‹ Église & Temps PrésentChapitre 25 sur 37 · PAT · texte numérisé non relu

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système social qui conduit une petite minorité d'hommes à la richesse et submerge la masse dans la pauvreté est directement hostile aux intérêts de l'Eglise ».

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« La nature humaine constitue la matière brute sur Jaquelle doit se greffer le caractère chrétien. de même la socicté humaine est la matière brute pour la société chrétienne. » Mais dans la réalité, nous devons reconnaître que l'individu ne présente pas seulement les difficultés inhérentes à sa nature, une volonté alanguie, un penchant pour le plaisir, de mauvaises habitudes, mais encore un esprit et des principes nettement hostiles à l’influence chrétienne. La situation se trouve pareillement changée quand toutes les relations sociales sont dominées par un principe complètement opposé à la conception sociale du Christ. C’est alors la lutte pour la primauté entre deux esprits antagonistes.

Demandons-nous quelle est la caractéristique du Chrisnianisme et celle du commerce moderne pour voir s’il n’y 2 pas incompatibilité complète entre eux.

Le principe dominant du Christianisme est l’amour. Cette règle d’or nous oblige à rechercher constamment ce que nous devons faire à notre voisin. Tout ce qui ne s'allie pas à ce sentiment doit disparaître de la vie du chrétien et par nos efforts personnels nous devons toujours essayer d’augmenter ce domaine de l’amour. Partout où elle s’étend, l’influence chrétienne doit briser l’égoïsme, anéantir l’hypocrisie, faire disparaître les mauvaises passions : la jalousie, la haine, la médisance, le désir anassouvi du gain. Le chrétien doit essayer de réaliser autour de lui le Royaume de Dieu.

Si nous sortons de ce domaine de l’idéal pour revenir à la réalité, nous entrons aussitôt dans celui de l’égoïsme le plus complet. C’est bien, en effet, un système social fondé sur ce sentiment anti-chrétien au premier chef qu'ont élaboré le commerce et l’industrie modernes. C’est le « chacun pour soi » qui domine de toutes parts. Aussi peut-on se rendre

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facilement compte des conséquences désastreuses qui surviendront, très souvent, chez le jeune homme ou la jeune fille, qui, après avoir été élevés dans une atmosphère chrétienne, seront jetés, livrés à leurs propres forces, dans un milieu si nettement différent. Et nous sommes obligés de constater que « partout où la loi du Christ agit, elle renverse la loi du commerce ». Si seulement la vie sociale inspirait à tous les travailleurs le sentiment de solidarité morale, elle se rapprocherait alors de la conception chrétienne et la tàche de l’Eglise serait aisée !

Mais telle n’est pas la situation. Le jeune homme, au sortir de son instruction religieuse, se trouve plongé dans la vie industrielle « qui tend largement à contrecarrer et à neutraliser l’éducation et l’enseignement chrétiens ».

Il faut reconnaître que de plus en plus les entreprises commerciales, les usines sont organisées d’après le principe coopératif. Ce système nouveau a de grands avantages inconnus de l’ancienne manière. « Il développe la loyauté et la bonne volonté humaines dans ces groupes. Mais seulement à leur intérieur. » Car il y a toujours des adversaires à combattre, et le principe du commerce reste le même : la ruine des rivaux. Le jeune homme entendra donc parler, pendant les sept jours de la semaine, de haïines, de concurrence, de luttes acharnées, et uniquement le dimanche d'amour. Voilà où nous conduit notre système économique actuel. |

La conclusion qui s'impose par conséquent à nous est qu’il existe dans notre vie deux domaines absolument distincts où dominent des principes antagonistes. Et n’est-ce pas à ce résultat que sont déjà arrivés tous ceux qui, lorsqu’on parle devant eux de l'unité morale qui devrait exister entre la vie publique et la vie privée, s’écrient: « Ne mêlez pas les affaires et la religion. » « Les affaires sont les affaires. » Telle est la situation troublante imposée aux hommes d’affaires chrétiens par l’antagonisme du Christianisme et du commerce. Vouloir les concilier, c’est essayer de faire ce que le Christ déclarait impossible : « Servir Dieu et

Mammon. » « Quand deux principes moraux sont ainsi journellement en conflit, la question est de savoir lequel des deux sera le plus fort. Car il ne faut pas se faire illusion : si l'Eglise ne peut christianiser le commerce, le commerce commercialisera l'Eglise. » Voilà le dilemme angoissant dans lequel, d’après Rauschenbusch, se débat notre organisation actuelle.

