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Sans se mêler à aucun parti politique, la chaire a cependant le devoir de s’élever contre les iniquités présentes. Et dans cette vaste arène, l’activité de l'Eglise peut se déployer.
Le principal grief que l’on fait aux prédications sociales, c'est d’être irréligieuses. Mais c’est l’affaire du pasteur de rattacher tout son enseignement à la volonté et à l’esprit de Dieu, de donner une interprétation religieuse à toutes les questions que se pose l’humanité, de montrer à ses auditeurs qu’il leur parle, poussé par un idéal sublime, de leur faire entendre la voix de l’amour du Christ. Si sa prédication aide les femmes et les hommes à voir plus clair devant eux, à réaliser le bien ici-bas, à éprouver un amour toujours plus profond pour leurs contemporains, peut-on dire qu’elle ne soit pas chrétienne ? D’autres orateurs parlent au peuple des questions sociales en les traitant du point de vue de l’économie politique ou de la sociologie ; ne faut-il pas que le pasteur les traite dans leurs rapports avec le droit et la vérité éternelle ? D’ailleurs « les questions sociales ne peuvent pas, dit Rauschenbusch, être plus irréligieuses que certains sujets traités par les pasteurs du haut de la chaire. Si c’est religieux de faire un appel pour la reconstruction d’une Eglise, pourquoi serait-ce irréligieux de réclamer la démolition et la reconstruction des quartiers infects ? »
Mais Rauschenbusch le reconnaît, il y a un réel danger pour celui qui est hanté par la vision de la société idéale et qui y consacre toutes ses forces ainsi que sa prédication : c'est de se laisser tellement empoigner par ces nouvelles préoccupations que la vérité chrétienne lui semble surannée, que le vieil Evangile lui paraisse trop usé et d’un autre âge. Un tel pasteur ne voit plus qu’un côté de son message et, par conséquent, son enseignement devient vite uniforme. Nous devons, cependant, garder une profonde reconnaissance à ces prédicateurs, malgré leurs fautes, les erreurs dans lesquelles ils peuvent tomber, car ils ouvrent le chemin dans lequel l'Eglise de demain passera. Et s’il est facile de parcourir un sentier déjà tracé, que de difficultés se
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dressent devant celui qui essaie de se frayer une voie nouvelle !
Un autre danger de cette prédication est de mettre au premier plan la question sociale et de laisser dans l’ombre la question religieuse. Il faut, cependant, se persuader qu’ « aucune perfection sociale ne pourra assouvir la faim de l’âme pour le Dieu vivant ».
Mais pourquoi, répondrons-nous à notre tour, toujours reprocher au Christianisme social de ne s’occuper que du côté social ? La prédication évangélique ne tourne-t-elle pas de même ses regards dans une seule direction ? Et pourtant à côté de l’âme humaine, qui certes a besoin de la religion, la race humaine ne doit-elle pas pareillement être sauvée ? Ne faut-il pas aussi penser à elle et essayer de lui apporter le salut ? Dans nos Eglises, à côté du pasteur, n’y a-t-il pas place pour le prophète et celui-ci n’a-t-il pas un rôle important à jouer? En Israël, à côté du prêtre chargé du culte et des actes cérémoniels, n’y avait-il pas les prophètes qui ont exercé une influence si considérable sur leurs contemporains ? Dans nos Eglises ne doit-il pas y avoir aussi, comme le dit Fallot, « la diversité et la pluralité des ministères ? (1) » « La pluralité des ministères est la règle, et si elle ne se rencontre pas dans la majorité de nos Eglises, c’est que la vie fait défaut à celles-ci. (2) » « Dans la plupart des paroisses, un seul ministère est demeuré debout : celui du pasteur. Quant aux autres, ils n’existent plus qu’à l’état rudimentaire (3) » et ainsi trop souvent nos Eglises « font penser à ces malheureux hydrocéphales dont la tête énorme pèse lourdement sur un corps malingre (4). »
Un pasteur, malgré tous ses efforts, n’arriverait-il qu’à ouvrir l’esprit de ses paroissiens sur l'importance morale des questions sociales qu’il n’aurait pas perdu son temps.
