‹ Église & Temps PrésentChapitre 35 sur 37 · AS ONE · texte numérisé non relu

AS ONE

chrétienne, il existe toute une partie de la société vivant dans des conditions épouvantables, sans aucune espérance, méprisée de toutes les autres classes ; et si les paysans de la Galilée paraissaient à Jésus comme des brebis qui n’ont pas de berger, marchant sans guide, cherchant partout la route à suivre, n'est-ce pas aussi sous le même aspect que se présentent à nous les masses prolétariennes ? Pour celles de son temps, Jésus fut ému de compassion. Quelle est notre attitude à nous, aujourd’hui ?

Et c’est vers ces âmes désemparées et angoissées que le Christ envoie les siens. N’a-t-il pas dit à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. (1) » Il leur signifiait, par ces mots, la grande mission qu'ils devaient entreprendre .sous son égide par tout le monde. Et pourtant c'était un charpentier de Nazareth s'adressant à des pêcheurs galiléens et à des paysans ! Aussi ces paroles du Maître « dans les circonstances où elles furent prononcées, étaient-elles l’expression de la foi la plus intense — foi en lui-même, foi en eux, foi en ce qu’il leur donnait, foi en la foi. »

L'Eglise, à notre époque, peut mieux qu’à tous les autres âges, répondre à l’appel du Christ. Le Maître n’a-t-il pas déclaré à ses disciples qu'avec leur foi ils pourraient transporter les montagnes ? Combien vaste doit être, par conséquent, l'ambition de l'Eglise et quelle œuvre gigantesque ne peut-elle pas accomplir ?

L’apostolat de notre temps ressemble à celui du semeur. « Quand le paysan répand sa semence, il la jette dans les sillons, certain d’en perdre une partie ; il sait aussi qu’il lui faudra longtemps, avant qu’il puisse entrevoir le résultat de son travail. » Il faut au semeur beaucoup de patience ; il faut de même au pasteur beaucoup de patience.

Mais il est inutile de se faire des illusions, et il faut être convaincu que le nouveau ministère n’apportera pas seulement de la joie, mais de la douleur, de la tristesse. Les

() Matth. 5 : 13-14.

luttes seront parfois bien âpres, les obstacles difficiles à surmonter. Mais Jésus n’a-t-il pas prévenu ses disciples de leurs difficultés ?

Nos combats, nous n’avons plus à les livrer contre les faux dieux, contre les déesses inhumaines, mais contre Mammon : c’est lui le seul rival de Dieu.

Très décrié et en butte à des oppositions assez vives, cet apostolat devrait attirer tous les hommes forts et courageux. C’est aussi à lui, en particulier, que devraient se consacrer les pasteurs riches. Car, s’il est parfois difficile d’avoir de l’action sur les personnes qui sont d’une autre classe sociale que soi-même, ils pourraient, eux, exercer facilement leur influence et sur le pauvre et sur le riche. De plus, n’ayant pas de soucis matériels, il leur serait plus aisé de se donner complètement à toutes les causes bonnes et justes.

Ce qui est surtout nécessaire pour l’exercice d’un apostolat fécond, c’est d’avoir foi en la réalisation d’une société parfaite. — Quelle folie ! dira-t-on. — Mais, répondronsnous, nous prêchons bien, du haut de la chaire, la perfection et la sainteté, et pourtant nous savons bien qu'aucun homme ne peut parvenir à la perfection et à la sainteté ici-bas ! De même nous ne nous imaginons certes pas abolir la souffrance et la mort et nous n’arriverons donc pas à un ordre social parfait. Mais nos aspirations vers le mieux, nos efforts convergents vers l’idéal sont-ils sans efficacité ? Qui oserait affirmer que chaque pas en avant, chaque tentative faite pour atteindre à plus de pureté personnelle, à

à plus de fraternité, à plus de perfectionnement soient inutiles ?

« En mai dernier, un miracle s’est produit. Au commencement de la semaine, les arbres fruitiers portaient des bourgeons bruns et verts. La huitaine terminée, ils revétaient la robe de noce de la floraison. Mais durant des semaines et des mois la sève avait circulé, gonflant les cellules

et portant à maturité les tissus à demi-prêts dépuis l’automne. Ce rapide épanouissement était le résultat d’un long travail. Peut-être ces dix-neuf siècles d'influence chrétienne ont-ils formé la longue période d’attente indispensable à la croissance. Maintenant fleurs et fruits apparaissent. Si nous pouvons y ajouter une foi religieuse et une force morale suffisantes pour briser les liens du mal, s’il nous est possible de faire concourir les ressources humaines de notre temps, qui sont sans précédent aussi bien au point de vue intellectuel qu’au point de vue économique, à l’harmonieux développement d’une vraie vie sociale —— alors les générations futures marqueront cette œuvre comme laurore du grand jour du Seigneur, attendu par les âges, et nous estimeront bienheureux d’avoir participé à l’apostolat qui le proclama. »

Vu : Le Doyen, E. VAUCHER. è

Vu : Le Président de la soutenance, Wilfred Moon.

Page 1