social et qui est rempli d’un sens pratique authentiquement américain.

Walter Rauschenbusck est professeur d'histoire ecclésiastique à la Faculté de Théologie de Rochester. Il a fait paraître, en 1908, un livre sur le Christianisme et la crise sociale, Christianity and the social crisis, qui a exercé une grande influence sur les chrétiens de langue anglaise. Il est aussi un membre très influent du mouvement américain des « Fraternités du Royaume » — Brotherhoods of the Kingdom — groupements chrétiens-sociaux qui se fondent, depuis 1892, dans les villes du Nouveau Continent, dont le but essentiel est la réalisation du Royaume de Dieu sur cette terre ; chaque membre par sa vie et par son activité chrétiennes devant aider à la venue de la fraternité qui est « la crucifixion de toutes les ambitions égoistes ». Le livre de Rauschenbusch est le manifeste de ce mouvement. On sent, à chacune de ses pages, que l’auteur n’a adressé des critiques à l’Église que par amour pour elle. Ce ne sont nullement des « coups de massue » qu’il lance à l'Eglise, comme Hermann Kutter, sa pensée n’est pas brutale et agressive. Mais ses critiques sont, au contraire, douces et fines et par cela même beaucoup plus fortes.

A côté de ces deux mouvements américains si intéressants, il nous faut aussi faire mention du magnifique mouvement socialiste chrétien : The Christian Socialist Fellowship, organisé à Louisville en 1906. Voici les prin-

Page 1