‹ Église & Temps PrésentChapitre 32 sur 37 · EE · texte numérisé non relu

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grande cause et de sacrifice personnel dans l’action. La première qualité exclut ces réformateurs sociaux qui n’ont aucune vie religieuse. La seconde exclut ces ecclésiastiques dont les intérêts personnels sont confinés au progrès ecclésiastique. La troisième exclut les hommes qui s'intéressent intellectuellement aux problèmes religieux et sociaux, mais qui sont foncièrement égoistes et ne recherchent l’association qu’en vue de fins personnelles et qui, par leur timidité et leur couardise, constituent des entraves pour l'Eglise [la Fraternité]. Ces trois critères rétréciront pratiquement beaucoup le choix du nouveau type de chrétien qui est en train de surgir partout et qu’on peut distinguer déjà avec beaucoup de netteté. (1) »

D'ailleurs même « dans une réunion religieuse, il est facile de distinguer les orateurs qui ont eu la vision de la rédemption sociale de l’humanité. Quel que soit le sujet qu’ils abordent, ils le traitent avec une puissance différente ; leur horizon est plus vaste, leur sympathie plus universelle, leur foi plus audacieuse ».

Ce type de chrétien se propage de lui-même. « La société lie si étroitement les hommes entre eux par des liens : multiples qu'aucun homme ne vit pour lui-même et qu’aucun homme ne peut se sauver seul. Le salut est contagieux. Ceux qui ont acquis une foi qui embrasse le salut de toutes les relations humaines, rendent cette foi plus accessible à d’autres. Voilà quelle sera l’évangélisation sociale, consciente ou inconsciente. »

Quelle ne sera pas l’aide précieuse obtenue si les jeunes gens arrivent à posséder cette foi sociale, car ne sont-ils pas « les germes cachés de nouvelles humanités, les sources invisibles de rivières débordantes » ? Dans quelques années ils occuperont les positions dirigeantes de la société

(4) W. RauscHENBUSCH. — Local chapters of the Brotherhood of the Kingdom, p. 3-4 — Cf. aussi GouNELLE : La Fraternité du Royaume, dans la Revue Le Christianisme Social, 20 fév. 1909, p. 108-118. Ce sont les qualifications réclamées de tout nouveau membre par « les frères du Royaume ».

ETAT Le

et mettront alors en pratique l'idéal qu’ils se seront forgé pendant leurs études.

L'important, par conséquent, est de susciter des personnalités régénérées, voilà quelle est la tâche de l'Eglise, selon Rauschenbusch. Mais la régénération ne crée que la volonté de faire ce qui est juste, et ne définit pas ce qu’il faut entendre par le mot « juste ». Elle donne simplement la forme, l’idée du bien, du devoir, mais non la matière, les actions auxquelles nous devons appliquer cette forme. Cette matière qui est pourtant indispensable au chrétien lui est fournie par la communauté religieuse dont il accepte les idées, et peut ainsi varier avec les diverses Eglises. Si celle-ci demande l’abstinence des liqueurs, il considèrera cette abstention comme faisant partie de sa vie religieuse ; si elle ne lutte pas contre l'esclavage il ne se rendra pas compte de l’iniquité d’une telle institution. Aussi le devoir de chaque chrétien est-il d’agir sur Ja communauté à laquelle il se rattache pour qu’elle désapprouve les iniquités sociales, le paupérisme, le travail des enfants. D'ailleurs, l’activité sociale des diverses associations de jeunes gens nous montre quelle aurore nouvelle commence à poindre à l’horizon (1). Le jour vient où l'Eglise entière inscrira l'idéal social dans son programme. Son travail en sera sanctifié et elle en recevra beaucoup de joie.

Il faut que nous fassions disparaître cette vieille conception de la religion qui ne considère comme de son domaine que ce qui concerne les âmes ou se rapporte à l'Eglise. Nous

(1) A ce point de vue mentionnons l’activité sociale déployée par toutes nos œuvres de jeunesse : ce sont les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens qui, en dehors de leurs cercles, ont eu à Paris à la fin de janvier 1910 leur journée sociale pour étudier leur tâche sociale et qui répandent de plus en plus l’Effort « organe de la réforme sociale par l’exemple. » Ce sont les Unions Chrétiennes de Jeunes Filles avec ses cinq foyers de l’ouvrière (cf. M! BIDGRAIN, revue du Christianisme Social, 20 mars 1909, p. 126-131). Ce sont les Associations Chrétiennes d'étudiants qui, dans leurs Congrès annuels, mettent les étudiants en face des questions sociales et de

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