D'ailleurs cet antagonisme ne date pas d'aujourd'hui. Au temps de Jésus il existait déjà. Nous voyons, en effet, dans le Sermon sur la Montagne, la différence qu’il y avait entre sa morale et celle de son époque. Nous admirons les paroles de notre Maître, mais nous ne les mettons pas en pratique. Nous parvenons toujours à en émousser les angles par une exégèse subtile. Il est, d’ailleurs, si facile de tranquilliser sa conscience en disant que les temps sont changés et que son enseignement s’appliquait à ses contemporains !

La situation n’en est pas moins grave pour nous, car en laissant ainsi des principes hostiles au Christianisme dominer sur une partie de notre vie, nous risquons qu'ils ruinent peu à peu la loi du Christ dans le seul domaine qui lui soit encore réservé. Nous sommes placés devant cette alternative : « Ou l'Eglise conquerra le commerce, ou le commerce conquerra l'Eglise. »

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Alors que pour les intellectuels la question sociale n’est qu’un absorbant problème intellectuel, pour les travailleurs c’est la question vitale. Les ouvriers, de nos jours, réclament leurs droits et on peut dire que le prolétariat est dans les douleurs de l’enfantement.

Ceci est digne de remarque : tant qu’un peuple reste religieux sa première impulsion est de se mettre sous la protection de la religion, sûr que celle-ci doit être de son côté ; il a l'intuition qu’elle est du côté du droit et de la justice. C’est ainsi que les paysans allemands en 1525 se fondaient sur la Bible pour la rédaction de leurs « Douze articles » et

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offraient de retirer tout ce qu’on leur prouverait être en désaccord avec la Parole de Dieu. De même le 22 janvier 1905 le peuple de Saint-Pétersbourg envahit le Palais d’hiver pour présenter au « Petit Père » une pétition, conduit par un prêtre, portant devant lui la croix du Christ. Dans les deux cas, un massacre épouvantable fut la seule réponse. Il est humiliant de penser que c’est ainsi que fut récompensée la confiance avec laquelle le peuple se tourna vers la religion !

Puisque l'Eglise s'oppose ainsi aux réformes demandées par le peuple, la question est alors de savoir si elle a assez de puissance pour arracher les travailleurs aux mouvements populaires et les maintenir dans l’obéissance. Voilà le prohlème qui se dresse devant l'Eglise catholique dans son opposition au socialisme : « elle essaie d’accaparer les ouvriers, de les grouper en une organisation solide sous son contrôle, pour les garder du bacille contagieux du socialisme », mais son succès est douteux.

S'il est un pays dont l’étude, sur cette question, peut être particulièrement profitable, c’est l’Allemagne : car là, le procès entre l'Eglise et le socialisme s’est déroulé complètement. « Pendant longtemps l'Eglise allemande n’eut aucune sympathie pour le mouvement social. Elle prêchait la loyauté à l’égard du roi, la divine nécessité des classes sociales, la soumission, la pieuse patience. Un socialiste était un païen et un publicain. Elle niait généralement qu’un homme pût être à la fois socialiste et chrétien. Les socialistes, dans leur propagande, représentaient constamment l’Eglise comme la force spirituelle et sociale défendant l’ordre social existant, le rempart des privilèges et des principes conservateurs. Ils ne pouvaient gagner un homme au socialisme qu’en ruinant en lui l’autorité de l’Eglise. » Voilà pourquoi « la social-démocratie allemande professe l'indifférence à l’égard de la religion et la déclare affaire privée ». De nos jours, l'Eglise a été obligée de changer son attitude et de s'engager dans l’activité sociale. Mais elle n’est pas encore arrivée à regagner l'influence qu’elle

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