(1) T. Fazzor, — Qu'est-ce qu'une Eglise ? p. 128. (2) T. FALLOT. — Op. cit., 123. (3) T. FALLOT. — Op. cit., 124.
(4) T. FALLOT. — Op. cit., 124.
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Son but c’est d'essayer d’adoucir les haines, de donner un enthousiasme et un idéal à ceux qui luttent ; par cela même, il élèvera la question sociale et ne la laissera pas se transformer en « question d'estomac ». Son ministère auprès des riches aura pour but d'émouvoir leur pitié en faveur de ceux qui souffrent, d'accroître leur bienveillance et leur amour pour tous les humbles. Noble tâche que celle qui consiste à prêcher la fraternité entre les hommes et à combler les séparations entre les classes, afin qu’arrive bientôt le moment où tous les hommes seront frères entre eux et fils d’un même Père Céleste !
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Mais ces sentiments que le pasteur doit essayer de susciter chez ses paroissiens, qui pourra lui aider à les inspirer ? Ce ne peut pas être la loi, malgré la trop grande importance qu’on lui attribue parfois. Le Christianisme doit, en effet, prendre conscience aujourd’hui des relations nor- .Mmales que doit soutenir l'Eglise avec les lois et les institutions de l'Etat.
Ce qui fait le bonheur ou le gâte, ce sont des influences qui sont en dehors de la loi. Celle-ci peut forcer, en effet, un homme à supporter sa femme, mais elle ne peut le contraindre à l’aimer ; elle peut obliger un homme à nourrir ses enfants, mais elle ne peut faire naître en lui l’amour paternel. Les lois ne fournissent « que le squelette inflexible de la moralité publique qui supporte les tissus les plus fins, mais ces tissus doivent être fabriqués par d’autres forces. L'Etat ne forme que la cour la plus extérieure de la loi morale ; à l’intérieur se trouve le sanctuaire de l'Esprit. » Mais ces tissus qui pourra les créer, ces sentiments indispensables à la société qui sera capable de les faire naître, si ce n’est la religion ? Que celle-ci prêche l'amour, l’aide mutuelle, le respect de la vie d'autrui, la loi, alors, n’aura pas besoin de contrainte physique, car plus grande sera la puis-
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sance de la communauté, moins sera nécessaire la contrainte de l'Etat.
Aussi le champ ouvert à l’activité sociale de l'Eglise est-il immense. Si les lois sont en dehors de son domaine, elle peut au moins créer les mœurs, et que sont les lois sans les mœurs ? Comme on l’a dit souvent, ces dernières ne sont que « des lois non écrites » qui deviennent facilement des lois écrites. C’est sur elles que l’influence de l'Eglise peut s’exercer en faveur de la classe des déshérités pour faire cesser les iniquités et créer un système social plus humain.
L'Eglise doit aussi préserver les bonnes institutions qui existent et qui sont en perpétuel danger de disparition. Là, elle doit être une force conservatrice pour les défendre contre les puissances hostiles.
De plus, pour qu’une loi ait de l’influence, il faut qu’elle soit soutenue par l’opinion publique. Or l'Eglise peut puissamment exercer son pouvoir sur celle-ci. « Les forces religieuses et éducatives, dans leur ensemble, forment la seule puissance qui pousse le char à monter, l'Etat ne peut que mettre une cale sous les roues pour l'empêcher de redescendre. »
L'Eglise peut être encore d’une autre utilité pour l’Etat en réveillant les consciences et en proclamant que les propriétés et les richesses ne sont que des biens confiés par Dieu et par la société à certains hommes qui n’en sont, par conséquent, que les dépositaires. Si les prédicateurs pouvaient convaincre de ces vérités leurs paroissiens, alors nous verrions cesser des abus innombrables.
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Encoré un mot pour conclure : c’est d’un nouvel apostolat que l'Eglise et le monde ont besoin.
Lorsque parfois nous songeons à la multitude qui nous entoure et que notre pensée s'envole vers les foules qui se pressaient autour du Christ, nous constatons des ressemblances entre elles : comme aux premières années de l’ère