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devons croire que toute la vie humaine peut avoir un but divin, que Dieu sauve non seulement l’âme, mais aussi toute la vie. Par là même nous sanctifierons toutes nos professions. « Un homme fabriquant une paire de souliers, discutant une loi, plantant des pommes de terre, ou enseignant des enfants, sentira que son travail est une contribution au bien-être de l'humanité et c’est bien en vérité sa principale contribution. » De là ressort que notre vie professionnelle doit être continuellement et rigoureusement sous le contrôle de notre religion. Mais il faut reconnaître qu’aussi longtemps que notre vie commerciale aura pour base la concurrence elle restera en dehors de la religion. Les chrétiens sont donc amenés à rechercher comment il faudrait organiser le commerce et l’industrie pour qu’ils procurent un maximum de bienfaits à l'humanité et soient réconciliés avec la religion.
Le Christianisme a besoin aussi aujourd’hui de comprendre d’une manière plus saine les rapports de la chaire avec la tâche de rénovation sociale qui lui incombe.
Le nouvel Evangile du Royaume de Dieu est, dans son essence même, un appel à christianiser la vie de tous les jours, et par conséquent il se répandra surtout par la foi personnelle et par le témoignage des chrétiens. IL aura beaucoup moins besoin de la chaire que le vieil Evangile ; il sera moins l’affaire d’un ministère professionnel. Si
leurs responsabilités de demain (cf. La question sociale et le devoir chrétien, par M. de MEURON, à Lyon, 1907) ; L'action sociale protestante : l’Appel des Cilés et l’Appel des Campagnes, par G. LAuGa et DurAnND, à Bordeaux, 1908 ; La pénétration mutuelle des classes, par Ch. WAGNER, à Paris, 1909 ; Que ferons-nous quand nous serons professeurs ? médecins ? par A. MoNoD et LEENHARDT, à Palavas, 1910. Ce sont, enfin, les Sociétés d'activité chrétienne (cf. Edm. Gou- NELLE. — Les Sociétés d'activité chrétienne, dans la Revue Le Christianisme Social, 20 avril 1909, p. 182-196).
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cependant la chaire veut lui prêter son concours, elle accélèrera le développement des conceptions nouvelles. Emile de Laveleye a dit avec raison que « en fait de réformes sociales, avec l’appui du clergé, tout est facile ; sans lui, ou malgré lui, tout est difficile et parfois même impossible (1). »
C'est une grande erreur de croire que les prédications sociales sont une innovation de notre temps. Les Pères de l'Eglise, les grands prédicateurs du Moyen-Age, les chefs de la Réforme, tous ont mis beaucoup plus hardiment l’accent sur le côté social dans leurs sermons que les générations qui ont précédé la nôtre. Jamais la chaire ne fut aussi silencieuse sur ce point qu’au début du xiIx° siècle avant que le souffle social ait agi sur les idées chrétiennes.
Il est vrai que souvent la prédication sociale a été mal comprise. L’ignorance, la haine, la partialité l’ont caractérisée. Mais si elle a été mal faite, n’est-ce pas une raison de plus pour que les pasteurs l’abordent avec une plus grande sagesse ? « Il y a parfois des prédicateurs qui apportent en chaire les questions sociales les plus vastes avec l’aplomb d’un spécialiste, mais avec les connaissances d’un écolier. » Nous devons nous rappeler que les hommes sont très sensibles lorsqu'ils entendent faire le procès des moyens par lesquels ils gagnent leur vie. Qu’un avocat falsifie la vérité devant un tribunal, aussitôt le défenseur de la partie adverse montre l’erreur. Mais si un pasteur du haut de la chaire fait entendre des idées erronées, ses auditeurs ne peuvent protester. Aussi le prédicateur doit-il toujours se laisser guider par une extrême prudence.
Il arrive assez fréquemment que ceux qui, pour la première fois, parlent des maux sociaux, se laissent aller à invectiver des personnalités. Cette manière d’agir provient en grande partie de notre individualisme religieux : nous répétons toujours que les iniquités, les injustices sont dues au mauvais cœur de l’homme et que si tous étaient régéné-
(1) E. de Lavezeye. — Le protestantisme et le catholicisme dans leurs rapports avec la liberté et la prospérité des peuples, p. 35.
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rés les questions sociales ne se poseraient pas. Mais plus le chrétien étudiera, plus il pénètrera dans le vif des questions et mieux il comprendra les problèmes qui hantent son esprit. Il arrivera à la conviction que les « grands chefs de l’industrie ne commettent pas des erreurs pour leur amusement, mais qu’ils sont victimes de forces sociales plus puissantes qu'eux. » Leur liberté n’est bien souvent qu’une illusion. Car « dans le régime de la concurrence, c’est l’homme le plus inhumain, ayant le moins de principe, qui trace le chemin ». Notre système social actuel élimine toute sympathie des uns à l’égard des autres. Aussi apprenons à ne juger nos semblables qu'avec amour et compassion, en nous accusant nous-mêmes « parce que nous avons tous de concer tissé le filet fatal de tentations dans lequel le pécheur s’embarrasse ».
Difficile est donc la tâche du prédicateur social qui risque toujours d’être accusé de partialité. Mais qu'importe, son devoir n'est-il pas d’obéir à sa conscience ? Il doit proclamer l'Esprit de Jésus-Christ et ne pas être le porte-voix des intérêts particuliers.
Si le pasteur obéit à l'Esprit du Christ, il soutiendra les faibles, car ce sont eux qui formen la classe des exploités. Ils ont besoin de défenseurs pour revendiquer leurs droits. Certes cet apostolat ne sera pas toujours facile pour le pasteur et bien souvent il devra faire effort sur lui-même. Pour pouvoir exercer une influence sur le malheureux, il faut qu’il le connaisse. Pour atteindre ce but, il lui sera nécessaire de lire sa littérature, d’assister à ses réunions afin de pénétrer un peu plus avant dans son caractère, de savoir quelles sont ses aspirations et de sentir vibrer son âme. Aussi le premier devoir du pasteur qui veut travailler dans un milieu quelconque est-il d'étudier ce milieu et de tâcher de le comprendre.
L'influence du prédicateur pourrait être immense sur les questions du jour. Avant les hommes politiques, il devrait discerner ce qu’il y a de bien et de juste dans les réclamations des différentes classes de la société. Son rôle devrait être celui de pionnier,